SANTOS
La ville «de Santos, bâtie sur l'ile du même nom, est située par 23°46 de latitude sud, et 48°38 de longitude ouest. L'ile est placée comme une digue en travers d’un golfe, dont une partie sert de port. Cinq rivières y viennent aboutir : ce sont, au nord,le Rio Sangui, qui n’est qu'un ruisseau à la période de sécheresse, au sud-est, les Rios Casqueiro et Cana, venant se déverser dans le largo de Cana, petit golfe supplémentaire borné au nord-ouest pat une ile marécageuse, au sud le Cantarica, à l’ouest le Rio Bertioga.
La partie du golfe qui sert de port, communique avec la passe menant à la haute mer : à l'est par un petit chenal de cent à cent cinquante mètres de largeur, à l’ouest par un autre de six à sept kilomètres de longueur, dont la largeur maxima, 900 mètres, est atteinte au débouché dans le port; pour se rétrécir jusqu’à moins de 300 mètres en d'autres points, et qui se courbe ensuite à angle droitaprès un trajet de 2 kilomètres à partir de la mer.
La forme du fond de ce grand chenal, de même que celle du port, a une importance énorme au point de vue sanitaire.
Creusés naturellement, dans un sol formé d’alluvions, ils se présentent ainsi en coupe verticale, maximun de profondeur au centre, berges en pentes douces, avec fond vaseux. Les terrainsenvironnants au milieu desquels serpen-
tentles rios, sont inondés à l’époque des pluies, c’est dire qu’ils sont presque de niveau avec la haute mer. Aussi la totalité en est-elle quelquefois transformée en un vaste marécage. Plusieurs points, et ce sont les plus près du port, sont baignés à marée haute chaque jour.
Dans ces conditions voyons comment dans le port s’opère le flux et le reflux. è
Pendant la marée montante, l’eau pénètre par l’un et Pautre chenal, mais surtout par le plus grand. L'eau des rios, refoulée à leur embouchure, mélangée à l’eau de mer vient submerger les marais déjà décrits. Les berges vaseuses, sont à ce moment couvertes entièrement.
Pendant la marée descendante, le trop plein du port, se vide par ces 2 voies de communication et, comme pour la marée montante, le maximun du courant existe dans le grand chenal, plus fort aux endroits les plus retrécis, plus faible dans la plus grande largeur.
Le courant finit même par être nul dans le port, par suite de grand volume d’eau, et de l'apport des rios, venant compenser les pertes dues au courant, par l’écoulement enfin qui se fait par le petit chenal, situé à l'opposé du premier.
Dans ces conditions le port de Santos est semblable à un vase communiquant, la marée n’y est sensible que par l'élévation et l’abaissement des eaux. En un no il n'existe aucun courant dans le port:
Au point de vue maritime c’est l'idéal, mais au point de vue hygiénique on ne peut rêver de pire situatiou, cela pour les raisons suivantes.
1° Les berges et les marais environnants laissent à découvert, à marée basse, des milliers d'hectares d’une
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AUTRE boue vaseuse, noire, infecte, qui, se putréfiant sous un soleil de feu, produitdes émanations épouvantables à certains moments de la journée, le matin etle soir. |
2 Les détritus de toutes sortes, matières fécales, etc., amoncelés dans le fond du port depuis des années, joints aux produits de l'égout collecteur qui vient s’y déverser, constituent, un milieu que le remous des hélices, les ancres tombant au fond viennent sans cesse agiter. Il n’est pas rare d'assister dans ces occasions à l’éclosion de bulles de gaz d’une odeur repoussante.
3° Les Warfs de chargement aboutissent souvent à une profondeur insuffisante pour certains bateaux, dont le fond est en contact direct avec la vase. L’étanchéité n’étant jamais absolue, il s'ensuit la pénétration dans les cales, d’eau qui peut être le véhicule de la fièvre jaune.
4 Absence de brise vu la situation du port et de la ville.
En effet le delta est enserré par .une chaîne de collines, de hauteur variant de 3 à 800 mètres, dont les découpures servent de passage aux différents rios.
Cette chaîne va en se resserrant pour enfin laisser libre une portion de la circonférence qui sert de passe.
En face de cette passe, se trouve l’île de Santos d’où s'élève le mont Serrat (170 m.,) et la chaine du Morro Itarare, coupant l’île transversalement. La ville est bâtie au pied et en dedans du mont Serrat, il s'ensuit que le port et la ville de Santos, occupent le fond d’une véritable cuvette, où les vents de terre, ne peuvent arriver.
5 Enfin, toute la plaine marécageuse entourant le port, et la ville, les collines diverses, sont couvertes d’une vraie forêt vierge, dont le feuillage emmagasine pendant la nuit,
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une grande quantité d’eau, provenant des rosées toujours très-abondantes.
Au lever du soleil, l'air est à son point de rosée, et ne s'en éloigne guère pendant la journée malgré la chaleur suffocante de la saison d’été, vu l’humidité due au feuillage de la forêtetaux marécages. Aussi la peau est toujours plus où moins visqueuse par insuffisance d'évaporation.
Il n’est peut être pas indifférent de savoir ce qu'est la ville, et pour ne pas être taxé de partialité, je vais simplement donner la traduction du passage du Relatario du Ministre de l’intérieur de l'Etat de Saô-Paulo sur Passainissement de Santos (1) :
« L'état des causes préjudiciables à la santé de tous, est dù :
« 1° À l’incurie municipale.
« 2° Aux égouts imparfaits.
« 3° Au volume insuffisant d’eau potable.
« 4 Au mauvais état des rues.
« 9° À un système de construction non approprié au chimat.
« 6° Au manque de drainage du voisinage, et spécialement à l’existence de nappes d’eau douce souterraines et enfin au manque d’autres mesures sanitaires qui vont jusqu’à éteindre chez la population l'instinct de conservation.
« Avant de commencer les travaux de construction, il est indispensable de nettoyer complètement la ville...
« Ce travail de nettoyage est indispensable et doit précéder la construction de toute œuvre d'amélioration afin d'éviter l'apparition d’une épidémie ou atténuer ses effets:
(1) Juillet 1893.
dans le cas où elle se développerait par suite du transport de grandes quantités de terrains contaminés.
«Je dois ajouter qu’en toute circonstance et indépendamment de ce qui est mentionné plus haut, je réclame le plus tôt possibie les amélivrations générales, et ce travail doit être entrepris aussitôt, parce que le peuple de Santos vit, dans une atmosphère empoisonnée, sur un sol saturé de causes de mortalité ou dans des maisons dont les murs et les plafonds, loin de le protéger contre les intempéries sont des prisons où le peuple s’enferme la nuit, absorbant les causes de l'infection que par faute de ventilation il est obligé d’absorber.
« La fièvre jaune sévit à Santos:
« 1° Par l’importation directe d’autres ports, surtout du Nord.
« 2° Par suite de l'existence dans la ville d'anciens cours d’eau déviés par les progrès de la ville, et qui actuellement stagnent en des points où se réunissent aussi les eaux pluviales, le tout étant au-dessous du niveau des marées les plus basses.
« 3 Le pavage et l’état des rues est très défectueux quant à la forme et à la dimension des pavés, il en est de même de la pente et de la forme des rues. De sorte que les inconvénients ci-dessus mentionnés sont non seulement augmentés en certains points, mais sont étendus à beaucoup de lieux où ces conditions ne se présentent pas naturellement.
« 4o Beaucoup de fossés ouverts destinés à l’écoulement des eaux pluviales sont, par incurie, obstrués par des immondices et transforraés en égouts ouverts allongés, passant à proximité et sousles maisons et pleins de matières