‹ Contribution À L'Étude De L'Héréo-Syphilis Du Larynx Et Particulièrement De Ses Formes TardivesChapitre 18 sur 24 · OBSERVATION Î · texte numérisé non relu

OBSERVATION Î

Hérédo-syphilis, rétrécissement du larynx datant de cing ans.

F... Victor-Jean, quinze ans, apprenti carrossier.

23 avril 1907. — Le malade se présente pour faire changer une canule; on apprend alors ce qui suit :

Le malade a fait un premier séjour à l'hôpital, en février 1902, au cours duquel il a été tubé pour croup. Première culture : staphylocoques et cocci; deuxième culture : petits bacilles de Lôffler. Puis, 1l fut trachéotomisé. Il est sorti le 15 avril suivant. — Deuxième séjour : le malade est revenu à l'hôpital le 1°" mai de la même année pour un accès subit d'étouffement. Il est trachéotomisé une deuxième fois et on fait le diagnostic de croup non diphtérique. Comme dans la suite le malade ne put être décanulé, il a quitté l'hôpital avec sa canule.

Examen laryngoscopique le 23 avril 1907.

Le miroir montre à la commissure antérieure entre les deux cordes vocales rouges et gonflées, un diaphragme d'épaisseur indéterminée. La respiration par le larynx est absolument impossible. De plus, la luette est détruite et le voile du palais est échancré, ce qui, malgré son histoire, fait penser à l'hérédo-syphilis.

— hi-—

Le rétrécissement du larynx est traité dans les mois qui suivent par la dilatation progressive selon la méthode de Schrôtter.

20 novembre. — L'examen laryngoscopique montre un trajet scléreux, grisâtre, béant, occupant la moitié postérieur de la glotte, suffisant très bien à la respiration normale. Ce trajet admet un tube genre Froin de 10 millimètres de diamètre.

22 Janvier 1908. — On incise au couteau laryngien le diaphragme qui unit les cordes vocales dans leur moitié antérieure.

Le malade sort de l'hôpital le 19 mars 1908.

Depuis il a été perdu de vue.

OBSERvATION II Hérédo-syphilis. — Langue scrotale. — Infillration diffuse de l'hémilarynx droit. — Exulcération gommeuse

de la bande ventriculaire droite.

A..., André, onze ans et demi, entre à l'hôpital le 30 mai

Antécédents héréditaires. — Père nie la spécificité. Pas de renseignements sur la mère.

Antécédents personnels. — À déjà présenté depuis son

enfance divers accidents cutanés, principalement aux jambes, d'origine spécifique. Il fut traité et guéri par le traitement ioduré et mercuriel. ;

L'enfant est un minus. Langue scrotale. La voix est rauque. Depuis quelques jours 1l présente une asphyxie progressive avec de temps à autre des crises paroxystiques. Tirage et cornage, cyanose légère. On décide la trachéotomie.

L'examen laryngoscopique, fait avant la trachéotomie, montre une infiltration de toute la paroi latérale droite du

EN

larynx avec exulcération de la bande ventriculaire droite et

immobilisation de la corde vocale droite.

Lavement de néosalvarsan o gr. 20 et injection de bno-

dure de mercure o gr. 02.

1® juin 1914. — Râles de broncho-pneunomie disséminés. On fait un abcès de fixation qui est ouvert le 10 juin. 12 juin 1914. — Deuxième injection de néosalvarsan.

L'examen laryngoscopique montre la corde vocale gauche un peu rosée, mais mobile; la corde vocale droite moins mobile dans l’abduction, rouge, surmontée d’une bande ventriculaire ulcérée et infiltrée.

20 juin 1914. — Troisième lavement de néosalvarsan.

6 août 1914. — Il reste seulement un peu de rougeur à peine appréciable de la corde vocale droite.

Aucune tuméfaction de la bande droite.

N'a pas eu d'autre traitement que le 914.

14 août 1914. — On continue le traitement par la potion de Moure.

25 septembre. — Quatrième lavement de néosalvarsan.

Larynx normal sans épaississement des deux cordes vocales rouges et étalées.

La voix reste rauque.

Traitement. — Potion de Moure et fumigations.

Cet enfant a succombé entre 1915 et 1916 à une méningite cérébro-spinale épidémique.

ORBSERVATION III

Hérédo-syphilis. — Enorme épiglotte infiltrée.— Dyspnée intense avec lirage.

L..., dix ans, entre le 12 décembre 1918 dans le service de M. le professeur Collet pour de la dyspnée intense et progressive survenue depuis quinze Jours.

Antécédents héréditaires. — Père ethylique en bonne santé.

Mère anémique portant des cicatrices d’adénites cervicales.

Quatre enfants dont le. petit malade.

Le premier mort en bas âge de méningite.

Le deuxième âgé de quinze mois.

Le troisième a sept ans. Bonne santé habituelle.

Antécédents personnels. — Né à terme sans incidents. Rougeole et varicelle à deux ans. Kératite interstitielle à huit ans. À été traité par des collyres et des injections de HI

Le malade présente une dyspnée intense avec tirage.

Expectoration abondante.

Pas de dystrophie dentaire. Taies cornéennes circulaires. La plus importante siège à gauche.

Rien à signaler à l'examen radioscopique n1 à l'examen des autres organes.

Examen laryngoscopique. (Professeur Collet.)

« Grosse épiglotte avec une encoche à gauche ; le reste du larynx n’est pas visible. »

On commence injections de Hgl?, 0,005 tous les deux Jours.

Trachéotomie le 18 décembre 1918.

Même examen laryngoscopique, à partir d'aujourd'hui KI, 2 grammes et injections Hgl?, tous les deux jours.

7 janvier 1919. — Ablation de la plus grosse partie de l'épiglotte. Inoculation à cobaye mort le 16 janvier (abcès local). Une partie du fragment épiglottique est conservée pour l'examen histologique.

2 février 1919. — À terminé la série de 10 piqüres de Hg, 0,005 chacune et son traitement KI {trois semaines, 2 grammes par jour).

On peut voir l'intérieur du larynx.

La corde vocale droité paraît normale.

La corde vocale gauche, invisible ou transformée en un bourgeon ; le bourgeonnement occupe le reste.

Poids : 30 kilogrammes (état général excellent).

Pas de température.

11 février. — Poids 31 kilogrammes.

21 février. — Corde vocale droite visible.

Corde vocale gauche et bande gauche ne font qu'une seule masse bosselée, visible dans l'échancrure opératoire: épiglottique.

Poids : 30 kilogrammes.

5 mars. — La moitié droite de l'épiglotte est à peu pres normale.

La corde vocale droite est mobile, par contre la moitié gauche de l'épiglotte excisée, la bande ventriculaire et la corde vocale gauches forment une masse bosselée et

immobile.

Les trois semaines de KI sans Hg sont terminées. 17 mars. — Poids 29 kilogrammes.

29 avril. — Reprise de KI.

L'examen laryngoscopique montre les deux cordes vocales normales. La gauche ne se voit que par intermittences, lrès difficilement, couverte par un bourgeon.

21 juillet. — On décanule le malade.

26 juillet. — Corde vocale droite normale, corde vocale gauche, rosée, mobilité très diminuée. Au-dessus d'elle flotte un fragment venant de la bande ventriculaire.

Le malade sort de l'hôpital.

Examen histologique d'un fragment épiglottique, par M. le D' Favre, chef de laboratoire à la Faculté de Médecine.

Les lésions observées dans ce cas sont superposables à celles observées chez Mile B... (syphilis laryngée tertiaire acquise. Observation VIII).

Ces lésions sont très étendues. Elles sont constituées schématiquement par une infiltration diffuse de toute l'épaisseur des tissus épiglottiques. L'inflammation est tantôt représentée par un tissu très riche en cellules, pauvre en substance collagène, parcouru par des vaisseaux de nouvelle

formation dont les parois sont souvent entourées de manchons cellulaires, tantôt par un tissu plus riche en fibres conjonctives et tendant vers la constitution d’un tissu de sclérose dense. L'épithélium est en de nombreux points sur la surface de l’épiglotte en voie d'hyperplasie. Il envoie des prolongements assez profondément au sein des tissus inflammatoires. En d’autres points, l’épithélium, très aplati, n'est représenté que par quelques cellules aplaties tangentiellement et en état de parakératose. Dans le tissu inflammatoire, on trouve disséminés des nodules épithélioïides qui confluent parfois pour former des nappes étendues. Dans ces amas épithélioïides, on rencontre des cellules géantes de dimensions très variables, les unes bi-, les autres plurinuclées. Toutes les transitions existent entre les cellules épithélioïdes isolées, les éléments épithélioides formés par l'agglomération de deux ou trois cellules et les grosses cellules géantes à noyaux abondants. On trouve quelques cellules géantes éparses dans la nappe inflammatoire, à distance des foyers épithélioïdes.

« Nous n'avons pas vu sur les coupes de gros vaisseaux. La vascularisation habituelle du tissu a été profondément modifiée dans la plupart des points, soit au niveau des zones d'infiltration cellulaire, soit dans les régions où le tissu conjonctif est plus dense. On trouve de nombreuses lumières vasculaires béantes. Ces vaisseaux sont formés d'une paroi lamelleuse mince et souvent, autour d'eux, on trouve, les entourant, un manchon de petites cellules fortement colorables.

« Nous avons trouvé cependant sur la coupe une artère coupée en deux points de son trajet et présentant une oblitération à peu près complète par un processus d’endartérite. Il n'existe plus dans le tissu de glandes. On ne trouve pas, sur la coupe, trace de cartilage.

« Telles sont les lésions observées dans ce cas. On peut les résumer ainsi :

« Inflammation et infiltration diffuse, avec remaniement

ST

complet du tissu épiglottique ; disparition du cartilage et des glandes ; substitution au tissu normal d'un tissu d'inflammation, tantôt très riche en éléments cellulaires, tantôt en voie d'organisation fibreuse ; développement de néovaisseaux, coexistant avec l’oblitération de certains troncs vasculaires ; présence dans le tissu inflammatoire de formations tuberculoïdes : amas épithéloïdes, cellules géantes.

« Il ne nous reste que quelques détails à donner sur la constitution cellulaire de l'infiltrat. En certains points, il est formé uniquement de cellules lymphoides. En d’autres et particulièrement dans les points où le tissu conjonctif tend à s’épaissir, on trouve des cellules irrégulières, allongées, contournées en sangsues, qui présentent les caractères des cellules conjonctives fixes. Sur de larges surfaces, l'infiltration est constituée par des cellules lymphoides mélangées à des cellules plasmatiques, disposées dans un réseau formé par les anastomoses de cellules conjonctives rameuses et par quelques fibres collagènes. »

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