I. — Matériel employé i° Considérations générales
En commençant rues recherches sur les Oiseaux hybrides, je me suis adressé aux Fringillidés que leur petite taille permet d’élever en grand nombre dans un espace relativement restreint et à peu de frais.
Toutes ces conditions réunies paraissent désigner les Fringillidés comme matériel de choix ; cependant, à l’usage, les inconvénients et les déconvenues me sont apparus tels, qu’un pareil sujet d’étude semble devoir être déconseillé.
Pour avoir un matériel de provenance et d’âge exactement connus, j'aurais voulu n’étudier que des hybrides élevés au Laboratoire ou sous mon contrôle direct. Dans ce but j’ai fait, pendant trois années consécutives, en 1909, 1910, 1911, soit seul, soit en collaboration avec le Dr P. Vincent Z1), des tentative^ répétées d’élevage qui n’ont donné que des résultats abso-
I1) Le Dr Pierre Vincent est tombé au champ d’Honneur le 5 septembre 1918.
A. CHAPPELLIER
lument négligeables si l’on met en balance les soins et les dépenses qu’ils ont nécessités : les élevages qui, dans des recherches de ce genre, ne devraient être qu’un accessoire, deviennent, par leur difficulté même, le plus gros obstacle à un travail rapide et largement documenté.
Il m’a fallu recourir à des Oiseaux achetés, avec toutes les incertitudes qu’entraîne un commerce où l’à peu près est trop souvent la règle. Bien que les Serins soient apportés en grand nombre sur le marché, il est peu facile de trouver des sujets parfaits à tous les points de vue. Quand il s’agit de reproducteurs sauvages (Chardonnerets, Linots, Cinis...) la chose' se complique encore. La vente de ces oiseaux indigènes est, à juste titre, interdite. On serait donc obligé d’encourager cette tolérance regrettable qui permet aux marchands d’en recéler dans leurs boutiques et à des vendeurs sans façade de les annoncer à haute voix sur le Marché aux Oiseaux. Il est bon, autant dans un but de protection, que pour éviter des déceptions et des causes d’erreur, de ne jamais acheter d’oiseaux sauvages. En prenant soi-même des jeunes au nid et en prélevant les organes sur des adultes n’ayant jamais connu la captivité, on aura les meilleures certitudes d’un bon matériel, tout en réduisant au minimum les captures nécessaires.
L’étude histologique s’accompagne d’expériences sur la fécondité des hybrides, accouplés entre eux ou avec les espèces parentes ; rien de définitif n’a été acquis cà ce point de vue chez les Fringillidés. J’ai cherché ce qu’il serait possible d’obtenir et je me suis heurté à une difficulté matérielle qui me ferait rejeter définitivement les Fringillidés pour ce genre de recherches : quelque soin que l’on prenne, en effet, il n'est pas possible de contrôler avec certitude les accouplements entre le male et la femelle que l’on a réunis pour une expérience. Provoquer à volonté les rapprochements est, pour ainsi dire, impossible, et, quand une longue surveillance a permis de constater un accouplement, rien n’autorise à dire qu’il ait été effectif. C’est pourquoi, dans tous les résultats que j’ai obtenus, on ne pourra trouver qu’une approximation toute relative, bien que j’aie serré la réalité d’aussi près que possible.
HYBRIDATION ET INTERSEXUALITÉ CHEZ LES OISEAUX
Qo Technique
J’ai du faire, peu à peu, expérience de tout ce qui touche au soin des oiseaux, et avant d’aller plus loin, je voudrais indiquer brièvement ce que je crois avoir retiré, au point de vue pratique, de mes trois années d’élevage. Il y a peut-être là quelques points susceptibles d’éviter des tâtonnements à ceux qui voudraient, malgré tout, reprendre ces recherches.
«) Achat des oiseaux. — Comme reproducteurs, n’acheter que des Serins de couleur verte. Les jaunes et, à plus forte raison, les races d’amateurs (hollandais ou autres) sont trop délicats, ce qui, joint à leur prix plus élevé, les fera rejeter pour des essais d’hybridation.
L’âge et le sexe des Serins sont difficiles à reconnaître ; leur détermination demande une longue pratique, et le mieux serait de recourir à un vendeur de confiance.
Pendant la période de reproduction, les Serins mâles peuvent être distingués des femelles par l’examen de la région avoisinant le cloaque : les vésicules séminales gonflées de sperme repoussent vers l’extérieur l’anus qui se trouve alors situé au sommet d’une forte proéminence. Tenant l’oiseau couché sur le dos dans la main gauche, la tête légèrement serrée entre les deux premiers doigts, on écarte, en soufflant, les plumes qui entourent le cloaque : l’abdomen est lisse et sans saillie chez la femelle, pour le mâle le « bouton » peut atteindre 4 à 5 millimètres de hauteur (‘).
De grandes « écailles » sur les tarses d'un Oiseau indiquent un animal âgé : mais, ici encore, l’erreur et la tromperie sont trop faciles. Si l’on ne fait pas soi même les élevages, le seul moyen d’avoir des Serins d’âge connu, à quelques semaines près, est de les acheter à la sortie du nid. Leur plumage moucheté les désigne nettement à cette époque.
Dans le cas d’hybrides achetés, une question prime tout : peut-on déterminer avec certitude les parents d’un oiseau hybride d’origine inconnue ?
Les hybrides issus de l’accouplement du Chardonneret avec la Serine et qu’on désigne couramment sous le nom de Mulets, sont, de beaucoup, les plus fréquents. Ils sont trop connus et leur faciès trop caractéristique pour que l’on puisse avoir la moindre hésitation à leur égard. Le rouge de la tête du Chardonneret, qui se retrouve chez les produits, permet d’en reconnaître à première vue l’origine sans qu’il soit besoin d’une analyse détaillée.
A côté des Mulets de Chardonneret, on rencontre encore quelquefois les hybrides suivants :
Linot ( Linota cannabina) (Bp.) X Serin.
Tarin ( Chrysomitris spinus ) (L.) X Serin.
Cini ( Serinus meridionalis ) (Bp.) X Serin.
J’ai vu plusieurs exemplaires des premiers ; deux femelles du second croisement ont vécu deux ans au Laboratoire, enfin j’ai acheté et même élevé des hybrides Cini X Serin.
Pour reconnaître ces derniers surtout, une étude assez attentive est nécessaire. Dans d’autres cas une affirmation catégorique ne m’a pas paru possible ; c’est ainsi que je n’ai pas cru pouvoir acquérir des hybrides entre le (*)
(*) M. R. Lienhart vPnt d’indiquer qu’une touffe de plumes placée sous le bec permet de distinguer les serins mâles même très jeunes.
A. CHAPPELLIER
Chanteur d’Afrique ( Aydemosine cantons ) et la Serine. Ces produits auraient cependant été intéressants à suivre dans des tentatives pour obtenir d’eux une deuxième génération (F. 2); le Chanteur d’Afrique est très voisin du Serinas canarius, et les hybrides obtenus entre deux espèces si proches l’une de l’autre pourraient peut-être se montrer féconds.
p») Installation des oiseaux. — La cage à recommander est la cage dite « couveuse » qu’emploient les éleveurs de Serins hollandais. C’est un modèle connu de tous les constructeurs sérieux, ses dimensions spacieuses (52 centimètres de long sur 50 de large et 38 de haut) mettent très à l’aise le couple qu’on y tient enfermé. Une grande mangeoire à tiroir permet de ne renouveler complètement la provision de graines qu’une fois par semaine. L’eau est distribuée dans des burettes à boules, accrochées extérieurement et dont le bec est assez étroit pour passer entre deux barreaux ; de cette. façon les oiseaux ne peuvent souiller de leurs déjection la boisson, qui reste toujours propre.
Une fois par semaine, sauf pendant l’incubation, on donne un bain aux oiseaux au moyen de baignoires suspendues en dehors de la cage, à remplacement de la porte tenue grande ouverte.
Tous les huit jours, nettoyage complet. Le sable est renouvelé sur le fond de la cage, la mangeoire, les barreaux et la boule lavés à grande eau : pratiquement. on a tous ces accessoires en double pour les remplacer immédiatement par des objets propres tenus en réserve.
Avant d’installer les oiseaux pour la ponte, les cages, une fois lavées complètement et séchées, sont badigeonnées largement au pétrole, sans oublier les barreaux et les mangeoires. On peut recommencer le traitement en changeant la cage après l’éducation d’une couvée. De cette façon je n’ai jamais eu à me plaindre des parasites plumicoles qui font parfois de grands ravages dans les élevages.
y) Numérotage des oiseaux. — Tous les oiseaux que j’ai eus entre les mains ont été pourvus d’un matricule. Ceux que j’ai conservés vivants étaient marqués au moyen de petites bagues en aluminium portant un numéro. Pendant les premières heures, les oiseaux gênés cherchent à se défaire de leur bague ; si l’on a soin de bien serrer les extrémités libres avec une pince ci mors plat, ils n’y peuvent parvenir. Seuls des mulets de Chardonneret, et presque exclusivement des mâles, ont su se débarrasser de leur anneau. Leur bec plus effilé que celui des Serins, également, peut-être, une dextérité héritée de leur père les ont servi dans la circonstance.
Dans une grande cage où je tenais ensemble plusieurs individus de même espèce et de même sexe, je les distinguais facilement en mettant au tarse resté libre une seconde bague en celluloïd de couleur; la languette de ces bagues était ramollie et soudée au moyen d’acétone.
$) Nourriture. Beaucoup d’amateurs font grand mystère de leur « formule » de nourriture ; en voici une qui m’a été communiquée par un éleveur de Serins hollandais. J’en ai toujours été très satisfait.
Al piste
Millet rond .
Colza ....
1 litre 1/2 litre 1/8 de litre
HYBRIDATION ET INTER, SEXUALITÉ CHEZ LES OISEAUX
Navette .
Chenevis .
Graine de lin Gruau
1/8 de litre 1/4 de litre 1/8 de litre 1/8 de litre
Au moment de la ponte, on diminue de moitié la graine de lin et on double le chenevis, ceci pour pousser les Oiseaux à la reproduction.
On met du mouron une fois par semaine pendant la saison, et les parents qui nourrissent des jeunes reçoivent tous les matins un mélange d’échaudé et de jaune d’œuf (on pétrit un jaune d’œuf durci avec de l’échaudé en quantité suffisante pour former une pâte non gluante mais pas trop sèche). J’ai essayé des nourritures spéciales du commerce sans obtenir de meilleurs résultats.