OBSERVATION VI
Bucquoy, Soc. méd. des hôp., 9 décembre 1881.
En 1864, un commerçant lui présente une petite bouteille remplie d'un liquide presque noir qu'il lui disait avoir rendu en urinant. Rien qu’à l’aspect, on ne pouvait douter qu'il ne s’agit d'une hématurie. Par l'acide nitrique et la chaleur; précipité albumineux.
C'était un homme de 35 ans, bien portant mais anémique. Pas d'æœdème; pas trace d’albuminurie habituelle,
Cette hématurie lui était arrivée plusieurs fois, et pour la ramener, il lui suffisait de sortir et de faire une petite course, Au bout de quelques heures, l'urine redevenait claire et limpide,
Ces hématuries se répétèrent, puis guérirent complètement: Traitement par les pilules de Llanninet les bains sulfureux:
En) | he OBservATION VII.
Un cas d’hémoglobinurie paroxystique (résumé), par Paetsch, Soc. de méd. de la Charité de Berlin, 25 nov. 1880. Berl. Klia. Woch., n° 3, p. 42, 17 janvier 1881.
Homme âgé de 33 ans, à part une pneumonie dans l'enfance, toujours bien portant jusqu'en 1869, où il contracta la syphilis. En automne 1879, survinrent des accès de frisson d'un quart d'heure à une demi-heure de durée, suivis de chaleur et parfois de sueurs, accês toujours provoqués par l’exposition au froid et accompagnés de l’émission d’urines rouge foncé. Contrairement au patient de Rosenbach, l'été il était indemne d’attaques semblables |
Pendant les accès, le sang tiré des vaisseaux ne présentait aucune altération ; l’urine était acide, très albumineuse et teintée fortement par l’hémoglobine. Le dernier accès, observé à la Charité (après une promenade dans le jardin par une température de 7° Réaumur), ne se produisit que par l’'hémoglobinurie sans frisson, ni élévation de la température. Au bout d’une heure, tout était rentré dans l’état normal.
Rien d’anormal dans les urines pendant le stade prodromique.
OgservaTioN. VIIL
Du Cazal. Soc. méd. des hôp., 1881.
Prévost, âgé de 29 ans, garde républicain, entre à l’hôpital du Val-de-Grâce le 2 octobre 1881.
Comme antécédents, nous relevons une rougeole à l’âge de 9 ans; à l’âge de 20 ans, un eczéma du cou qui a duré cinq mois; la jambe gauche présentait des cicatrices d’ecthyma. Notons encore une pleurésie en 1879 et quelques douleurs rhumatismales.
Pas d’antécédents syphilitiques, pas d’habitudes alcooliques ; pas de fièvres intermittentes antérieures. Cet homme est soldat depuis 1873, et dans la garde de Paris depuis 1877. IF n’a pas quitté Paris depuis cinq ans.
Dans les premiers jours du mois d'août de cette année, il éprouva un sentiment général de malaise accompagné de perte de l'appétit; il n’en continuait pas moins son service lorsque, le 11 août, étant de garde à la cuisine de sa caserne, il fut pris subitement d’un violent frison à 8 heures du matin ; il tremblait et claquait des dents; la sensation du froid avait débuté par les extrémités des membres. Prévost se mit au lit ettranspira abondamment; ayant uriné sur ces entrefaites, il vit que ses urines étaient fortement colorées en rouge, le soir il était complètement remis. Le lendemain, il reprenait son service et ses urines étaient redevenues normales.
Dix-kuit jours après, le 29 août, nouvel accès survenant à la même heure et présentant les mêmes symptômes, sauf que leur intensité fut moindre et que le malade ne s’aperçut pas que ses urines fussent colorées.
Mais le lendemain, 30, un troisième accès, de même intensité que celui de la veille, était suivi de la coloration rouge des urines.
Prévost alors se fit porter malade et entra à l’infirmerie du corps; on lui administra un vomitif et on le soumit à la médication par le suifate de quinine et le vin de quinquina. Il faisait chaud à cette époque, et trois semaines s’écoulèrent sans que les accès reparussent. Mais le malade n’avait recouvré l'appétit, il pâlissait et maigrissait. Dans la dernière semaine de septembre, les accès reparurent avec toute leur intensité première, suivis chaque fois de la coloration rouge des urines. C’est alors que le malade est envoyé à l'hôpital.
A son entrée, nous constatons qu'il est maigre, extrêmement pâle; la conjonctive présente une légère teinte subictérique. Pas d’atrophie du foie, ni de la rate. Les fonctions digestives s’accomplissent normalement. L’auscultation du cœur fait entendre, à la base, un souffle doux qui se prolonge dans les vaisseaux du cou.
Aussi longtemps que le malade reste dans son lit et ne se refroidit pas, il ne présente rien de particulier, et toutes ses fonctions s’accomplissent normalement. Ses urines, recueillies pendant vingt-quatre heures, ont été analysées par M. Gessard,
pharmacien au Val-de-Grâce, et l’analyse a fourni les résultats suivants :
L’urine de vingt-quatre heures, du dimanche 20 novembre au lundi 21, occupe un volume de 2,500 cc. Elle est limpide, d’un beau jaune, de réaction acide. La densité 1010 à 13°. Elle contient par 1,000 ce. 5 gr. 21 d’urée, soit 13 gr. 4 pour l’émission totale.
La recherche de l’albumine donne un résultat négatif. Par agilation avec le chloroforme, l’urine ne cède rien à ce dissolvant. Par le repos, elle ne laisse déposer aucun sédiment.
Mais, si le malade se refroidit, il présente alors l’accès que je vais décrire.
J’ai observé cet accès un grand nombre de fois, trois fois je l'ai provoqué; dans tous les cas, je l’ai vu identique à lui-même. Il ne se produit pas seulement sous l'influence d'un froid rigoureux, mais toute les fois que le malade se refroidit, ce qui a lieu souvent, même quand il quitte son lit sans sortir de la salle, seulement l’intensité de l’accès est en rapport avec le degré du refroidissement.
Le 21 novembre, à 8 heures du matin, je constate que l’urine du malade émise en ma présence est normale. Son pouls est à 68, ses caractères sont normaux. La température axillaire est de 36,9. À 9 heures, la température extérieure étant de 11° centigrades, je l'envoie ss promener au jardin. A 10 heures 1/4, il remonte se coucher; il est pâle plus encore que d'habitude; il éprouve de légers frissons et un malaise général, un engourdissement des pieds et des mains qui sont exsangues; parfois, mais pas toujours, 1l y accuse une sensation de fourmillement; sur les membres, surtout au niveau des articulations, des genoux par exemple, on observe une coloration cyanosée indiquant une gêne considérable de la circulation périphérique. En même temps, le malade accuse une impression douloureuse au niveau de J’épigastre et quelquefois une douleur très vague au niveau des lombes.
Le pouls est petit, serré, à 60. La température axillaire est de 37°, une heure après elle s'élève à 38,7. Elle atteint quelquefois 40°, le pouls étant à 88.
Barrion. [A
nl ; Me
Tous ces phénomènes disparaissent petit à petit, en un temps naturellement variable par l'intensité du refroidissement.
Les premièrés urines sont émises à midi; elles sont très fortement colorées en noir, couleut de café fort; les Secondes sont émises à 2 heures, puis à 5 heures. A chaque émission, elles sont de moins én moins colorées, et, six à sept héures après lé début de l'accès, elles sont redevenües absolument normales.
Chez ce malade, j’observe donc lä gamine descendanté signalée par M. Mésnet, mais non la gamme ascendante. Les prémières urines émises ont toujours été les plus colorées; je dois ajouter qu’elles n’ont jarnais été émises qu’une heure au moins après le début de l’accès, qui paraît ralentir la sécrétion urinaire.
Dans ces urines, on trouve une grande quantité de pigment en granülations, tantôt affectant la forme des tubes du rein, tantôt disséminées sans ordre figuré. L'examen le plus minutienx et plusieurs fois répélé ne m’y à jamais fait découvrir un Seul globulé de sang altéré ou non.
M. Gessard, qui les à examinées au point de vue chimique, m'a remis la note suivante :
Le 21 novembre, après un accès, on recueille quatre échantillons d’urine.
N°1l,à12h., 165 c. c., couleur brun foncé.
N°2,à 2h.,145c.c., — rouge, N°3,à 5h.,500 cc, — jaune.
N°4,4 7h.,300c.c., — jaune.
Ces deux derniers échantillons limpides, de couleur normale, contiennent ni albumine, ni pigment.
Les échantillons 1 et 2 abandonnent par le repos un sédiment peu abondant formé de granulations jaunâtres amorphes.
La chaleur, l’acide azotique y détérminent un coagulum albumineux coloré en rouge brun. Le chloroforme ne dissout aucun pigment.
L'urine examinée au spectroscope, présente les deux raies caractéristiques de l’hémoglobine entre D et E. L’addition de sulfhydrate d’'ammoniaque produit la raie urique, intermédiaire aux deux premières qui appartient à l’hémoglobine réduite.
Le coagulum, formé par l’ébullition et recueilli sur filtre,
— Hi —
trailé par l’alcool additionné d'acide sulfurique, a donné une liqueur rouge brun qui ne présente plus qu’une seule raie au spectroscope, entre G et D, caractéristique de l’hématine.
. Enfin, une goutte d'urine, trailée par l’acide acétique concentré et évaporée sur une lame de verre, offre au microscope les cristaux d’hémine.
Les coagulums albumineux des échantillons 1 et 2 ont été pesés. On a trouvé :
Échantillon n° 1, 0 gr. 92 pour 100 c. c.
— ne 2, 0 gr. 23 —
Conclusion. — L’urine de l’accès ne contient aucun autre pigment que l’hémoglobine. En dehors de l’accès, elle ne contient ni albumine, ni pigment anormal. La proportion d’albumine constatée doit être vraisemblablement rapportée à l’hémoglobine. :
OBSERVATION iX,
Observation de Rosenbach (résumée). Berl. Klin. Wochen, numéros à 10 et 11, 1880.
Garçon de 7 ans, né de parents bien portants, ayant toujours joui lui-même d’une bonne santé jusqu'à l’âge de 35 ans (sauf une attaque de coqueluche). C’est consécutivement à une chute de voiture qu’il a perdu sa belle apparence. Get accident a été suivi d'une courte perte de connaissance; pas de lésions appréciables extérieurement. L'automne suivant, apparurent des accès décrits par les parents, de la manière suivante : l'enfant qui n’est pas parliculièrement, susceptible au froid et qui court volontiers pieds nus, rentrant dans la chambre en venant de jouer, se plaint tout à coup de frissons, pâlil, bâille et s'étire, souffre de vives douleurs frontales et s'endort, la peau chaude. Au bout d’une heure, il s'éveille et émet une urine très fortement colorée, noirâtre. À la fin de la période de sommeil, le front est souvent recouvert d’une sueur froide, mais il est rare qu’on trouve de la sueur sur le corps. Habituellement, deux, ou au plus trois heures plus tard, l'urine est émise, parfaitement claire. Souvent , les accès sont plus courts, et dans ce cas, l’urine est simplement
nr de
rouge. Lors des premiers accès, l'urine n'était pas noirâtre. Les accès viennent en toutes saisons, mais c’est au printemps et à la fin de l’automne qu'ils sont le plus fréquents et le plus prolongés. Ils sont rares en hiver, parce qu’alors l'enfant reste presque constamment dans une chambre chaude. Il semble d’ailleurs que les accès soient provoqués, moins par une courte exposition à un froid vif que par l’action un peu prolongée d’un froid moindre. Il ne s’est jamais produit d'accès pendant la nuit. Dans les intervalles, le suiet jouit d’une santé parfaite, bien qu'il soit délicat; son visage n’est point pâli; l'examen des principaux organes démontre leur intégrité. Le sang paraît normal, l'urine est ordinairement très claire, acide, d’une densité de 1012 à 1015 et exempte d’albumine. A chaque accès, elle prend une couleur, soit rouge clair, soit rouge foncé et même noire; progressivement, après son émission, cette urine devient trouble et laisse déposer un sédiment floconneux et granuleux; sa réaction est toujours alcaline, et au bout de plus d’une heure, elle dégage une odeur fortement ammoniacale ; sa densité est faible (1007 à 1009) ; par l'emploi de l’acide nitrique et de la chaleur, on obtient une coagulation albumineuse qui, le plus souvent, ne se prend pas en une seule masse, mâis constitue des flocons d’autant plus abondants, que l’urine est plus colorée. Le spectroscope montre que la coloration de l’urine est due à de l’hémoglobine et quelquefois à de la méthémoglobine, dans le cas où l’urine est émise depuis un certain temps. L'examen microscopique de l’u- : rine fraîche révèle l’existence de quelques grains d'hémoglobine et de cylindres granuleux assez abondants ; quelques rares glo- ‘bules sanguins, rouges et blancs et parfois des cylindres hyalins pâles; puis progressivement, à partir de l'émission, l’urine devient.de plus en plus riche en grains d’hémoglobine et en cristaux de phosphates ammoniaco-magnésiens.
En été, les accès se sont aussi montrés, mais alors ils ne commencent pas par un frisson, ne s’accompagnent pas de sueurs.
L'auteur a pu, dans une circonstance, examiner l’enfant quelques minutes avant qu'un accès fut déclaré ; l’urine était jaune foncé, d’une densité de 1012. Par Ja chaleur, après addition d’acide acétique ou nitrique, elle donnait un précipité albumineuxs
Au spectroscope, pas d'hémoglobine; à l'examen microscopi-