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joint aux patentes, et je reçus l’ordre, de présenter le tout au médecin de la Santé portugaise qui viendrait nous visiter ; « Au fait, ajouta le capitaine, remettez les papiers, si € on demande quelque chose je répondrai. » Jusqu’ici mon rôle n’était pas compliqué, ni mon initiative bien grande. J’appris aussi qu'un certificat de désinfection complète du navire avant son chargement accompagnait les patentes ; je dirai plus tard ce que vaut ce certificat.
Le départ de Lisbonne eut lieu après une escale de trois jours, la santé qui était excellente à bord continua à être bonne. Alors je pensais à l'exécution des désinfections dont m'avait vaguement parlé l’Agent général en m’apprenant la présence de l’étuve.
Il était admis que les bateaux devaient procéder à trois lésinfections :
Avant le passage de l’Equateur,
Après, k
Avant d'arriver à Pernambuco.
On devait passer les effets à l’étuve, et désinfecter les locaux divers en répandant de l’acide phénique, du chlorure de chaux, des solutions de sulfate de cuivre.
Je n’ai pas parlé jusqu'ici de ces divers désinfectants qui figurent comme valeurs sur le livre de consommation journalière du bord, et sont déposés à la cambuse. Le médecin n’a en réalité à sa disposition que les médicaments.
Je demaadai alors au capitaine des renseignements sur la date à choisir pour procéder à la première désinfection générale, et sur la façon dont on opérait. J’appris qu’en prévenant le second du jour que j'aurais choisi, il commanderait des hommes, sile service le permettait, et ferait préparer l’étuve. J’appris aussi que matelots, chauf-
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feurs, émigrants portaient à l’étuve, un paquet de linge sale seulement, et que le spardek et les postes étaient désinfectés par de l’acide phénique en nature répandu sur le parquet. Je fus, stupéfait de cette déclaration, car le journal médical que je venais de consulter, portait pour chaque désinfection antérieure :
Passé à l’étuve le linge, hardes et literie de l'équipage et des passagers. Désinfection générale des postes, entre ponts, water-closets, machine, par l'acide phénique, le chlorure de chaux, le sulfate de cuivre.
Cette différence entre le texte du journal et l’exécution des désinfections me fut expliquée.
Cette mesure, (les trois désinfections à l’aller), avait été imposée par la République Argentine à l'époque où l’émigration battait son plein. Les entreponts regorgeant d’émigrants on n’avait pu exécuter le réglement; l’équipage surmené n'avait pu suffire à assurer le passage de sept à huit cents paillasses à l’étuve, il était d'ailleurs à peu près impossible de contrôler le passage intégral. Alors la santé étant généralement assez bonne à l’aller, pour ne pas être mis en quarantaine, après une désinfection partielle on écrivit : désinfection de la literie et des effets des émigrants el équipage; et voilà comment plus tard, l'habitude étant prise, journalet certificat attestaient que literie, effets, tout enfin, étaient complètement désinfectés.
Il faut bien savoir d'ailleurs, que les manières d’agir à terre et à la mer sont toutes Gifférentes ; dans le premier cas on peut en appeler, ici le juge suprême est le capitaine qui a toujours vu faire ainsi et dont il n’est pas facile de modifier l'opinion. Le médecin a bien la ressource de se refuser à certifier ce qui n’est pas, mais alors, voici venir
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les conséquences: Mise en observation sinon en quarantaine du navire, si par hasard il y a eu le moindre cas douteux à bord. Situation intolérable, vu la promiscuité à laquelle on est tenu journellement, le capitaine représentant autorité absolue et ne permettant pas qu’on ladiscute.
Ainsi s'explique la non-observance presque absolue des mesures hygiéniques principales, alors que tout porte encore à croire qu’elles sont bien appliquées.
Je suis loin de blâmer mes confrères qui sans autorité aucune ont eu la responsabilité première ; cela ne pouvait être autrement, et aujourd’hui que la porte est ouverte aux abus, rien ne peut arrêter le mouvement si ce n’est une loi qui établisse les pouvoirs et fixe les responsabilités.
D'ailleurs, et c’est peut-être une excuse, on peut se demander ce que signifie ce passage à l’étuve de tous les objets en service, alors que les locaux ne sont pas désinfectés, car personne ne prendra au sérieux cet arrosage des parquets par de l'acide phénique brut. Dans le cas qui nous occupe il semble que le remplacement d’une odeur plus ou moins miasmatique par une autre un peu moins désaoréable, soit suffisant pour conclure qu’une désinfection totale a été faite.
Cela est si vrai qu'à la demande de substituer les solutions de sublimé au millième, à l’acide phénique, un personnage important d'une Compagnie émit un doute et refusa parce que la solution de sublimé était inodore.
Pour en revenir à l’étuvage, il est donc certain : que même pratiqué à outrance dans ces conditions, il n’atténuera en rien la possibilité d’épidémies à bord. Les entreponts, et postes, avec leur atmosphère humide et chaude
auront vite reproduit les quelques micro-germes que l’étuve et la désinfection auraient détruits. |
Voici donc l'état dans lequel je me trouvais après avoir passé le premier tropique et à la veille par conséquent d’appliquer les mesures hygiéniques.
J’essayai bien de revenir sur le passé ; peine inutile, la routine affirmait une fois de plus sa puissance : comme mes camarades, je fus obligé de capituler. L’étuve fut mise sous pression, sacs moyens et gros s'y empilèrent, Popération terminée chacun reprit son travail.
Il en fut de même des locaux, quelques flacons d’acide phénique furent vidés à droite et à gauche sur les parquets par le maître l’équipage. :
La deuxième désinfection eut le sort de la première, et la troisième ressembla aux précédentes.
Après chaque opération j'écrivis sur mon journal médical à la date indiquée. |
Désinfection des locaux. postes, entre-ponts.water-closets machines, par l'acide phénique, le chlorure de chaux, et le sulfate de cuivre.
Passé à létuve la literie et le linge de l'équipage et des passagers.
Sans doute J'étais coupable, mais le moyen de faire autrement ?
J’en appellé d’ailleurs à tous mes camarades qui se sont trouvés dans le même cas, et qui malgré eux ont été obligés, j'en suis certain,de signer des certificats de complaisance.
Je suis persuadé qu’ils ne m'en voudront pas de porter au grand Jour cette particularité, dontles compagnies sont les seules responsables.
Dénoncer le fait à l’arrivée par un rapport est chose à