OBSERVATION
. (N° IT de la Thèse du docteur Robin. Service de M. Mollière.)
A. Sutty, 16 ans, entre à l'Hôtel-Dieu le 19 avril 1881, avec un genu valgum double, très marqué à droite, et qui résiste aux tentatives de redressement manuel. L’ostéoclasie amène une fracture au-dessus des condyles ; pendant que l’on opère la jambe gauche, le malade, se réveillant du sommeil anesthésique, agite violemment sa jambe droite déjà opérée : il se produit un déplacement des fragments. Redressement immédiat. Le soir, on observe du gonflement et de l’hydarthrose à. droite. Celle-ci persiste quelque temps, et laisse après elle un peu de raideur qui ne tarde pas à disparaître. : 7
OBSERVATION (N° VI de la thèse du docteur Robin. Service M. Mollière.)
: M. Chabrillat, 27 ans; cagneuse depuis l’âge de trois ans;. à quinze ans, l'affection a fait des progrès rapides.
Après diverses alternatives d'améliorations et de rechutes, elle entre à l'Hôtel-Dieu où on lui pratique l’ostéoclasie.
La fracture est faite à trois travers de doigt au-dessus dela rotule. Pas de contusion (5 avril 1881). Redressement immédiat.
Le 7 avril, un peu de gonflement, légère douleur et hydarthrose, surtout du côté droit. Le gonflement disparaît peu à peu; à gauche, la consolidation est complète le 19 mai; à droite, il n’en est pas de même, et, lorsque Ie 30 juin, on note là consolidation complète de cette jambe, on observe en même temps un peu de raideur de l'articulation.
- Nous avons tenu à citer cette observation parce qu’elle s'applique à un adulte. On voit par là que l’hydarthrose s’est manifestée dans ces cas de frac-
tures incomplètes, mais suivies de redressement immédiat. Nous allons inaugurer maintenant la série d'observations de fractures de cuisse sans hydarthrose du genou, et nous puiserons encore dans la thèse de M. Robin nos premiers exemples :
OBSERVATION (N° VII de la thèse du D' Robin. Service de M. Mollière).
À. Rapillard, de Sanbrenas (Aïn), 16 ans. Cagneux depuis l’âge de 3 ans; l'affection a fait de rapides progrès depuis ‘ trois mois. Il entre à l'Hôtel-Dieu le 12 avril 1881.
L'ostéoclasie est pratiquée le 2 mai; puis les deux membres sont placés dans une gouttière, sans opérer le redressement. Les jours suivants on ne constate ni gonflement, ni hydarthrose, ni douleur. Le redressement est opéré quelques jours après avec un plein succès, et le 3 juin, trente-six jours après l'opération, les deux fractures sont consolidées, et il n'existe pas de raideur.
OBSERVATION (N° VIII de la thèse du D" Robin. Service de M. Mollière).
L. Gauthier, 16 ans, atteinte de genu valgum double depuis un anenviron. Ostéoclasie le 5 juin; pas de redressement immédiat : on ne constate jamais d’hydarthrose ni la moindre réaction locale. A la guérison, vingt-sept jours après l’opération, pas de raideurs articulaires.
Nous avons choisi les cas typiques, mais nous aurions pu citer toutes les observations de la thèse du docteur Robin. Les résultats sont en tout conformes
Me NEC à ceux que laissent entrevoir les exemples que nous avons transcrits. |
On voit donc déjà que l’hydarthrose peut manquer dans certains cas bien définis de fractures du fémur, et cela, quand le traumatisme porte sur los uniquement.En effet,quelle différence établir entre les deux catégories de cas? M. Robin (1) a fait à ce sujet quelques recherches cadavériques,dont il a bien voulu nous communiquer les résultats généraux, en at- ‘tendant qu’il puisse les publier lui-même 17 extenso ‘Toutes les fois qu'il a examiné sur le cadavre ce qui se passait du côté de la fracture quand on pratiquait le redressement immédiat, il a observé qu'il se faisait des déchirures plus ou moins étendues du périoste. C’est à ces déchirures qu'il faut attribuer les phénomènes de gonflement, d’hydarthrose et de réaction locale qui se sont montrés sur sa première série d'opérés.
A côté de ces cas bien définis, 1l en est d’autres où, malgré une fracture bien constatée du fémur, il ne s’est pas montré d’'hydarthrose. Telle est l’observation VII] de la thèse de Borel (page 24).
OBSERVATION (Résumée).
Le nommé Bélinat (Jean,) 45 ans, a été renversé aux chantiers de l'Exposition par une poutre qui lui fracture le fémur droit. Le malade est traité par l'extension continue, pendant soixante jours, et malgré les plus scrupuleux examens, on
(1) Communication orale.
n'a pu parvenir à noter le moindre épanchement dans le genou. L'appareil est alors enlevé et le malade marche, mais au bout de quelques jours, il ressent au niveau de la fracture une légère douleur ; on constate, sans que l’on puisse en deviner la cause, que le cal se ramollit; le malade est placé dans un nouvel appareil; la fracture se reconsolide; à ce moment seulement apparaît, bien manifestement, un épanchement du genou. Cet épanchement disparaît peu à peu.
L'observation IX de Borel parle dans le même sens, ainsi que l'observation X : ce sont autant de preuves que l’hydarthrose du genou n’est pas un accompagnement obligé des fractures du fémur.
Le fait est encore bien plus évident dans les expériences suivantes de Berger (Expériences X, XI, XII).
Chez trois lapins, il fracture le fémur, incomplète ment, et les animaux ayant été sacrifiés quelques jours après, on constate qu’il n’y a pas d’épanchement dans l'articulation. On a trouvé le périoste conservé. Nous insistons tout particulièrement sur cette dernière donnée qui nous paraît donner l'explication d’un certain nombre d’épanchements à la suite des fractures du fémur.
Rappelons encore pour mémoire les faits cités par Hennequin, des fractures de cuisse non suivies d'hydarthrose (Soc. chirurgie).
Nous avons épuisé les différentes séries d’observations de fractures du fémur se compliquant plus ou moins d'hydarthrose. Nous allons maintenant étudier les caractères généraux de cette hydarthrose, son
début, sa marche, ses terminaisons.