‹ Contribution à l'étude de l'hyperthermie centrale consécutive aux lésions de l'axe cérébro-spinal en particulier du cerveauChapitre 20 sur 61 · MG · texte numérisé non relu

MG

côté droit, et surtout une parésie très accentuée du bras gauche qui reste immobile, bien que le malade soit un peu agité. Paralysie faciale gauche, la joue de ce côté est soulevée dans l’expiration. Cependant il n’y a pas de point spécialement douloureux sur le crâne, ni trace de déformation. Pas d'écoulement sanguin par Poreille, pas d’ecchymose conjonctivale. À gauche, on trouve sur la face des traces de contusion assez forte. Pupille gauche un peu dilatée. |

Dans-la nuit, le malade semble avoir pu comprendre ce qu'on lui demande, et il ébauche une réponse.

Le 14. Même état général, coma persistant. On constate toujours la paralysie du bras gauche, et la jambe du même côté est parésiée. T: 380,2 (matin), 38° (soir).

Le 15. Aucune amélioration. La parésie de la jambe gauche s’est accentuée. Les réflexes sont très atténués à gauche.

En présence de l'hémiplégie gauche persistahte, on se décide à trépaner.

Incision sur une ligne partant à 7 cent.

au-dessus de l’apophyse orbitaire droite externe, et allant obliquement jusqu'à 5 cent. du.plan auriculo-bregmatique. Le crâne dénudé, on ne découvre pas trace de fêlure. Trois couronnes de trépan sont appliquées dans la partie inférieure de la ligne opératoire. On ouvre la dure-mère, sans trouver de caïllots.

Le soir, T. 400. +

Le 16. Pas d'amélioration. Deux nouvelles couronnes de trépan sont appliquées à la partie supérieure de la plaie osseuse ; on enlève un petit caillot.

T. 400,6 (avant l’opération) ; 40,1 (après l'opération).

L'état du malade reste toujours identique.T. 410,8 {le soir). Mort à 7 heures.

Pr PRES

AUTOPSIE. — À gauche, petite ecchymose du cuir chevelu, au niveau de la bosse pariétale. A droite, il existe entre la duremère et l'os, au-dessus du niveau de la ligne du trépan, un petit caillot

Sous la dure-mère, on trouve un épanchement sanguin dans foute la partie supérieure de l’hémisphère droit, partant de l’extrémité antérieure du lobe frontal et s'étendant jusqu’à la partie antérieure du lobe occipital, recouvrant le lobe pariétal et, en bas, une partie du lobe sphénoïdal. La couche de sang est très mince. À gauche, sur la- base du crâne, on constate une fêlure sur les grandes ailes du sphénoïde. L’arcade zygomatique est fracturée en deux points.

Cerveau. — En aucun point on ne trouve trace de méningite.

Hémisphère droit. — Le pied des deux premières circonvolutions frontales droites est affaissé. Le point sur lequel a porté la trépanation a été déterminé par le procédé des fiches de Broca, enfoncées à la limite de la perte de substance osseuse, On découvre ainsi un espace cérébral, commençant en bas au pied de la scissure de Rolando, remontant le long de cette scissure dans une étendue de 3 cent. 1/2 environ, puis déviant en arrière pour atteindre la scissure parallèle à la scissure de Rolando, et la circonvolution pariétale ascendante, dans son tiers inférieur. L'espace ainsi délimité est légèrement oblique en haut et en arrière. Son extrémité supérieure est distante de 5 cent. de lascissure interhémisphérique ; sa partie postérieure est à 10 cent. de la pointe du lobe occipital, et son extrémité antérieure à 10 cent de la corne frontale. À part la teinte ecchymotique de la première circonvolution pariétale et du lobule paracentral, la surface du cerveau est saine. Au-dessousde la pie-mère, daus les sillons répondantaux deux premières frontales, on trouve quelques petits caillots. Quelques caillots également sous la pie-mère répondant au lobe occipital. Petite hémorrhagie dans les piliers antérieurs du trigone et à la partie antéro-supérieure des pédoncules.

Pas d'épanchement dans le ventricule latéral. Foyer hémorrhagique dans l’extrémité antérieure du corps calleux. Rien dans le ventricule latéral gauche. Rien au bulbe.

IE es

Dans cette observation, la courbe thermique, très exactement notée, est sensiblement analogue à celle de hémorrhagie cérébrale. On peut y distinguer, en effet, trois périodes : une première période d’abaissement, très courte sans doute, mais encore assez marquée au moment de l’entrée du malade, puisque le thermomètre indiquait 36°,8 ; une seconde période, presque aussitôt dessinée, au cours de laquelle la température se relève rapidement, atteint en 8 ou 10 heures 38°,4, et ne dépasse pas ce niveau pendant les vingt-quatre heures suivantes; une période terminale, débutant 36 heures environ avant la mort, et caractérisée par une brusque ascension de laco urbe thermique à 40°,2, puis 40°,6, enfin 41°,8.

Nous rapportons plus loin un certain nombre de faits comparables à celui-ci (obs. 14 à 22). Comme l’observation précédente, les observations 14, 15 et 16 (1), où la température a été prise peu de temps après l’accident, présentent une période d’abaissement primitif. Dans les six observations suivantes, 1l est vrai, la température des premières heures n’est pas indiquée, mais la courbe thermique, à partir du moment où elle est notée jusqu’à la mort du malade, reproduit, dans une certaine mesure (2), le type que nous connaissons. En résumé, tous ces cas ne font que confirmer le rapprochement déjà établi entre les lésions traumatiques et les lésions spontanées, au point de vue des oscillations qu’elles impriment à la température.

Ce fait général hors de conteste, il reste à étudier ses diverses modalités. A côté du premier groupe d'observations,

(1) Dans cette observation, l’oscillation réactionnelle de la seconde période s'est élevée à 400,

(2) Assez souvent la période stationnaire est remplacée par une période d’ascension lente,

il en est d’autres (obs. 23 à 33) dans {lesquelles, au lieu ‘de Pabaissement’primitif, on a constaté une rapide ascension 1 défla température, survenant presque aussitôt après le tra umatisme. Ce phénomène, dont nous avons déjà parlé à propos de l’hémorrhagie cérébrale, est sans doute l’analogue de la brusque élévation thermique observée par M."Duret à la suite des traumatismes expérimentaux. Il en diffère cependant par sa durée plus longue ; au lieu de disparaitre au bout de quelques minutes, 1l persiste en effet pendant quelques heures. Tantôt, ‘comme dans lhémorrhagie cérébrale, il précède la mort à brève échéance (obs. 27 à 33) ; tantôt, au contraire, il n'annonce pas la terminaison fatale immédiate, et la température ne tarde pas à revenir à la normale, jusqu'au début de la période préagonique (obs. 23 et 24) (1). Enfin, dans certains cas, la mort est non seulement différée de quelques jours, mais encore la guérison n’est pas impossible. Voici une observation (2)

qui nous semble le démontrer.

OBSERVATION 3 (inédite). — Le 7 août 1892, pendant les dernières manœuvres alpines, on vient nous chercher pour aller voir un chasseur qui était tombé par une trappe d'escalier d’une hauteur de trois mètres environ. Sa chute avait eu lieu pendant la nuit et n'avait été remarquée par aucun de ses camarades ; au moment du réveil, il avait été trouvé sans connaissance. À notre arrivée, le malade était dans le coma, les membres en résolution, la respiration stertoreuse. Le facies très pâle présentait plusieurs ecchymoses, l’une au niveau de la tempe, l’autre à l'angle de la mâchoire. Les pupilles étaient inégales et, en relevant la paupière gauche, on pouvait voir une ecchymose

(1) Dans l’observation 23, comme dans quelques autres, l’hyperthermie s’est produite en l'absence de tout phénomène comateux.

(2) Recueillie par notre collègue DEMANTKÉ, qui à bien voulu nous la communiquer.

Page 1