‹ Contribution à l'étude de l'hystérie religieuseChapitre 14 sur 17 · AO TE · texte numérisé non relu

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demandé mon consentement, je le donnai ; alors il me parut qu'il se fit de lui à moi comme une filiation spirituelle. j'éprouvai un je ne sais quoi qui me faisait tendre à verser mon cœur dans le sien... le matin je le vis, nous restâmes quelque temps en silence,et le nuage s’éclaircit un peu. »

Son amour véhément pour Dieu, s'installa en elle brusquement.

« Ces paroles furent pour moi un coup de flèche qui « perca mon cœur de part en part.Je sentis à ce mo- «ment une plaie très profonde autant délicieuse qu’a- « moureuse, plaie si douce que je désirais n’en guérir « jamais. » Et à partir de ce moment elle ne sortit pas de l’oraison mystique.

Parfois elle se désespère ; puis brusquement elle revient à Dieu, c’est une résurrection.

« C’est en ce jour de la Madeleine, le 22 juillet 1680, «que Mr° Guyon fut délivrée de toute ses peines et rena- < quit à la vie intérieure » (Guerrier, p.56).

De pareils faits se voient fréquemment. N’empèche qu'ils sont l'exception et suscitent toujours l’étonnement. Éprouver de l’attachement pour une personne inconnue est assez extraordinaire et à part les phénomènes de télépathie qui ne sont encore qu'à l’état d’hypothèse, je ne vois guère qu’un état mental particulier pour expliquer cela. Le brusque attachement pour le P. Lacombe fut évidemment le résultat que devait avoir sur

une âme mystique ses gestes et sa figure de saint ; mais ne fallait-il pas une prédisposition de la part de

M Guyon pour se laisser ainsi pénétrer jusqu’au fond

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Roy: rer de l'être et unir brusquement sa pensée à celle d’un homme qu'elle conriaissait si peu ? La façon dont elle fut pénétrée brusquement de l'amour de Dieu fut évidemment le travail d'un long raisonnement intérieur, un feu sourd couvait en elle qui ne demandait qu'à éclater ; mais peut-on s’empècher de s'étonner de la véhémence d'un amour si jeune et de cette transformation si complète de sa personnalité pour une parole?

Ses sentiments apparaissent brusquement; mais aussi que d’inconséquences. Elle aime Dieu et ne pense pas à lui ; Dieu est en elle sans qu’elle en occupe sa pensée ; elle s’abandonne à Dieu et se rend irresponsable des fautes de son corps ; elle veut servir Dieu mais elle oublie que le premier devoir d’une chrétienne est d'élever ses enfants ; mais des devoirs elle n’en a cure ; pourquoi prier puisqu'elle est l'épouse de Dieu ? Elle serait heureuse même en Enfer, ne faisant ainsi aucune différence entre les mauvais et les bons puisque le bonheur est le même à condition qu’on sache aimer Dieu à sa manière. Elle veut se faire religieuse et pour y arriver elle contrefait l'écriture de sa mère pour envoyer une lettre à la supérieure afin qu'on la reçoive; elle n’y voit aucun mal et qualifie cela d’innocente supercherie. Elle demande aux religieuses 'chez qui elle était de lui accorder le martyre, mais quand elles firent mine de lui trancher la tête avec un coutelas, elle s’écria : « Il ne m'est pas permis de mourir sans le consentement de mon père » (Vie, T. [, p. 43).

Tout chez elle dénote un manque complet de sens

critique. Elle n’a jamais mis en doute ses voix inté-

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rieures. Lorsque Dieu lui dit : « Tu es Pierre et sur « cette pierre je bâtirai mon Église » elle n’a pas un instant d‘hésitation. Elle ne raisonne pas ses impulsions. Partout et toujours elle s’est crue Penvoyée de Dieu, chargée du renouvellement de l’Église et du monde. Elle s’attribue ingénument un empire absolu sur les démons (Vie, t. II, p. 130), le pouvoir d'un Dieu sur les âmes. Pas un instant il ne lui vient dans l’idée qu’elle ait pu faillir ; dans ceux qui la poursuivent elle ne découvre que perfidie, ce sont des épreuves que Dieu lui envoie, tous les grands saints n'ont- ils pas été persécutés ? Elle est l’épouse du Christ, elle ne voit point ce que : cette idée contient de choquant et d'incommensurablèment vaniteux ; et quand Bossuet lui reproche son orgueil, elle n'y comprend rien et l'accuse de vouloir la perdre. Sans cesse elle se réfugie en Jésus, fuyant les hommes qui ne la comprennent pas. Elle est étonnée de ne pas convertir Bossuet, elle se soumet humblement à tout ce qu'il dit, mais elle revient malgré tout à sa doctrine, ne veut pas croire que c'est elle qui est condamnée. Au point de vue du dogme, elle admettait tout ce qu'on voulait, mais pour ce que Dieu lui avait révélé il ne lui vint jamais dans l'esprit qu'il y pût rentrer une erreur.

Elle fut pétrie d’orgueil et d’orgueil inconscient. A chaque pas elle s’humilie, il est vrai ; tout ce qu’elle fait est l’œuvre de Dieu ; elle n’est que l’instrument passif et aveugle ; et pourtant que de pouvoirs miraculeux elle s’attribue. Certes elle met la gloire de Dieu

au-dessus de tout, mais la sienne vient directement

après. Nous avons assez cité de preuves de sa naïve présomption pour qu'il soit inutile que nous insistions davantage.

Une chose curieuse entre toutes chez M* Guyon, c’est, lorsqu'elle parle de ses sentiments, la tendance quelle à de transformer un phénomène purement psychique en un phénomène d’ordre physique. Nous sommes persuadés qu'à chaque phénomène psychique correspond un phénomène physique ; l'émotion donne de la tachycardie, l’attention de la vaso-dilatation du côté des yeux, la peur, de la pâleur de la face et de l’horripilation, ete. Chez M°*° Guyon il y a plus que cette coexistence entre deux phénomènes, il y a confusion entre le phénomène psychique et le phénomène physique.

Exemple : Elle a à son service une fille qui résiste à Dieu. Lorsque cette fille l'approche, M°° Guyon éprouve une sensation de brûlure si intense qu’elle est obligée de lui dire de se retirer. Il est évident qu’en la voyant elle a la pensée des flammes de l'Enfer, elle matérialise son idée, celle-ci est transformée en sensation de brûlure.

Quand elle visite le Père Lacombe, il lui semble que la grâce coule d'elle à lui et revient vers elle.

Quand on l’initia aux secrets de l'oraison mystique, ce fut comme un coup de flèche.

« Je sentis dans ce moment une plaie très profonde autant délicieuse qu'amoureuse, plaie si douce que je désirais n’en guérir jamais » ( Vie, t. I, p. 75).

Elle était trop sincère pour avoir fait cette image de

toute pièce ; elle dut ressentir le fameux coup de poignard des romanciers; il y a ici plus qu'une comparaison.

Plus loin elle dit que son âme était collée à celle de Fénelon (Vie, I, p. 101). Elle se croit douée de la faculté de communiquer la grâce par une sorte d'influence physique (Vie, 147, t. IL).

Lorsqu'elle ne peut la communiquer, la grâce l'étoutfe ; on est forcé de la délacer, de la porter sur son lit ; le meilleur moyen de la soulager est de se réunir autour d'elle pour recevoir la grâce dont elle est pleine.

N'est-ce pas le plus bel exemple de transformation de l’idée en sensation ?

Enfin notons chez elle ce besoin de persécution, cet amour des douleurs, cette soif d’opprobres que nous trouvons d’ailleurs chez beaucoup de croyants.

Dans son contrat de mariage avec Jésus elle demande pour dot « la croix, les mépris, les opprobres »..

Quand elle parle des voix qui la menacent, elle ajoute : «Je ne puis exprimer combien j'étais contente au dedans, me délaissant tout à Dieu sans réserve. »

Elle perd en même temps son père et sa fille, qui lui étaient chers « au point que vous savez, Ô mon Dieu! Mon état intérieur était tel que je ne pouvais être ni plus affligée par toutes les pertes imaginables, ni plus contente pour tousles biens possibles. IL faut avoir éprouvé ces douleurs délicieuses pour les comprendre » (Vie, I, p. 84).

Elle est toute dans cette dernière phrase; elle eut la volupté de la douleur.

Ainsi donc : intensité ; monstruositér, inconséquen-

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ces ; apparition brusque comme sous l'influence d’une impulsion ; absence de sens critique ; confusion des phénomènes physiques et psychiques ; orgueil inconscient ; volupté dans la douleur ; voilà ce qui nous a paru caractériser les sentiments de M°° Guyon. |

Ces caractères sont-ils pathologiques ? Non, en ce sens qu'ils ne permettent pas de diagnostiquer une maladie. Oui, en ce sens que derrière eux on devine l'influence de la névrose.

Quelle est la part de l'hystérie? quelle est la part de la mentalité des dégénérés supérieurs ? Elle nous semblent à peu près égales. Une chose domine, c’est l’absence de contrôle, de mesure. La raison n’est point là pour guider, la volonté qui domine est absente. Il semble qu'on soit dans un jardin abandonné où certaines plantes sont devenues énormes, touffues, monstrueuses, où leurs racines ont rongé les fondements des murailles, tandis que d’autres plantesse sont atrophiées dans l'ombre anémiante ; on y voit des endroits luxuriants, éclatants de soleil, ailleurs on remarque des réduits sombres où pourrissent des arbres morts ;le maître est absent. Il en fut de même chez M°° Guyon ; ses sentiments poussèrent au hasard, les uns étouffant les autres, point de volonté pour élaguer ceux-ci, pour dégager ceux-là. Mais l’absence de contrôle n'est-elle pas aussi bien le caractéristique des dégénérés que des hystériques ?

En faisant cette étude nous n’avons pas cru sortir du domaine médical. ;

Nous n'avons pas voulu agir en psychologue, mais

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