OBSERVATION
Due à l’obligeance de M. Levrat.
Jeune homme de 23 ans. (Maison de santé, 2° étage, chambre 17: service de M. E. Cruveilhier, 1876). Fracture de cuisse au tiers inférieur, dans une chute.
Hydarthrose du genou et aussi épanchement dans l'articulation tibio-tarsienne, caractérisé par des saillies de chaque côté des tendons antérieurs du tendon d'Achille.
Guérison lente de la fracture, disparition assez rapide des épanchements.
Dans ce cas, ce double épanchement qui s'était produit rapidement, ne peut provenir que d'une entorse. Nulle autre théorie ne peut l’expliquer, celle de la filtration moins que toute autre.
Mais, d'autre part, faut-il encore que toujours l'hydarthrose soit causée par l'entorse? Nous croyons que ce serait aller un peu loin, et en quelques mots nous pensons démontrer que la théorie de
LAURE l’entorse serait insuffisante, si on voulait l'appliquer à tous les cas indistinctement.
D'abord elle n’explique pas les cas d’épanchements tardifs, survenant au bout de plusicurs semaines. Pourquoi l’'épanchement aurait-il tant tardé à s’opérer ? Ensuite, n'est-ce pas torturer les faits que de vouloir voir les suites d’une entorse du genou dans l’épanchement qui suit une fracture par effort musculaire (Vulpian), ou une fracture par coup de feu, ou une fracture par cause directe? N'existe-il-donc plus de moyen de se fracturer la cuisse sans se faire une entorse au genou ?
Et d’ailleurs, l’entorse du genou existe-t-elle dans l'expérience III de Berger, où l’on fracture le fémur d’un lapin à sa partie moyenne, au moyen d’une pince coupante ? Où est l’entorse?
Etce n’est pas là un fait isolé; plusieurs expériences faites avec beaucoup de précautions amènent le même résultat. Pas d’entorse et pourtant de l’épanchement.
L'’entorse du genou, en somme, n’est qu’un phénomène accessoire, un accident, une coïncidence fréquente, si l’on veut, mais une simple coïncidence. Ce serait exagérer la portée de quelques faits bien observés pour en inférer des lois d’une compréhension absolue. Nous tenons pour certain que l’entorse doit endosser la production d’un bon nombre d’épanchements ; mais nous ne saurions souscrire aux exigences de ceux qui en font une théorie absolument générale.
On pourrait, pour certains épanchements tardifs, faire intervenir l'influence de l’immobilité prolongée,
OUR que M. T'eissier a mise en lumière. Nous avons relevé dans la thèse de Berger divers faits d’épanchements tardifs qui ne nous semblent ressortir nullement à l'entorse, ainsi que nous venons de l’exposer. Nous comparerions volontiers ces cas à ceux de Teissier ; il s'agit ici d’une véritable inflammation dans une séreuse ; 1l se produit des fausses membranes, les cartilages sont dépolis : l’'épanchement est sanguinolent par rupture des capillaires des fausses membranes, probablement obéissant en ceci aux lois de l’inflammation dans la plupart des séreuses. Les malades qui présentaient ces lésions étaient tous vieux, débilités, épuisés encore par un long séjour au lit, et préparés par conséquent, aux inflammations hémorrhagiques.
Virchow a montré que chez les animaux, sous l’influence de l’immobilité, la synovie devient plus abondante et plus fluide. Il ne nous répugne pas d’admettre, en conséquence, une origine analogue pour les épanchements tardifs. Ici, l’inflammation ouvre la scène, et l’'épanchement en est une manifestation.
Mais, par ce que nous venons de dire,on voit maintenant que cette théorie est nécessairement limitée à quelques cas.Or, un des caractères de l’hydarthose du genou, c’est d’être la compagne assidue de presque toutes les fractures de cuisse. Il faut donc trouver une cause plus générale. Reprenons notre raisonnement de tout à l’heure. Dans une fracture, il y a los, le périoste, la moelle, l’'épanchement sanguin ; celui-ci est éliminé comme cause déterminante de l'hydarthrose, nous l'avons démontré : la moelle ést