‹ Contribution À L'Étude De L'Hystérie ToxiqueChapitre 6 sur 15 · OBSERVATION J · texte numérisé non relu

OBSERVATION J

Taver4a. — Thèse de Paris. 1865.

Louise B..., âgée de 46 ans, est entrée le 2 avril 4862 à l’hôpital St- Antoine, dans le service de M. Woillez, salle Ste-Cécile.

Ouvrière en caoutchouc vulcanisé, pendant six ans elle est restée exposée aux vapeurs de sulfure plusieurs heures chaque jour, et a été obligée, 11 y a quelques mois par les troubles de plus en plus considérables qu'elle éprouvait, d'abandonner complètement son état. Les accidents ont été de la céphalalgie, des espèces de lipothymies, surtout lorsqu'elle travaillait debout, quelquefois même de véritables pertes de connaissance, pendant quelques secondes à plusieurs minutes un peu d’amnésie, de l’anaphrodésie et un écoulement menstruel plus abondant qu'auparavant.

Quelques semaines plus tard, il se manifesta du tremblement surtout aux membres inférieurs et à la jambe droite, ce qui lui donnait les allures d’une personne ivre.

Entrée à l'hôpital quelques jours après avoir abandonné la vulcani-

sation, on Constata un peu de faiblesse musculaire avec une certaine incoordination des mouvements, tout à fait analogue à celle qu’on voit chez les ataxiques. La malade serre mal les petits objets ; elle est devenue maladroite, mais elle peut soulever une table, par exemple, et même avec une certaine vigueur ; en outre, on peut appuyer sur ses épaules sans la faire fléchir. Mais le désordre des mouvements est mieux dessiné aux membres supérieurs, quoique les efforts de flexion et d’extension soient assez bien conservés. Quelques contractions spasmodiques ont lieu parfois, surtout à droite. Si la malade ferme les yeux, la marche devient embarrassée, chancelante et la chute est imminente.

Du côté de la sensibilité, elle accuse des douleurs aux bras, mais plus encore aux jambes et aux reins, douleurs profondes qu'elle rapporte aux os et qualifie de rongeantes. Ces accès douloureux durent un où plusieurs quarts d'heure. Les différentes espèces de sensibilité tac-

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tile, de température et douloureuse sont diminuées : froid habituel aux pieds, impression vive à la lumière.

Le traitement à consisté en douches froides tous les matins, en vin de quinquina, vin-de Bagnols, nourriture substantielle, etc., etc. Au bout de trois semaines, la marche était plus assurée, sauf lorsque la malade marchait sur un sol inégal, et les douleurs considérablement amendées. La sensation de froid aux extrémités n’a disparu qu’en dernier lieu. Après huit semaines, guérison complète.

Ogservarion Il, — (Loc. cit.)

Charles P..., âgé de 49 ans, d’une constitution vigoureuse est entré le 10 janvier 186% à l'hôpital Lariboisière dans le service de M. Pidoux.

Sorti de l’armée, il a fait l’état de terrassier jusqu’au mois de décembre dernier. Habituellement bien portant il raconte n’avoir eu, en Algérie, qu'une fièvre intermittente, dont la durée n’a été que de quelques semaines seulement.

Depuis le 4 décembre jusqu’au 7 janvier il a travaillé dans un petit atelier à la vulcanisation du caoutchouc pour la fabrication de tubes, blagues à tabac, etc.

Chargé du trempage, il avait les mains constamment plongées dans le sulfure de carbone. Après la première journée de ce travail, il éprouva de la lourdeur de tête, des bourdonnements d'oreille avec tendance à l’assoupissement : une certaine titubation dans la marche, semblable à celle d’un homme ivre ne tarda pas à se manifester.

Le contact du mélange vulcanisant lui fit éprouver un froid glacial, des picotements douloureux et de lengourdissement aux mains ; cellesci devinrent même le siège d’une éruption eczémateuse dont il reste encore des vestiges. De fréquentes horripilations, de vives démangeaisons, un ténesme vésical caractérisé par de fréquents besoins, et par l'émission de deux ou trois gouttes d’urine à la fois ; une légère diminution de la contractilité volontaire, surtout à droite ; des pollutions involontaires pendant quelques jours et jusqu’à deux fois dans la même

nuit, des douleurs crampoïdes aux orteils et dans les cuisses, une heure MARTEL 3.

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ou deux chaque fois ; voilà ce que le malade a éprouvé depuis plusieurs jours.

Le dégoût pour les aliments, l’anorexie complète, les renvois d’une saveur âcre tout à fait analogue à celle du sulfure de carbone, des rêvasseries d’abord, l’insomnie ensuite, les troubles de la vue, de l’ouie et de l'odorat, une céphalalgie constrictive, sont venus encore se Joindre aux symptomes précédents.

A deux reprises le malade est tombé subitement sans connaissance pendant une heure pour la première fois, pendant huit heures la seconde. Non sujet jusqu'alors aux épistaxis, il a eu deux abondants saignements de nez, qui une fois ont précédé l’étourdissement de deux Jours, et une autre fois l’ont accompagné.

Etat actuel. — Teint peu altéré, embonpoint conservé, sensibilité tactile et de température, normale, analgésie. La cornée offre un degré d’anesthésie assez marqué, elle supporte aisément le contact prolongé d’une tête d'épingle et de l'extrémité des doigts. La sensibilité de la muqueuse nasale paraît aussi amoindrie ; les testicules conservent leur volume, mais c’est à peine si les plus fortes pressions y provoquent de la douleur : frigidité et impuissance complète.

Ce qui frappe encore chez ce malade c’est une sorte de tremblement de tous les membres, surtout du côté droit. Son intensité est telle que par moments le lit est fortement ébranlé. Les muscles se contractent actuellement avec une énergie suffisante ; la mémoire est affaiblie notamment pour ce qui à trait aux faits récents. Nul embarras de la parole, nulle douleur vertébrale, pas de convulsions ; la titubation dans la marche qui n'existe qu’à un faible degré, n'augmente pas lorsque le malade ferme les yeux ; la vue moins nette ne laisse voir les objets qu'à travers une sorte de brouillard : le goût est émoussé à tel point qu'une solution concentrée de sel marin lui a paru tout à fait insipide.

Les urines, d’une odeur assez forte, ne contiennent ni albumine, ni sucre.

Rien à noter du côté des organes thoraciques.

Le malade à été soumis à un régime tonique et excitant, aux préparations de quinquina, à l’eau de Vichy, à l'usage de deux ou trois gouttes d'huile essentielle de menthe, aux bains sulfureux, et plus tard

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aux préparations de phosphore 2 milligrammes chaque jour en deux pilules.

Guérison complète cinq semaines après son entrée à l’hôpital.

OBsERVATION IL. — (Loc. cit).

M... 20 ans, pas d’excès alcooliques, travaille depuis 4 ans à la vulcanisation du caoutchouc, cinq heures par jour.

À différentes reprises, il a éprouvé de la céphalalgie, du tremblement passager de la tête et des mains, de l’amnésie et une grande irritabilité de caractère.

Nul trouble du côté des voies digestives, si ce n’est une bouche toujours pâteuse ; l'appétit si souvent perdu dans l’intoxication sulfo-carbonique à toujours bien été conservé.

Les fonctions génésiques offrent un degré de frigidité notable ; le développement organique est normal.

Vers l’âge de 17 ans les troubles professionnels ont très rapidement atteint une assez grande gravité. Ainsi à la suite de quelques étourdissements il a eu les mains paralysées et a perdu presque complètement la vue. Cet état a duré environ trois mois, au bout desquels la paralysie s’est dissipée. Il n’en est pas de même des troubles de la vue qui ont persisté. Le malade voit toujours les objets enveloppés d'un brouillard. Il est à noter que, depuis plusieurs mois, ce Jeune homme est atteint d’une conjonctivite catarrhale. L'examen ophthalmoscopique a montré dans les deux papilles une pâleur très probablement due à un commencement d'atrophie.

Ogsenvariox IV (Résumée).

Gourponx. — Thèse de Paris, 1867.

B... Antoine, âgé de 37 ans, entre à l’Hôtel-Dieu, salle Ste Anne, le 2 février 1867.

Homme fortement constitué, ayant commencé à travailler le caoutchouc à l’âge de 32 ans. Santé excellente, a perdu ses forces seulement depuis environ trois ans. :

À son entrée, il est dans l’état suivant : il est assez amaigri et en proie à de violents maux de tête, à forme intermittente et occupant la région frontale. I accuse aussi des douleurs dans les deux membres supérieurs, au niveau du poignet et de larticulation scapulo-humérale. Lorsqu'il est debout, il ressent des crampes dans les jambes ; ses mains sont le siège de roideur et de contracture ; elles sont devenues très maladroites et ne peuvent saisir les objets avec une grande énergie. Des douleurs fulgurantes et en ceinture, courtes, mais d’une extrême acuité, provoquent quelquefois les hauts cris du patient. La sensibilité est normale du côté gauche ; du côté droit il existe de l’analgésie. On pouvait piquer, pincer profondément le bras ou la jambe, sans déterminer la moindre sensation de douleur.

Le goût est émoussé, il ne peut distinguer les différentes saveurs.

Le caractère du malade est devenu très mobile ; tantôt d’une gaieté exagérée tantôt triste et morose.

Depuis quelques temps fréquentes insomnies, rêves affreux.

Marche chancelante, affaiblissement de la force musculaire, crampes dans les phalanges et l’éminence hypothénar.

Violentes palpitations du cœur.

Osservarion V (résumée). — (Loc. cit.)

Ouvrier en caoutchouc, âgé de 22 ans, entre à l’Hôtel-Dieu le 8 janvier

Jamais d'accès alcooliques. Antécédents héréditaires et personnels sans intérêt. |

Bonne santé antérieure.

Il ne travaille le caoutchouc que depuis cinq mois et on constate à son entrée surtout des troubles de la sensibilité et de la motilité.

Crampes et douleurs atroces dans les membres supérieurs surtout la nuit.

Insomnie presque complète avec rêves. Anesthésie très marquée aux bras et aux mains ; picotements et fourmillements continuels. Les jambes sont devenues faibles et chancelantes. Légers bourdonnements d’oreille. ;

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