CHAPITRE VI
Service d'accouchement
Le service d'accouchement devra être complètement isolé, former, en quelque sorte, un hôpital autonome. L'accouchée est une blessée ; par conséquent, le pavillon qui lui sera attribué sera isolé des autres. Les dispositions applicables au service de chirurgie seront de même applicables au service d'accouchement : désinfection des femmes au moment de leur entrée, mise en observation de celles accouchées avant leur arrivée ; salle d'isolement absolu, avec personnel indépendant, pour les infectées et les suspectes.
Les accouchées ne devraient pas seulement être isolées des autres malades, mais encore être isolées les unes des autres, séparées entre elles, de manière à réduire au minimum les chances de contagion et éviter les effets fâcheux de la viciation de l’air des salles communes, si bien favorisée, dans ce cas, par l'écoulement des lochies, etc. Si chaque femme
accouchée n’a pas unechambre particulière, du moins il ne devra y avoir qu’un petit nombre de lits dans de vastes pièces bien aérées. Des salles de quatre lits tout au plus, avec un cube d'air de 50 mètres par lit devront être exigées. À l’hôpital Beaujon, à Baudelocque, le cubage par lit n'est pas inférieur.
Un service d'accouchement modèle doit comprendreune salle d'accouchement, une salle d’accouchées, une salle de change, une salle de malades suspectes, une salle d'infectées, avec petite salle d'opérations,etc.
Nous allons passer en revue chacune de ces salles en insistant peu sur leur disposition et leur aménagement, qui seront les mêmes qu’en chirurgie.
Salle de travail. — La salle de travail, ou d’accouchement,doit avoir une grande surfaceet être bien aérée, bien éclairée. Elle devra contenir quatre lits au plus. À cette salle, et, communiquant avec elle par une vaste baie, sans porte, sera annexée une petite salle, comme à la Charité à Paris, renfermant un la\abo à quatre places, à robinets d'eau chaude et d’eau froide stérilisées. Un poste d’eau sera installé pour pourvoir, dans cette salle, au remplissage des baignoires des nouveau-nés. Un filtre Pasteur, un vidoir, avec réservoir de chasse, une étuve à chauffer le linge y seront disposés. C’est là que l'on nettoiera et habillera les enfants, immédiatement après l'accouchement. La même salle annexe servira encore pour les interventions obstétricales. Pour cela, un lit mobile ou table à quatre pieds rigides y sera disposé.
La salle d'accouchement sera en tout identique à une salle d'opérations aseptiques et devra présenter la même simplicité et la mème propreté méticuleuse.
A la Maternité de l'hôpital Saint-Antoine, à Paris, la salle de travail est une vaste pièce de 8 mètres 90 de large sur 9 mètres 67 de profondeur. Elle est haute de 4 m. 80. Elle est éclairée, le jour, par une baie vitrée, la nuit, par des lampes électriques avec réflecteurs. [La salle, dont les parois sont revêtues, jusqu'à une hauteur de 1 m. 75,de faïence émaillée, contient quatre lits dont les pieds sont tournés vers la baie vitrée. Au-dessous de la baie vitrée courent des tablettes en opaline sur lesquelles sont tous les vases, tous en cristal, qui contiennent les objets usuels. Tous les objets métalliques sont placés dans des boîtes en verre, remplies d’une solution stérilisée de borate de soude à 5 pour r00, ou dans des boîtes en cuivre stérilisées.
Une table en lave émaillée, montée sur des châssis de fer, Supporte trois cuvettes, contenant en permanence des solutions, la première de permanganate de potasse, la seconde de bisulfite, la troisième de sublimé.
Une autre table, en lave émaillée, supporte les bocaux contenant la ouate, les compresses stérilisées, etc.
Des cuvettes en verre, montées sur des pieds en fer, un lavabo mobile sont placés à proximité du lit, où une femme accouche. Deux lavabos fixes, deux vidoirs avec chasse d'eau, une vaste table couverte
de lave émaillée, et servant de bureau, des balances, etc., complètent le mobilier de la salle de travail. Un personnel spécial est attribué à cette salle d'accouchement.
Enfin, qu'on adopte la salle de travail de Ia Charité ou celle de Saint-Antoine, la salle de travail devra se trouver dans un pavillon isolé, dit pavillon d'accouchement, qui aura comme annexes : une salle de bains avec baignoire fixe et baignoire mobile {dès qu’une femme se présentera pour accoucher, on lui fera prendre un bain), un cabinet d’aisances, une pièce pour l’examen des placentas avec table en marbre et vidoir avec réservoir de chasse (le chef de service viendra tous les matins y examiner les placentas et les fœtus macérés des 24 heures), un caveau à linge sale, deux cabinets pour le chef de service et la sage-femme.
Salles des accouchées.—La salle des femmes en couches contiendra sept ou huit lits au plus et cubera 50 mètres par lit. Elle sera bien éclairée par de nombreuses fenêtres. À proximité, se trouveront deux pièces, l'une pour la surveillante, l’autre pour l'interne de service. Des cabinets d'aisance, lavabos, vidoirs, etc., ne seront pas oubliés, comme annexes de tout pavillon et de toute salle de malades. Un chariot roulant conduira la femme délivrée de la salle de travail au pavillon des accouchées par la galerie vitrée que nous indiquerons plus loin.
Les salles d’accouchées dela Maternité de l'hôpital Saint-Antoine ont 8 mètres de largeur sur 35 mètres
RTE de longueur. Ce sont des salles cintrées présentant une hauteur de 6 m. 80 du plancher au sommet du cintre. Elles sont éclairées par 21 fenêtres. Le cube d'air attribué à chaque malade est considérable. Le seul reproche qu'on doit leur faire est de contenir vingt lits et vingt berceaux.
Chacune de ces vastes salles contient comme annexes : une salle de quatre lits (utilisée dans un des bâtiments comme annexe de la salle de travail, dans l'autre pour recevoir les grandes opérées), une chambre pour deux nourrices, un office, une pièce de débarras, une lingerie, une salle, où on change les enfants, un cabinet où se trouvent un vidoir pour les eaux sales et une trémiepour faire descendre le linge sale dans le sous-sol. Toutes ces annexes devront exister dans un pavillon d’accouchées.
Salle de change.— Cette salle doit être située près de la salle des accouchées, dans le même pavillon, par conséquent. L'importance de cette annexe n'est pas à discuter. Elle s'impose, si l'on veut éviter l'infection des nouvelles accouchées.
Dans cette salle, qui devra toujours être très chaude, on disposera des robinets à eau bouillie ou mieux stérilisée chaude et froide sur des petites baïgnoires ou cuvettes mobiles, où l'on nettoiera Îles enfants.
Dans son service de l’Hôtel-Dieu de Lyon, M.
Commandeur, accoucheur des hôpitaux, a fait installer quatre petites cuvettes mobiles d'environ o m. 80 de longueur sur o m. 30 environ de profondeur et
autant de largeur. Le fond de ces cuvettes est à soupape et permet un libre écoulement des eaux dans une auge, qui court le long du mur. Cuvettes et auges sont en zinc étamé. Dès que les cuvettes se détériorent quelque peu, on les envoie à l'étamage et elles restent ainsi constamment neuves et constamment propres. Chaque cuvette reçoit de l’eau bouillie chaude et froide par deux robinets, placés au-dessus d'elle. Le bord supérieur de l’auge où s’enchässent les quatre cuvettes dans autant de compartiments est situé à o m. 60 du sol. On peut ainsi nettoyer commodément les nouveau-nés.
Couveuses. — Dans la salle de change on pourrait installer une ou deux couveuses fixes ; comme le recommande M. le professeur Fochier, ces couveuses devront avoir une prise d’air extérieure, air que l’on pourra filtrer, en plaçant du coton à l'entrée du tuyau de prise.
: Dansles salles, on pourra installer des couveuses mobiles, qui seront munies de gros tubes de caoutchouc, que l’on pourra adapter facilement à un tuyau de prise d'air extérieure.
Les couveuses que M. Commandeur a fait installer dans son service, sont des couveuses fixes de Lion avec prise d’air extérieure.
Salles d'isolement. — Le pavillon d'isolement sera composé d’une ou plusieurs chambres à un lit et à deux lits, avec 50 mètres cubes d'air par lit. Une petite salled'opérationsavec lavabos et étuve chaufte-
CUT à. 0 linge, sera annexée à ce service. C’est dans ce pavillon d'isolement que devront être immédiatement apportées les femmes infectées du dehors et non encore accouchées.Un personnel spécial sera attribué à ce service, personnel n'ayant aucun rapport aveë le personnel du reste de l'hôpital.
Le pavillon Siredey, de la Maternité de Saint- Antoine, est un pavillon d'isolement présentant un couloir large de 1 m. 50, donnant accès dans huit chambres contenant un lit. Au centre est un office recevant de la chambre des machines la vapeur nécessaire à la table de chauff2 pour les aliments, etc.
A l’une des extrémités est un petit appartement formé de deux pièces, où habite la sage-femme qui s'occupe des femmes isolées. À l’autre extrémité se trouve un lavabo avec trémie pour le linge sale, water-closet et vidoir. Une petite salle d'opérations est annexée au pavillon. Au point de vue du personnel, une sage-femme, une infirmière de jour et une infirmière de nuit sont attribuées à ce service. Un infirmier spécial vient en aide à ce personnel.Le même infirmier s'occupe du laboratoire.
Crêches.— Deux crèches seront annexées, l’une au pavillon d'accouchement, l'autre au pavillon d'isolement.
Chaque crêchecomprendra un petit pavillon composé d’une salle commune de huit berceaux, de quatre chambres pour mère et enfant,et des annexes nécessaires. Chaque chambre possédera une sortie
directe sur lejjardin. La porte intérieure sera fermée
MAO à clef etne sera ouverte que pour les besoins du service, et par la surveillante seulement.
Les berceaux, comme ceux des salles, seront en fer et assez élevés pour que la femme puisse y pren-
dre l'enfant sans effort.
Disposition générale. — Nous voyons donc qu'un service d'accouchement bien compris devra comprendre un certain nombre de pavillons.
On pourra réunir dans le pavillon du service de consultation, pavillon qui aura une entrée sur la rue, la salle des femmes enceintes, la lingerie et les services généraux annexes, qui doivent exister en dehors de ceux de l'hôpital général.
Le service comprendra, en outre, un pavillon d'accouchement ou pavillon de travail ; un pavillon de femmes en couches saines, relié au pavillon de travail par une galerie vitrée et chauffée ; un pavillon de femmes suspectes ou infectées, formart un hôpital autonome, avec personnel spécial, logé dans le pavillon même et sans rapport avec le personnel des autres pavillons de l'hôpital. Le service sera complété par les deux crèches, dont nous avons parlé.
Notons aussi que le pavillon de travail aura son personnel spécial, de même que le pavillon des accouchées saines.
Voilà le modèle. Il n'est pas sans intérêt, cependant, d'étudier quelques maternités parisiennes. Qu'il nous soit permis d'étudier brièvement celle de Boucicaut et celle de l'hôpital Saint-Antoine.
Nous laisserons de côté l'étude de la Maternité réorganisée de la Charité à Paris ; car nous lui avons fait déjà l'emprunt de ‘sa salle de travail et, maloré tous les efforts tentés, elle est loin de la perfection.
A l'hôpital Boucicaut, le service d'accouchement est ainsi disposé : au fond de l'hôpital, en arrière des pavillons de médecine, se trouvent deux petits pavillons : l'un pour les femmes infectées, comprenant : ofice, cuisine, petite salle d'opérations, salle de bains, water-closets, chambres de malades à deux lits et chambres de service.
L'autre pavillon est affecté à la Maternité proprement dite. C’est un pavillon à deux ailes se joignant à angle droit. Ce paviilon a une entrée particulière sur la rue Lacordaire. Au rez-de-chaussée, se trouvent le vestiaire, une salle d'attente, une salle de consultation, une salle de bains, le cabinet du médecin,un laboratoire et un musée. Dans l'aile de retour, toujours au rez-de-chaussée : deux chambres et une salle à manger pour les sages-femmes, une salle de bains, la lingerie, les water-closets, le réfectoireetun dortoir à huit lits pour femmes enceintes et quatre chambres d’infirmerie. Au premier, se trouvent la salle de travail, la salle d'opérations et la grande salle des accouchées. |
La salle de travail contient quatre lits : elle est large et claire. Des réflecteurs électriques sont installés pour la nuit. La grande salle des accouchées contient douze lits et douze berceaux et rappelle les salles des autres pavillons. Cependant, il n'y a pas de
séranda, mais, au fond de la salle, une vaste baie vitrée occupe toute la largeur du mur. Des plantes vertes sont placées au-devant. En outre, on trouve, au même étage, une salle de bains, une salle de change, un office, la lingerie, deux chambres pour nourrices, etc. Le rez-de-chaussée est relié au premier par deux ascenseurs : un pour les lits, l'autre pour Île service. Enfin, au deuxième étage, se trouvent quelques chambres et leurs dépendances.
Ainsi, tout y est bien parfaitement installé ; le pavillon à étage seul serait à supprimer.
Mieux est encore, sans être cependant parfaite, la Maternité de l'hôpital Saint-Antoine.
Elle a été édifiée sur un vaste terrain de la superficie de 8,000 mètres, situé au sud-ouest de l'hôpital Saint-Antoine.
La Maternité fait partie de cet hôpital, mais elle est “entièrement séparée, par des pelouses et des jardins, des bâtiments dans lesquels sont les services de médecine et de chirurgie générales. Elle a une entrée spéciale sur la rue de Clagny.
La Maternité constitue un véritable hôpital inclus dans un autre, avec lequel elle n’a de commun que les services généraux : direction, économat, cuisine, blanchisserie.
La Maternité proprement dite a la forme d'un quadrilatère ayant 58 mètres de largeur sur 69 mètres de profondeur.Au centre des bâtiments est un jardin ayant environ 1,300 mètres de superficie. En avant du bâtiment d'entrée est une cour sur un côté de laquelle se trouve un bâtiment contenant la machi-
nerie et communiquant directement avec les sous-sols de la Maternité par un tunnel qui donne passage aux conduites d’air, de vapeur, aux fils électriques, etc.
De l’autre côté de cette cour est le laboratoire du service.
Sur le côté nord de la Maternité est un bâtiment, long de 35 m. 50, consacré aux femmes infectées et entièrement isolé, à l'extérieur, des bâtiments réservés aux accouchées saines. Un tunnel permet de pénétrer du sous-sol de la Maternité dans celui du pavillon d'isolement; c'est par ce tunnel qu'arrivent à celui-ci la vapeur, l'électricité, etc.
Les bâtiments qui constituent la Maternité sont formés d'un rez-de-chaussée élevé de six marches au-dessus du sol. Au-dessous de ce rez-de-chaussée est un vaste sous-sol éclairé, dans lequel sont Îles chambres de linge sale, les chambres de chauffe, les tuyauteries nécessaires à l’adduction, dans les diverses parties du service, de l’eau, de la vapeur, de l’électricité, de l'air chaud et froid et à l’évacuation des eaux sales, etc.
Le bâtiment d'entrée a seul un premier étage. Les communications entre les différents services de la Maternité sont rendues très faciles par une galerie couverte, large de 2 mètres, qui côtoie les bâtiments sur les quatre faces du jardin.
Des quatre bâtiments qui limitent ce jardin, celui du fond contient le service de l'accouchement; Île rez-de-chaussée du bâtiment d’entrée est attribué aux services généraux, aux femmes enceintes, à la consultation et au service de l’enseignement; le premier
étage est entièrement réservé au logement du personnel. Les bâtiments latéraux sont destinés aux femmes accouchées saines.