‹ Contribution à l'étude de l'hystérie religieuseChapitre 11 sur 17 · L'OTE · texte numérisé non relu

L'OTE

ces déterminations ; mais quels futils prétextes pour abandonner sa famille, ses enfants qu’elle aimait au delà de l’inimaginable, pour compromettre sa réputation, sa fortune. En réalité, elle était poussée par une force irrésistible. Il suffit de l'écouter pour être édifié. « Je résolus d'aller comme une folle, sans pouvoir dire ni motif, ni raison de mon entreprise...vous le vouliez, Ô mon Dieu, et c'était assez pour entreprendre les choses les plus impossibles. »

En lisant ces paroles on ne peut s'empêcher de penser aux fugues des dégénérés ; remplaçons leur mentalité étroite par la sublime intelligence de M"° Guryon et nous aurons une dégénérée supérieure.

Veut-on maintenant savoir comment elle écrivit son livre des Torrents.

« En prenant la plume, dit-elle, je ne savais pas le

premier mot de ce que je voulais écrire. Je me mis à

« écrire sans savoir comment, et je trouvais que cela « me venait avec une impétuosité extraordinaire. Ce « qui me surprenait le plus était que cela coulait comme « du fond et ne passait pas par la tète » (Vre, t. IT, « p. 118). ;

« Si l’on veut faire quelque attention à la rapidité « avec laquelle Dieu m’a fait écrire tant de choses au- « dessus de ma portée naturelle, il est aisé de con- « venir qu'y ayant eu si peu de part, il m'est difficile, « pour nepas dire impossible d’en rendre raison d’une « manière dogmatique. C’est ce qui m’a toujours porté « à dire queje n’y prenais aucune part » (Vüe, ETF;

La dernière phrase ne laisse-t-elle pas rèveur ? Le besoin d'écrire sans savoir ce qu'elle dirait, cette genèse presque inconsciente des pensées qu'elle transcrit quoi de plus mystérieux? Le phénomène relève évidemment autant de la psychologie que de la médecine ; il est complexe : Retenons une chose, elle sent une volonté au-dessus d'elle, Dieu lui fait écrire ce qu’elle écrit, elle ne se juge pas responsable de ce qui est sorti de sa plume, elle dénonce elle-même l'impulsion.

Ajoutons qu'elle fut une persécutée.

Partout autour d'elle, les gens la décrient, la traitent d’infâme, nourrissent les plus noirs desseins. Ce fut souvent ainsi, « mais dit l’historien, il est prudent de se défier de son imagination. Elle était très capable d'inventer les faits, soit en rêvant, soit autrement, elle possède l’art de se donner toujours les plus belles apparences » (Crousté, p. 387).

Elle est poursuivie par les démons.

« Le démon devint si enragé contre moi, à cause [des conquêtes que vous faisiez, à mon Dieu, qu'il battait quelques-unes des personnes qui me venaient voir. Il y avait une pauvre fille d’une très grande simplicité qui gagnait sa vie de son travail ; c’est une fille qui a reçu de très grandes grâces de Notre-Seigneur.

« Le démon lui cassa deux dents dans la bouche, la joue lui enfla d’une prodigieuse grosseur, et il lui dit que si, elle me venait voir davantage, il lui en ferait bien d’autres. Elle me vint trouver en cet état et me dit dans son innocence : « Le Méchant, il m’a fait cela à

cause queje viens à vous, il adit des injures contre vous. »

Je lui dis de lui défendre de ma part dela toucher. Voyant qu'il était pris et qu’il n’osait la toucher (car il ne pouvait faire ce que Dieu lui défendait par moi) il lui dit bien des injures, fit devant elle des postures aïtreuses et l’assura qu'il m’allait susciter la plus étrange persécution que j'eusse jamais eue » (Vie, t. IL, p. 231).

Quand elle arrive à Paris, sa foi lui fait des ennemis, mais que d’exagérations et d’invraisemblances dans son récit !

Elle accuse tout le monde ; son frère, le P. Lamothe, et l'official de Paris ourdissent une intrigue où on impute au P. Lacombe les erreurs de Molinos au moyen de pièces supposées ; on contrefait son écriture ; on leur dérobe des certificats de l’Inquisition attestant la pureté de leur doctrine, on met en campagne des agents mystérieux, on fait venir des dénonciations fausses des pays qu’elle avait habités et de lieux où elle n’était jamais allée (Crouslé, 441).

Son frère veutlui extorquer de l’argent, la faire fuir pour la rendre coupable et la perdre plus sûrement (Vie, t. IIL, p. 31).

« IL n’y a crime, d’infamie, d'erreur, de sortilège, de sacrilège dont onne m'’ait accusée » (Vie, t. LIL, p. 41).

On faisait toujours courir le même bruit de crimes horribles.

« Chacun criait contre moi et me regardait comme une infime. Je portais tout cela avec joie et je vous disais: « O mon Dieu, c’est pour l’amour de vous que

je souffre ces opprobres et que j'ai le visage couvert de

confusion » (Vie, t, IIL, p. 32).

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