OBSERVATION I
R. F..., ouvrier de l’entreprise Hersent, entre à l'hôpital maritime de Cherbourg, le 27 novembre 1914, dans le service de M. Oudard.
A fait une chute d’une douzaine de mètres au fond d’un caisson à air comprimé. Accident survenu à 7 heures. On le transporte à l'hôpital où il arrive à minuit. À perdu connaissance au moment de l’accident.
À son entrée, état demi-comateux. Ecchymose de la paupière supérieure droite. Opération d'urgence à la cinquième heure par M. le médecin-chef Oudard. Plaie contuse du cuir chevelu à la partie moyenne de la région frontale droite; perte de substance de la largeur d'une pièce’de 2 francs; bords contus, écrasés, effilochés. Autre plaie à bords nets au-dessus de l’arcade sourcillière gauche. Le cuir chevelu est décollé tout autour de la plaie contuse, le décollement s'étend en arrière presque jusqu'à l’occiput. Le crâne est à nu. Au fond de la plaie contuse, fracture du crâne avec enfoncement. La portion d'os enfoncée a la dimension d'une pièce de 5 francs environ; elle est située à 3 centimètres du sinus longitudinal supérieur. De cette perte dé substance part une fissure qui se dirige vers la fosse temporale.
Trépanation à la fraise et à la pince-gouge. On enlève le fragment enfoncé et un fragment de la table interne de 3 centimètres carrés de superficie, basculé et qui déprime la dure-mère.
Pas d’hématome extradure-mérien. La dure-mère, intacte, a une coloration bleutée, est tendue et immobile. On l’incise avec précau-
tion sur une longueur de 2 centimètres, un peu de sang veineux s'échappe, pas de caillots. |
On suture partiellement la dure-mère, en laissant une pince à demeure sur une petite veine pie-mérienne. Suture du cuir chevelu au crin. Drainage. Le malade reprend connaissance après l'intervention.
Le 28, nuit agitée. Température, matin, 37°6; pouls, 76; soir, 383; pouls, 120.
Ce matin répond aux questions qui lui sont posées. À pu donner des indications sur sa famille. Pas de troubles de la motilité ni de la sensibilité. Céphalalgie.
Le 29, nuit agitée, subdélire. |
Ce matin souffre à peine, se. plaint simplement de courbature généralisée. Pas de troubles de la motilité ni de la sensibilité.
Le 29, température, matin, 37°2; pouls, 80; soir, 37°4; pouls, 105.
Le 30, température, matin, 3701 ; pouls, 80; soir, 37°3; pouls, 94. . Se trouve mieux; céphalalgie légère; mais à l’occasion des moindres mouvements, douleurs à la nuque très violentes.
Le 1‘ décembre, température, matin, 3795 : pouls, 84; soir, 37°; pouls, 88.
Ponction lombaire : 20 cc. de liquide rosé, la tension paraît normale. À
Le 2, température, matin, 37°1; pouls, 88; soir, 37°6, pouls; 84.
État général bon, a toute sa connaissance, a bien dormi.
Ecchymosesous-conjonctivaleà droite. Pas de signe de Kernig, pas de paralysie faciale. Parésie du membre supérieur droit, Réflexes crémastériens abdominaux à peu près abolis. Le rotulien existe. Pas de signe de Babinski. Pas de troubles de la sensibilité.
La nuque est un peu moins raide et moins douloureuse. Conirevisite. On refait le pansement, la plaie paraît en bon état. On enlève le drain.
Le 3, température, matin, 37°2 ; pouls, 84; soir, 37°2; pouls, 81.
Même symptomatologie. Ponction lombaire : Issue de 13 cc. de liquide céphalo-rachidien nettement hématique.
Le 4, température, matin, 37 degrés; pouls, 75; soir, 37°9; pouls, 400.
RC T
Ponction lombaire : Issue de 40 ce. de liquide céphalo-rachidien rosé. Hypertension.
Le 6, on enlève les crins. L'incision opératoire est cicatrisée, La plaie contuse, dont les bords sont sphacélés, laisse suinter un peu de sérosité purulente ; œdème de la paupière supérieure gauche et ecchymose sous-conjonctivale.
Le 6, température, matin, 37°4; pouls, 84; soir, 37%; pouls, 86.
Aggravation de l’état général, torpeur.
Le 7, température, matin, 38 degrés; pouls, 120.
Torpeur persistante jusqu'à 5 heures du matin. À ce moment, aggravation subile; coma, pouls presque incomptable. Pas de symptômes cérébraux marqués.
Décédé à 9 h. 50 du matin.
Autopsie pratiquée le 8 décembre, vingt-quatre heures après la mort :
Aspect extérieur : Sujet de constitution vigoureuse, rigidité cadavérique.
Examen de la tête :
A. — Le cuir chevelu présente une plaie un peu en arrière de la bosse frontale droite. Cette plaie.est en partie cicatrisée, sauf en un point où les bords contus et sphacélés laissent sourdre un peu de pus. Le cuir chevelu est rabattu en avant et en arrière à l’aide d’une incision lransversale. Le lambeau antérieur au voisinage de la plaie
opératoire esl décollé par de la sérosité louche avec grumeaux de pus.
B. — La calotte cranienne présente, au niveau de la partie droite
du frontal, une perle de substance osseuse, provenant d’une plaie
par trépanation. Cette perte de substance est irrégulière, à peu pirès ovalaire, et de la dimension d’une pièce de 5 francs. Elle part de la suture fronto-pariétale droite, un peu en dehors de la ligne médiane, et s'étend sur la face externe du frontal. Son grand axe est fortement oblique d’arrière en avant, de gauche à droite et de haut en bas. Du bord postéro-exlerne de cette perte de substance, à 1 centi-
. mètre en avant de la suture fronto-pariétale droite, part un large
trait de fracture qui, descendant parallèlement à la suture, atteint la partie supérieure du bord interne de la grande aile droite du sphénoïde, au voisinage du ptérion. d
Germain
C. — A l'ouverture de la boîte cranienne, on découvre immédiatement, dans la région temporale droite, un hématome considérable décollant et refoulant en dedans la dure-mère. Il se répand depuis le bord antérieur du rocher jusqu’à la voûte orbitaire, tapisse le pariétal et. la portion écailleuse du temporal au niveau des ramifications des branches de la méningée moyenne et remonte sur le frontal presque jusqu’à la perte de substance ci-dessus décrite. Des foyers hémorragiques existent, disséminés à la surface du lobe frontal droit. A la coupe, on découvre dans le lobe frontal droit un foyer de ramollissement du volume d’une grosse noix entouré d'une zone d'infiltration. Taches grises de méningo-encéphalite à la base de l'hémisphère droit. Liquide céphalo-rachidien louche.
D. — Les hémisphères et la dure-mère enlevés, on peut suivre le trait de fracture. De la partie supérieure du bord interne de la grande aile du sphénoïde, il descend, en dedans et en arrière, sur la face postérieure de cette aile et arrive jusqu’à 1 cent. 1/2 en dehors du trou grand rond. De là il gagne le trou petit rond qu'il traverse, atteint le trou déchiré postérieur et suit le bord antérieur du rocher
où il se perd.