CHAPITRE V
Service des Contagieux.
Jadis Archambault pouvait écrire : « On meurt à l'hôpital des Enfants de la maledie qu’on y contracte ». C'est qu’en effet, alors, morbilleux et scarlatineux, diphtériques et varioleux se trouvaient réunis dans le même hôpital, voire dansles mêmes salles. Aujourd'hui ies choses ont changé avec les progrès de l'hygiène et de la science et, à l'heure actuelle, il est désormais nécessaire d’avoir pour toute ville, soit un hôpital spécial, soit des pavillons isolés dans l'enceinte d'un hôpital général pour toutes les maladies contagieuses et même pour chacune de ces maladies.
On doit exiger des pavillons distincts avec matériel et personnel spéciaux pour chaque maladie contagieuse. En tous cas, ce qu'il importe, c’est que Île pavillon de contagieux soit, pour ainsidire,un hôpital complet avec un cubage d’air très grand, des matériaux et un mobilier désinfectables.
Les pavillons de ce genre auront des salles de
quatre à huit lits seulement et seront éloignés les uns des autres de 60 à 70 mètres. Dans un pavillon de contagieux, en somme, il sera exigé :
1° Un personnel spécial, séparé du personnei de l'hôpital général, ayant des chambres et réfectoires distincts ; un service d'isolement, devant en effet pourvoir lui-même à ses besoins sans avoir recours aux services généraux de l’hôpital.
20 Le port obligatoire, pour toutes les personnes qui pénètrent dans un service de contagieux, d’une blouse en toile grise, prise dans un vestiaire spécial, à l'entrée, et déposée dans un autre vestiaire spécial, à la sortie. Ces vêtements ne sont remis en service qu'après avoir été désinfectés.
30 La spécialisation des objets et ustensiles destinés aux contagieux, ces ustensiles ne devant être remis en service qu'après avoir été désinfectés, et ne devant jamais sortir des pavillons avant cette désinfection préalable.
4 Une installation, dans les annexes de chaque pavillon, de lavabos alimentés par une solution antiseptique.
Chaque pavillon aura une entrée spéciale sur la rue et cette entrée Se fera par une pièce « écluse » comprenant un vestiaire où on laissera les vêtements apportés du dehors, un vestiaire spécial où on prendra les sarreaux ou les blouses, un lavabo avec substance antiseptique, une salle de bains, un autre vestiaire où l’on déposera les sarreaux à la sortie.
Le changement de vêtements et les lavages antiseptiques seront de rigueur à l'entrée et à la sortie
Fa pe du pavillon. De plus, une étuve à désinfection sera placée tout près de l'entrée.
Les visiteurs, en nombre aussi restreint que possible, devront, en entrant, se revêtir d’un sarreau, fermant au cou et aux poignets tout comme le personnel. Ils l’abandonneront à leur sortie et il sera ensuite envoyé à l'étuve. L'idéal serait même d’interdire l'accès des pavillons aux parents des malades. comme cela se pratique en Allemagne depuis longtemps.
Enfin, il sera bon d'installer dans l’enceinte de l'hôpital, et dans un terrain réservé, quelques plateformes en ciment ou en asphalte avec fondation de bêton hydraulique sur lesquelles, en cas d'épidémie, on pourrait installer promptement des baraques démontables.
Quant aux salles de malades, elles seront, comme dispositions, analogues à celles de médecine générale, construites de même, ayant les mêmes annexes: lavabos, water-closets, cabinet pour le médecin, cabinet pour la surveillante et, en plus: office, cuisine, lingerie,etc.,le pavillon devant fonctionner d’une façon autonome. |
Nous insisterons seulement ici sur l'aménagement intérieur des salles, sur l’antisepsie qui doit s’y pratiquer, comme l’a montré M. Grancher, et sur le logement du personnel qui doit être attribué à chaque pavillon.
Aménagement intérieur des salles. — L'aménagement intérieur des salles a particulière-
ment bien été étudié par M.'le docteur Moizard, chef du service des douteux aux Enfants-Malades et par son élève, M. Vialle,dans sa thèse inaugurale.
M. Moizard a appliqué le système cellulaire à son service. C'est ce système que l’on devra appliquer dans toute salle de douteux et de contagieux à l’hôpital modèle.
Les salles devront être éclairées et ventilées par une double rangée de grandes fenêtres se faisant face, comme dans tout pavillon. Les salles seront divisées, par un système de “cloisons vitrées, en un certain nombre de cellules, ou boxes, disposées autour d’un long couloir, qui ira d’une extrémité de la salle à l’autre.
Chaque boxe constituera une petite chambre dont une paroi sera formée par le mur de la salle et une srande fenêtre et les trois autres par des vitres, fixées en bas sur un châssis en bois. La hauteur de ces cloisons sera de 2 mètres. Elles seront fixées au plancher de ia salle par des montants en fer, mais en seront séparées par un espace de cinq centimètres de hauteur, Le boxe n'aura donc pas de plafond. L'air de la salle sera respiré par tous les malades. Chaque boxe sera fermé par une porte vitrée, ce qui favorisera la surveillance et assurera la distraction du malade. Le mobilier sera en fer : lit à sommier métallique, deux chaises par lit et une table de nuit également métalliques. La vaisselle servira indistinctement à tous les boxes, mais sera soumise,après chaque repas,à une ébullition prolongée dans une eau additionnée de carbonate de soude. Les cuillers, fourchettes, gobe-
2 AOE lets, qui seront réservés à chaque malade, seront de même ébouillantés.
Le sol, carrelé, sera lavé avec des linges imbibés de sublimé ou d'oxycyanure de mercure au millième. L'air circulera sous les boxes, séparés du sol par une distance de o m. 05. Quand un malade quittera un boxe, sa literie et son linge seront envoyés à l’étuve, de même que les chaises et la table de nuit.
Dans chaque boxe il y aura trois ou quatre blouses en permanence, blouses qui ne sortiront de là que pour aller à l’étuve. Sur la table de nuit sera aussi,en permanence, unepetite cuvette d’oxycyanure de mercure au 1/1000. Chaque personne, entrant dans le boxe, prendra une blouse, la boutonnera bien au cou et aux poignets. Avant de sortir, elle se plongera les mains dans la cuvette et, sans les essuyer, quittera la blouse qu’elle laissera sur une chaise.
Les avantages de ces boxes ont été très bien indiqués par M. Grèzes, dans sa thèse inaugurale : « 10 la surveillance est rendue faciled’un bout dela salle à l’autre,et cependant les enfants sont réellement isolés lesuns des autres; 20 les contagieux ne se sentent pas emprisonnés ; au travers descloisons, ils voient leurs camarades et assistent en spectateurs au mouvement de la salle; 3e l’aération et la ventilation se font comme dans une grande salle ; 40 le chauffage est facile, les cloisons n'atteignant pas le plafond dela salle ; 5e par les boxes vitrés on se rapproche de l'isolement cellulaire préconisé par M. Richard. On le réalise sans aucun de ses inconvénients et avec presque tous ses avantages. »
Enfin lesinstructionssuivantes seront données pour les salles ainsi disposées : le personnel sera astreint à porter une blouse fréquemment renouvelée et à procéder à un lavage antiseptique des mains toutes les fois qu’il aura touché un malade infecté ; les locaux seront largement aérés tous les jours et, dans tous les cas, lavés quotidiennement avec une solution de sublimé. Le balayage ne se fera jamais à sec ; là, moins que partout ailleurs, on ne laissera pas séjourner de poussières en aucun coin. À l’arrivée au pavillon, le contagieux, un morbilleux, par exemple, sera plongé dans un grand bain au sublimé à 1 pour 15.000, tiède, où il sera soigneusement savonné, et au sortir duquel on l’inondera d’une solution faible de sublimé. Toute plaie suppurante sera soigneusesement pansée, les cheveux coupés ras. Chez les enfants, les croûtes d’impétigo seront toujours protégées par un pansement, les yeux souvent lavés à l'eau boriquée, de même que les oreilles. Il sera procédé également à de grands lavages de la bouche. Le lavage des narines et du nez sera évité, du moins quotidiennement.
Telles sont les instructions qui sont données au personnel des salles de contagieux des Enfants-Assistés. Ceci nous amène à parler de l’antisepsie rigoureuse qui doit régner dans un service de contagieux.
Antisepsie dans les salles. — L'isolement pratiqué par M. Moizard dans ses boxes se faisait de {a mème façon par M. Grancher depuis 18096. M. Grancher posait, en effet, les principes suivants
pour les salles de contagieux : 1° isolement; 20 antisepsie et désinfection par l’étuve à vapeur sous pression.
Et, pour cela, il avait fait dans son service un certain nombre de réformes. Il avait supprimé les poussières, en faisant paraffiner le parquet, et en exigeant son lavage deux fois par jour à la serpillière imbibée d’une solution de sublimé. Les murs de ses salles avaient été repeints et étaient lavés au sublimé deux fois par semaine.
M. Grancher avait également isolé les contagieux dans un boxe. Les médecins et les infirmières devaient revêtir la blouse du boxe avant d’y entrer et se laver avant de sortir. Dans le service de M. Grancher, un boxe était constitué par un paravent métallique treillagé, ce qui présentait un avantage pour les salles communes.
Le Maître avait insisté également sur la désinfection : les mains devaient être lavées à l’eau de savon et à la brosse, puis au sublimé à 1 pour 1000, les lits, sommiers, matelas que les contagieux venaient de quitter devaient être passés à l'étuve ; les linges et les objets, venant de servir aux repas, étaient ébouillantés.
Avec cela, M. Grancher a eu de très beaux résultats et il terminait sa communication sur la statistique de son service par ce vœu: « Que tous les services de tous les hôpitaux d’enfants deviennent promptement des services antiseptiques. C'est facile, peu coûteux, et cela épargnera beaucoup d'existences humaines ».
Logement du personnel. — Chaque pavillon, formant en quelque sorte un hôpital autonome, doit avoir son personnel. Ce personnel, n'ayant aucun rapport avec celui des autres pavillons, sera logé dans un pavillon annexe, pavillon où pourront se trouver également la cuisine, l'office, la lingerie.
Le personnel sera bien logé et non pas entassé dans des dortoirs sans air, comme cela se voit trop
souvent !
‘Laboratoire. — Enfin, à tout pavillon de contagieux sera annexé un laboratoire pour les recherches bactériologiques.
Tout ceci devrait exister dans chaque pavillon de contagieux. En fait, en est-il ainsi?
À l'hôpital Bretonneau le service des contagieux est représenté par cinq pavillons dont l'un est réservé au personnel. Trois de ces pavillons sont construits sur le même modèle et chacun comprend deux salles communes de huit lits avec dépendances: lavabos, bains, office, vidoir, vestiaire. Le quatrième pavillon contient deux chambres à deux lits, avec dépendances suivantes: vestiaire, lavabo, water-closet et vidoir. Ces bâtiments sont tous reliés par une galerie vitrée non chauffée.
Au nouvel hôpital Trousseau cinq pavillons sont également attribués aux contagieux. Quatre pavillons sont construits sur le même modèle. Chacun possède deux salles de huit lits, avec lavabo, office, vidoir, vestiaire, petite salle de bains et water-closet. L'un d’entre eux est aménagé en chambres à deux
lits. Tous les pavillons sont reliés par des galeries fermées et chauffées, mais chaque pavillon possède une entrée spéciale. L’entrée pour les parents est située aux deux extrémités de la longue galerie transversale qui réunit les bâtiments de droite à ceux de gauche.
Tout cela est déjà un progrès, mais qu'il y a loin pour aller à la perfection ! À Bretonneau les boxes sont obscurs, les galeries qui relient les pavillons n’ont pas de raison d'être, chaque pavillon vivant pour son propre compte avec son personnel spécial ; les dépendances sont insuffisantes ; les salles de bains trop petites; 1l n’y a rien pour le linge sale qui est mis dans de simples coffres en bois. Ceci se pratique de même à l'hôpital Hérold.
Au nouvel hôpital Trousseau on trouve des trémies à linge sale à sec ; 1l serait préférable que le linge,au lieu de fermenter ainsi, tombe d'emblée dans des cuves d’eau ou d’un liquide antiseptique, ce qui donne de bons résultats dans un certain nombre d'hôpitaux parisiens.
Enfin, le personnel de tous les contagieux est logé dans le même bâtiment. A chaque service devrait être attribué un pavillon spécial pour le personnel, comme pour le pavillon de la diphtérie.
De plus, les chambres des surveillantes et des infirmières sont en nombre insuffisant ; le logement du personnel est sacrifié; les chambres sont trop p:tites et l'on voit des dortoirs où les lits sont entassés.
Malgré toutes les précautions antiseptiques prises
dans les pavillons de contagieux, l'importation de germes est inévitable par les parents et les visiteurs venant du dehors et pénétrant dans le pavillon.
Une autre cause de contagion, c’est la consultation. Il faudrait, comme au nouvel hôpital de l'Institut Pasteur, l'isolement cellulaire de chaque consultant supposé contagieux. Nous avons vu comment, à l'hôpital modèle, cette cause de contagion peut être évitée par le service de consultation centrale.
En somme, le défaut des pavillons de contagieux de nos nouveaux hôpitaux est le suivant : pas assez d'isolement. L’isolement par pavil'on est bien, mais il n'est pas appliqué comme à Berlin, où l'isolement est pris au sens même du mot. Aucune personne étrangère ne pénètre dans le pavillon dela diphtérie, par exemple, et aucune des personnes employées dans ce service n’a le droit d’aller dans les autres pavillons. La nourriture est reçue par un guichet spécial. Le linge sale ne sort que désinfecté. Les parents n’entrent pas ; on leur donne simplement des renseignements à la porte.
Tels sont les pavillons de contagieux à l'hôpital Baginski, à l'hôpital de l'Empereur et de l'Impératrice Frédéric à Berlin.
C'est ainsi que devront être les pavillons de contagieux de l'hôpital modèle.
Nombre de pavillons. — Combien de pavillons de contagieux cet hôpital devra-t-il contenir ? A cette question on peut répondre qu’il en faudrait autant que de maladies contagieuses. Les princi-
pales et les plus fréquentes de ces affections doivent avoir un pavillon spécial. En affecter un à toutes, nécessiterait peut-être un terrain trop étendu, surtout pour un hôpital général où l’on ne doit pas traiter que des contagieux.
Des pavillons spéciaux seront donc attribués à la diphtérie, à la variole, à la rougeole, à la scarlatine, à la coqueluche, à la tuberculose. Des baraques mobiles sur les emplacements, en ciment, décrits autour des services de contagieux dans le plan général de lhôpital, seront élevées pour les épidémies ou les cas isolés de choléra ou de typhus. Enfin, un pavillon de douteux complètera le service des contagieux.
Le nouveau Comité d'hygiène hospitalière de Paris, dont nous avons parlé au début de ce travail, va plus loin encore. Il exige que tout hôpital soit pourvu, Sinon de pavillons, au moins de chambres d'isolement pour le traitement des différentes maladies contagieuses. Les précautions, déjà prises, contre la rougeole, la scarlatine, la variole, l’érysipèle, la diphtérie devront être, de même, accordées aux oreillons, au tétanos, au choléra, à la pneumonie, à la fièvre typhoïde (dont la contagion hospitalière ne fait plus de doute pour personne), enfin à la tuberculose pulmonaire.
« Pour ce qui regarde cette dernière maladie, fait très justement remarquer M. Letulle, la Commission a fort sagement-décrété que les tuberculeux curables seraient, dès leur entrée, séparés des grands phtisiques, afin d'éviter aux uns comme aux autres les
dangers matériels et moraux d'une cohabitation prolongée ».
« En outre, tous les services d'isolement seront pourvus de l’organisation matérielle nécessaire à la cure de la maladie déterminée ; chaque lit de fièvre typhoïde, par exemple, aura sa baignoire; les tuberculeux curables pourront pratiquer leur triple cure hygiénique aussi bien et aussi complètement que dans le meilleur sanatorium. Un delirium tremens pourra, sans camisole de force, être soigné dans une chambre capitonnée », etc., etc.
Sans étudier tous les pavillons dont nous venons de parler, touchons quelques mots de quelques-uns d’entre eux.
Pavillon des douteux. — Un pavillon de douteux, annexe du service des contagieux, est d’une nécessité absolue.
Dans les nouveaux hôpitaux parisiens le service des douteux est par trop réduit. Il faut, en effet. isoler non seulement les douteux, mais encore les cas compliqués, tels que : rougeole et scarlatine, scarlatine et diphtérie associées.
À l’hôpital Bretonneau le service des douteux est constitué par un pavillon séparé comprenant : 16 lits en chambres, 8 pour les garçons, 8 pour les filles ; un cabinet pour la surveillante ; un vestiaire ; un office ; une petite salle de bains; un water-closet et un vidoir.
Au nouvel hôpital Trousseau un pavillon isolé est également réservé aux douteux. Il comprend deux
salles de huit lits avec dépendances, possède une entrée spéciale, mais est malheureusement relié par une galerie aux autres pavillons du serviee des contacieux.
En tous cas, les salles du service des douteux devront être aménagées en boxes, comme les salles de contagieux.
= Aux Enfants-Malades, le service de M. Moizard est ainsi organisé. La salle Henri Roger mesure 30 m. de long, 7 mètres de large et 4 m. 50 de haut, et possède de hautes vitres supprimant ainsi les traverses de bois. Il s'y fait un luxe de précautions antiseptiques. Les boxes y sont disposés comme ceux que nous avons décrits; leur seul inconvénient est le passage possible des objets au-dessous des parois vitrées séparées du sol, comme nous l'avons vu, par un espace de 5 centimètres. Dans les boxes, blouses et cuvettes sont disposées comme nous l'avons dit. Comme antiseptique, M. Moizard emploie l'oxycyanure de mercure, car ce sel n'a aucune odeur et n'entame pas l'épiderme.
L'usage de la blouse, pour aborder les contavieux, comme le fait remarquer M. Vialle, n'est pas une nouveauté. Fournier dans « La vie privée au XVII" siècle » raconte que Charles de Lorme, médecin de Louis XIII, avait inventé une chemise dont l’étofte avait été trempée dans une composition de sucs, huiles et différentes poudres, et que les médecins revêtaient. [ls s'enveloppaient dans un vaste habit de maroquin € que le mauvais air pénètre très difhcilement, prenaient dans la bouche une gousse d'ail, se
mettaient de la rue dans le nez, de l’encens dans les oreilles, couvraient leurs yeux de besicles et, montés sur une mule, allaient visiter leurs clients en cet équipage ».
Et, à la fin de son travail sur le service des douteux, M. Vialle conclut que : |
«19 Il est absolument nécessaire d'isoler, dès Îles signes d’invasion
20 La contagion par l'air n’est pas à rédouter ; il faut surtout éviter les contacts directs ou indirects.
30 L'’antisepsie est de rigueur, de même que l'isolement dans le boxe vitré,imaginé par Hutinel, boxe qui est parfait ».
« [1 serait même à désirer, ajoute-t-il, que tous les hôpitaux aient des boxes ; chaque service d'adultes devrait en posséder ».
Service de la diphtérie. — A l'hôpital Bretonneau le pavillon de la diphtérie comprend un rez-de-chaussée et deux étages. On pénètre dans un vestibule en face duquel est l'escalier montant au premier, muni d'un ascenseur. A droite de ce vestibule est une salle commune de huit lits, destinés aux convalescents.A gauche se trouvent les dépendances et quatre lits en chambres. Le 1‘ étage comprend huit chambres à un lit,une salle d'opérations avec ses annexes, un office, une salle de bains. Toutes les chambres sont en parois vitrées à partir de o m. 80 du sol.
Au nouvel hôpital Trousseau le pavillon de la diphtérie comprend un rez-de-chaussée et un étage.
On entre dans un vestibule en face duquel est l’escalier qui conduit au rer étage. À gauche de la porte d'entrée un couloir conduit au laboratoire de bacté:riologie auquel on accède, d’ailleurs, par une porte d'entrée extérieure. À gauche, également, se trouve la salle à manger destinée aux externes. A droite se trouve,pour les convalescents,une salle commune de huit lits,précédée d'unesalle de réception, du cabinet du médecin, d’une salle de baïns, d’un office et d’un water-closet avec vidoir. Le premier étage comprend: la salle d'opérations, en face de l'escalier, avec dépendances ; une salle de bains à deux baignoires, dont une mobile, l'office, le water-closet et le vidoir, et enfin douze chambres entièrement vitrées. Dans chaque chambre est un lavabo, une source de chaleur et de ventilation. Les deux étages de l’ailegauche sont réservés au personnel qui y loge et qui n’a d'accès qu'extérieurement sur la cour.
À Berlin, à l'hôpital de l'Empereur et de l'Impératrice Frédéric, le pavillon de la diphtérie comprend une entrée ou vestibule, et des salles. Le vestibule a un premier étage au-dessus de lui. La partie qui contient les salles est à simple rez-de-chaussée. Le pavillon est absolument fermé, les parents des enfants n'y pénètrent jamais et tout visiteur revêt ‘une blouse à son arrivée.
A gauche de l’entrée se trouvent : une série de petites pièces pour l'inscription des enfants, lavabo, salle de bains, cabinet à blouses. A droite setrouvent une petite cuisine et un guichet pour recevoir Îles aliments qu’on apporte de la cuisine de lhôpital. A
côté est une trémie où l'on jette le linge sale, qui est reçu dans Le sous-sol et aussitôt désinfecté au sublimé. Au premier se trouve le logement du personnel, qui n'a jamais de relations avec celui des autres pavillons ; sur le palier du’ mème étage se trouve une petite salle d'opérations.
La partie du pavillon qui contient les salles n’a qu'un rez-de-chaussée. Au centre est un corridor et, de chaque côté, plusieurs salles : une pour les scarlatines avec diphtérie, l’autre pour les diphtéries avec phlegmons ou abcès, l’autre pour les convalescents, l'autre pour salle de jeu, etc., etc.
Le sol de toutes ces salles esten mosaïque,les angles des mêmes salles et des corridors sont arrondis. Le chauffage est à la vapeur. Le pavillon possède cinquante lits.
Ce pavillon de diphtérie est certainement le pavillon modèle du genre, si l’on y ajoute l'aménagement des salles en boxes vitrés.
À Berlin, encore, l'hôpital Baginski, qui est un hôpital de contagieux, mais surtout un hôpital de diphtériques, peut voir aussi ses pavillons proposés pour modèles.
Enfin, tout pavillon de diphtérie devra avoir pour annexe une petite crèche pour les enfants au sein, atteints de la diphtérie.
Autres pavillons. -- Des pavillons construits et aménagés sur le modèle général seront attribués à la rougeole, à la scarlatine et à la variole. C’est bien une honte d’être obligé, aujourd’hui encore, de récla-
mer un pavillon pour la variole. Mais l'obstination des gens à éviter de se faire vacciner rend son existence nécessaire jusqu'au jour où l’on votera la loi sur la vaccination obligatoire. ;
Un pavillon d'isolement pour la coqueluche sera-til nécessaire ? Pour M. Weil, la coqueluche est contagieuse pendant la période de bronchite et n’est contagieuse qu'à ce moment. Si la transmission peut s'opérer dans la période de quintes, ce n'est qu'à son début. La contagion, comme la virulence, ne s'arrête pas brusquement à la première, mais s’efface plus ou moins rapidement dans les premiersjours des quintes. En conséquence, ilestinutile, pour M. Weil, d'isoler un coquelucheux à la période des quintes et pendant la convalescence.
Si le faitest confirmé, la conclusion de l'Académie de Médecine, en 1893, est à réformer : « En ce qui concerne la coqueluche, disait-elle, l'isolement devra être prolongé trois semaines après la cessation complète des quintes caractéristiques ». Jusqu'à plus ample informé, néanmoins, un pavillon pour la coqueluche devra exister, comme pour chacune des maladies contagieuses.
Enfin, un pavillon qu'il sera urgent d'installer sera un pavillon d'isolement pour les tuberculeux.
L'isolement des tuberculeux dans les hôpitaux italiens a été décidé par le Ministre de l'Intérieur, le 10 mai 1897, par une circulaire ; l'isolement doit être complet dans les nouveaux hôpitaux; dans les anciens, des salles spéciales doivent être réservées à cé genre de malades.
Actuellement, en France, on met les tuberculeux au hasard dans les hôpitaux. Cette pratique est, au plus haüt point, condamnable. Isoler les tuberculeux, comme on isole les rougeoles et les scarlatines, est d'une nécessité absolue. On devra créer des pavillons où seront uniquement des tuberculeux. Ceux-ci doivent être, en effet, dans des endroits aérés; or, peut-on aérer les salles quand elles contiennent des pneumoniques ? Dans le traitement de la tuberculose, la suralimentation est une question capitale et l’on ne pourra pas l'obtenir dans une salle commune; une salle où le régime soit identique pour tous est nécessaire. Dans la tuberculose, le sommeil est indispensable; or, un tuberculeux ne pourra dormir dans une salle, par exemple, où l’on baigne des typhiques. Enfin, l'isolement des tuberculeux évitera la contagion des autres malades.
Nous l'avons vu, cet isolement existe déjà en Italie. [1 existe également en Angleterre, à Leipzig. À Paris, à Boucicaut, les tuberculeux, s'ils ne sont pas isolés comme ils devraient l'être, sont déjà séparés des malades de médecine générale. Au 1e avril prochain, le Comité d'hygiène hospitalière de Paris exigera l'isolement rigoureux de ces malades. Du reste, cet isolement doit exister et doit se faire dans des pavillons spéciaux construits et aménagés comme ceux des contagieux.
Il y aura donc uh pavillon spécial pour les tuberculeux. Le sanatorium prendra les tuberculeux qui doivent guérir ; le pavillon, les cavitaires qui crachent. Ce pavillon sera, le plus possible, orienté sui -
vant la direction sud, sud-est. Il sera isolé des autres par un jardin. Rien n'en sortira qu'après avoir été désinfecté. Son personnel spécial, indépendant, sera sérieux, bien nourri, bien payé.
Les salles auront le nombre réglementaire de lits et 1l y aura, comme dans les autres pavillons, des petites chambres. Ici, elles pourront contenir deux, trois et même quatre lits; on y réunira les tousseurs; on y mettra le cavitaire qui va mourir et on évitera ainsi la vue de sa mort à ses camarades, destinés au mème sort.
Là, plus qu'ailleurs, la ventilation devra être idéale ; on exigera au moins un cubage de 40 mètres cubes par malade ; le sol sera carrelé, lavable, etc.
On désinfectera les urines et les matières fécales. Enfin, une discipline sévère sera exercée pour les repas. À ce propos, M. Letulle a institué, à Boucicaut, une cure de suralimentation qui se pratique aux pavillons de tuberculeux de cet hôpital.
Les malades font six repas par jour et ces repas sont ainsi constitués :
6 heures du matin, au réveil : thé et lait.
8 heures : soupe et poudre de viande.
11 heures : déjeüner à trois plats variés.
3 heures : goûter en viandes froides.
5 heures 1/2 : diner : potage et trois plats variés.
8h. 1/2 au coucher : verre de lait et gâteaux secs.
Des aliments supplémentaires : œufs, viandes crues, crêmes, etc., sont accordés à certains d’entre ces malades.
Ainsi, après un séjour de quelques semaines à
AE es l'hôpital, les tuberculeux reprennent de l'embonpoint, leurs forces reviennent. C'est à ce moment qu'on les enverra à la campagne.
Il est donc urgent d'avoir un pavillon isolé pour les tuberculeux, comme on en aura pour les maladies contagieuses.