HISTORIQUE
Les premières descriptions bien authentiques d’hémoglobinurie paroxystique ne remontent guère qu’à une vingtaine d'années.
Mais il est difficile de croire que des faits aussi particuliers aient échappé à la sagacité des anciens observateurs; sans les analyser complètement, plusieurs sans doute en furent frappés. C’est ainsi que nous trouvons dans Rayer (1) les lignes suivantes : « M. Ellioston a vu chez une personne, qui avait eu antérieurement une fièvre d'accès, une hématurie intermittente guérie par le sulfate de quinine. Le sang était toujours rendu dans la période de froid. — Un cas analogue est rapporté par le D' Gergères : Un jeune homme, capitaine de navire, jouissant habituellement d’une bonne santé, fut pris pendant deux heures de frissons très vifs après lesquels se developpa une forte chaleur; pendant cette période le malade eut besoin d’uriner, mais au lieu d'urine, il rendit par l’urèthre une grande quantité de sang. Quelques heures après une sueur s'établit et le malade se crut guéri. Le lendemain, à la même heure, retour des mêmes accidents fébriles et de l'évacuation
(1) Rayer. Traité des maladies des reins, Paris, 4841, v. IIÉ, p. 310,
= a : CS
du sang. M. Gergères prescrit un traitement émollient tant interne qu'externe. Les symptômes cédèrent encore à la même heure que dans le premier accès. Le troisième jour les mêmes phénomènes se reproduisirent encore avec plus de violence. Dès lors on s’empressa vers la fin de l’accès d’administrer le sulfate de quinine à la dose de vingt-cinq grains ; ce moyen mit fin à tous les accidents et en empêcha le retour. »
Antérieurement Stewart avait publié l'observation d’une hématurie périodique traitée sans succès depuis huit mois par la diète et le régime antiphlogistique, et qui guérit dans l’espace de trois mois par le quinquina et les toniques. Le sixième mois de ce traitement le malade était complètement guéri.
Nous ajouterons que peu de temps après Defer (1) communiquait un cas analogue.
Rayer voyant là des hématuries se produisant avec un cortège de phénomènes exceptionnels les qualifiait « d’hémorrhagies rénales essentielles >». Ne pourrait-on rapprocher ces hémorrhagies rénales essentielles de l’hémoglobinurie paroxystique? Antécédents impaludiques, accès périodiques avec fièvre et pissement de sang, longue durée parfois, et enfin guérison par le sulfate de quinine, voilà tout autant de circonstances que nous retrouverons dans l'étude de l’affection qui nous occupe. Cependant, il faut évidemment reconnaître que ces observations sont contestables puisqu'il leur manque un examen minutieux des urines.
Les auteurs anglais, les premiers, publient des faits complets et indiscutables, et rattachent la maladie à une congestion rénale se développant sous l'influence du
(1) Defer. Comptes rendus de la Société de biologie, 1849, année I, p. 143,
ut froid. Harley (1) la décrit sous le nom d’ « intermittent hæmaturia »; Pavy, sous celui de « paroxysmal hæmaturia ». Hassall spécifie nettement qu’elle est plus fréquente en hiver et lui donne le nom d’hématurie hivernale.
En Allemagne, Kobert et Kuëssner (Berl. klin. Wochenschr., 1878) l’appellent «hémoglobinurie périodique ». Kuëssner (Deutsche med. Woch., n° 37, 1879) hémoglubinurie paroxysmale, Ultzmann (Uber Hæmaturie. Wien, Klin. Woch., 1878) publie une observation où l’on voit l’hémoglobinurie combinée avec une hémorrhagie parenchymateuse. Lichtheim enfin (Sammlung klin. Vorträge, n° 134, 1878) réunit de nombreux exemples, fait une lecon didactique dans laquelle il étudie en détail la maladie, les caractères de l’accès et ceux de l’urine; il considère le froid comme la cause principale (2).
Peu de teips après, Murri, dans la Gazette de Bologne 1878-79, expose la pathogénie et la symptomatologie de
(1) Georges Harley. Med. Chir. Trans.,t. LXVIIE, p. 161, 1884.
Dickinson. Med. Chir. Trans,, t. LXVIIF, p. 1175, 1864.
Hassall. The Lancet, 1865.
Gull. Guy’s Hospital Reports, 1866.
Pavy. Lancet, 1866.
Murchison, Path. Soc. Trans., t. XVIII.
Begbie. Edinburgh Med. Journal, 1875.
W. Legs. Bartholomew’s Hosp. Reports, 1874.
Stephen Mackensie. Lancet, 26 juillet 1879, anal. in Revue d:s sciences médicales, 1882, t. XX, p, 398.
(2) En outre :
Rosenbach. Berlin, Klin. Woct,, 1880,
Ponfick. Congrès des médecins de Wiesbaden, 1883.
Van Rossem. Over Paroxysmale Hærmoglobinurie, Amsterdam,
Bous. Dissertation Halle, 1881, et Centralblatt, 1882, analvsé in Revue des sciences médicales, 1881.
l’'hémoglobinurie; il ne croit pas à l’individualité bien
réglée de la maladie et la regarde comme un symptôme
pouvant survenir dans des états morbides bien différents.
En France, le premier fait publié est celui du Dr Clément, médecin des hôpitaux de Lyon, dans Lyon médical de 1880.
Peu après paraissent dans la Revue mensuelle de 1880 deux articles de Lépine et Ramlot (1).
En 1881, le D' Mesnet lit à l’Académie de médecine une communication sur un sujet dont nous rapportons l’histoire, et dont les urines avaient été examinées par le professeur Hayem.
Torio (2) fait sa thèse sur un malade qu’il a présenté au D' Mesnet, mais son observation n’est pas très concluante.
Il nous reste encore à citer :
Du Cazar. — Communication à la Société médicale des hôpitaux, 1881; et à la suite, discussion où M. Bucquoy rapporte un fait remontant à 1864.
Dreyruss-Brissac. — Revue critique. Gazette hebdomadaire, 1881.
CORRE. — Archives de médecine navale 1881, sur la fèvre mélanurique où hématurique, et la thèse d’un de ses élèves, Bréjeon : « Diagnostic différentiel de l’hématurie et de l’hémoglobinurie. »
Lépine. — Revue médicale, 1882.
ELoy. — Union médicale, février 1883.
RopET. — Lyon médical, 4 mai 1884.
(1) Ramlot. Revue mens. de méd. et de chir., sept. 1880, p, 735. (2) Torio. Th, Paris, 1881.