CHAPITRE III
Préparations
Les techniques de préparation de l’Insuline, varient beaucoup suivant les auteurs, mais s’inspirent toutes des mêmes prineipes : d’abord d'extraire la substance active, en évitant l’action destructive des ferments digestifs, premier temps indispensable ; ensuite purifier l’Insuline ainsi extraite : ce deuxième temps est très poussé dans certaines techniques (Insulines américaine et anglaise), simplifié dans d’autres (Mackenzie, Wallis, Chabanier).
On a fabriqué de nombreux extraits de pancréas, mais ce sont les extraits alcooliques qui paraissent les plus actifs, plus actifs surtout que les extraits aqueux utilisés par la plupart des expérimentateurs d’avantguerre et tout récemment encore par Paulesco et Gardin (l’endonèse pancréatique de ces auteurs n'étant autre chose qu'une décoction dans l’eau physiologique de
pancréas de porc).
Dans la préparation de ces extraits alcooliques il convient d'employer l’alcool à un titre tel qu’il solubi-
ne
lise le principe actif en précipitant le maximum de protéines, mais il faut également ne pas employer l’alcoo! à un titre plus fort que 92° car l’Insuline serait alors précipitée.
C'est d’après ces éléments qu'ont été élaborées les différentes techniques de préparation toutes plus ou moins dérivées de la méthode originale des Américains.
On peut du reste avee Fabre distinguer plusieurs groupes de procédés :
1. Techniques utilisant l'alcool comane agent de stabilisalion et de désalbuminalion. (Corrir-Duprey).
Le pancréas de bœuf très frais est finement hâché et reçu dans un poids égal d'alcool à 95°. On filtre et on additionne le filtrat de 2 volumes d'alcool à 95°. Après plusieurs heures la plus grande partie des protéines est précipité et on refiltre. On évapore le nouveau filtrat dans le vide à 10-30° C et l'extrait obtenu est lavé deux fois à l’éther. Après addition d'alcool à 80° et centrifugation, on prélève la couche supérieure du mélange qui contient le principe actif ; on y ajoute plusieurs parties d’alcool absolu où à 95°, Au bout de plusieurs heures le principe est précipité et repris par de l'eau distillée. Puis on concentre dans le vide et on filtre sur porcelaine. Rendu isotonique, ce produit peut être injecté sous la peau. Malheureusement le rendement de cette méthode est assez faible : { gramme par kg de pancréas.
2, Techniques ulilisant l'alcool pour détruire la s6crélion pancréatique externe. (MACKENZIE-CHABANIER):
On prend du pancréas frais de cheval qu’on sépare avee soin de la graisse et des tissus qui l’entourent. On le mélange avec de l'alcool à 95° dans la proportion de 600 grammes de pulpe glandulaire pour un litre d’alcool. On ajoute ensuite de l'acide chlorhydrique pur
jusqu’à acidité de 1,1 à 1,2 pour 1000. Le mélange acidifié d'alcool et de pancréas est ensuite porté au bain marie à 60° pendant une heure, pour détruire la sécrétion externe de la glande. On exprime alors le liquide qui contient la pulpe glandulaire et on filtre. On obtient un liquide d’une belle couleur ambrée qu’en distille dans le vide à basse température. Le liquide visqueux et gras ainsi obtenu est ramené à l'acidité de 1,2 pour 1000, abandonné au repos et filtré. Le liquide elair obtenu est stérilisé par filtration à la bougie et, au moment de son emploiest exactement neutralisé, si on le destine à la thérapeutique.
Le rendement de cette préparation est sensiblement constant et la quantité d’insuline obtenue est comprise entre 1/4 et 1/3 du volume du mélange primitif. Par ailleurs l’activité de cette Tnsuline ne contient pas d’albumines, ni de graisses, mais renferme des peptones, de la choline, de la cholestérine et des sels.
9. Techniques utilisant la désalbumination à l'alcool et la purification de l'insuline par précipitation au point isolélectrique. (ALLEN, Doisy, FistTer, LILLY, Sor- DELLI).
On fait macérer le pancréas de bœuf dans l’alcool acide et on filtre le produit de cette macération. On ajoute alors de l’acide picrique qui produit une précipitation. On dissout le picrate ainsi formé par la soie et on ajoute du sulfate d’ammoniaque, qui produit encore un précipité. On redissout ce précipité dans l'alcool à 85° en milieu faiblement acide, puis on reprécipite l’Insuline demi pure par l'éther. On la purifie en présence de 3 à 5 % de Tricrésol ; on la dissout dans l'alcool acide et on la précipite au point isoélectrique. On la redissout dans l’eau acidulée et on filtre sur bougie Berckfeld.
PSE
4. Techniques utilisant l'entraînement de l'Insuline dans un précipilé approprié.
Dudley précipite l'Insuline de la macération alcoolique par l'acide phosphotungstique, l'en déplace par So* H? en milieu éthéré et la retire à nouveau par alcool fort.
On peut encore obtenir son isolement par l’acide benzoïque qui l’adsorbe (Mahoney-Finley).
Telles sont brièvement résumées les principales techniques de préparation de l'Insuline.
La plupart des produits vendus dans le commerce sont obtenus suivant l’un ou l’autre dé ces procédés.
Nous citerons :
L'Insuline Canadienne (ilétine) de la Compagnie Eli Lilly d'Indianopolis- à qui l'Université de Toronto a octroyé le droit exelusif de préparation de l'Insuline pour l'Amérique du Nord.
L’Insuline Anglaise de Allen et Hamburys de Londres. Ces deux Insulines sont très voisines l’une de l’autre et se vendent en flacons de 5 à 10 cc., chaque ce. renfermant tantôt 10, tantôt 20 unités physiologiques : les Insulines Françaises, de Roussel (Insulyl) qui est présentée en ampoules de 5 ce. contenant 1 unité Chabanier par ee. ; de Byla qui est présentée sous la forme d’une poudre blanche, entièrement soluble dans l’eau, stérilisée, et enfermée dans des ampoules, chaque ampoule contenant 45 unités cliniques ou 5 unités physiologiques. Une ampoule « sérum » est jointe à chaque ampoule « insuline ». Au moment de l'emploi, on mélange le contenu des deux ampoules pour avoir la dissolution nécessaire.
Avant de terminer l'exposé de ce chapitre, disons un mot seulement — pour être complet — de l'insuline que Macleod est parvenue à retirer de certains pois-
ire
sons Téléostéens (Lophius) où les ilôts de Langhérans sont groupés en noduies (ilôts principaux de Rennie) nettement séparés du tissu zymogène et qui sont susceptibles peut être de servir plus tard à fabriquer des quantités importantes d'insuline.
Rappelons enfin les substances actives retirées par Banting et Best de différents organes (foie, rate, thymus, thyroïde, sous-maxillaire); par Banting, Best et Scott du sang et de l’urine ; par Lewis, W. Feltzer de la levure de bière et des tiges de plantes sèches ; par Collip de certains mollusques.
Ces substances semblent avoir une action qui rappelle celle de l’Insuline, mais beaucoup plus lente à se produire, et qui semble par contre plus prolongée.