II. — Essais d'obtention de Fringillidés hybrides
1° Description des expériences
Ainsi que je le disais en commençant, ces essais ont porté sur trois années. En 1909 et 1910 j’ai essayé surtout d’obtenir des produits entre le Chardonneret et la Serine ; en 1910, les oiseaux furent plus nombreux. En 1911, avec Pierre Vincent, nous avons installé de nombreux couples dont les mâles appartenaient à sept espèces différentes : nous n’avons obtenu aucun résultat. Les pontes furent très rares, irrégulières, et il n’y eut aucun œuf fécondé.
«) Croisement : Chardonneret X Serin
Chardonneret n9 109. — Acheté adulte le 17 mai 1909.
Apparié avec serine n° 110 — On met avec 109, le 23 mai 1909, une serine verte (no 110) qui vient d’être achetée. La serine pond trois œufs :
Premier œuf, 15 juillet, trouvé cassé dans le fond de la cage ; deuxième œuf, 16 juillet, ramassé intact dans le fond de la cage ; troisième œuf, 24 juillet.
La femelle ne s’occupant pas de ses œufs, on les donne à une autre serine ; les 6 et 11 août on les trouve cassés dans laçage : aucun d’eux n’est fécondé.
Apparié avec serine no 114. — Cette serine, achetée en même temps que la précédente, fait une première ponte avec un autre chardonneret (no 115), deux œufs sur quatre avaient été fécondés.
La serine 114 mise avec le chardonneret 109 le 17 août, pond trois œufs, les 22, 23 et 24 du même mois. On retire le mâle, la femelle couve les œufs qui sont enlevés le 8 septembre ; ils étaient tous clairs.
A. CHAPPELLIER
Apparié avec serine n° 224. — 109 est mis le 24 août avec cette dernière serine achetée peu auparavant. La femelle pond trois œufs les 27, 28 et 30 du même mois. On enlève le mâle, la femelle couve les œufs qui sont vérifiés le 11 septembre : aucun ne porte trace de développement.
Le chardonneret n° 109 a été trouvé mort le 22 décembre 1909.
Chardonneret n° 112. — Ce chardonneret a été acheté adulte le 2 mai 1909 : le vendeur le donnait comme étant en cage depuis plus de 18 mois et ayant eu des produits l’année précédente avec une serine.
Apparié avec serine no 111. — Cette femelle est achetée le même jour que le chardonneret 112 et mise immédiatement avec lui. On retire le mâle le 3 juillet aucune ponte n’ayant eu lieu. La serine est laissée un seul jour, le 6 juillet, avec un autre chardonneret (n° 138) et le lendemain 7 juillet on lui remet le n° 112. Elle pond trois œufs, les 15, 16 et 17 du même mois ; le premier œuf est ramassé cassé sur le fond de la cage. Le chardonneret qu’on ne sépare pas de sa femelle est trouvé mort le 19, deux jours après la ponte du dernier œuf.
Les œufs qui auraièntdû éclore le 30 ou le 31 juillet sont retirés le 2 août ; ils sont clairs tous les deux.
Le chardonneret n« 112 meurt le 19 juillet 1909.
Chardonneret no 115. — il est acheté adulte, le 17 mai 1909. Il est très peu fuyard et vient, dit la personne qui le soigne, manger dans la main ; je constate par moi-même qu’il se perche et prend des graines dans la mangeoire tenue à la main au moment où on renouvelle la nourriture.
App'arié avec serine n» 114. — La femelle est achetée le 23 mai et mise aussitôt avec le chardonneret n° 115. Elle pond son premier œuf le 27 et deux autres le 29 et le 30 juin.
Le mâle est laissé avec la serine pendant toute la durée de l’incubation qui se termine le 12 juillet. Deux petits éclosent ce jour-là; le premier œuf, qui était clair, est trouvé cassé sur le sol de la cage à côté d’un des petits lui-même en fort mauvais état. Il survit cependant, mais meurt avec son frère, trois jours après, le 15, négligé par la serine.
Celle-ci recommençant à porter au nid le 23 juillet, on lui remet le chardonneret 115, isolé depuis le 16 dans une autre cage. Une nouvelle ponte de trois œufs a lieu les 26, 27 et 29 et l’on retire le mâle le lendemain pour qu’il ne dérange pas la serine. Cette précaution n’empêche pas que la femelle n’abandonne ses œufs au moment de l’éclosion : le 10 août on les trouve froids dans le nid et le jour suivant ils sont tombés à terre et cassés. Dans deux d’entre eux il y a un embryon encore vivant ; comme les petits devaient éclore ce jour-là, on lente de les sauver en donnant les omis à une mulette de chardonneret qui couve en ce moment. Cette femelle cherche à nourrir les jeunes éclos sous elle mais ne réussit pas à les faire vivre.
Apparié avec serine 223. — La femelle est née en mai 1909. Elle est mise avec le chardogneret 115 le 22 février, et le 25 mars elle achève une ponte de quatre œufs dont un a été trouvé cassé dans la cage. La serine couve jusqu’au 9 avril et quitte ce jour- là ses œufs qui n’ont pas donné de développement.
Apparié avec serine 114. — Cette serine, après ses deux couvées de 1909, a été hivernée dans une grande cage réservée aux femelles. Le 6 avril 1910 on la trouve sur un nid avec un œuf sous elle, on la remet alors avec son
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mâle de l’an dernier, le chardonneret no 115. La serine fait une ponte de quatre œufs les 8, 1 1, 13 et 14 avril. Pendant ce temps le chardonneret prend soin d'elle et le 12, dans la matinée, je le vois gaver longuement la femelle couchée sur ses œufs. Dix-neuf jours après la fin de la ponte, le 3 mai, les œufs non fécondés sont retirés à la serine qui n’a pas cessé de les couver bien que la durée normale d’incubation fût largement dépassée.
Le chardonneret estlaissé avec la serine 114 en vue d’une deuxième ponte qui commence le 9 mai et se termine le 13 avec trois œufs seulement. Cinq jours après, le 18, un œuf est trouvé par terre, encore entier, mais fêlé et contenant une masse réduite et desséchée ce qui indique qu’il était abîmé depuis longtemps. Soupçonnant le chardonneret d’être le coupable, je le retire; malgré cela, je trouve un autre œuf mangé dans le nid le 24 et le dernier cassé par terre et contenant un embryon.
Apparié avec serine n° 224. — La serine a eu des produits en 1909 avec le chardonneret no 138; elle vient de faire une première couvée féconde avec le chardonneret no 300 dont elle est isolée depuis 21 jours quand on la met avec le chardonneret no 115. Dès le lendemain, le 19 mai, la ponte commence et se termine le 26 avec cinq œufs. Les 8 et 9 juin trois petits éclosent ; il reste deux œufs non fécondés dont un est le premier pondu que j’avais marqué d’un trait à l’encre de chine. Le 12 juin un des petits est trouvé sous la femelle, mort et en voie de décomposition avancée. En visitant les cages le 24 juin, je vois sur le bord du nid, sur le fond de la cage et sur un bâton, du sang dont je ne puis m’expliquer la provenance, car la mère et les deux petits sont bien vivants et ne paraissent pas avoir souffert. Dans la soirée je ne retrouve plus qu’un jeune au nid, la femelle fait entendre devant moi un petit cri plaintif que j’avais remarqué et cru provenir d’un cini placé dans une cage voisine. Le lendemain matin on découvre un des jeunes caché sous la mangeoire ; on le replace au nid mais la femelle paraît ne plus s’occuper de ses jeunes. A 5 heures du soir Lun d’eux est mourant et je le chloroforme ; Je second survit seulement jusqu’au 27 où je le troifve sous la mangeoire en train de mourir.
Le chardonneret n® 115 est mort, tué par un chat, à la fin de décembre
Chardonneret no 138. — Acheté adulte dans les derniers jours de mai 1909; d’après le vendeur il était, à cette époque, âgé d’au moins 18 mois.
Apparié avec serine n° 150. — La femelle, achetée le 6 juin, est mise aussitôt avec le chardonneret et pond du 13 au 16 quatre œufs d’où sortent le 30 juin 4 petits. Le mâle est laissé dans la cage et les choses se passent normalement pendant cinq jours. Le 6 juillet au matin il n’y a plus que deux petits au nid; des deux autres l’un a complètement disparu, le second est trouvé mort et écrasé dans le grain de la mangeoire. Le chardonneret est alors retiré et mis avec la serine n« 111.
La serine 150, restée seule, néglige ses deux derniers petits qui meurent le 9 juillet.
Apparié avec serine no 224. — Cette femelle, après être restée du 3 au 7 juillet avec le chardonneret 112, est mise à cette dernière date, avec le 138. Deux jours après, le 9 juillet, elle pond un premier œuf puis trois autres les jours suivants sans interruption. Le chardonneret est retiré le 13, après l’arrivée du dernier œuf et le 26 il éclôt trois petits. Le lendemain il ne reste plus que deux petits le troisième a complètement disparu, les deux autres sont élevés par la serine et sortent du nid le 9 août, 14 jours après l’éclosion.
A. CHAPPELLIER
Apparié avec serine n° 107. — Femelle achetée le 15 mai. Elle est d’abord appariée avec un verdier (no 108) et, après être restée seule pendant trois jours, elle est mise le 13 juillet avec le chardonneret no 138. Le 16 elle donne un œuf que l’on ramasse dans le fond de la cage, elle s’arrête de pondre et ne s’occupe pas de son œuf que l’on essaye de faire couver par d’autres femelles pour voir s’il était fécondé. Par suite d’incidents divers, l’œuf passe sous deux serines qui cassent plusieurs œufs et rendent tout contrôle impossible.
Le chardonneret n° 138 a été trouvé mort le 22 décembre 1909.
Chardonneret n° 23 1. — 11 a été acheté le 24 décembre 1909.
Apparié avec la serine no 236 née en 1909. Le couple était installé à la campagne et je ne l’ai pas suivi de près : la femelle a pondu quelques œufs qui n’ont pas donné naissance à des jeunes.
Chardonneret 300. — il a été acheté en province le 24 décembre 1909, on me le garantit comme étant né dans l’année même.
Apparié avec serine n° 224. — Cette femelle a donné des produits en 1909 avec le chardonneret no 138; elle a été hivernée dans la cage réservée aux femelles.
Appariée le 22 février 1910 avec le chardonneret 300, elle donne quatre œufs les 11, 14, 18 et 19 avril. 11 éclôt un petit le 28 et le chardonneret est retiré aussitôt. Les trois autres œufs sont clairs et enlevés le 3 mai. Le jeune est élevé par la serine seule dont on l'isole le 18 juin.
Apparié avec Serine n° 323. -- La femelle vient de faire une première ponte inféconde avec le chardonneret n« 367 qui meurt bientôt après. Le 26 avril 1910 on lui enlève les œufs clairs qu’elle couve toujours et deux jours après, le 28, on l’apparie avec le chardonneret no 300. Le 5 mai ponte d’un premier œuf qui est mangé le 9, puis, après un long intervalle, nouvelle ponte régulière de trois œufs qui se suivent les 6, 7 et 8 juin. Le 23 juin les œufs qui n’ont pas donné d'éclosions sont enlevés : l’un d’eux était fécondé l’embryon, est mort dans la coquille, les deux autres œufs sont clairs.
La serine 323 et le chardonneret 300 qui n’avaient pas été séparés pendant l'incubation sont laissés ensemble après l’enlèvement des œufs et la serine donne encore deux œufs : un premier le 29 juin qui est trouvé cassé le 3 juillet, et un second le 25 juillet. 11 n’y a pas d’incubation régulière et les œufs ne donnent aucun résultat.
Le chardonneret 300 est emporté à la campagne à la lin de 1910 et y meurt le 25 février 1911.
Chardonneret n° 366. — 11 a été acheté le 2 mars 1910, il est apparié avec la serine n« 370 puis, après la mort de cette première femelle, avec une autre serine le n° 142. L’installation est la même que pour le chardonneret n« 231 et je n’ai pas eu de naissance à enregistrer.
Chardonneret ?i° 367 . — Il a été acheté le 2 mars 1910. Deux jours après il est apparié avec la serine n« 323. Celle-ci porte au nid le 5 avril et fait une ponte de quatre œufs les 8, 9, 10 et 11 du même mois. Elle commence à couver le lendemain et on lui enlève les œufs non fécondés le 26.
Le chardonneret a paru bien accouplé avec la serine à laquelle il adonné la becquée tandis qu’elle était couchée sur le nid pendant la ponte, il meurt dès le 20 avril ce qui expliquerait- suffisamment que les œufs de la serine n’aient pas été fécondés.
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rp) Croisement Cini X Serin
Cini n° 353. — Acheté le 13 avril 1910. Le vendeur me le garantit comme étant le père de Mulets de Cini que je lui avais achetés précédemment.
Apparié avec Serine n° 223. — La femelle vient de faire une ponte stérile avec le chardonneret n« 115. Elle est appariée avec le cini n° 353 dès l’arrivée de celui-ci le 13 avril. Le 1er mai elle pond un œuf qui disparaît le 10 sans laisser de traces. La ponte reprend, régulière, le 16 mai et 4 œufs se suivent sans intervalle les 16, 17, 18. 19. Un jeune est éclos le 31 au matin, un œuf est cassé par terre et contient une masse desséchée, les deux autres ne sonl pas fécondés. Le jeune s’élève sans incidents et on l’isole de scs parents le 2 juillet.
Avant cette date la femelle a commencé une deuxième ponte de 4 œufs le 16 juin. Le deuxième œuf est du 17, les autres n'ont pas été notés dans la crainte de blesser le jeune de première couvée, on constate seulement que la ponte est complète le 21 juin. Le 2 juillet trois jeunes sont éclos, l’un d’eux est trouvé tombé du nid et mourant à la première visite de la cage, un second est découvert le lendemain dans la mangeoire à mouron, on le remet au nid. Trois jours après il meurt en même temps que le dernier survivant.
La serine fait une troisième ponte de quatre œufs les 17, 18, 19 et 20 juillet; le 25 un œuf est mangé, le 30 juillet et le 2 août on trouve chaque fois un œuf par terre. En présence de ces faits on enlève le male. Deux jours après, le 4, un œuf est mangé, par la femelle par conséquent, le 6 il n’y a plus d’œufs au nid, un œuf est par terre encore intact, de l’autre il ne reste plus que des coquilles. Le dernier œuf disparaît le 9 août.
Ce même jour, on remet le Cini no 353 avec la serine qui pond un seul œuf le 11. Sept jours après, le 18, l’œuf est abandonné, recouvert par les branches de mouron dont le nid est complètement rempli.
Le couple ne donnera plus rien dans la suite et le cini meurt au mois d’octobre de la môme année.
y Croisement « Amanita fasciata » ( ôray ) X Serin.
En 1909, j’ai fait, à la campagne, un essai cle croisement entre le serin et un petit Plocéidé d’Afrique Y Amanita fasciata , Gray. Cet oiseau est d’une couleur générale brun pâle, le mâle est caractérisé par un demi-collier rouge vif qui lui a valu le nom de Cou-coupé, sous lequel il est connu des marchands.
Bien que formant avec les Fringillidés le groupe des Conirostes, les Plocéidés sont assez éloignés des premiers pour qu’un croisement entre les deux familles paraisse, au premier abord, difficile à réaliser Aussi ne l’ai-je tenté que poussé par un fait dont j’avais été témoin il y a plus de dix ans.
Dans une volière de quelques mètres carrés, vivaient des serins des deux sexes et plusieurs espèces de Passereaux exoti-
A. GHAPPELLIEH
ques ; parmi ces derniers un couple de Cou-coupés. Une femelle de Serin s’installa dans un nid, pondit et fit éclore un jeune. Pendant l’incubation déjà on avait remarqué les assiduités du mâle Cou-coupé auprès de la Serine à laquelle il dégorgeait de la nourriture et qu’il soignait comme s’il avait été apparié avec elle. Lorsque le petit fut né, le Cou-coupé prit part au gavage ; tout enfin se passa de façon telle qu’il ne fit de doute pour personne que le jeune oiseau fût le produit du croisement du Cou-coupé et de la Serine. On ne prit pas soin d isoler le couple avec son nid et le petit mourut au bout de quelques jours sans que j'aie songé à recueillir son cadavre.
A défaut de notes précises, j’ai gardé le souvenir très net de cet incident de volière. Je crois que l’accouplement fécond du Cou-Coupé et de la Serine n’a pas encore été signalé. C’est pourquoi je m’y arrête un peu longuement. C’est aussi ce qui m’a décidé à essayer de le renouveler aussitôt que j’ai commencé mes recherches sur les oiseaux hybrides. Cette tentative n’a donné aucun résultat ni d’un Cou-coupé mâle apparié avec une Serine, ni d’un Serin mâle auquel ont été données successivement deux femelles Cou-coupé de provenances différentes.
o ) Autres essais de croisements.
En 1909, je n’ai eu, à Paris, en plus des mâles Chardonnerets que les deux oiseaux suivants :
1° Un Verdier (N° 108) qui a été mis consécutivement avec deux femelles de Serin. La première n’a pas pondu ; la seconde a donné un seul œuf qui a été mangé sans que je puisse dire quel était le coupable de la Serine ou du Verdier.
2° Un Linot (N° 140). Celui-ci a été apparié avec la Serine PS° 224 qui a pondu trois œufs clairs. Le Linot avait été séparé de la femelle pendant l’incubation parce qu’il lui donnait des coups de bec. (La Serine N° 224 a eu, par la suite, des petits avec les Chardonnerets N° 138 et 300).
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III. — Essais de reproduction des hybrides 1° Faits antérieurs.
L’examen macroscopique ou histologique des glandes génitales des Fringillidés hybrides peut conduire à admettre la possibilité, théorique, d’une fertilité complète chez ces oiseaux : ponte d’œufs paraissant fécondables, pour les femelles ; pour les mâles, la formation, dans les canalicules spermatiques, de spermatozoïdes d’apparence normale et capables de féconder, mais c’est par l’expérience seule que l’on pourrait obtenir des données précises.
Si l’on s’en tient aux renseignements fournis par les éleveurs, la fécondité des Fringillidées hybrides serait un fait acquis depuis longtemps, et sa vérification aurait été obtenue à plusieurs reprises et s’obtiendrait facilement. Après avoir essayé de contrôler, par une enquête personnelle, les cas de fécondité d’hybrides Chardonneret X Serin, qui m’avaient été rapportés, j’ai pu me convaincre aisément qu’il n’y avait là que des récits d’éleveurs amateurs, récits dénaturés et grossis avec le temps et l’éloignement.
3° Expériences personnelles
Ces expériences concernant la fécondité des Fringillidés hybrides se sont étendues sur quatre années consécutives, de 1909 à 1912. Elles m'ont fourni l’occasion de faire quelques observations sur le comportement des hybrides.
a) Expériences de 1911. — Cette série a été absolument négative car, en vue d’éloigner des mâles de leur espèce les nombreuses serines appariées pour l’obtention d'hybrides, toutes les cages renfermant des serins accouplés à des femelles hybrides avaient été installées dans la serre du Laboratoire. J’avais placé là également une grande cage avec plusieurs femelles hybrides sans mâle pour l’étude d’œufs parthénogénétiques.
Au cours de l’été, la température de la serre s’est maintenue, pendant très longtemps, au-dessus de 30°, ce que je considère
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comme tout; à fait anormal. Je ne tiendrai donc pas compte des résultats négatifs fournis par les couples placés dans ce local.
b) Expériences de 1909 , 1910 , 191 2.
a) Hybrides mâles.
Hybrides : Chardonneret X Serin)'.-/
Hybride çf N.° 113. A été acheté adulte, le 2 mai 1909. Il est apparié avec l’hybride N° 105 achetée le même jour. Le couple reste constitué vingt jours sans aucun résultat,
Hybride c? N° 206. — (En 1910). C’est un des jeunes élevés en 1909 par le couple : Chardonneret I38x Serine 2*24, il a été hiverné dans la grande cage réservée aux mâles. Le 6 juin 1910, on l’apparie avec la serine N° 228 qui, depuis deux jours, travaillait dans un des nids de la cage d’hivernage des femelles où elle avait été mise dès son achat, en décembre 1909.
La femelle continue à travailler au nid dans sa nouvelle cage. Le mâle est bien accouplé avec elle, car le 11 juin je le vois la gaver longuement ; ce même jour la femelle pond un premier œuf et un autre le lendemain. Le 14, il n’y a plus qu’un œuf qui est sur le fond de la cage ; le 19, le dernier œuf a disparu.
La serine garde encore le nid d’où le mâle la chasse à coups de bec. Chaque fois, la serine retourne au nid et le mulet revient à la charge sans aucune manifestation bruyante, expulsant la femelle d’une façon presque automatique et sans que je puisse attribuer aucune signification à son acte. Ceci se passe dans la matinée, vers 10 heures. Quand je reviens, à 11 heures moins un quart, j’aperçois le mâle sautillant de barreau en barreau avec uue petite branche de mouron dans le bec ; il va se percher sur le bord du nid, vide en ce moment, et abandonne peu après le mouron qu’il a continué de transporter en tous sens. La femelle étant retournée au nid, le mulet la chasse à nouveau. 11 recommence peu après son manège avec du mouron, retourne encore au nid, mais cette fois, il s’v installe et s’y vautre, imitant un peu les mouvements de la femelle qui met en place les matériaux qu’elle vient d’apporter, mais il ne fait qu’esquisser le geste, sans s’occuper autrement de son morceau de mouron qu'il délaisse aussitôt.
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Le 23 juin, il y a deux œufs dans le nid ; le 25, l'un d eux est mangé ; le 27, le dernier a disparu. Le couple reste ensuite constitué jusqu’au 18 août*, date à laquelle le nid est retiré, contenant du mouron desséché signe d’un abandon déjà ancien. La Serine meurt au mois de septembre.
(En 1911). 206 est apparié, le 22 février 1911 avec une seconde Serine (N° 233) qui est probablement née en 1909 et a fait deux couvées fécondes en 1910, avec un mâle de son espèce.
Le 22 avril, la Serine pond un premier œuf. Le lendemain, ce premier œuf est trouvé mangé à côté d’un deuxième fraîchement pondu ; le deuxième œuf est retiré et remplacé par un œuf artificiel. Troisième œuf le 24, qui complète la ponte ; on enlève alors le mâle pour laisser couver la femelle. Les deux derniers œufs sont clairs.
Le couple est reconstitué et la Serine pond le 12 juin un œuf qui est remplacé par un œuf artificiel. Quatre jours après, le 16 juin, la femelle n’ayant pas pondu d’autre œuf, on lui donne à couver celui du 12 qui disparaît quelques jours après; je le note comme ayant été mangé. Le 25, ponte d’un nouvel œuf, immédiatement enlevé et remplacé par un œuf artificiel. Celui-ci ayant été trouvé â terre le 28, on le remet à la Serine en y ajoutant l’œuf du 25 ; ils disparaissent le lendemain sans laisser plus de traces que celui du 12. En recherchant l'œuf artificiel, je constate que la peau de mouton qui double la carcasse du nid est déchirée et, sous le double fond ainsi formé, je retrouve les deux œufs de la Serine et l'œuf artificiel. Les œufs de la Serine sont replacés dans un nid neuf, la femelle , continue l'incubation ; le 12 juillet, on lui retire les œufs qui ne sont pas fécondés.
Hybride cf N° 336. — Cet oiseau est né en 1910 avant le 14 août, date où je l’ai acquis « grisard », c’est-à-dire portant encore son premier plumage.
Le 25 février 1911, il est apparié avec une Serine excellente couveuse mais qui a toujours abandonné ses œufs peu d’heures avant l’éclosion. Le 27 mars, elle pond un premier œuf que je lui laisse, et le lendemain, un second que je fixe le jour même. La Serine continue à couver son œuf du 27 et l’œuf artificiel qui a remplacé celui du 28 ; le 4 avril, on retire
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l’œuf qui n’est pas fécondé et la Serine continue à couver l’œuf artificiel.
Le 22 avril, ponte d'un œuf isolé qui n’est pas fécondé.
La Serine reste ensuite si longtemps sans même s’occuper de son nid qu’on le lui avait retiré, croyant la ponte terminée ; mais le 25 juin, on trouve un œuf sur le sol de la cage. Un nouveau nid est installé, un œuf artificiel remplaçant celui du 25, et la femelle se met à couver, soignée par le mâle que, dans la matinée du 27, je vois lui donnant la becquée. Deux jours après, le 29 juin, un deuxième est pondu, il est trouvé cassé et je le fixe. La ponte n’ayant pas continué, on remet le le>F juillet, sous la Serine, son œuf du 25 juin ; je le vérifie le 12 juillet et constate qu’il n’est pas fécondé.
Hybride c? N° 350. — Je l’ai acheté en même temps que le précédent, et j’ai tout lieu de croire que ces deux oiseaux sont de même couvée.
Il est apparié le 22 février 1911 avec la Serine N° 292 achetée depuis un mois. Elle ne pond que deux œufs isolés, l’un à la date du 7 avril, le second le 3 juin ; aucun de ces œufs n’est fécondé,
Hybrides Cini X Serin.
Hybride cf N° 339. — Acheté le 10 avril 1910, cet oiseau se distingue d’un serin par sa taille plus faible, sa tête et son bec plus courts et assez semblables à ceux du Cini. Son chant, surtout était caractéristique ; on y reconnaissait les modulations les plus courantes du Serin, entremêlées de notes aigrelettes rappelant la ritournelle du Cini. Le chant du mâle hybride commençait en sourdine pour s’élever vers la fin en des phases où le petit oiseau se dépensait beaucoup, sans jamais atteindre la sonorité et l’enveloppé du chant pur de Serin.
Le mâle hybride N° 339 est placé, lors de son arrivée, dans une grande cage où se trouvent déjà plusieurs Serines et femelles hybrides de Chardonneret ainsi qu’un Serin mâle.
Le 30 avril, une Serine étant au nid, le Serin se perche sur le bord du nid, s’approche de la femelle et cherche à s'accoupler avec elle. Au moment où il va la cocher, un autre oiseau
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saute rapidement sur la Serine en écartant le premier mâle et me parait cocher effectivement la femelle. La scène a été si rapide que je n’ai pu repérer exactement le dernier venu ; cependant, ce doit être sans aucun doute, le mâle hybride car il n’y a pas d’autre mâle que lui, en dehors du Serin, dans cette cage. Par la suite, le mâle hybride donne à plusieurs reprises la becquée à des femelles de Serin.
Pour préciser les relations du mâle hybride avec les femelles, je l’apparie le 25 mai avec la Serine N° 230 qui était avec lui dans la grande cage et que j’avais vue très souvent depuis plusieurs jours sur un nid contenant des œufs. En installant la Serine dans sa nouvelle cage je lui laisse deux œufs que je marque de signes différents, elle ne retourne au nid que quelques jours après et j’y note sa présence très assidue depuis le 3 juin.
Les deux œufs témoins disparaissent l'un après l’autre, le premier le 5 juin, le second le 12 du même mois, et la Serine fut une très mauvaise pondeuse puisqu’elle ne donne qu’un œuf le 19 juillet.
Je n’ai cru remarquer qu’un accouplement le 19 juin ; mais j'ai vu le mâle hybride donner la becquée, et il n’a pas cessé, pendant le temps qu'il a été apparié avec la Serine, de se montrer très ardent et très actif vis-à-vis d’elle. Là encore on retrouvait dans les allures du mâle traces évidentes de l’influence paternelle reconnaissable à la légèreté et la vivacité toute particulière qu’il déployait chaque fois qu’il venait attaquer la femelle. Celle-ci, poursuivie rapidement d’un barréau à l’autre, se réfugiait au nid, posée sur le bord, le plumage gonflé, ramassée sur elle même, le bec ouvert et menaçant. Le mâle s’approchait alors, perché sur le barreau situé au-dessous du nid, et les deux oiseaux se regardaient face à face, bec contre bec, la femelle enflant le dos et baissant la tête, le mâle bec et cou tendus, allongeant sa petite taille et faisant la roue qu’il accompagnait d’un pii-pii-pii-pii précipité et parfois même d’une ébauche de chant véritable. Quand ceci avait duré quelques instants, le mâle, sautant de son perchoir, essayait d’atteindre le nid et la femelle qui lui en défendait l’accès. Arrêté dans son élan, et ne pouvant se poser à l’endroit qu’il avait choisi, le mâle prolongeait son attaque en se
A. CHAPPELLIER
maintenant en l'air, sur place, devant la femelle, par un battement précipité des ailes. La même scène se renouvelait fréquemment et l’on peut y voir une tentative du mâle vers l’accouplement auquel se refusait la Serine.
En 1911, le même couple fut reconstitué le 25 février. La Serine mourut d’accident le 2*2 juin et l’autopsie montra qu elle n’aurait pas tardé à pondre. Le male fut trouvé mort peu après.
L’expérience ne put pas être reprise car les jeunes hybrides de Gini, nés dans mes élevages, moururent avant d’atteindre l’âge adulte.
p) Hybrides femelles.
(. Hybrides : Chardonneret X Serin).
Hybride 9 105. ~ (En 1900) Cette femelle a été achetée
le 2 mai 1909. Elle est d’abord appariée avec le mâle hybride n° 1 13 et reste avec lui 23 jours sans donner d’œufs.
Appariée ensuite le 25 mai avec le Serin n° 106, on la sépare peu après de ce nouveau mâle pour la mettre en observation et attendre le début de sa ponte. Dès qu elle a donné un premier œuf, on la remet le 16 ou le 17 juin avec le Serin 106. Le 20 elle pond un second œuf, elle en a quatre le 29 juin. La femelle couve cette ponte qui lui est enlevée le 19 juillet : les œufs ne sont pas fécondés.
Le 29 juillet, la femelle hybride recommençant à stationner au nid on met sous elle trois œufs étrangers, le lendemain un des œufs est mangé, ce qui décide à enlever les deux autres.
Le 3 août la femelle pond un autre œuf qui est retiré le 18 : il n’était pas fécondé. Le mâle paraissait cependant bien accouplé avec la femelle : le 5 août je l’avais trouvé installé au nid, ce que font souvent les serins mâles pour appeler la femelle. Pendant cette dernière incubation, le 16 juillet, j’avais mis sous la femelle n° 105 deux œufs cassés et contenant des jeunes en train d’éclore : la mulette termina l’éclosion et essaya de nourrir les jeunes qui ne purent survivre.
(En 1910) Elle est appariée le 8 mars 1910 avec le Serin n° 329 qui a été acheté le 23 février de la même année. Le couple reste constitué pendant toute la saison de reproduction, la femelle ne pond aucun œuf, jusqu'au 7 juillet, jour où je l'autopsie.
HYBRIDATION ET INTERSEXU ALITÉ CHEZ LES OISEAUX
Autopsie. — L’ovaire droit est bien indiqué, sous forme d’une légère surélévation visible à l’œil nu. L’ovaire gauche est essentiellement formé par un ovule de moins de 3 mm. de diamètre sous lequel sont cachés d’autres ovules dont la taille ne dépasse pas un demi-millimètre.
Il parait évident, vu l’époque tardive, qu’en 1910, la Ç aurait eu, tout au plus, une ponte réduite à un seul œuf.
Hybride 9 449. — Elle a été achetée le 2 mai 1909 et
appariée avec le Serin n° 118 acheté le même jour. Au bout de 23 jours on change le male et on lui met le Serin n° 106. Gomme elle ne pond pas on l’isole et elle donne plusieurs œufs. On l’apparie alors à nouveau avec le Serin n° 106 et quelques jours après elle pond un dernier œuf qui provoque une évagination de l’oviducte : en visitant les cages, je trouve l’œuf sur le fond de la cage et la femelle allant et venant sans paraître aucunement souffrir de son accident ; je me décide cependant à la chloroformer.
Hybride 9 w° 245. — Cette femelle a été achetée le 7 décembre 1909, le vendeur me la garantit comme étant née cette même année. Elle est appariée le 22 février 1910 avec le Serin n° 229 acheté, lui aussi, en décembre 1909.
Le 31 mars 1910 la femelle pond son premier œuf qui est suivi de trois autres les 1er, 2 et 3 avril. Le 9 à la visite des cages à 9 heures on ramasse un œuf mangé L’après-midi, à 2 h. 1 /2, un deuxième est trouvé tout fraîchement mangé, ce que voyant, je retire les deux autres.
Entre le 12 et le 21 avril, la femelle transporte du mouron. Pendant les premiers jours elle se promène en tous sens, la branche de mouron au bec, sautant et cabriolant sur les côtés et le plafond de la cage. Le 13, je change le nid de place, rien n’y fait et ce n’est que le 19 que la femelle commence à déposer ses branches de mouron dans le nid. Le surlendemain 21, il y a un œuf que l’on ramasse cassé sur le fond de la cage. Un deuxième œuf a le même sort deux jours après, le 23.
Pour voir si, comme je le pense, c’est la femelle qui casse les œufs, je lui retire son mâle le 23 avril. Le 1er mai on trouve parterre un œuf sans coquille ou à coquille très molle, les débris permettent mal de juger. Le 12 mai la femelle pond un œuf qu’elle mange.
A. CHAPPELLIER
Je l’apparie alors, le même jour avec un autre mâle, le Serin 312, qui, d’après le marchand, serait né en 1909. Le mâle est très ardent et, dans l’après-midi, il essaye de cocher la femelle. Celle-ci étant perchée devant la mangeoire, le serin posé un peu plus haut sur un des barreaux chante, tourné vers elle. Continuant et accentuant encore son chant il descend près de la mulette puis tout à coup, saute sur elle pour s’accoupler. A ce moment la femelle se dérobe et s’éloigne, sans avoir accordé la moindre attention aux avances de son compagnon. Par la suite, la mulette a toujours agi sans tenir aucun compte des appels et des poursuites du mâle.
La femelle recommence ensuite son manège avec des branches de mouron mais il ne dure que quatre jours, du 18 au 22 juin, jour où elle se met à remplir le nid. Le 25 ponte d’un œuf. La mulette couve par intermittence jusqu’au 26mah . On la trouve morte le lendemain, déjà froide à 10 heures du matin ; elle a très probablement succombé à la suite de la ponte de l’œuf qu’elle a donné le même jour.
Fig. 1. — X 5. — Ovaires de femelles hybrides (Chardonneret X Serin).
A, Femelle no 215 ; juin ; B, Femelle no 216 ; novembre.
Autopsie [figure 1 , A). — Deux ovules présentent des signes de dégénérescence avancée ; le plus gros a perdu sa forme normale, il est aplati et en pleine voie de disparition. On trouve, en outre, plusieurs ovules (le plus gros atteint à peine 1 mm. 5 de diamètre) qui paraissent normaux, sans que 1 on puisse affirmer qu’ils évolueront jusqu’à la ponte.
Hybride 9 n° 216. — Achetée en même temps que la précédente, elle est appariée le 22 février 1910 avec le Serin n° 309. On les sépare le 13 avril sans que la femelle ait pondu. La mulette est mise dans la cage commune où j’ai trouvé des œufs à plusieurs reprises, rien n’indiquant que 1 on puisse les lui attribuer.
HYBRIDATION ET INTERSEXU ALITÉ CHEZ LES OISEAUX
Autopsie (fig . /, B). — Elle est autopsiée au mois de novembre. Son ovaire gauche a dans l’ensemble une forme triangulaire, il mesure 2 mm. 64 de hauteur sur 1 mm. 7 dans sa plus grande largeur. Son épaisseur est très faible et sa surface mamelonnée indique qu’il est composé d’une réunion de très petits ovules.
FI g bride 9 218. — Cette femelle a été achetée en plu-
mage de jeune dans les premiers jours d’octobre 1909 ; le vendeur m’indique comme date de naissance le 12 septembre.
La mulette est appariée le 22 février 1910 avec le Serin n° 310 qui m’avait été vendu comme jeune mâle de 1909. La femelle hybride portant une branche de mouron le 10 mars, je mets un nid dans la cage, elle y travaille le jour même et continue les jours suivants. Pendant ce temps, je remarque à plusieurs reprises que le Serin va lui-même au nid. Je l’y trouve encore le 18 avril avec un œuf sous lui, ce qui augmente mes doutes sur son véritable sexe. Pour trancher la question je l’isole et dès le lendemain il donne un œuf!
La femelle hybride est alors mise dans la cage 7 où se trouve le Serin 106 qui a déjà été apparié avec deux autres femelles hybrides en 1909 et qui est depuis le 22 février avec une femelle hybride de Cini. A peine 218 est-elle introduite dans sa cage que le serin 106 se dresse de toute sa hauteur pour se rapprocher de la femelle, face à laquelle il chante pendant quelques secondes puis il saute sur elle et cherche à s’accoupler et s’accouple probablement car après le départ de la femelle il reste un instant comme prostré sur le bord du nid, où l’acte s’est passé. Pendant les jours suivants, la femelle continue, par intermittences, son transport de mouron avec alternances de travail dans le nid. Le 10 mai elle pond un œuf, suivi d’un autre le lendemain 11, ce deuxième œuf est ramassé par terre non cassé et replacé dans le nid. Un troisième œuf pondu le 12 est trouvé mangé sur le plancher de la cage Le 13 il ne reste plus qu’un œuf qui est mangé le lendemain 14. Le 15 et le lendemain 16 ponte de deux œufs : à la visite des cages on trouve un œuf intact et un œuf mangé. Le même fait se renouvelle deux jours après le 18 : l’œuf intact est marqué et donné à couver à une Serine qui casse plusieurs œufs et rend tout contrôle impossible .
A. CHAPPELLIER
L’œuf qui a été enlevé le 18 mai avait été remplacé par un vieil œuf non fécondé de Serine : il reste au nid pendant plusieurs jours, tandis que la femelle porte des morceaux de mouron et travaille au nid sans couver régulièrement. Le 26 mai le vieil œuf est encore dans le nid et Ton trouve sur le sol de la cage des débris très fins de coquille, ce qui indique qu'un œuf nouvellement pondu a été mangé. Le vieil œuf disparait à son tour bien qu il date de plus d’un mois et ait subi une incubation complète.
Le 28 mai ponte d'un nouvel œuf qui disparaît peu de jours après : pendant la période qui va jusqu’au 8 juin, la femelle va souvent au nid mais sans y séjourner d’une façon continue. Le 8, ponte d’un œuf que je remplace par un vieil œuf de réserve qui disparait dès le lendemain. Le 11 il y a eu encore ponte d’un œuf dont on ne trouve que la coquille par terre. Le 14 même incident : l’œuf est cassé dans le nid.
Devant la difficulté de récolter les œufs intacts, je découpe le fond du nid et y ajuste une sorte de petit sac pour essayer de capturer les œufs aussitôt après la ponte. Mon installation n’a aucun succès et la femelle a vite fait de déchirer le sac en b' perçant à son extrémité.
La ponte continue par un œuf le 18 juin; je le remplace par un vieil œuf qui est mangé le 21.
Le 10 juillet ponte d’un œuf, remplacé lui aussi par un vieux qui est mangé deux jours après le 12.
D'autres sont encore pondus les 22 et 23 juillet et 6 août. Pendant toute cette période, la femelle ne mange qu'un œuf et le 18 août, au moment de la séparation des couples, on trouve encore les deux autres au nid.
En résumé, la femelle hybride n° 218 a, entre le 10 mai et le 9 août, c’est-à-dire en 90 jours, pondu 16 œufs contrôlés. La ponte débute par deux petits groupes d’œufs, le premier de trois œufs, l'autre de deux œufs. La femelle donne ensuite, sauf les 22 et 23 juillet, des œufs séparés par des intervalles qui vont de un jour jusqu'à 12, 17 et 22 jours.
Cette ponte irrégulière n’a été accompagnée d’aucune incubation suivie. La femelle n’a pas cessé de transporter du mouron et de travailler au nid. La période préparatoire de la ponte, celle delà confection du nid, qui dure quelques jours seulement
HYBRIDATION ET INTERSEXU ALITAI CHEZ LES OISEAUX
chez les femelles normales, s’est ici désagrégée et s’est étendue sur plus de quatre mois.
Pendant ce temps ont apparu, presque à l’état sporadique, des œufs dont la dispersion a encore accentué le caractère indécis et mal délimité de la période de reproduction de la femelle hybride.
Presque tous les œufs laissés à 1a. femelle ont été mangés, sauf les deux derniers, et encore faut-il tenir compte de ce que ces œufs ont été retirés au bout de 9 jours et qu’ils auraient pu avoir le sort des autres s’ils étaient restés plus longtemps dans la cage.
A quatre reprises différentes, j’ai remplacé l’œuf que la femelle hybride venait de pondre par un vieil œuf pris dans des pontes non fécondées mais déjà incubés. Le premier œuf ainsi donné à la femelle hybride a été mangé après être resté neuf jours dans le nid, les autres ont disparu après 1 jour, 3 jours et 2 jours. Tous les œufs pondus par la mulette elle-même n’ont pas duré plus longtemps que ces derniers et les neuf jours qu’a passés dans le nid le premier œuf de substitution pourraient faire penser à une répugnance de la femelle en présence de l’odeur anormale de l’œuf qui lui était offert, répugnance qui aurait disparu après consommation du premier œuf de remplacement. 11 n’en est certainement rien, car les expériences faites jusqu’ici sur l’odorat des Oiseaux, des Vautours en particulier, ont montré que ce sens était trop peu développé pour permettre un choix de la nourriture.
(En 1911) La femelle 218 est mise dans une grande cage avec d’autres femelles hybrides, sans mâle, pour obtenir des œufs parthénogénétiques : la cage est installée dans la serre. Il n’y a pas de ponte.
(En 191 2) Elle est appariée le 26 février 1912 avec le Serin n° 272 acheté le 13 octobre 1910. Ce mâle est remplacé le 5 mars 1912 par le Serin n° 521 vendu comme étant de 1911.
Autopsie. — La femelle ne pondant pas, je l’autopsie le 24 juin et ne trouve qu’un ovaire diffus, effacé, d’aspect rudimentaire et qu’on pourrait être amené à considérer comme non fonctionnel.
Hybride Ç n° 252. — Née en 1910, elle a été en cage commune pendant Tété 191 1 et elle est appariée le 26 février 1912,
30 A. CHÀPPELLIER
avec un mâle hybride de Chardonneret n° 254 qui est né en 1910 et serait un de ses frères de même couvée.
L.a femelle travaille au nid dès la fin du mois de mars et ne commence à pondre que le 27 avril ; l’œuf est trouvé par terre et cassé. Deux jours après, le 29, un second œuf est mangé aussitôt pondu. Il en est de même d’un troisième qui arrive le 5 mai. La femelle reste ensuite plus d’un mois sans donner d’œufs.
Autopsie . — Le 22 juin, la voyant au nid depuis le matin, je la sacrifie vers 14 heures et prélève dans son utérus un œuf que je fixe pour en étudier la cicatricule.
On trouve sur l’ovaire un gros ovule en pleine dégénérescence et d’autres ovules, d’apparence normale, dont la taille atteint environ 1 mm.
Hybride 9 n° 253. — Elle est née en 1910, elle n’a pas pondu en 1911. Le 25 février 1912 elle est appariée avec un mâle hybride de Chardonneret n° 336 qui est, lui aussi, né en J 910. Les oiseaux restent ensemble jusqu'au 24 juin.
Autopsie. — La femelle n’ayant donné aucun œuf est alors sacrifiée et je trouve l’ovaire représenté par une masse de couleur jaunâtre dans laquelle on ne reconnaît, à l’œil nu, que des ovules mal délimités, ayant un peu un aspect de chou-fleur, ce qui indiquerait une dégénérescence avancée.
Hybride 9 296. — Cette femelle avait pondu en 1910 sous
un autre numéro. Elle est restée en 1911 dans les élevages de Pierre Vincent, à Lille, dans une grande cage où elle n’aurait pas pondu. En 1912 elle est appariée le 26 février avec le mâle hybride de Chardonneret n° 350 qui est né en 1910.
Autopsie. — La femelle ne donne aucun œuf jusqu’au 24 juin, jour où je la sacrifie. L’ovaire est représenté par deux petites masses, à peine visibles à l’œil nu et de contours assez irréguliers. Elles reposent sur la partie terminale du Delta, et leur aspect, joint à leur forme, indique des ovules en dégénérescence.
Hybride 9 323. — Elle a été achetée le 23 février 1910..
Le 1er juin, en vérifiant le numéro de sa bague, je la laisse échapper et elle va, en plein vol, s’assommer contre une vitre. La croyant tuée sur le coup je la raye déjà, mais elle revient à elle et, quelques jours après, je la vois travailler un nid dans
HYBRIDATION ET INTERSEXU ALITÉ GHEZ LES OISEAUX 31
la cage commune où je l’ai replacée. Le 21 juin, je la trouve sur ce nid avec un œuf tout chaud sous elle.
Elle est alors appariée avec le Chardonneret n° 1 15 et, dès le lendemain, pond un œul qui est trouvé cassé sur le sol de la cage. Un vieil œuf mis à sa place disparait par la suite.
Une deuxième ponte a lieu les 10, 12 et 13 juillet. Le 25 l’un des œufs est mangé, les autres sont retirés le 30 : ils n’étaient pas fécondés. La femelle reste avec son mâle jusqu’au 18 août sans pondre d’autres œufs. En 1911 elle partit à Lille, dans les élevages de Pierre Vincent où elle est morte sans avoir pondu.
Hybride 9 349. — Cette femelle a été achetée le 13 mars
1910. Elle reste, jusqu’au 8 juin 1910 dans une cage où se trouvent d’autres femelles et deux mâles hybrides. A cette date, je la retire parce qu elle travaille au nid depuis plusieurs jours et l’apparie avec le Serin n° 227 acheté en décembre 1909.
La femelle continue de travailler et fait une ponte de trois œufs les 11, 12 et 13 juin ; l'un des œufs est de très petite taille. Deux jours après, le 15, les trois œufs disparaissent sans laisser de traces. La femelle reste ensuite appariée sans pondre d’autres œufs.
(En 191%) Elle est appariée le 20 février 1912 avec le Serin n° 477 qui avait fécondé les couvées delà Serine 473 en 1910. Le 5 mars, le mâle est remplacé parle Serin n° 522.
La femelle est sur le nid le 28 mars, elle y a travaillé et l’a bien garni ; mais trois jours après le nid ne contient plus de matériaux. Il n’y a pas de ponte.
Autopsie. — La femelle est sacrifiée le 24 juin : à la dissection je ne trouve pas trace macroscopique d’ovaire ; tout au plus, un développement exagéré du Delta gauche.
Hybride 9 n° 361 . — En me la vendant le 10 avril 1910, le marchand m’assure qu’elle travaille, en ce moment, au nid et qu’elle ferait des avances à un serin hollandais qui se trouve dans la même cage qu’elle.
La femelle est appariée le 13 avril avec le Serin n° 309 qui a été acheté le 20 février. Le 16 mai ponte d’un premier œuf qui est suivi de deux autres les 19 et 22. Dès ce jour, la femelle tient assidûment le nid et, à plusieurs reprises, je dois l’en
A. CHAPPELLIER
chasser pour vérifier l’état de ses œufs qui sont retirés le 6 juin : ils n’étaient pas fécondés.
Le 14 juin, la ponte recommence et donne deux autres œufs le 16 et le 19. La femelle couve aussi Lien que la première fois, les œufs ne sont pas fécondés.
Une troisième ponte de deux œufs a lieu les 11 et 13 juillet. Pour la première fois un œuf est mangé le 25. Celui qui reste n’est pas fécondé, la femelle couve bien au delà du délai normal d’éclosion et elle est encore dans le nid quand on sépare le couple le 18 août.
(En 1912) Cette femelle est appariée le 26 février 1912 avec le Serin n° 422 puis, le 5 mars, avec un jeune serin de 1911 le n° 543.
Le 23 mars la femelle a fortement garni son nid de la charpie qui a été déposée dans les *cages la veille ou l’avaht-veille. La femelle continue à accumuler des matériaux dans son nid et le 30 mars je note que le sien est le plus complet. Cependant les choses ne vont pas plus loin et la mulette ne donne pas d’œufs avant le 24 juin, jour où je la sacrifie.
Autopsie. — Je ne trouve, du côté gauche, pas trace identifiable d’ovaire. Sur remplacement que devrait occuper cet organe, se déploient les ramifications du Delta. Par contre, à droite, une surélévation en forme de tronc de cône émoussé indique les derniers restes d'un ovaire fonctionnel. Cette femelle présente donc une disposition doublement anormale de la glande génitale puisque c’est un ovaire droit qui a été fonctionnel et seul fonctionnel.
Hybrides ( Cini X Serin). '
Hybrides 9 w° 2//, 2/2 et 213. — Ces trois femelles ont été achetées le 7 décembre 1909, elles provenaient, m’a dit le vendeur, de la même couvée et seraient sœurs du mâle n° 339. Toutes trois ont été appariées le 22 février 1910 avec des Serins. Elles n’ont pas pondu et n’ont même jamais manifesté aucune tendance à s’occuper du nid placé dans leur cage.
Cette indifférence génitale a trouvé son explication au moment de l’autopsie qui montra, chez les trois femelles, un ovaire rudimentaire et non fonctionnel. C’est ainsi que l’ovaire gau-
HYBRIDATION ET INTERSEXUALITÊ CHEZ LES OISEAUX
che de la femelle n° 213, était représenté seulement par une sorte d’excroissance lamclleuse, de forme triangulaire et accompagnée à sa base, de trois petites niasses arrondies, vestiges d’ovules non arrivés à maturité.
Une telle constatation est pour surprendre, faite chez des femelles hybrides issues du croisement de deux espèces aussi voisines que le Serin de canarie et le Cini. Les mâles hybrides issus de ce croisement seraient, si l’on en juge d’après celui dont il a été question, génitalement beaucoup plus développés que les femelles, au moins en ce qui touche les manifestations extérieures du sexe.
c) Oiseaux des cages de réserve.
En dehors des véritables couples isolés dont je viens de parler, j’installai, le 8 mars 1910, des grandes cages renfermant plusieurs oiseaux à la fois. Ces oiseaux, ainsi mis en réserve, étaient groupés dans chaque cage de telle sorte qu’ils pussent servir à des constatations venant s’ajouter à celles faites sur les couples séparés.
On ne saurait, bien entendu, dans ces conditions, tenir compte de tous les incidents pris en note, puisque le mélange des oiseaux ne permet pas d’attribuer, avec une absolue certitude, tel fait à l’un ou à l’autre d’entre eux. Dans une cage ainsi meublée de plusieurs oiseaux, la vivacité des occupants, leurs allées et venues continuelles et rapides rendent les observations très difficiles. Cependant, chaqueroiseau portait aux pattes un signe distinctif qui permit de le reconnaître dans la plupart des cas ; de plus, quelques faits valent d’être rapportés, même si leur auteur reste inconnu : je prendrai dans mes notes ce qui suit.
Cage 10 (1910). — Cette cage renfermait deux Serins mâles et quatre femelles hybrides (Chardonneret X Serin).
A plusieurs reprises, j’ai vu les Serins donner la becquée à des femelles hybrides, et le 12 mai, j’ai assisté à un accouplement, ou tout au moins, à une tentative d’accouplement. Les femelles ont peu travaillé au nid et deux œufs seulement ont été pondus, le 31 mai et le 24 juin. Ils sont de petite taille et d’un blanc pur. L’un d’eux a été fixé et sa cicatricule n’indique pas de fécondation.
A. chappellier
Cage 12 (1910). — Dans cette cage ont été réunis : trois Serins et quatre Ç hybrides (Chardonneret X Serin).
Pendant tout le temps que la cage 12 a été en observation, les femelles hybrides ont travaillé au nid, j’ai noté avec certitude la femelle n° 346. Malgré cette activité constructrice; les femelles n’ont très probablement pas pondu. En effet, si j’ai trouvé trois œufs dans la cage 12 c’est avant le départ d’une Serine (n° 365) que j’avais d’abord cru être un mâle.
Cage 13 (1910). — Dans cette cage ont été placés : un Serin çf, un Chardonneret çf, cinq hybrides ç? (Chardonneret X Serin), cinq hybrides $ (Chardonneret X Serin), une hybride Ç (Uini Serin).
Pendant leur séjour dans cette cage, le Serin et le Chardonneret n’ont jamais attiré mon attention. Il n’en a pas été de même des hybrides, particulièrement des femelles. Concernant les mâles, je note seulement, le 22 mai, un accouplement qui m’a semblé être effectif. Aussitôt après un autre hybride a cherché longuement à s’accoupler, avec un hybride également, qui n’a pas accepté le coït, et qui m’a semblé être un mâle.
Femelle hybride n° 328. — Depuis l’installation de la cage jusqu’au 21 juin, quatre œufs seulement y ont été pondus ; l’un, presque certainement par la femelle hybride 328. Celle-ci, en effet, ayant été vue à plusieurs reprises au nid, et trouvée le 21 juin avec un œuf sous elle, a été appariée avec le Chardonneret 1 15 et a pondu d’autres œufs, dont un le lendemain du jour où elle avait été retirée de la cage 13.
Femelle hybride n° 3 27 . — Le second œuf de la cage 13, aurait pour auteur la femelle hybride n° 327 qui, le 31 mai, accumula beaucoup de mouron dans un nid autour d’un œuf pondu le matin même. À 10 heures la femelle est encore au nid et y travaille, le fond du nid a été à moitié arraché, l’œuf a été basculé dans la partie dégarnie et la femelle continue son transport de mouron sans paraître aucunement s’en occuper. Quand je reviens à la cage 13, à 14 heures, l’œuf a été mangé.
Un troisième œuf est trouvé par terre le 3 juin : remis dans le nid il ne tarde pas à être mangé. Cependant la femelle 327 est revue au nid ; le 9 juin un autre hybride, non précisé, y vient lui donner la becquée. Le 12 juin, quatrième œuf pondu peutêtre encore par la femelle 327 qui meurt le lendemain.
HYBRIDATION ET INTERSEXU ALITÉ CHEZ LES OISEAUX
Autopsie. — L’autopsie a montré qu’elle était en pleine période de ponte et qu'elle aurait donné, peu après, d’autres œufs encore (fig. 2).
La cavité abdominale est encombrée par l’ovaire. Deux ovules ont presque atteint leur taille inaxima puisqu’ils mesurent respectivement 7 mm 6 et 7 mm. 2 ; trois autres qui ont environ 3 millimètres de diamètre ont la teinte jaune caractéristique des ovules en voie normale d accroissement. A côté d’eux, on trouve de nombreux ovules o de couleur blanchâtre et qui paraissent en voie de résorption. Cet aspect maladif est accentué par la
Fig. 2. — X S. — Ovaire de la femelle hybride no 327 (Chardonneret X Serin) ; juin.
o, o', ovules; /", cordons folliculaires.
présence de longs cordons jaunâtres /, dans lesquels on retrouve des masses de même couleur; ce sont des follicules à paroi hypertrophiée et dont les ovules o' sont en voie de décomposition.
Les ovules les mieux développés reposent sur une masse blanchâtre, sorte de stroma lamellaire ou à prolongements étroits et allongés, dans lequel on aperçoit par-ci par-là de petits points de vitellus, probablement restes d’ovules résorbés ou décomposés.
Un follicule vide et portant une large ouverture est le signe certain d’une ponte toute récente : la femelle 327 est donc bien celle qui a donné l’œuf trouvé dans la cage 13 la veille de sa mort. La décomposition déjà avancée du cadavre ne m’a pas
À. CHAPPELLIEft
permis de reconnaître la cause exacte de cette mort. Il semble qu’elle soit reliée à l’altération de la glande génitale dont la désorganisation, à l'autopsie, indique un état morbide d’origine déjà ancienne.
Femelle hybride n° 334. — La femelle hybride n° 334 ne figure pas, expressément nommée, dans mes notes. Est-ce elle que j’ai vue, à plusieurs reprises, sans pouvoir relever un numéro, échanger la becquée avec d’autres hybrides ou aller au nid et y travailler ? Ceci mefsemble pouvoir être admis, étant donné l’état de ses organes génitaux au moment de l'autopsie qui a été faite le 21 juin 1910.
Autopsie. — L’ovaire gauche est représenté macroscopiquement par une masse bilobée jaunâtre de 2 mm. 25 environ de longueur. Un ovule de 1 mm. 30 de diamètre est accolé à un lambeau de taille moindre et de forme irrégulière qui est certainement un second ovule en voie de dégénérescence.
Femelles hybrides n° 332 et 333. — Ce sont les deux dernières femelles de la cage 13. Je les avais achetées toutes deux le 23 février 1910 chez le même marchand ; il m’avait cédé la femelle n° 332 à un prix très bas, tant elle était mal emplumée et d’aspect chétif. Elle paraissait très âgée, l’extrémité de ses mandibules était irrégulière et rejetée sur le coté ce qui me l’avait fait désigner, dans mes notes, sous le nom de « bec crochu ». J’ai souvent aperçu, dans la cage 13, des hybrides don-' ner la becquée à d’autres hybrides, mais je n’ai pu que très rarement prendre les numéros des oiseaux, qui s’interrompaient dès que l’on approchait trop près d eux. Si des mâles ont dû nourrir des femelles, ce qui serait normal, il est certain aussi que des femelles se sont donné mutuellement la becquée. La femelle 332, que son faciès permettait de reconnaître de loin avec certitude, s’est montrée, particulièrement active dans ce sens.
Elle poursuivait les autres femelles de sa cage et je lui ai vu donner la becquée à plusieurs reprises à des femelles hybrides de Chardonneret et même une fois à la femelle hybride de Cini. Mais il semble qu’elle ait été spécialement attirée par la femelle hybride 333. Celle-ci, dans les longues scènes de gavage auquel j’ai assisté, ne jouait pas seulement le rôle de femelle, acceptant la nourriture que 332 lui dégorgeait : bien des fois,
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les rôles changeaient au bout de quelques instants et la femelle 332 prenait, à son tour, l’attitude de la femelle nourrie par son mâle, accroupie sur le barreau, les ailes légèrement écartées et battant à petits coups précipités ; 333 se redressait en même temps et redonnait à l’autre femelle la nourriture qu’elle venait d’en recevoir. Quelquefois les choses en restaient là, mais souvent les échanges entre les deux fenïellesse répétaient plusieurs lois de suite, sans interruption, et les gavages revenaient à de si courts intervalles quelle 24 mai. j’en ai compté 5 à 6 en moins d’un quart d’heure.
Ce qui frappait pendant ces échanges, c’était la façon, en quelque sorte mécanique, dont se comportaient les femelles. La femelle gaveuse paraissait accomplir automatiquement une besogne et ne s’occupait aucunement soit avant soit après de l’autre femelle qui, de son côté, n’avait pas les mouvements fébriles, les petits cris pressants de la serine appelant son mâle ou en recevant la becquée. 11 y avait quelques battements d'ailes pendant le gavage, puis les rôles changeaient avec la plus grande facilité, sans heurt, sans manifestations bruyantes.
La femelle 332 semblait rechercher toutes occasions de satisfaire son besoin de gavage : le 31 mai, je la vois donner la becquée, à travers les barreaux, à une Serine de la cage 1 i, mitoyenne avec la sienne. Une autre Serine qui se trouvait au nid dans la cage 14, apercevant cette scène de gavage, saute du nid pour venir solliciter la femelle hybride. Celle-ci, sans paraître s’apercevoir de la présence de cette nouvelle quémandeuse, achève son gavage interrompu en dégorgeant de la nourriture sur un des barreaux séparant les deux cages.
Autopsies. — La femelle hybride N° 332 a été sacrifiée le 12 août 1910. Dans la région ovarienne gauche on ne trouve pas d’ovaire proprement dit ; la glande génitale paraît absente ou représentée seulement par un léger voile réticulé appliqué sur la base de la capsule surrénale. Rien n’indique, macroscopiquemenL qu’il y ait trace d’ovules et le réticulum semble bien plutôt formé par des ramifications nombreuses et enchevêtrées des canalicules du Delta.
Sacrifiée le même jour, la femelle N° 333 montre un réticulum identique au précédent ; il est mieux délimité, moins lacuneux et, précisément à cause de l’accentuation de ses carac-
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tères, on reconnaît en lui, sans hésitation possible, une dépendance immédiate des canalicules wolffiens, sans que l'examen in toto puisse laisser supposer qu’il s’agisse d’une véritable glande ovarienne.
Ces deux dernières femelles hybrides de Chardonneret ont donc un système génital des plus rudimentaires puisque la glande elle-même paraît faire complètement défaut. Cette castration physiologique et l’étendue anormale des restes wolffiens dans la région ovarienne rapprocheraient les femelles hybrides 332 et 333 de l'hermaphrodisme rudimentaire glandulaire de Stephan.
Cage 14 {1910). — Dans cette réserve furent installées plusieurs femelles Serin et Hybrides de Chardonneret, un Serin et le mâle Hybride de Cini N° 339.
Malgré le grand nombre de femelles réunies dans la cage 1 je n'y ai trouvé que cinq œufs les 14 avril, 5, 24 et 25 mai. Ils sont tous attribuables aux femelles de Serin qui, toutes, ont fréquenté assidûment les nids pendus dans la cage 14, et avaient des ovaires bien développés.
Les deux femelles hybrides de Chardonneret ont travaillé au nid ; elles ont transporté à plusieurs reprises des matériaux, .mais n’y ont jamais fait de longs séjours comme c’est l’habitude des femelles pondeuses.
Femelle hybride N° 315. — Autopsie. — La femelle N° 315, le 4 août, c’est-à-dire après la période de ponte, montre un ovaire ici très reconnaissable, mais qui mesure seulement 2 mm. 4 sur 1 mm. 6 : c’est une grappe serrée de petits ovules dont les plus gros ont 108 g de diamètre.
Ce n’est plus l’aspect qu'offrent à la même époque, des femelles non hybrides, des Serines par exemple. Chez les Serines, l’ovaire, beaucoup plus volumineux (5 mm. I X 2 mm. I et 5 mm. 6x3 mm. 2) a presque repris son aspect lisse et uniforme de la période de repos; c’est à peine si on y retrouve, bien détachés, un ou deux ovules faisant une saillie prononcée à sa surface.
Si l’on compare avec les organes génitaux de la femelle hybride 315, il semble que celle-ci ne soit pas en voie de retour au repos automnal, mais bien plutôt qu’elle ait évolué lentement et imparfaitement vers une maturité sexuelle qu’elle n’a pas atteinte. Nous aurions ici un stade intermédiaire entre les
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femelles hybrides pondeuses et celles qui, comme les N° 332, 333, 147, ont un ovaire macroscopiquement invisible ou même totalement inexistant.
Cage' 16 (1910). — Cette cage ne renfermait que des hybrides de Chardonneret, mâles et femelles.
Les mâles n’ont pas fourni sujet à remarques.
Les femelles ont pondu cinq œufs, les 11 et 15 juin, les 11, 14 et 20 juillet ; celui du 15 est de taille petite et anormale. Pendant tout leur séjour dans la cage, les femelles hybrides ont transporté du matériel, travaillé et séjourné au nid.
Autopsies. — La femelle 389 est morte le 10 septembre à Paris, le N° 340 à Lille dans les élevages de Pierre Vincent. Je n’ai de renseignements d’autopsie que sur les deux autres. Elles sont toutes deux du type demi-fertile, avec des particularités qui les distinguent l’une de l’autre et les différencient également de la femelle hybride 315 de la cage 14.
Femelle hybride N° 391 . — Celle-ci n’a été autopsiée que le 19 février de l’année suivante. Son ovaire (fig. 3) mesure
Fig. 3. — X5. — Ovaire de la femelle hybride n<> 391 (Chardonneret X Serin); février.
2 mm. 90 sur 2 mm., et l’on voit à sa surface, en dehors de nombreux petits ovules, deux plus gros qui ont 0 mm. 9 et 1 mm. 25 de diamètre. Cet aspect se rapproche un peu plus de ce que l’on trouve chez des Serines à la même époque, mais la trompe de la femelle h) bride est restée bien en arrière dans son développement.
Grande cage (691 2). — Cette réserve renfermait des hybrides de Chardonneret mâles et femelles et deux femelles hybrides de Tarin. L’installation avait eu lieu le 1er mars et les oiseaux restés dans cette cage ont tous été sacrifiés le 22 juin. A cette date, les deux mâles étaient en parfait état et toutes les femelles, sans exception, avaient le dessus de la tête largement
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dégarni de plumes. Cette différence de tenue entre les oiseaux des deux sexes peut-elle s’expliquer par les attaques des mâles vis-à-vis des femelles ? Je n'ai pas observé qu’il y eut des batailles dans la cage et, tout au contraire, j’ai vu un mâle donner la becquée à une des femelles hybrides de Chardonneret, alors que celle-ci se tenait au nid.
Autopsies. — Les deux femelles hybrides de Tarin, ont montré à l’autopsie des organes génitaux rudimentaires ; ces femelles n’ont pas pu pondre.
Il faut donc attribuer aux femelles hybrides de Chardonneret les sept œufs qui ont été pondus dans la grande cage de 191*2. La femelle N° 322 est du type à organes génitaux atrophiés, elle n’est pas pondeuse.
La femelle N° 253 a été retirée de la grande cage et isolée, car son comportement donnait à penser qu elle était la femelle pondeuse de cette grande cage. Elle n’a pas donné d’œuf après son isolement; à l’autopsie elle ‘montre tous les caractères des femelles demi-fertiles et non pondeuses.
Il reste les deux femelles N° 295 et N° 248 qui ont été toutes deux pondeuses puisque la première a donné des œufs après avoir été isolée et que toutes deux étaient encore en plein fonctionnement ovarien lorsque je les ai sacrifiées les 22 et 24 juin ; j’ai trouvé dans leur utérus un œuf à coquille encore transparente.