IV. — Résumé des résultats fournis par les
essais d’obtention d’hybrides et les essais de
reproduction des hybrides.
Il me paraît plus rationnel de* réunir dans ce chapitre les deux groupes précédents d’expériences puisque, dans ces deux groupes, les Serins jouent un rôle prépondérant et vont pouvoir nous servir d’élément de comparaison et d’appréciation.
1° Chardonnerets.
J’ai eu, en 1909 et 1910, six Chardonnerets mâles appariés avec des Serines. Tous ont été achetés adultes, sans aucune donnée certaine sur leur âge véritable.
HYBRIDATION ET INTERSEXU ALITÉ CHEZ LES OISEAUX
De ces six oiseaux, trois se sont montrés inféconds, mais il faut, tout de suite, en éliminer deux, les N° 1 12 et 367 qui sont morts de maladie, T un deux jours, l’autre neuf jours après la ponte des œufs qu’ils auraient dû féconder. Il ne reste à considérer que le Chardonneret N° 109 qui, âgé d’au moins deux ans, a été apparié avec trois femelles différentes qui ont chacune fait une ponte inféconde. L’une des femelles, la Serine N° 110 a donné trois œufs qu elle n’a pas incubés régulièrement. De plus, cette femelle a été malade pendant assez longtemps avant son appariement avec le Chardonneret; on peut mettre à son compte la non fécondation des œufs qu’elle a pondus. Ce n’est plus le cas pour les autres femelles N° 114 et 224 qui avaient, peu avant leur appariement avec le Chardonneret N° 109, donné des couvées fécondées par un autre Chardonneret ; il faudrait donc incriminer le mâle 109. Mais, si l’on se reporte aux dates de son appariement avec les Serines précitées, l’on trouve pour la première le 22 août, pour la seconde le 27 août ; c’est là une époque très tardive et à laquelle les Chardonnerets sauvages ont terminé leur reproduction, car si, à cette date, l’on rencontre encore de rares nids occupés, ils le sont par des jeunes très avancés et prêts à prendre leur essor.
Les Serines 114 et 224 avaient donc été appariées avec un Chardonneret arrivé à la fin de sa période normale de reproduction, dont deux ans à peine de captivité n’ont pu modifier l’allure. Dans les expériences d’hybridation où intervient ainsi une espèce prise, à l’état sauvage il faut, lorsque l’on constitue les couples, tenir compte de l’époque habituelle de reproduction du reproducteur non domestiqué. Le Chardonneret, à l’état de liberté, entre en reproduction bien plus tardivement que nos Serins de cage, et les éleveurs savent parfaitement qu’il est inutile d’apparier de très bonne heure un Chardonneret et une Serine. La première ponte, pour le moins, n’est pas fécondée. C’est ce que montre très nettement le Chardonneret N° 115 qui a été apparié avec trois femelles successivement :
lre femelle, N° 223 appariée le 22 février, ponte de quatreœufs terminée le 25 mars, aucun œuf n’est fécondé (Cette femelle donne des produits avec un Cini au mois de mai et de juin de la même année).
A. CHAPPELLIER
2e femelle, N° 1 14 appariée le 6 avril ; première ponte du 8 au 14 avril, œufs non fécondés.
Même femelle, deuxième ponte du 9 au 13 mai, un œuf fécondé. *
3e femelle, N° 224 appariée le 18 mai ; cinq œufs pondus du 19 aû 26 mai, 3 œufs fécondés.
On voit que ce Chardonneret a commencé à féconder les œufs pondus dans les premiers jours de mai seulement. On pourrait objecter que, si la première ponte de la Serine N° 1 1 4 n'est pas fécondée, c’est que le mâle n’est pas depuis assez longtemps avec elle. A ceci, il est facile de répondre puisque le même mâle a fécondé les œufs de la Serine N° 224 six jours au plus après avoir été apparié avec elle.
Cette rapidité d’accoutumance entre deux espèces si différentes que le Serin et le Chardonneret est très grande. Si l’on relève, dans mes élevages, les pontes qui ont donné des jeunes, on trouve des œufs fécondés 7 jours, 6 jours, 4 jours et même 3 jours au maximum après la constitution ^des couples. La Serine N° 150 qui a fourni le chiffre le moins faible était, dans mes élevages, appariée pour la première fois avec un Chardonneret.
Sur les 57 œufs pondus par des Serines appariées avec des Chardonnerets, six seulement ont été cassés ou mangés bien que, dans la majorité des cas, je n’aie pas séparé le mâle de la femelle. C’est cependant une opinion très courante chez les éleveurs que les Chardonnerets mangent les œufs des Serines. On recommande parfois d’enlever le Chardonneret dès le premier œuf, car la présence du mâle ne serait plus indispensable pour assurer la fécondation des nutres œufs de la même ponte. On ajoute, et beaucoup d’amateurs répètent ceci avec le plus grand sérieux, que le Chardonneret pourrait, en gavant les petits, leur crever le gosier avec son bec long et pointu. 11 est seulement arrivé dans mes élevages que des jeunes hybrides soient maltraités et meurent après avoir été, sans aucun doute, jetés à bas du nid et tués par les parents ; je serais assez disposé à attribuer ces méfaits aux Chardonnerets, ardents à s’accoupler à nouveau avec leurs femelles.
HYBRIDATION ET INTERSEXUALITl': CHEZ LES OISEAUX
2°) Hybrides : Chardonneret X Serin.
a) Males.
Cinq hybrides mâles provenant du croisement : Chardonneret x Serin ont été appariés avec des femelles en 1910, 1911 et 1912. Deux de ces mâles, les N° 254 et 336, ayant été mis avec des femelles de même origine je ne m’en occuperai pas ici. Les trois autres ont été appariés avec des Serines qui ont pondu seize œufs tous inféconds. Tel est le résultat brutal.
Si l’on compare entre elles la ponte des Serines appariées avec des oiseaux féconds et la ponte des Serines appariées avec des mâles hybrides, on remarque immédiatement le petit nombre d’œufs pondus par les dernières Serines et l’irrégularité de leurs pontes et des intervalles qui les séparent.
Les neuf Serines appariées avec des Chardonnerets et avec le Cini ont fait 22 pontes dont 18 sont des groupes de 3, 4 et même 5 œufs. Sur les 69 œufs pondus par ces neuf Serines, il n’y en a eu que six pondus isolément ; l'un par la Serine N° 107 qui n’a donné que cet œuf unique, ce qui me la ferait considérer comme femelle trop vieille, un second par la Serine N° 110, qui, nous l’avons déjà vu, a été maladive. Seule, en fait, la Serine N° 323, qui a pondu 10 œufs, en a donné trois isolément ; toutes les autres femelles out fait des pontes régulières.
Il est à noter que parmi les six œufs pondus isolément, il s’en trouve un donné le 1er mai 1910 par la Serine N° 223 appariée avec le Cini, et qui, par la suite, a fait trois pontes régulières de quatre œufs. Cette Serine, étant née l’année précédente, l’œuf pondu par elle le 1er mai 1910 était son premier œuf, et ceci est connu des éleveurs que les jeunes Serines pondent souvent un premier œuf isolé avant de commencer leur ponte normale. Cet œuf est séparé de la première ponte véritable par un intervalle moins grand que ceux qui séparent entre elles les pontes consécutives. Dans le cas de la Serine 223, nous trouvons 15 jours seulement entre l’œuf du 1er mai et le début de la première ponte, tandis que 31 jours séparent entre elles les trois pontes normales. Puis
A. CHAPPELLIER
vient le 0 août, après un intervalle de 2 jours, un dernier œuf isolé : c’est la fin de la ponte de cette femelle dont l'ovaire, arrivé au terme de son activité annuelle, donne, comme à ses débuts, un produit isolé ; cette dernière ponte qui ne s’achève pas est séparée de celle qui la précède immédiatement par un intervalle de 25 jours et, en réunissant les résultats fournis par les autres serines, nous trouvons que l’intervalle entre les pontes a varié entre 25 et 32 jours.
Si. nous nous reportons maintenant aux Serines appariées avec des mâles hybrides, nous ne trouvons plus rien de cette régularité : onze pontes ont eu lieu, une seule atteint 3 œufs et six autres se composent d’un seul . œuf. Les intervalles entre ces pontes varient de 13 et 20 jours à 57 et 64 jours.
On peut se demander, en présence de résultats si peu nombreux, s’il ne faut pas simplement voir là un fait de hasard, les mâles hybrides n’ayant reçu que des femelles mauvaises pondeuses. Cependant le contraste est tel entre les deux groupes de femelles que je serais tenté d'admettre une répercussion de la constitution génitale anormale des mâles hybrides sur le fonctionnement génital des femelles non hybrides avec qui on les avait appariés.
,Q) Femelles.
Parmi les femelles hybrides de Chardonneret qui ont donné des œufs, neuf ont été appariées avec des Serins et suivies de plus près. (J’élimine la femelle n° 216 qui jusqu’au 13 avril n'a pas pondu et a été, à cette date, versée dans une cage commune où elle échappait à une surveillance précise).
Les neuf autres femelles hybrides de Chardonneret ont donné 53 œufs, que l’on peut répartir entre 31 pontes différentes : ceci montre immédiatement quelle a été l’irrégularité de la ponte chez ces femelles. Sur les 53 œufs, nous trouvons seulement deux pontes de ï œufs, viennent ensuite 5 pontes de 3 œufs, puis six groupes de deux œufs et enfin 18 œufs isolés. Et encore ce rangement est-il assez précaire car la surveillance des femelles a été rendue difficile par leur comportement capricieux. 11 se pourrait même que des œufs aient complètement échappé au recensement puisque, dans certains cas, ce sont de très
HYBRIDATION ET INTERSEXU ALITÉ CHEZ LES OISEAUX
minimes débris de coquille qui ont permis d’en relever la trace.
En ne tenant compte que des faits acquis, nous pouvons mettre dans un premier groupe trois femelles qui ont incubé régulièrement leurs œufs. Ce sont les hybrides n° 105, 3*28 et 361. Cette dernière a été la plus régulière de toutes puisqu’elle a fait trois pontes qu’elle a couvées jusqu’au delà du délai normal d’éclosion. Sa dernière ponte ne comporte que deux œufs dont un a été mangé pendant l’incubation.
La femelle n° 105 a donné un premier œuf en cage d’observation puis, appariée avec le Serin n° 106, une ponte de 4 œufs qu'elle a parfaitement couvés et enfin un œuf isolé dont l’incubation a été aussi régulière.
La femelle n° 328 a d’abord pondu en cage commune puis a terminé par une ponte de trois œufs qu’elle a incubés très régulièrement.
Aucun des 15 œufs incubés jusqu’à terme par les trois femelles hybrides de Chardonneret n’était fécondé.
Les autres femelles n’ont pas couvé leurs œufs, et les ont ou cassés, ou mangés.
La plus régulière de toutes les pontes des neuf femelles a été faite par l’hybride n° 215 qui, en quatre jours, du 31 mars au 3 avril 1909, a donné 4 œufs. Ce début n’a pas tenu ses promesses car deux œufs avaient disparu 6 jours après la fin delà ponte et je retirai les deux autres pour leur éviter le même sort. La femelle donna ensuite 6 autres œufs mais en quatre groupes: 2, 1, I, 2 et mourut le jour de son dernier œuf, visiblement des suites de ponte.
Avec la femelle 218 nous trouvons une pondeuse si irrégulière qu’il devient bien difficile, sauf pour ses cinq premiers œufs, de grouper ses produits en pontes nettement délimitées. C’est une suite d’œufs arrivant sans que la femelle ait jamais cherché à les incuber, et avec des intervalles qui varient entre 2, 3, 4 et 1 1 , 12, 14 et 22 jours.
D'un examen d’ensemble des femelles hybrides de Chardonneret ayant donné des œufs, il ressort que ces pondeuses s’échelonnent sur lavoiqdu perfectionnement génital, sans en atteindre le stade ultime : c’est-à-dire la ponte d’œufs fécondables.
L’irrégularité génitale des femelles hybrides de Chardonneret se manifeste encore par la complète indifférence dont elles
A- CHAPPELLIER
b) Femelle pondant
font preuve vis-à-vis des mâles féconds qui sont appariés avec elles et par cette sorte d’égrainement de la nidification qui, nous l'avons vu, peut s’étendre sur toute la période de reproduction sans aboutir à la confection d’un nid véritable. Et si, en nous limitant aux femelles ayant pondu, nous reprenons toutes les données fournies par l’examen anatomique des glandes génitales de ces femelles, nous pouvons admettre, ainsi que je l’avais fait en 191 1, qu’il existe chez les femelles hybrides de Chardonneret une gamme de développements ovariens, allant depuis l’ovaire formant des ovules qui restent indifférenciés jusqu’à l’ovaire donnant des œufs qui sont pondus par la femelle.
Tous les degrés possibles de développement ovarien rentrent dans le schéma suivant :
A. — Ovaires ne produisant pas d'ovules.
B, — Ovaires produisant des ovules.
a) Femelle ne pondant pas.
a) œufs non fécondables, p) œufs fécondables.
Les femelles hybrides de Chardonneret n’appartiennent pas toutes à une seule des catégories précédentes ; on trouverait, parmi elles, aussi bien des individus de groupe A que des représentants des groupes a et a.
(Test à ces conclusions que conduit l’examen d’une série de femelles hybrides prises toutes pendant la période de reproduction. Est ce bien là l’exacte réalité dans tous les cas? J’ai maintenant un fait précis, qui laisse place au doute : la femelle hybride n° 349 a donné 3 œufs en 1910. Elle ne pond pas en 1911 et n’a pas encore donné d’œufs le 24 juin 1912, jour où je l’autopsie. Or, bien que je sois certain de la ponte de cette femelle en 1910, je ne trouve à l’autopsie aucune trace macroscopique d’ovaire et l’aspect de la région de la glande génitale est tel que, si j’avais eu en main cette femelle seulement au moment de l’autopsie et sans connaître sa ponte de 1910, je l’eus immédiatement, et sans aucune hésitation, classée parmi les femelles à ovaire atrophié, non pondeuses et rentrant dans la catégorie A.
Il résulte de ce fait, isolé mais bien positif, qu une femelle hybride de Chardonneret ayant pondu peut, deux ans après, avoir un ovaire réduit à tel point qu’elle semble n’avoir jamais
HYBRIDATION ET INTERS EXU A LITE CHEZ LES OISEAUX
pondu et n’avoir jamais pu pondre. Et l’on est conduit à interpréter certaines femelles, d’origine inconnue, sacrifiées à l'époque de la ponte et montrant un ovaire rudimentaire, non plus comme des oiseaux rentrant dans la catégorie A, mais comme des femelles âgées ayant cessé de pondre depuis deux années au plus.
Le délai minimum ainsi fixé pour l'achèvement du processus de régression de l'ovaire peut être considéré comme exact si l’on s’en rapporte au cas de la femelle n°3i9. Que cette régression de la glande génitale soit d’ordre plus général chez les femelles hybrides de Chardonneret, mais qu’elle demande aussi un nombre d’années différent pour se parfaire, ceci me paraît ressortir de l’examen des femelles n° 105, 218 et 361. Toutes les trois ont pondu une première année puis sont restées un ou deux ans sans pondre. Elles ont été autopsiées au mois de juin, et avaient, toutes trois, des ovaires à peine développés ou même presque rudimentaires. L’ovaire le plus atrophié se trouvait chez la femelle n° 218, venait ensuite l’hybride n° 361 (qui présente en outre cette anomalie d'avoir l’ovaire droit fonctionnel) puis la femelle n° 105.
Cette dernière n’en était qu’à sa première année de non-ponte et a été autopsiée le 7 juin. On pourrait donc objecter que les ovules extrêmement petits quoique très reconnaissables à la surface de son ovaire auraient eu le temps d’évoluer (ce qui me parait, du reste, impossible, étant donnée la date de l’autopsie) mais l’aspect de l'oviducte montre bien que cette femelle était en* plein repos génital . La trompe gauche, en effet, ne présente aucune trace d’activité, elle a la forme et les dimensions qui caractérisent la période hivernale ; à la voir seule on pourrait dire que la femelle est un jeune oiseau de l’année qui n’a pas encore pondu.
Dans ce cas, la trompe n’a pas suivi la petite poussée génitale qui ^ cette année-là encore, a déterminé chez la femelle n° 105 un commencement de différenciation des ovules, ou bien, peut-être, la trompe est-elle revenue plus vite que l’ovaire à l'état de repos précurseur de la régression progressive de la glande génitale. Toujours est-il qu’il parait y avoir une certaine indépendance entre la différenciation saisonnière de la trompe et celle de l’ovaire : la femelle n° 218 qui a un ovaire
A. CHAPPELLIER
presque rudimentaire, a une trompe légèrement turgescente et à replis aussi bien accentués que chez la femelle 361 dont l’ovaire est cependant plus volumineux et en réduction moins avancée.
Nous avons vu plusieurs femelles hybrides de Chardonneret dont l’ovaire est entré en régression après avoir été fonctionnel. Il ne faut pas, en généralisant, abandonner l’hypothèse première de femelles naissant avec un ovaire atrophié et ne pondant jamais. Nous en avons, il me semble, un exemple assez frappant dans la femelle n° 253. Je l’avais achetée en plumage de jeune dans les derniers jours du mois d’août 1910 en même temps que la femelle 252. La femelle 253 ne pond ni en 1911 ni en 1912, et à l’autopsie le 24 juin elle présente des organes génitaux à un stade voisin de celui de la femelle n° 361.
Les femelles n° 253, 361, 349 et 218 étaient en 1911 dans les cages de la serre où, ainsi que je l’ai dit, aucune d'elles n’a pondu à cause de la température trop élevée. J’aurais incliné à mettre sur le compte de cette température anormale le non réveil en 1912 de l’activité génitale chez ces femelles, mais nous voyons que la femelle 252 qui a été parmi elles pond quatre œufs en 1912.
Je verrais contre l’hypothèse de femelles hybrides à ovaire atrophié dès la naissance une objection à laquelle je reconnais toute sa valeur ; c’est la suivante : il est possible que les femelles hybrides n’atteignent leur maturité génitale qu’après plusieurs années. Bojnhote a observé le fait pour des Canards hybrides et rien dans mes élevages ne me permet d’infirmer ou de confirmer cette hypothèse, en ce qui regarde les femelles hybrides de Chardonneret.
La régression est-elle due à L hybridation ? C’est un point qui demanderait un nouvel examen, si l’on s’en reporte à ce que dit Larcher : « 11 n’est pas très rare, en effet, surtout chez les oiseaux domestiques, qu’une exagération de cette tendance normale — (la réduction de l’ovaire pendant la période de repos) — entraîne une disparition définitive de la glande ovigère dont il devient dès lors impossible de retrouver la moindre trace. » Gurlt avait fait la même remarque en 1850 : « La destruction de l’ovaire n’est, pas rare, et quelquefois elle est portée à un tel degré qu'il n’en reste plus de traces... ».
Tableau récapitulatif de l'activité génitale des femelles hybrides Chardonneret x Serin ayant pondu en cages séparées
HYBRIDATION ET INTERSEXUALITÊ CHEZ LES OISEAUX 49
A. chappellier
« La fonction ovarienne, peut-être nulle chez quelques-unes de ces femelles, se manifeste d’une façon irrégulière, anormale presque, quand elle existe, et l’organe femelle est d’une instabilité telle qu’il régresse rapidement, au point de disparaître macroscopiquement dans certains cas, après avoir été actif » (1).
3°) Hybrides jCiniX Serin.
Ainsi que je l’ai déjà fait ressortir en étudiant le comportement de ces oiseaux, leur infécondité, surtout celle des femelles, qui ne possèdent qu’un ovaire rudimentaire, paraît en contradiction complète avec ce que l’on aurait pu s’attendre à trouver chez les hybrides de deux espèces aussi voisines. Le Cini donne facilement des produits avec le Serin. L'affinité s’arrête là puisque les F 1 obtenus seraient, si j’en juge d’après les oiseaux que j’ai eus entre les mains, absolument incapables de se reproduire et de donner des F 2. Les deux espèces seraient physiologiquement bien plus éloignées l’une de l’autre que ne l’admettent les classifications basées uniquement sur la morphologie.
On voit cependant, d’après ce que j ai dit pour les femelles hybrides de Chardonneret, qu’il serait nécessaire pour trancher la question, d’avoir des femelles hybrides de Cini d’âge connu. Celles que j’avais en cage, étaient, si je m’en rapporte aux affirmations du vendeur, âgées d’un an seulement.
Comparaison avec les espèces parentes. — Je n’ai pu réunir de données sur la durée de l’activité génitale des femelles de Serin ou de Chardonneret.
Chez le Serin, il n’y a certainement pas cette régression rapide des ovaires, que nous observons chez les femelles hybrides. Il
(') Nous touchons ici à l’atrophie de l’appareil génital qui se produit chez des femelles âgées d’oiseaux — môme non hybrides — et s’accompagne souvent d’une transformation plus ou moins complète du plumage en plumage de mâle (virilisme). Les femelles hybrides Chardonneret x Serin que l’on trouve sur le marché otfrent une gradation assez grande de plumage, certaines d’entre elles étant à ce point colorées que les fraudeurs ont peu ou pas à les maquiller pour en iaire des mâles. Il paraît probable que le virilisme soit fréquent chez ces hybrides et la transformation de leur plumage serait intéressante a suivre, autopsies à l’appui, sur un lot nombreux de femelles prises depuis la sortie du njd, ce que mon matériel ne m’a pas permis de faire.
HYBRIDATION ET INTERSEXÜALITiï CHEZ LEs OISEAUX
Si
n’est pas rare de voir des Serines qui en sont à leur troisième année de ponte. D’autre part, il suffit de comparer la figure \ avec celles qui représentent des ovaires de femelles hybrides (Fig. 1, 2, 3), pour voir quelle différence profonde existe, aux
A, serine no 114, adulte, au mois de juin : B, serine n° 310, adulte, au mois de février; C, serine n° 302, jeune, au mois de juin.
mêmes époques, entre les glandes génitales de ces hybrides, et des espèces parentes.
Cet examen comparatif renforce encore' ce que je disais plus haut : à savoir que les femelles hybrides Chardonneret X Serin sont génitalement imparfaites.
V. — Examen histologique de la cicatricule de l’œuf, dans les expériences précédentes.
Tous les œufs pondus, examinés ici, sont âgés de plusieurs heures, et, pour aucun d’eux, je n’ai pu lixer, avec certitude, le moment de la ponte.
Les stades parthénogénétiques les plus jeunes nous ont été fournis par des œufs prélevés dans l’utérus, à l’autopsie des femelles.
A. CHAPPELLIER
1° L'œuf non fécondé.
a) de Serin.
OEuf pondu.
Quatre femelles de Serin, achetées en 1913, sur le marché, et de provenances diverses, ont été installées sans mâle, chacune dans une cage spéciale.
Serine N° 601. — OEuf du 18 avril 1913, âgé de deux heures au moins.
Sur le vivant, avant fixation, la cicatricule se divise en deux zones bien distinctes: l'une plus blanche et plus compacte, 1 autre, moins étendue, moins tranchée et plus lacuneuse.
Fig. 5. — X 52,5. — Serin, cicatricule parthénogénétique, œuf de 0 jour ;
coupe transversale.
b , blastomères à grosses granulations ; b', région à blastomères mal délimités; C , coagulum ; F, groupe de vacuoles.
Par l’examen des coupes, on voit que la cicatricule (fig. 5) est complètement segmentée. La couche de blastomères mesure environ 1 mm. dans son plus grand diamètre; sou épaisseur ne dépasse pas 80 g La région segmentée est nettement séparée du vitellus blanc sous-jacent ; il existe même, visible sur une grande partie des coupes, une sorte de « cavité de segmentation », parfois remplie d'un coagulum prenant l’éosine (c). Un groupe de fortes vacuoles (Y) se trouve profondément dans la partie centrale de la cicatricule.
Les blastomères sont au nombre d’une centaine ; ce nombre, très approximatif, est plutôt un minimum. Us forment une
HYBRIDATION ET INTERSEXUALITÉ CHEZ LES OISEAUX
seule couche à la périphérie de la cicatricule ; vers son centre, on trouve plusieurs couches superposées, trois tout au plus, sans que l’on puisse bien préciser, car les limites de beaucoup de ces blastomères sont assez douteuses, Certaines cellules de
Fig. 6. — X 855. — Serin, même œuf que fig. 5.
A et B , deux blastomères nuelées ; C, noyau en division anormale .
segmentation, à paroi plus nette (Æ) contiennent de gros granules vitellins. D’autres blastomères en renferment très peu ou pas, et l’on trouve aussi des régions (br) où la masse de segmentation, fîbrillaire et très ténue, ne montre pas de limites cellulaires précises.
A. CHAPPELL1ER
Les noyaux sont nombreux, j’en ai compté plus de 80. Presque tous ont la forme vésiculeuse du noyau au repos ; la chromatine, peu abondante, est divisée en petites granulations qui sont réparties sur la membrane nucléaire.
Quelques blastomères renferment des noyaux très volumineux qui présentent des excroissances (fig. 6, A) et des étranglements (fig. G, B) ; rien ne permet de dire s’il s’agit là d’une multiplication ou d’une désorganisation commençante.
Aucune karyokinèse normale : quatre noyaux présentent une chromatine en voie de transformation. La figure 6, C montre un groupe de granulations et d’anses chromatiques, réunies au centre du blastomère.
Dans plusieurs blastomères, une plage incolore pourrait être remplacement du noyau, complètement disparu par dégénérescence.
OEuf du 17 avril, trouvé à 9 heures, sous la femelle encore au nid, et fixé aussitôt.
Sur le vivant, la cicatricule a l’aspect d’un fer de lance de forme ramassée ; ce fer de lance est la partie compacte qui est accolée, à sa base, avec une zone à vacuoles, peu étendue.
La série des coupes est très lacuneuse et ne permet pas de se faire une idée de l’ensemble. On voit cependant que la cicatricule est bien différente de la précédente : sur une grande partie de son étendue et au voisinage de la surface, elle n’est pas segmentée; c’est la région à vacuoles. La partie compacte — le fer de lance — renferme des blastomères mais moins nombreux et moins nets que sur l’œuf du 18. Ici, la région fîbrillaire tient une large place. J’y ai trouvé plusieurs noyaux, les uns sont vésiculeux, trois offrant des stades analogues à celui de la figure 6, C.
Serine N° 602. — OEuf du 21 avril 1913, trouvé à 9 heures, sous la femelle encore au nid, et fixé aussitôt.
Sur le vivant, la cicatricule apparaît circulaire. Une partie plus blanche est placée excentriquement ; son diamètre est environ les deux tiers du diamètre total.
Les blastomères sont très peu nombreux, on n’en trouve pas dans la région centrale de la cicatricule. Ils sont répartis en
HYBRIDATION ET INTERSEXUALITl': CHEZ LES OISEAUX
deux petits groupes dont l’un, plus fourni, est situé très péripliériquement. Ces blastomères sont bien individualisés et tous plus ou moins entourés de tractus fibrillaire ou de coagulum.
Les vacuoles sont nombreuses en surface sur toute la cicatricule qui, dans sa portion centrale, renferme également des vacuoles profondes de grande taille. J’ai pu observer que l’une de ces vacuoles avait une membrane propre au point où elle était en contact avec le coagulum entourant un blastomère.
Je n’ai vu qu’un seul noyau : du type vésiculeux, il se trouvait dans un blastomère isolé, très périphérique, un peu détaché du groupe le plus important.
OEuf prélevé dans l’utérus.
Serine n° 602, œuf prélevé lc26 juin 1913 à 9 h. 15.
La coquille est si mince qu’elle est à peine visible sous forme d’une membrane d’une très grande transparence. La cicatricule paraît très compacte.
Sur les coupes, aucune trace de segmentation. Des vacuoles de très petite taille et en assez grand nombre, parsèment la cicatricule, surtout dans sa partie centrale. J’ai pu observer le noyau : il est situé à moins de 20 g de la surface de l’œuf et il mesure 15 g X 24 g. A son intérieur un réseau serré de fines granulations chromatiques de taille presque uniforme.
Serine n® 603. OEuf du 28 avril 1913, prélevé à 10 h. 20.
La coquille a une consistance parcheminée ; elle est encore dhin blanc pur. L’albumine est compacte et gélatineuse. La cicatricule apparaît comme une tache uniforme, peu distincte, où la loupe ne fournit aucun détail ; elle devient plus visible dès que le vitellus est plongé dans le fixateur.
La série des coupes est moins complète que la précédente et je n’ai pas vu le noyau. Dans l'ensemble, la cicatricule est très semblable à la précédente : aucune trace de segmentation, les vacuoles ne sont ni plus grosses ni plus nombreuses, peutêtre moins importantes.
A. CHAPPELLIER
p) Des Hybrides (Hybrides : Chardonneret X Serin Ç)
Plusieurs femelles du croisement Chardonneret çj X Serin Ç sont installées sans mâle, le 7 avril 1914. Les œufs examinés ont été recueillis plus de deux mois après l'isolement.
— OEuf du 10 juin 1914, fixé à 9 heures.
La cicatricule, vue in loto sur le vivant, se montre composée de petites plages circulaires juxtaposées.
Les coupes donnent une cicatricule très peu épaisse ; les grosses granulations vitellines remontent, en plusieurs points, jusqu’à la surface du vitellus, séparant des Ilots protoplasmiques
Fig. 7. — X 855. — Hybride Chardonneret X Serin, cicatricule parthénogénétique, œuf de 0 jour. Noyau.
de texture réticulée. Il n’y a pas apparence de segmentation.
Je n’ai trouvé qu’un seul noyau (fig. 7) : c’est une masse à contours irréguliers, d’aspect spumeux, non délimitée par une membrane et entourée de très près par le vitellus.
— OEuf du 11 juin 1914, fixé à 9 heures. C’est un œuf nain qui mesure seulement l i mm. 35 X H mm.
La cicatricule, vue intoto , sur le vivant, apparaît assez compacte, avec une partie centrale plus homogène. Sur les bords, des vacuoles très sombres ; quelques autres, piquées en pleine cicatricule, y tranchent par leur teinte foncée.
En coupe, l’aspect général se rapproche beaucoup de la cicatricule précédente, mais ici on trouve, assez uniformément réparties, des vacuoles sur une seule couche et tout à fait superficielles. Sur une même coupe, et toujours en périphérie, quatre petites masses de forme et de taille très différentes se détachent
HYBRIDATION ET INTERSEXUALITÉ CHEZ LES OISEAUX
de la cicatricule, sous la membrane vitelline : ce seraient de véritables blastomères parthénogénétiques ; je n’y ai pas trouvé de noyau.
Le seul noyau visible sur les coupes est analogue à celui de la figure 7, mais à contours plus incertains et plus irréguliers encore.
— OEuf du 12 juin 1914, fixé à 14 heures.
La cicatricule, examinée sur le vivant, est en toile d’araignée très nette et donne l’impression d’une dégénérescence avancée, ce qui correspond bien à l’heure tardive à laquelle elle a été fixée.
En tait, dès les premières coupes intéressant la cicatricule, on. rencontre des vacuoles et l’on en trouve sur toute la cicatricule. Elles sont très larges et nombreuses, plus spécialement dans la partie centrale.
Plusieurs vacuoles renferment des blastomères de petite taille qui disparaissent après avoir figuré sur deux ou trois coupes, au maximum.
Quelques cellules plus typiques se rencontrent immédiatement sous la membrane vitelline. C’est dans Lune d’elles que j’ai trouvé le noyau le mieux caractérisé (fig. 8, A) ; à côté de lui, un autre est à peine visible. Plus loin, dans un réseau de fines vacuoles, un noyau isolé renferme un gros point chromatique bien coloré (fig. 8, B).
2° La femelle hybride ( Chardonneret c? X Serin 9) appariée avec le Serin çf.
— Femelle hybride n° 218, œuf du 18 juin 1910.
L’œuf est fixé à 10 h. 15. La cicatricule, photographiée sur le vivant (planche I, fig. 4), parait finement vacuolisée sur presque toute sa surface, elle est à contours irréguliers et, en un point de sa périphérie, on voit un fort groupe de vacuoles profondes.
En coupe, la cicatricule est peu épaisse, elle est limitée dans la profondeur par des vacuoles de grande taille qui s’étendent sous toute sa partie centrale. Sa masse est traversée par de longs tractus protoplasmiques, sans granulations vitellines, parfois situés tout près delà surface.
A plusieurs reprises, semblent s’amorcer des cloisons, mais
A. CHAPPELL1ER
qui resteraient incomplètes : leur existence même est assez douteuse, et l’on ne trouve aucun blastomère bien individualisé qui permette de conclure à quelque trace de segmentation. La non présence de blastoinères serait encore appuyée par ce fait qu’on 11e rencontre qu’un seul noyau. Il est situé presque immédiatement sous la membrane vitelline, et entouré directement de granulations vitellines ; sa forme est celle d’un fuseau, la chromatine est compacte ; il donne l'impression d’une formation anormale ou en dégénérescence.
— Femelle hybride n° 215, œuf du 12 mai 1910.
Fig. 8. — X 855. — Hybride Chardonneret X Serin ; cicatricule parthénogénétique, œuf de 0 jour.
A et B , noyaux périphériques.
L’œuf a été fixé au formol à chaud.
La cicatricule (figure 9) se montre, en coupes, de forme assez irrégulière et peu épaisse. Dans sa profondeur, un groupe important de vacuoles (Y).
La segmentation est très caractérisée et l'on trouve une couche périphérique de blastoinères (é), et, au-dessous d’eux, une cavité qui est peut-être due à la fixation.
Au centre de plusieurs blastoinères, 011 voit une plage dépour-
HYBRIDATION ET INTERSEXU ALITÉ CHEZ LES OISEAUX
vue cle granulations vitellines et assez analogue à la figure 53 de Lécaillon, ce qui ferait admettre, avec cet auteur, qu’il y a eu là un noyau, maintenant disparu.
Cette cicatricule offre l’aspect d’une segmentation parthéno-
Fig. 10. — X 855. — Hybrides, même œuf que fig. 9.
A et B, noyaux dans la région des blastomères.
aux débris d’un blastomère en complète dégénérescence et la cellule de la figure 10, A renferme plusieurs noyaux de structure différente.
Fig. 9. — X 52,5. — Hybride Chardonneret X Serin ; cicatricule d’un œuf fécondé (?) par un Serin q*, œuf non incubé.
b, blastomères périphériques; V, groupes de vacuoles profondes.
génétique en voie de régression déjà avancée. Je n’y ai trouvé qu’à deux endroits des noyaux indiscutables (figures 10, A et B). Tous deux sont anormaux; celui de la figure 10, B est accolé
A. CHAPPELLIER
— OEuf du 21 avril 1910. Photographiée sur le vivant, la cicatricule (planche I, fig. 3) se montre composée de deux zones : une région centrale et une couronne, qui l’entoure entièrement à petite distance. Dans la couronne, trois groupes de petites vacuoles sombres, et, sur le bord de la plage centrale, une grosse vacuole contenant encore des restes devitellus.
En coupes, on trouve une région segmentée, composée de une, deux ou trois épaisseurs de blastomères, plus nombreux
Fig. 11. — X 855. — Hybride Chardonneret X Serin ; œuf iérondé (?) par Serin çf, œuf de 0 jour.
Noyau dans la partie non segmentée.
vers le centre de la cicatricule. Celle-ci est très peu épaisse et ne présente pas de vacuoles dans sa profondeur.
Plusieurs blastomères ont une zone claire centrale, emplacement de noyaux disparus. Il semble que l’on assiste, pour deux blastomères, au dernier stade de la dissociation nucléaire : au faible grossissement, une partie centrale attire l’attention par sa teinte plus foncée, bleuâtre, et son aspect plus compact. Sous l’immersion aucun détail bien net ne se précise, surtout pour l’un des noyaux qui fait bien passage à la plage achromatique des blastomères voisins.
Un seul noyau caractérisé (fig. 11). Il se trouve dans la partie non segmentée, bien détaché de la région des blastomères.
3° Le mâle hybride , apparié :
a) avec le Serin Ç .
Je n’ai réussi à récolter que deux œufs, dans cette expérience.
Le premier provient d’une Serine appariée avec un hybride
HYBRIDATION ET fNTËRSEXU ALITÉ CHEZ LES OISEAUX
(Chardonneret X Serin 9 ) 5 un accident a rendu les coupes inutilisables, mais la cicatriçule, vue sur le vivant (planche I, fîg*. 2), a tous les caractères de la cicatricule parthénogénétique.
Le deuxième œuf a été pondu par une Serine qui se trouvait en cage commune avec le mâle hybride Cini X Serin 9 • Les coupes montrent une cicatricule parthénogénétique en dégénérescence avancée : la segmentation abondante n’intéresse que la moitié, à peine, de la cicatricule. Je n’ai trouvé, dans les blastomères, qu’un seul noyau caractérisé ; par contre, la partie non segmentée renferme 5 à 6 formations d’apparence nucléaire, mais de signification douteuse.
P) avec la femelle hybride .
Des 8 œufs étudiés, 6 proviennent de deux grandes cages dans lesquelles vivaient en commun plusieurs çÿ et 9 hybrides (Chardonneret x Serin) ; en outre, deux femelles m’ont fourni des œufs prélevés à l’autopsie.
— OEuf grande cage, du 4 juin 1912 fixé à 9 heures. La cicatricule se montre, sur le vivant (planche 1, fîg. 5), composée d’une vingtaine de petits îlots isolés les uns des autres. Cet aspect se retrouve sur les coupes où je n’ai vu ni blastomères ni noyaux de segmentation.
Il y aurait à signaler un grand nombre de noyaux d’aspect épithélial, disposés en couche unique à la surface de l’ovule et nettement limités à la latebra : il s’agit probablement d’un reste du follicule ovulaire, d’aspect assez spécial.
— OEuf grande cage du 24 mai 1912, fixé à 9 heures. La cicatricule est bien compacte, mais de forme très irrégulière. Les coupes montrent une vacuolisation assez abondante, aussi bien en profondeur de la cicatricule que près de sa surface, où les vacuoles séparent deux zones à blastomères ; dans ces deux zones, les cellules sont de taille très irrégulière, les unes fort petites, d’autres beaucoup plus grandes, Lune surtout qui, pendant plusieurs coupes, occupe presque le moitié de la cicatricule. Aucune trace de chromatine.
— OEufs grande cage, 15 mai 1912, fixé à 9 heures et cage 5, 17 juin 1912, fixé à 11 heures.
Les cicatrieules vivantes sont de forme presque régulière
A. CHAPPELLIEK,
avec quelques vacuoles de taille assez forte, qui sont plus nombreuses dans l’œuf du 17 juin récolté seulement à 11 heures.
Surcoupes, la constitution des deux cicatricules est analogue : il y a un grand nombre de petites vacuoles, tant en profondeur qu’en surface.
On trouve, en surface et entre ou dans les vacuoles, des noyaux isolés (n, fig. 12, A) ou groupés (fig. 12, B) et entourés d’une
Fig. 12. — X 855. — Hybride Chardonneret X Serin ; œuf de réunie avec çf de même croisement, œuf non incubé.
^1 et B, groupes de noyaux en surface de la cicatricule ; n noyau un peu isolé ; n' noyau en voie de division (?)
masse qui paraît formée de blastomères de très petite taille et fortement serrés les uns contre les autres. Un des noyaux (n’, fîg. 12, A) paraît en voie de division.
— OEuf grande cage du 18 juin 1912, fixé le lendemain à 9 heures (œuf de 24 heures).
Les vacuoles très grandes (planche I, fig. 6) ont envahi toute la surface de la cicatricule qui présente un « réseau de Prévost
HYBRIDATION ET INTERSEXU ALITÉ CHEZ LES OISEAUX
et Dumas » bien typique. Cette structure se confirme sur les coupes et l’on ne trouve plus que quelques restes de blastomères, épars dans les vacuoles. 11 manque dans mes préparations presque la moitié de la cicatricule qui a dû être sectionnée en préparant le bloc de paraffine : sur la partie restante, je n’ai relevé qu’un seul noyau ; encore est-il assez douteux, sa coloration s’écartant beaucoup du bleu caractéristique.
— OEuf cage 5, du 27 avril 1912; fixé le 29 avril (œuf de 48 h.).
La désorganisation de la cicatricule est ici plus avancée : dans la zone superficielle on trouve des restes de blastomères, mais à peine distincts d’une masse commune qui s’étend sous toute la surface.
En profondeur, la cicatricule prend une teinte bleue, assez foncée pour trancher sur l’ensemble : la partie ainsi délimitée a un contour des plus irréguliers et elle envoie de longues flammèches qui remontent vers la surface. Dans les replis de cette niasse colorée, au-dessus et aussi au-dessous d’elle, tout à fait dans la partie profonde de la cicatricule, on trouve de très nombreuses formations chromatiques spongieuses, qui se rapprocheraient un peu du noyau de la figure 7, mais en quantité telle qu’une grande partie de la zone cicatriculaire apparaît comme imbibée de chVomatine diffuse.
— OEufs prélevés dans l’oviducte, en avant de l’utérus. Femelles hybrides Nos 248 et N° 252, 22 juin 1912, à 11 heures.
La constitution des deux cicatricules n’est pas la même :
Sur l’œuf de la femelle n° 248 je ne trouve qu’un seul noyau et nulle trace de segmentation .
Sur l’œuf de la femelle n° 252, la cicatricule est finement vacuolisée, surtout dans sa partie centrale, où des « nids » de vacuoles traversent toute son épaisseur. Deux petits blastomères, à contour net, indiquent qu’il y a déjà un début de segmentation. Dans ces deux blastomères, pas de chromatine ; mais on trouve, en nombreux endroits, près de la surface de la cicatricule, des plages dépourvues de granulations vitellines. Au milieu de chacune d’elles, un gros noyau d’aspect très semblable à celui delà figure 34 de Lecaillon. Ici, ce> noyaux ne prennent pas la teinte caractéristique de la chromatine ; ils ne se distinguent de leur entourage que par leur structure spéciale.
A. CHAPPELLIER
4° Résumé du chapitre V ; comparaison avec l'œuf fécondé
de Serin.
Avant de rechercher, par examen direct des cicatricules, l’influence de l'accouplement sur les œufs des femelles hybrides, il est indispensable de connaître la constitution des œufs pondus par ces femelles isolées des mâles et de comparer avec les œufs des espèces parentes.
— Six œufs parthénogénétiques, 3 de Serines et 3 de femelles hybrides nous montrent qu'il n’existe pas un type unique :• chacune des cicatricules examinées a sa caractéristique propre, ce qui rend la comparaison très difficile. Il semble cependant que, dans l’ensemble, les cicatricules de Serines soient plus homogènes, et toutes renferment des noyaux d’aspect normal. Chez les hybrides, la cicatricule est moins régulière ; il n’y a pas de segmentation ou bien les blastomères sont anormaux, mal délimités. Les noyaux sont toujours très peu nombreux et d’apparence peu normale.
— Plusieurs œufs fécondés provenaient d’un couple de Serins, qui donnaient régulièrement des jeunes : les- œufs, apportés du dehors, étaient fixés aussitôt leur arrivée au laboratoire.
OEuf du 28 mars 1914. La cicatricule examinée sur le vivant (planche I, fig. 1) est plus compacte, plus homogène et, surtout, plus large que les cicatricules non fécondées (1).
Sur coupes, on trouve (fig. 13) un grand nombre de blastomères qui contiennent tous un noyau, soit au repos (w), soit en karyokinèse (n). L’ensemble est bien différent des cicatricules non fécondées ; les blastomères notamment sont de taille très petite et uniforme.
En dehors et sous la zone segmentée, dans le vitellus, on rencontre (fig. 14, A et 14, B) des noyaux « mérocytiques » (m) de forme irrégulière, parfois bourgeonnants. Toujours plus volumi-
( 1 ) Un des œufs de celte série ne présentait pas ces caractères extérieurs : les coupes ont montré qu’il n’était pas fécondé. Il arrive, très fréquemment, et presque normalement, pourrait-on dire, chez certaines espèces d’oiseaux sauvages que leurs pontes comprennent un œuf non fécondé. Ce fait s’explique mal, chez des animaux qui s’accouplent si fréquemment; on le comprend encore moins chez des oiseaux qui ne donnent, par ponte, que 5 à 6 œufs se suivant de très près en quelques jours : théoriquement, un seul contact devrait suffire à les féconder tous.
HYBRIDATION ET INTE USE X U ALITÉ CHEZ LES OISEAUX
neux que les noyaux de segmentation, ils s’en distinguent également par leur structure.
Que donnent les œufs de femelles hybrides accouplées avec des Serins ?
Leur seule différence un peu frappante avec les œufs par-
Fig. 13. — X 52,5. — Serin, cifiatricule fécondée, œuf non incubé. n , noyaux au repos ; ri karyokinèses.
thénogénétiques est qu’on y trouve des blastomères plus abondants et moins irréguliers ; mais, dans l'ensemble, il y a même diversité d’aspect, même irrégularité de forme, rien de net ni de tranché.
Fig. H. — X 855. — Serin, même cicatricule que fîg. 13. n, noyau dans un blastomère ; m, mérocyte.
Comme contre-partie des expériences précédentes, j'ai essayé de voir si les mâles hybrides inféconds pouvaient avoir une action quelconque soit sur des femelles parentes, soit sur des femelles hybrides.
A. CHAPPELLtEÎt
— Un seul œuf de Serine accouplée avec un hybride Cini (Cini c? X Serin 9) à été examiné : il ne se détache en rien des cicatricules vues jusqu’ici.
— Le lot des œufs de femelles hybrides est plus important ; j’ai comparé 21 cicatricules. Leur aspect in toto ne permet pas
de les détacher des cicatricules parthénogénétiques. En coupes, j’ai étudié quatre œufs frais pondus, deux en dégénérescence et deux prélevés dans l’ utérus, sans avoir à y signaler quelque point spécial.
En résumé, aucun des essais entrepris sur les œufs pondus par des femelles de Fringillidés hybrides ne donne un fait saillant qui permit d’entrevoir la cause de la non fécondabilité de ces œufs.
L’œuf hybride parthénogénétique diffère à peine de l’œuf parthénogénétique du Serin : l’aspect et la constitution de la cicatricule, sa dégénérescence paraissent très identiques dans les deux cas.
VL — Etude extérieure de l’œuf
1 0 Gré nér alités. Xénie.
Sur le grand nombre d’œufs pondus dans mes élevages, par des femelles hybrides Chardonneret c? X Serin Ç, j’ai pu en étudier 30 au point de vue de la forme èt de la coloration de la coquille, et essayer de les comparer avec les œufs des espèces parentes : Serin et Chardonneret.
Cet examen comparatif est-il justifie, dans les circonstances tout au moins, où j 'ai pu le faire ? C’est ce que tendraient à combattre des observations et expériences déjà anciennes, expériences reprises par A.-V. Tschermak, précisément sur les hybiides des Fringillidés, et qu’il est nécessaire de discuter ici avant d’aller plus loin.
Tschermak a voulu démontrer que les phéomènes de Xénie, Lien connus chez les végétaux, se retrouvaient également chez les oiseaux. 11 a recueilli les œufs pondus par des Serines appariées avec des males de Fringillidés sauvages d’Europe,
HYBRIDATION ET INTERSEXU ALITÉ CHEZ DES OISEAUX
et a comparé ces œufs avec ceux que donnaient d’autres Serines appariées à des mâles de leur espèce.
Si, dans ces conditions, d’on trouve que l’œuf de la Serine appariée avec un mâle d autre espèce, diffère de l’œuf « pur » de Serin et se rapproche plus ou moins, par la forme, les dimensions ou la coloration, de l’œuf .«.pur » de l’espèce mâle, ou aura mis en évidence un fait de Xénie.
De ses expériences, Tschermak conclut à l'affirmative. Les œufs de Serine, appariée, par exemple, avec un Chardonneret sont, dit-il, en général, plus courts et plus renflés. U n’y aurait aucune influence sur la coloration de fond. Par contre, les taches seraient modifiées ; principalement les marques « noirbrunâtre » seraient si caractéristiques qu’à leur seul aspect un œil exercé pourrait indiquer l’espèce qui a fourni le mâle : « le père se dénonce par les marques brun-noirâtre spécifiques que l’on retrouve sur l’œuf de la Serine appariée avec ce mâle ».
Comme base de comparaison, Tschermak prend des œufs de Serines qu’il avait tenues dans des cages spéciales, sans mâle, et des pontes d’espèces sauvages étudiées dans des collections ou acquises de marchands spécialistes.
Les œufs non fécondés de Serin sont, dit Tschermak, de taille moindre que les œufs des femelles réunies à des mâles, ce qui viendrait renforcer ses conclusions et montrer nettement l’influence du mâle sur la forme de l’œuf.
Tschermak appuie ses recherches de tableaux, de chiffres et de photographies qui enlèveraient tout doute sur la légitimité de ses déductions si l’on ne pouvait lui faire une objection sur laquelle j’ai déjà insisté à propos de mes propres expériences et qui me semble attaquer par la base les résultats de Tschermak. Celui-ci a bien apparié Serins et Serines, Serines et mâles de Fringillidés sauvages, mais, pas plus que moi, il ne peut être certain qu’il y ait eu des accouplements effectifs. (Tschermak n’a pas vérifié si les œufs qu’il recueillait étaient fécondés. D’après ce que j’ai observé, il ne me paraît pas possible d’affirmer, parle seul fait que l’on a réuni un mâle et une femelle de Fringillidé, que les œufs recueillis sont fécondés. On a vu, bien au contraire, par le résumé de mes essais, que certains Chardonnerets mâles ne fécondent aucun des œufs des Serines avec lesquelles on les apparie).
A. CHAPPELLIER
Par conséquent, la différence indiquée par Tschermak entre la coquille de l’œuf de femelle appariée et celle de l’œuf parthénogénétique de Serine ne peut, jusqu’à nouvel ordre, être prise comme point de comparaison. Les faitl^de Xénie qu’aurait trouvés Tschermak sont-ils eux-mêmes exempts de toute incertitude ? Il me parait bien difficile de donner des conclusions fermes en prenant un matériel aussi variable que l’œuf des petits Fringillidés : il suffit, pour s’en convaincre, de manier des lots un peu nombreux d’œufs d’une même espèce (!).
Il ne faut cependant pas partir de là pour rejeter purement et simplement les expériences de Tschermak et les considérer comme sans valeur. Elles doivent seulement être reprises sur un matériel plus certain, et je devais les rappeler avant de discuter les données réunies par moi, données qui s’en trouveront réduites et moins affirmatives.
3° Forme et dimensions de la coquille.
a) Serins.
Trente-huit œufs m’ont été communiqués par des éleveurs parisiens ; Ils m’ont donné les dimensions suivantes :
Maximum Minimum Moyenne
Longueur . . . . . 22.90 18.20 20.35
Diamètre 16.00 13.30 14.52
Tschermak adopte comme œuf de Serin, pur et typique :
Maximum Minimum Moyenne
Longueur 18.87 17.00 17.85
Diamètre 14.02 13.10 13.39
Pour ces différents œufs de Serin, les rapports ii de la longueur au diamètre, sont les suivants :
OEufs d’éleveurs parisiens :
OEuf à longueur et diamètre maximum -
('j Lorsque j’examinerai les œufs des Anatidés, je n’aurai pas à revenir sur les faits de Xénie : Tschermak n’a pas trouvé de modifications dans la coloration de fond de la coquille, et les taches proprement dites n’existent pas chez les Anatidés. J'ajoute que rien, dans mes observations sur les œufs d’Anatidés, n’autorise à faire intervenir les faits de Xénie.
HYBRIDATION ET INTERSEXU ALITÉ CHEZ LES OISEAUX
ÜEuf à longueur minima ....
OEuf à diamètre minimum ....
OEuf donnant L-D maximum OEuf donnant L-D minimum .
OEuf moyen
Tschermak :
OEuf moyen
Chardonneret '
Rey donne, pour 1*2 œufs de sa collection :
Maximum
Minimum
Moyenne
Longueur
Diamètre
Kearton, pour
des œufs anglais :
Fatio, dans sa
faune de Suisse :
Tschermak :
Longueur
Diamètre
Pour ces différents œufs, les rapports ~ sont les suivants :
Rey :
OEuf à longueur maximum .
OEuf à longueur minimum .
OEuf à diamètre maximum .
OEuf à diamètre minimum, .
70 A. CHAPPELL1ER
OEuf moyen — 883
Iyearton :
nr? e ' 1-294
Tschermak : .
/■'ic' p l . 289
(JE ul moyen — j —
y) Hybrides.
Les trente-six œufs de femelles hybrides (Chardonneret çfXSerin Ç ) que j’ai mesurés ont donné les dimensions suivantes
Maximum Minimum ' Moyenne
Longueur . . . 19 mm. 00 14 mm. 55 17 mm. 03
Diamètre . . .13 mm. 60 11 mm. 15 12 mm. 53
Si Ton calcule le rapport de la longueur au diamètre,
pour les différents œufs qui fournissent les valeurs précédentes, on trouve :
OEuf à longueur maximum ---- --
(Il a également la plus grande différence L-D).
nn P , l ' - • • 1.232
OEul a longueur minimum — j —
(Il a également la plus petite différence L-D).
OEuf à diamètre maximum
/~op P v v ,x - - 1 .408
OEut a diamètre minimum — y—