ALES
9 Nous pourrions citer un grand nombre d’exemples de suggestion pendant l'hypnose ; mais cela deviendrait fastidieux. Nous ne saurions cependant passer sous silence les deux suivants, d'autant mieux que lun deux nous servira de transition, de même qu'il nous a révélé la possibilité de la suggestion à longue portée chez notre sujet.
Nous affirmons à N..., endormie, qu’elle a été cruellement o‘fensée par une personne qui lui est chère, que cette personne va venir, et qu'il faut qu'elle la tue d'un coup de poignard pour se venger. Quelques instants après, nous voyons N... se lever frémissante : « Te voilà, misérable ! » Etelle fait le geste de donner un coup de couteau dans la poitrine, en ajoutant : « Tiens, me voilà vengée! » Puis elle retombe en sanglotant, déjà en proie au remords.
Nous nous hâtons de mettre fin à cet état pénible par le réveil. Nous devons ajouter ici que N.. est d’un caractère très doux, nullement irascible et incapable de faire du mal à personne.
Une autre fois, nous disons à N...: « Vous allez compter, en commençant par un,deux, trois, etc. Arrivée à douze, vous vous réveillerez en prononçant le mot ; mais vous ne vous arrêterez pas de compter pour cela. L'ordre s’exécute : à douze, N... ouvre les yeux et continue : « Treize, quatorze... », puis s’arrête étonnée, en se demandant ce qu'elle compte et pourquoi elle compte.
Cette dernière expérience méritait de fixer notre attention. Nous y trouvons, en effet, deux particularités que nous n'avons pas encore signalées. D'une part, la fin de l’hypnose est amenée par suggestion; d'autre part, la suggestion se prolonge au delà de l'hypnose, quoique pendant un temps très court.
De ces deux particularités, la première n'était pas abso-
lument nouvelle pour nous. Déjà plusieurs fois il nous avait suffi de dire à N...: « Réveillez-vous ; vous vous réveillerez en faisant telle chose », pour la voir passer de l’état de sommeil à l’état de veille au moment fixé par nous. Mais nous n'avions pas encore obtenu la suggestion à distance, que nous avions vue signalée par les auteurs, et que nous avions cherché à obtenir.
Certes, il ne nous était pas encore donné de la constater, mais di moins nous avions un indice qui nous permettait d'espérer que nous finirions par l'obtenir et nous encouragealt à continuer. Des expériences variées similaires furent donc répétées, qui furent suivies d’un plein succès, malgré les complications que nous y ajontâmes.
Sinous ne les rapportons pas, ce n'est que pour éviter des longueurs dans une histoire qui ne paraîtra peut-être que trop longue.
10° De même que nous avions obtenu l’obéissance de N.. pendant l'hypnose, en cherchant à lui immobiliser le bras dans une position donnée en dépit de sa volonté, de même nous cherchons à obtenir la suggestion à distance en nous servant de la même épreuve, ou du moins d’une épreuve analogue: «Une fois réveillée, vous ne pourrez plus remuer le bras droit », lui disions-nous. Bien des séances se passèrent sans nous donner le résultat désiré, puis, un jour, nous vimes le phénomène se produire. Dès lors, il ne nous fit plus jamais défaut. D’abord rapide et passagère, la paralysie flaccide obtenue ne durait que quelques instants.
Quand l'expérience eut été répétée un certain nombre de fois, sa persistance devint telle qu’il nous fallait avoir soin de lui fixer d’avance un terme au moment même de la suggestion, ou de rendormir N... une seconde fois, à seule fin de la débarrasser de son infirmité par une nouvelle sug-
LA Te gestion. Mais ces faits ou des faits analogues dont nous
rapporterons plus loin quelques exemples, car ils y seront mieux à leur place chronologique, ne purent être constatés
qu'un peu plus tard.
11° Après avoir obtenu l'exécution pendant la veille d’un ordre donné pendant le sommeil, quelque imparfaite qu'eût été primitivement cette exécution, nous devions consacrer une série de séances à la vérification et à l'étude de ce phénomène nouveau pour nous. Tout d’abord, le moment fixé pour l'exécution de l’ordre donné fut le moment même du réveil, et l’action à exécuter aussi simple que possible : ordre de se lever et de faire le tour de l’appartement; ordre d'aller arranger ses cheveux devant la glace, etc., etc.
Parfois, au début, l’ordre n’est exécuté que d’une manière imparfaite ; c’est plutôt une ébauche d’obéissance qu’une obéissance complète.
Mais bientôt, dans ces conditions-là, la suggestion nous donne des résultats si précis et si manifestes que nous modifions graduellement le programme. Nous fixons pour l'exécution de l’ordre un moment de plus en plus éloigné du réveil; nous compliquons de plus en plus l’action à exécuter. Néanmoins, nous constatons de moins en moins des erreurs ou des omissions. Si nous demandons alors à N... pourquoi elle fait telle ou telle chose bizarre que nous lui avons commandé de faire, invariablement elle nous répond : «C’est une idée qui me vient. » Et nous ne saurions trop appeler l'attention sur ce fait: jamais à l’état de veille N... ne se rappelle qu’on lui a donné un ordre pendant l'hypnose ; elle croit toujours exécuter spontanément, proprio motu, ce qui lui a été suggéré. Parfois même, si l'idée suggérée est par trop bizarre, au moment fixé pour
non
son exécution, nous voyons N... se mettre à rire et secouer la tête comme une personne qui se moque d’elle-même. Si nous lui demandons la cause de son hilarité, elle nous répond que c’est une idée qui lui vient. Elle résiste, mais finit le plus souvent par exécuter l’ordre donné, en déclarant que c’est plus fort qu’elle, en s’excusant.
12 Parmi le nombre considérable d'expériences de suggestion exécutées à l’état de veille qu’il nous a été permis d'enregistrer, nous ne citerons que les suivantes, qui nous paraissent avoir un intérêt plus grand qu’un simple intérêt de curiosité.
a) N... est assise dans un fauteuil au moment où nous l’endormons. Nous lui disons qu’à son réveil elle sera paralysée des membres inférieurs. Au moment du réveil, nous nous arrangeons de manière à ce quel’idée de se lever, et par conséquent d’avoir recours à ses membres inférieurs, ne Jui vienne pas tout de suite, afin qu'un certain temps s'écoule entre l’ordre donné et la manifestation de son exéeution. Pais, nous faisons naître pour N... l’occasion de se lever. La chose lui est absolument impossible. C’est en vain qu'avec les bras elle se soulève sur son fauteuil ; les jambes lui refusent tout service. Elle est paralysée, et cette paralysie n’est accompagnée d’auçune contraction. Cependant, N..…. ne s’effraie pas ; elle est habituée à tout depuis qu’elle se prête à nos expériences. Elle nous prie de lui rendre l’usage de ses jambes, ce que nous faisons en la rendormant.
Cette expérience a été variée autant qu'elle en était susceptible, et nous a toujours donné des résultats positifs.
b) Nous affirmons à N... qu'à son réveil, il luisera impos- | À