CHAPITRE Il
Lésions cérébrales spontanées.
S 1. — Attaque d’apoplexie.
Les élévations de température étudiées dans les travaux précédents, exception faite pour les cas de traumatismes médullaires, se rapportent presque toutes à des accidents survenus à la suite de lésions nerveuses plus ou moins anciennes: sclérose ou tumeur cérébrales, méningo-encéphalite chronique, foyers hémorrhagiques cicatrisés. Les seules affections récemment constituées qui aient donné lieu aux mêmes symptômes paraissent avoir dépendu de simples troubles fonctionnels n'ayant pas laissé de traces appréciables à l'autopsie. Il restait donc à examiner l'influence d’une lésion cérébrale récente sur la marche de la température. Jusqu'en 1867, il n’y a, pour ainsi dire, aucun renseignement thermométrique précis à ce sujet. Nous devons cependant mentionner les deux observations suivantes : dans la première, empruntée au travail de Erb (1), il s’agit d’une hémorrhagie cérébrale datant de quelques heures, accompagnée d’une perte incomplète de connaissance et d’une parésie du côté gauche. L'auteur note l'existence d’une fièvre modérée pendant les cinq prenuers jours, jusqu'à la veille de la mort; à ce moment la température commence à s'élever et ne tarde pas à atteindre 40°; puis au lieu de continuer son ascension, comme dans les cas précé-
(1) Loc. cit., p. 186.
Gr
ox
dents, elle baisse lentement, et, quelques heures après, le malade meurt avec une température de 38°,7. A l’autopsie, double hémorrhagie ventriculaire ayant détruit la moitié externe de la couche optique droite et la plus grande partie du corps strié gauche; caillot sanguin dans le quatrième ventricule. Erb explique l’abaissement relatif de la température, avant la mort, par l’apparition de sueurs profuses, et ilestime à juste titre que, jusqu’à plus ample informé, il ne peut dire si l'élévation thermique est toujours moins accentuée dans l’hémorrhagie que dans les autres affections cérébrales. Une observation de Rosenstein (1) nous montre au contraire une ascension rapide de la courbe thermique, à la suite d’une hémorrhagie de la protubérance et du corps strié, si bien que, deux heures environ après l’attaque, au moment de la mort, le thermomètre marquait 41°,5.
En somme, aucune étude suivie n’avait été faite sur la question, avant les recherches de M. Charcot. Elles sont résumées dans la note suivante (2) :
Lorsque l'exploration du rectum a pu être pratiquée soit au moment même de l’attaque apoplectique, soit encore quelques heures après, presque toujours on a trouvé, surtout dans les cas graves, la température notablement abaissée au-dessous du taux normal. Ainsi, au lieu de 37,5 qui représente l'état physiologique, on à trouvé en pareil cas à peine 87°, ou même un chiffre encore moins élevé ; plusieurs fois, en effet, la température est descendue jusqu'à 360. Bientôt le chiffre thermométrique se relève; il est rare qu’au
(1) Encephalohämorrhagien in den Pons und die corpora striata. Præmortale temperatursteigerung. Berliner klin. Wochenschr., 1867, p. 6.
(2) Note sur la température des parties centrales dans l’apoplexie liée à l’hémorrhagie cérébrale et au ramollissement du cerveau. Soc. de biologie, juin 1867, p. 92.
D AN M DE APR TA CATCEIER Éd