‹ Contribution À L'Étude De L'Héréo-Syphilis Du Larynx Et Particulièrement De Ses Formes TardivesChapitre 21 sur 24 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Hérédo-syphilis. — Infiltration gommeuse de la bande ventriculaire gauche. — Troubles de la voix et de la respiration.

D... M.., huit ans. Entre le 3 septembre 1919, dans le service du D: Péhu pour : 1° des ulcérations consécutives à l’ablation de ganglions sus-hyoïdiens, faite au mois de février 1919; 2° des troubles de la voix et de la respiration.

Antécédents héréditaires. — Père, quarante-cinq ans. Ethylique. On suspecte la syphilis.

Mère, trente-neuf ans, il y a onze ans fut soignée pour des accidents syphilitiques à l'hôpital Saint-Pothin.

Deux ans après, elle devint enceinte du malade. Pendant sa grossesse, elle suivit un traitement régulier {frictions à l'onguent napolitain). Accouchement à terme. L'enfant ne présente aucun signe suspect de syphilis héréditaire. Il prit du poids immédiatement et ne donna aucune inquiétude jusqu'à quatre ans. À ce moment, les parents constatèrent des troubles du côté des yeux : conjonctivite, photophobie, et l'apparition de ganglions sous-maxillaires et cervicaux.

Au mois de mai 1918, l'enfant fait un séjour à Longchêne, au cours duquel apparaissent les troubles vocaux.

Actuellement, enfant bien constitué. Pas d’altérations cutanées, ni de déformations osseuses, Ce qui frappe, c'est le cornage surtout inspiratoire, cependant l'expiralion est un peu bruyante. L'aphonie est presque complète. Quand on arrive à faire parler l'enfant à haute voix, ôn constate que la voix est bitonale. Au niveau de la région sus-hyoïdienne, on voit une large cicatrice d’exérèse ganglionnaire, La suppuration persiste en quelques points.

pre

Langue normale, Pas de dystrophies dentaires. Examen des veux par le D' Grandclément : Cataractes congénitales polaires antérieures. Les mouvements des globes oculaires sont normaux.

Rien à signaler à l'examen radioscopique, n1 à l'examen des autres organes.

7 septembre. — Examen laryngoscopique, par M. le professeur Collet : s

« Infiltration gommeuse au niveau de la bande ventriculaire gauche. »

Traitement du 7 au 17 septembre, 10 piqüres de Hg (o gr. o1 chacune).

Ce traitement amène une très notable amélioration dans les plaies de la région sus-hyoïdienne qui sont presque toutes cicatrisées.

La suppuration récidive au début de novembre. L'aphonie persiste.

7 novembre. — Examen laryngoscopique, par M. le” professeur Collet :

« Objectivement très amélioré ; un lambeau de muqueuse flotte au-dessus de la corde vocale gauche. »

On reprend le traitement par KI, 4 grammes par jour.

9 novembre. — Wasserman nettement positif.

26 novembre. — Le cornage a complètement disparu. Cependant l'aphonie reste complète. La suppuration au niveau de la région sus-hyoïdienne persiste encore.

Depuis le 8 novembre, 4 grammes de KI par jour. Cette médication a été bien supportée.

Examen laryngoscopique par M. le professeur Collet :

« On ne constate plus qu'une saillie irrégulière de la bande ventriculaire gauche. »

10 janvier 1920.— Les lésions de la région sus-hyoïdienne sont toutes cicatrisées, La voix reste voïilée,

OBsERvVATION VII

Hérédo-syphilis? — Nez en selle, — Adhérences salpingopharyngiennes. — Ebauche de palmure des cordes vocales.

P..., Charles, quinze ans.

15 novembre. — Se présente à la consultation à l'Hôtel- Dieu pour de l’enrouement, surtout accusé depuis l’âge de huit ans.

Antécédents héréditaires. — Père atteint de bronchite chronique depuis deux ans, avec mauvais état général.

Pas d'autres renseignements.

Mère : bonne santé habituelle.

Deux enfants dont le malade. Le premier enfant est mort à l’âge de deux ans de broncho-pneumonie.

Deux fausses couches postérieures à la naissance des deux enfants.

Antécédents personnels. — Né à terme. Premiers pas à treize mois. Elevé en nourrice. Aurait contracté le croup à l'âge de huit ans. (Tubage.)

Pas de coryza, ni d’affections oculaires dans l'enfance. Audition normale. Pas de dystrophie dentaire, ni de cicatrices cutanées suspectes.

Par contre, degré d’infantilisme très marqué. Le malade est arriéré.

Nez en selle.

Rhinoscopie antérieure : cloison épaissie.

Rhinoscopie postérieure : adhérences cicatricielles, salpingo-pharyngiennes.

La voix est très voilée, rauque et bitonale.

De temps à autre, crises légères de suffocation.

Examen laryngoscopique.

Rien à l’épiglotte.

Les cordes vocales sont rouges et épaissies, mais celles sont mobiles,

On constate à la commissure antérieure entre les cordes vocales une ébauche de palmure.

Traitement : frictions à l’onguent napolitain, quatre fois par Jour.

Le malade n'est pas revenu à la consultation,

OpseRvATION VIII

Syphilis tertiaire acquise du larynæ,

MERS TASER

Nous ne donnons pas l'observation clinique de ce cas qui ne se rapporte pas au sujet que nous traitons. Nous décrirons seulement en détail les lésions histologiques observées dans la coupe d'un fragment épiglottique, afin que l’on puisse voir leur analogie avec celles constatées dans l'examen histologique de l'observation III. L'examen histologique de ce cas de syphilis tertiaire du larynx a été fait par M, le D' Favre.

« L°s lésions histologiques sont dans ce cas très étendues et très profondes. Elles consistent en une in/filtralion

diffuse qui a profondément remanié les divers tissus de l'épiglotte. Certains de ses éléments ont complètement disparu. [l'en est ainsi des glandes. Au tissu normal, s’est substitué un tissu inflammaloire, tantôt en pleine réaction cellulaire (nous en étudierons les éléments constitutifs), tantôt en voie d'organisation conjonctive et de sclérose.

«€ À un /aible grossissement, on note, en certains points, une réaction hyperplasique de l'épithélium:; en d'autres points, l'éjithélium manque. Au niveau des points où l'épithélium et épaussi, les cellules malpighiennes ont un volume augmenté; Les espaces intercellulaires sont élargis et les ponts intercellulaires sont extrêmement visibles,

ie”

« Le derme est partout diffusément infiltré. Sur la presque totalité du fragment excisé, on note uneinfiltration cellulaire dense, formée de petites cellules, très tassées les unes contre les autres, fortement colorables. Cette infiltra tion est, sur une surface assez étendue de la préparation, découpée en îlots par des bandes épaisses de tissu conjonctüf, dont les faisceaux sont serrés et contiennent dans leur intérieur des cellules fixes allongées suivant l’axe du faisceau. Dans ce tissu conjonctif existent de gros vaisseaux de nouvelle formation, à parois très minces, bourrés de globules rouges. Partout ailleurs, la nappe d'infiltration cellulaire se poursuit avec des éléments cellulaires, tantôt très serrés, tantôt moins cohérents.

« Au voisinage d'un fragment de cartilage noyé dans l'infiltration, on note la présence d’amas de cellules épithélioides, formant deux petits nodules arrondis d'une parfaite netteté. On trouve dans la même région quelques cellules épithélioïdes isolées et surtout deux énormes cellules géantes. L'une de ces cellules possède de très nombreux noyaux disposés en croissant à la périphérie de l'élément, Dans l’autre cellule, plus volumineuse encore, les noyaux forment une couronne continue, dense, à la périphérie de l'élément; quelques noyaux se voient dans l'aire protoplasmique centrale.

« Tout le tissu inflammatoire est parcouru par des vaisseaux néoformés à parois très peu différenciées, réalisant plus souvent le type de lacunes vasculaires que de vaisseaux structurés. Nous n'avons pas vu dans ce fragment superficiel de gros vaisseaux (artères ou veines), dont 1l nous ait été possible d'étudier les lésions.

« Un petit nerf, englobé dans le tissu de sclérose, se montre très altéré.

« Les éléments glandulaires, si riches dans l'épiglotte normale, ont complètement disparu.

« L'examen, à un plus fort grossissement (immersion 1/12), montre que l'infiltration est du type lympho-

plasmatique, On trouve dans les points où l'infiltration es très dense, surtout des cellules lymphoïdes, tantôt arrondies, tantôt allongées, tassées les unes contre les autres et présentant, pour certains éléments, toutes les formes de transition entre la cellule lymphoïde et l'élément fixe du tissu conjonctif. Dans les points où l'infiltration est moins intense, on trouve au sein d'un délicat réticulum conjonctif, quelques cellules lymphoïdes, de nombreux plasmazellen et de grandes cellules conjonctives fixes. L’abondance des plasmazellen est, en certains points, très remarquable.

« Les cellules épithélioides et géantes ne présentent aucun caractère particulier qui puisse permettre de les distinguer d'avec les cellules du même type observées dans des lésions indubitablement tuberculeuses ».

Page 1