‹ Contribution à l'étude de l'hémo-lymphangiome de la langueChapitre 16 sur 43 · OBSERVATION XI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XI

VOITURIEZ. — Lymphangiome superficiel à forme papillaire de la langue. Journal des Sciences Médicales, Lille, 1898.

Le nommé C... Jean, âgé de 16 ans, bouvier, entre au mois

d'Avril 1898 à l'hôpital de la Charité, pour une tumeur de la langue, qui détermine de la gêne et dont il désire qu'on le débarrasse.

Comme antécédents de famille, père et mère vivants, bien portants. Il a plusieurs frères et sœurs qui sont également en bonne santé et ne présentent rien d’anormal.

Il a eu à 12 ans une variole bénigne qui n’a laissé que peu de traces sur le visage.

Il a constaté déjà l'existence d'une grosseur sur la langue depuis l’âge de 9 ans ; mais il est plus que probable que cette tumeur existait avant, car d’après ses souvenirs d'enfant, elle était assez considérable dès cette époque. Depuis, elle a continué à se développer, mais très lentement et est arrivée peu à peu au point où nous la voyons aujourd'hui.

En faisant ouvrir la bouche, nous constatons sur la face dorsale de la langue, une tumeur sessile large de 2 cent. iongue de 4 cent. faisant saillie et dépassant la muqueuse de 6 à 8 millimètres suivant les points.

Cette tumeur présente une coloration normale, rosée ; sa face superficielle à un aspect framboisé, grenu ; en insinuant un stylet entre les divers éléments pour les dissocier, on constate qu’ellé est formée de saillies papillaires, juxtaposées, de disposition velvétique ; ces papilles très hautes ont leur ex trémité libre renflée en massue. Au point de vue topographique, la tumeur occupe la moitié gauche de la langue, n’empiète pas sur le bord et ne dépasse pas la ligne médiane ; comme limite antérieure, elle cesse à 2? cent. de la pointe de la langue.

La tumeur ne détermine pas de douleur ; simrlement de la gêne habituelle principalement au moment des repas. Elle n'est pas le siège d'hémorragie, Enfin, l'exploration attentive de la région sous-maxillaire et parotidienne ne permet pas de sentir de ganglion hypertrophié ou simplement sus-

pect.

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Néanmoins, en raison de la rareté de cette forme de tumeur, et n'ayant pas de certitude absolue de sa bénignité, le chirurgien se croit autorisé à procéder à son ablation.

L'opération est faite comme pour un épithélioma limité de la langue. La tumeur est circonscrite par deux incisions qui la dépassent et toute la portion de la langue sous-jacente à la tumeur est enlevée au bistouri.

Suture au catgut des deux surfaces avivées.

Collutoire et pulvérisations à l’eau chloratée à 19/1000. Au bout de 7 jours, les fils de catgut sont enlevés. Sa guérison est obtenue par première intention et le malade quitte l’'hôpital quelques jours après.

L'examen de la tumeur est confié à Monsieur le Professeur Augier qui a bien voulu nous communiquer ses coupes ainsi aue les résultats de ses recherches.

Sur les coupes, on constate que la masse principale des végétations est formée, à leur base, par des faisceaux de fibres musculaires entrecroisées, séparés par une charpente conjonctive assez lâche.

A mesure qu'on s'élève vers la surface libre de la langue, les faisceaux musculaires disparaissent, la charrente conjonctive augmênte d'épaisseur et surtout devient très vasculaire, On trouve à ce niveau d'énormes espaces, très rapprochés sur certains poinis donnant à la coupe un aspect presque caverneux. Ces cavités vasculaires sont tantôt des espaces étoilés très irréguliers, d’autres arrondis, présentant une forme kystique. Sur quelques points, il s'est produit une diapédèse abondante avec infiltration leucocytaire du tissu conjonctif. A certains endroits, les dilatations vasculaires affleurent le revêtement épithélial lui-même, le refoulent et s’en coiffent, en l'amincissant. Le tissu conjonctif a disparu à ce niveau.

Les espaces arrondis ou étoilés sont presque tous vides ;

dans quelques-uns seulement on trouve un réticulum fibrineux

er ce

et des globules blancs, pas de globules rouges. Les plus grands espaces eux-mêmes, comme les plus petits, ne présentent pas de paroi propre, pas de fibres musculaires, ni élastiques, mais sont seulement tapissés par un revêtement endothélial continu.

Quant à la structure des saillies papillomateuses qui apparaissent à l'œil nu à la surface de la tumeur, occupant la face dorsale de la langue, on reconnaît l’existence de l’épithélium pavimenteux stratifié, normal, nettement limité à sa partie profonde.

Aucune trace de tendance à la formation de globes épidermiques.

Histologiquement, la tumeur qui nous a été presentée est remarquable surtout par le développement considérable du réseau lymphatique, avec Iormation d'espaces lacunaires et kystiques. La lésion primitive et essentielle, probablement d'origine congénitale, frappe donc le réseau lymphatique du chorion de la muqueuse de la langue, par une surface limitée ; quant au développement papillaire, il est secondaire et représente une réaction sûperficielle et épithéliale d'ordre irritatif.

En résumé, on ne rencontre, en aucun point, de lésion res sortissant à la tuberculose, à l’épithélioma ou à une tumeur d'origine conjonctive, telle que fibrome, sarcome, etc... L'’appellation qui convient ici est lymphangiome superficiel à forme papillaire limité à une portion de la langue.

Le pronostic, après ablation large et complète est bénin et

la récidive n’est pas à redouter.

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