DEBUT DE GROSSESSE
Les causes de douleurs abdominales chez la femme enceinte sont nombreuses, qu’elles soient génitales ou non. Nous ne passerons pas en revue toutes celles qui peuvent créer une confusion.
Nous avons eu l’occasion d'observer une grossesse développée dans un utérus cordiforme. Les premiers mois furent marqués par des douleurs assez vives, presque continues, qui auraient pu induire en erreur si la malformation n'avait été reconnue. Sa netteté n’était d'ailleurs pas égale à tous les moments.
S'il n’y a pas de masse perçue par le vagin, si la douleur siège à droite, lon peut penser à une appendicite compliquant la grossesse, éventualité qui n’est pas rare. La notion d’une crise d’appendicite antérieure, la constipation, l'accélération du pouls, l’état saburral de la langue peuvent permettre le diagnostic. La douleur de la salpingite à cette période est plus basse et plus interne que le point de Mac-Burney.
Lorsqu'une grossesse se greffe dans une corne utérine, au début cette corne est notablement développée landis que le corps utérin n’est que légère-
ment augmenté de volume. Etant donné les signes
sympathiques de grossesse, l’arrét de règles. lon peut croire à une grossesse compliquée d’une lumeur adjacente. Mais la corne gravide est plus molle qu'une trompe où un ovaire enflammé et si l'on masse cette fausse tumeur on la sent se contracter sous les doigts.
Il est plus difficile de distinguer une grossesse compliquée de salpingite d’une grossesse extrautérine. Dans les deux cas on peut constater une masse Juxta-utérine et la’ femme se plaint de douleurs. Dans Ia grossesse extra-utérine les hémorragies petites, répétées sont habituelles. La malade n'attire d'ailleurs pas toujours spontanément sur elle l'attention, car elle les prend pour ses règles. C’est en questionnant minutieusement sur ces pertes qui n'ont ni la durée, ni l'abondance habituelles, ni la régularité des règles que l’on peut éviter l'erreur.
L'utérus gravide en rétroversion peut déterminer de vives douleurs. Mais lon distingue assez s1sément cet utérus rétrodévié d'une tumeur salpingienne. L’utérus est régulier, non douloureux au toucher. Dans la salpingite, en avant de la tumeur qui occupe le Douglas, derrière la symphyse pubienne l’on perçoit le corps de Putérus.
Un fibrome sous-péritonial, de la paroi postérieure plus particulièrement, peut aussi prêter à confusion. Mais le fibrome est plus dur, il fait corps
avec l'utérus; se mobilise avec Iui. Il n’est pas pos
sible de trouver un sillon séparant les deux tumeurs. Dans le cas de fibrome, la perception de plusieurs noyaux durs fait souvent poser le diagnostic.
Lorsqu'au début de la grossesse surviennent des poussées aiguës d’annexite, de pelvi-péritonite, le diagnostic devient souvent des plus difficiles. Si la grossesse n'a pas été reconnue antérieurement il n'est pas aisé de le faire à ce moment. L’utérus noyé au milieu de massés inflammatoires est senti avec peine, L’excès de volume qu’il présente est mis sur le compte de la lésion avoisinante. L’examen local est douloureux, parfois impossible s'il n’est fait sous anesthésie. Fréquemment en de pareilles conditions et en dehors de la grossesse, le col est souple et ramolli. L'état des menstruations, l'existence de signes sympathiques de grossesse éveilleront l'attention et permettront d'éviter une erreur:
Une hématocèle enkvstée peut être prise pour une grossesse compliquée de salpingite. Dans l'un et l'autre cas les signes sympathiques de grossesse peuvent exister, l'utérus est augmenté de volume, il y a retard de règles. Dans la rupture de grossesse tubaire 11 y a des pertes de sang souvent noiràtres avec débris de caduque, les accidents ont en général un début brusque, la masse perçue près de l'utérus
est habituellement plus volumineuse, la tempéra-
ture reste parfois près de la normale, la malade est pale.
Il faut aussi songer aux premiers mois de la gestation à des accidents consécutifs à une intervention criminelle, métrite septique, perforation de lutérus. Les conditions morales du sujet, la brusquerie des accidents, leur généralisation rapide, l’absence de localisation péri-utérine pourront faire soupconner la vérité; mais en dehors des aveux de la femme il sera toujours bien difficile d’arriver à une conviction ferme sur la nature des accidents.
L'on doit encore tenir compte de toutes les (umeurs proprement dites : fibromes, kystes de l'ovaire, kystes dermoïdes qui peuvent se fixer et s’enflammer dans le petit bassin au cours d’une grossesse.
Le diagnostic des différentes affections périutérines entre elles se fera par les mêmes signes qu'à l’état de vacuité. Toutefois, la replétion du petit bassin par l'utérus gravide rend plus diffi-
cile le diagnostic de Ia lésion.