CHAPITRE IV
SYMPTOMATOLOGIE - EVOLUTION
Quand il n'est pas congénital, l'hémo-lymphangiome de la langue débute dans les premiers temps de la vie par de petites vésicules, qui se groupent en placards, et restent d’abord isolées les unes des autres, puis elles se rapprochent au point de se confondre et de se conglomérer.
La tumeur affecte une forme généralement elliptique à grand axe le plus souvent antéro-postérieur. Ses dimensions sont très variables. L'aspect vésiculeux de la lésion joint à sa coloration l'ont fait comparer à une fraise, à une framboise, à une mûre.
Les vésicules ont une forme arrondie, globuleuse, assez régulière, parfois un peu ovalaire ou pyriforme :
elles peuvent être aplalies latéralement par pression réciproque.
Leur aspect est celui de perles à contenu le plus souvent translucide et l'épiderme qui les recouvre, s'il est généralement aminci, ressemblant à une fine pellicule transparente, peut parfois être épaissi, mais c'est l'exception. Cette pellicule épithéliale est presque toujours lisse et comme régulièrement tendue ; parfois, elle est sillonnée d’une sorte de fin carrelage, résultat de la conglomération de vésicules voisines qui ont constitué une vésicule plus grosse et cloisonnée. Cette conglomération est aussi responsable des variations de dimensions que présentent les vésicules. On en trouve de petites, comparées à une tête d'épingle, un grain de tapioca cuit, un grain de millet ; de moyennes, de la grosseur d’une lentille : et enfin de grosses, comme un pois.
Dans quelques cas, à la surface de certaines de ces vésicules, on voit ramper des touffes de capillaires sanguins ; mais 1l est bien plus fréquent de n’observer ces télangiectasies sanguines qu'à la base même des vésicules, sous leur plancher : on les aperçoit alors par transparence, sous la forme de points rouges, bleus ou violacés, situés d'ordinaire à la partie médiane du fond de la vésicule.
Le contenu de ces vésicules est parfaitement limpide : lorsqu'on les pique, il s'en écoule un liquide aqueux, présentant tous les caractères chimiques et khistologiques de la lymphe, et qui sont en quantité beaucoup plus abondante que ne semblait le faire prévoir la capacité approximative de la vésicule ponctionnée : puis le li-
quide, d'abord clair, se mélange de sang ; enfin, l'écoulement s'arrêle spontanément ; il n'y a pas à proprement parler de lymphorrée.
Assez fréquemment la néoplasie n'est pas seulement constituée par des vésicules transparentes ; très souvent on y remarque aussi des vésicules rouges nettement hématiques, et quelquefois même de véritables nævi sanguIns.
L'hémo-lymphangiome de la langue s’observe sur la partie gauche de l'organe dans la majorité des cas que nous publions. Parfois il lui arrive de s'étendre à la face inférieure de la langue.
À la palpation, il offre une certaine résistance, ligneuse parfois.
Ces caractères subjectifs sont tous négatifs. En dehors des périodes fluxionnaires que la tumeur peut présenter et qui s'accompagnent des phénomènes inflammatoires habituels, la douleur fait défaut. La respiration, la déglutition, l'élocution ne sont jamais gênées. On ne conustate pas d’engorgement ganglionnaire.
L'hémo-lymphangiome de la langue évolue par poussées successives. De temps en temps, la tumeur vésiculeuse lymphatique devient turgescente et se gorge de sang. Elle semble augmenter légèrement de volume à la faveur de chacune de ces crises inflammatoires : c’est souvent pendant ces périodes que les malades viènnent consulter car alors les phénomènes subjectifs apparaissent : douleur, gêne de la mastication, de la phonation, voire de la respiration, retentissement ganglion-
paire.
Ces accidents aigus sont transitoires. Ils disparaissent après quelques lavages anliseptiques, ou même spontanément.