ER ARE
quelques pas, mais il se produisit instantanément un gonflement énorme de la cuisse, gonflement qui gagna rapidement le reste de la jambe et du pied. Le membre était presque trois fois plus gros qu'à l’état normal. Le médecin qui vit le malade l’envoya chez M. Verneuil.
Les premiers signes de la gangrène se manifestèrent bientôt à la région du pied.
A l’examen du malade, on vit une tumeur arrondie audessus du genou. Cette tumeur est irrégulière, lisse, fluctuante et molle. La peau est à ce niveau légèrement soulevée. La main perçoit des battements très nets dans toute la moitié inférieure de la cuisse.
L’auscultation révèle un souffle très net au niveau de l’anneau des adducteurs, souffle intermittent et un peu prolongé, cessant avec la compression de l'artère.
Le diagnostic est: anévrysme artériel faux primitif, arrivé à la période d’organisation du sac.
M. Verneuil fait l'amputation du membre cinq semaines après l’accident. L’examen anatomique vérifie complètement le diagnostic; on trouve les muscles broyés, et, vers la partie moyenne, l’artère et la veine poplitées complètement rompues. Il y a, de plus, un vaste épanchement sanguin.
L’articulation, examinée avec le plus grand soin, était absolument saine, la synoviale n’avait pas subi la moindre altération et on ne trouvait aucun épanchement. »
Trouvera-t-on mieux réunies, comme à plaisir, je ne dis pas dans aucun fait, mais même dans aucune des expériences que nous devons à M. Berger, les conditions propres à la filtration ? Vaste épanchement sanguin, au contact de la synoviale, pendant cinq semaines ! L'isolement du phénomène, que M. Berger n'avait pas songé à dégager dans sès expériences, cet isolement a été effectué d'une façon complète, et
POSE le résultat catégorique est la négation de la fitra-
tion.
Objectera-t-on que l’épanchement aurait pu se
résorber ? Outre que cela n’est pas un argument, puisque le foyer hémorrhagique persistait toujours, prêt à fournir de nouveau du sérum, voici des faits observés par M. Tédenat, professeur agrégé à Montpellier, et qui réfutent victorieusement cette objec-
tion.
OBSERVATION (N° 6 de la thèse de Cornier.)
- Pierre C., 37 ans, charretier à la compagnie du Gaz, entre le 5 juillet 1876 à l’'Hôtel-Dieu de Lyon, salle Saint-Sacerdos, n° 21, dans le service de M. le professeur Gayet.
. Quelques heures avant d'être porté à l'Hôtel-Dieu, cet homme marchant à côté de sa charrette lourde, quoique vide, a glissé, et la roue est passée obliquement, de haut en bas et de dehors en dedans, sur la partie inférieure de la cuisse droite. Les téguments ont peu souffert ; ils sont superficiellement éraillés seulement à la face interne, au niveau du bord de la rotule. La tuméfaction énorme est surtout constituée par un épanchement qui siège manifestement au-dessous du tendon du droit antérieur et du vaste interne, se limite en bas, au bord supérieur de la rotule, et remonte en haut jusqu’à la partie moyenne de la cuisse. La fluctuation est franche et facile, le liquide est bridé quand on fait contracter les extenseurs de la jambe; il n’y a pas d'épanchement dans la synoviale du genou.
Le 7 juillet et les jours suivants, pas d’épanchement dans le genou. Le 19 juillet, le malade, qui a été traité d’abord par la compression ouatée, puis par l'aspiration sort guéri, sans avoir eu d’épanchement dans le genou.
Et cependant, là aussi, la filtration ne devait-elle pas S’opérer ? Quelle condition manquait donc à sa production ? Inutile d'ajouter ici le résumé de l’observation VII dela thèsede Cornier renfermant l’histoire d’un mafade absolument semblable au précédent. Vasteépanchement sanguin sous-musculaire, absence d’hydarthrose.
Queconciure detous ces faits? C’est que des diverses lésions qui composent une fracture de cuisse, l’épanchement sanguin est le moins puissant pour amener l'hydarthrose, s'il n'est pas absolument inefficace. Nous aurions bien encore des objections secondaires à adresser à la théorie; il nous parait difficile, par exemple, que des fractures très élevées, quinese sont accompagnées que de très peu d’attrition des parties molles, aient pu donner lieu à un épanchement assez abondant pour fuser, au bout de plusieurs semaines, jusqu’à la synoviale. Mais les faits que nous venons de rapporter parlent assez d'eux-mêmes et ruinent absolument l'hypothèse de la filtration.
Comparant l’hydarthrose à un gonflement par gène circulatoire, Alison l’a attribuée à une stase veineuse ; celle-ci dépend naturellement de la rupture des vaisseaux, de l'os, du périoste et de la moelle. Malheureusement, c'est là une hypothèse presque invérifiable directement, et en tant qu’elle a pu être soumise au contrôle de l'expérience, elle a été trouvée fausse. En effet, Berger, détruisant la moelle fémorale chez des lapins, n’a jamais observé d’épanchement dans le genou. De plus, les anastomoses ne sont-elles pas assez nombreuses entre les vaisseaux des parties
LANRES
molles et ceux du périoste de l'os pour prévenir un œdème? Et si cet œdème s'était produit par suite de la gène brusque apportée à la circulation, ne devrait-il pas promptement disparaître par l'établissement d’une circulation collatérale? Nous pensons que la stase veineuse invoquée par Alison peut agir comme élément accessoire, mais que son rôle n'est que bien secondaire.
Nous arrivons à une troisième théorie qui met en jeu une cause contingente, et pour ainsi dire étrangère à la fracture elle-même. Nous voulons parler de la théorie de l’entorse.
Très habilement soutenue par M. Verneuil, cette théorie, développée en partie dans la thèse de Borel, sc présente avec des dehors très acceptables.
M. Verneuil fait remarquer que le plus souvent la fracture de cuisse est accompagnée de violences qui, en raison du voisinage, ne peuvent manquer d'agir sur l'articulation du genou : celui-ci est plus ou moins froissé ou contusionné; il n’en faut pas davantage pour amener un épanchement dans la synoviale.
Nous le répétons, cette théorie est très acceptable : elle l’est dans beaucoup de cas ; elle s'impose même : forcément pour les cas où l’on trouve un épanchement rapide,presque immédiat (cas de Rouge : la plupart des cas de la thèse d’Ali son, etc.) ; s’il était possible dans tous les cas de savoir au juste la nature, séreuse ou sanguinolente, du liquide épanché, il serait plus facile encore de se prononcer. Mais en somme, l'entorse explique très bien ces cas. N'en déplaise à M. Bero2r, la douleur a été signalée dès le début dans
= H — certains cas, et, quand elle n’est pas signalée, on peut très bien lui retourner l'argument qu’il donne ailleurs, c'est que la douleur du genou a été masquée par celle de la fracture et que le plus souvent on ne l'a pas recherchée dès les premiers jours, mais seulement lorsque l'apparition de l’épanchement attirait l’attention du côté de l’articulation.
Nous croyons que le fait suivant, qui nous a été communiqué par M.le professeur agrégé Levrat, n’est pas justiciable d’üne autre interprétation.