‹ Contribution à l'Étude de l'Insuline dans le traitement du Coma et du Précoma diabétiquesChapitre 43 sur 50 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Indications et valeur thérapeutique

On a tendance lorsqu'on parle des indications de linsuline, à la considérer avant tout comme une médication d'urgence, au cours des incidents aigus du diabète et notamment au cours du coma diabétique. En d’autres termes, on tend à considérer l'insuline comme le médicament héroïque du diabète au moment où tout espoir paraît perdu. Or, cette manière d'envisager les choses n’est certainement pas la meilleure.

Sans doute, il faut faire de l'insuline au cours du coma diabétique et le coma implique d’une façon formelle et absolue la mise en œuvre de cette médication : c'est d’ailleurs ce que l’on peut faire de mieux dans l'état actuel des choses, d'autant plus qu'il n'y à aueune contre-indication possible. Malheureusement,

dans le syndrôme clinique qu’on appelle coma diabétique, comme nous l'avons montré, trop de facteurs autres que l'insuffisance de consommation du glucose entrent en jeu pour que l'insuline puisse à coup sûr en guérir tous les cas. De plus, ici, comme partout, le succès dépend avant tout de l’absence de lésions irrémédiables du côté des différents organes et de la rapidité de l'intervention.

Au point de vue des résultats qu'on peut obtenir, il convient de elasser les comas en 2 grandes catégories :

1° Le coma des grands diabétiques avec dénutrition azotée et grande acidose rebelle aux médications usitées jusqu'ici ou se reproduisant bientôt après un succès passager et amenant la mort.

2° Le coma des diabétiques sans dénutrition azotée, déclanché d'ordinaire sous l'influence d’une infection intercurrente et dans lequel la médication alcaline obtenait parfois la disparition des symptômes qui, dans la suite, n’ont pas ou ont peu de tendance à se reproduire.

C’est dans cette deuxième catégorie que s’observent surtout les résultats brillants, quand de tels malades font une poussée d’acidose à l’occasion d’une infection quelconque.

Il est très rare dans la première catégorie de constater « de véritables résurrections », ou alors l’amélioration n’est que très éphénère. A la vérité, d’ailleurs, celle variété de coma est appelée à disparaître, si l'insuline donne tout ce qu’on attend de son emploi dans le traitement du diabète, si bien que quel qu'en soit Ie prétexte, le coma diabétique survenant dans des conditions de plus en plus favorables sera dans laveuir de plus en plus aisément combattu (Gilbert).

Joslin va plus loin encore et voiei comment il résume à ce sujet sa très vaste expérience. « Le traitement du coma diabétique est impressionnant ; mais €ce coma n'est qu'un incident au cours du diabète et comme tel il doit disparaître. À mon hôpital, le coma n’existe pas et j'attribue ce fait en grande partie à l’enseignement que reçoivent mes malades ».

Malheureusement, tous les diabétiques n’ont pas la docilité que conseille l’éminent spécialiste américain et il est probable que pendant longtemps encore la plupart des cas de coma diabétique seront au-dessus des ressources de la thérapeutique.

En résumé, tous les faits qui précèdent concernant les malades atteints de coma ou de précoma diabétique confirment dans leur ensemble les observations primordiales de Banting et Best, celles des auteurs Canadiens et Américains du Nord, celles des Anglais en particulier de Willcox, celles de Blum, de Chabanier, de Lereboullet, de Mauriac en France, celles de Hagedoin et de Lauritzen au Danemark.

Elles montrent que l'insuline est un remède précieux. S'il n'apporte pas la guérison du diabète et si souvent il ne guérit pas le coma, c’est du moins un moyen thérapeutique puissant capable, quand on le combine à la diététique, d'améliorer les cas graves de diabète, et en particulier les précomas.

L'insuline prend déjà une place importante dans la thérapeutique, mais elle doit être maniée avec prudence, car aussi bien que les extraits organiques et les alcaloïdes les plus toxiques, elle peut causer la mort.

On est en droit d'espérer que les perfectionnements apportés à sa préparation et à son mode d'emploi augmenteront encore son efficacité tout en diminuant sa nocivité et, peut-être finira-t-on par guérir la plus grande partie des comas au début, voire même un plus grand nombre de comas confirmés.

Quoi qu'il en soit, la découverte de l'insuline est un beau titre de gloire pour Macleod et ses collaborateurs de l’université de Toronto. Cette découverte à une grande valeur pratique indéniable et en outre elle offre

un intérêt scientifique tout particulier, car elle montre comment des chercheurs patients et bien outillés, conduits par un esprit éclairé, parviennent à isoler un principe qui avait échappé jusque-là à tous les expérimentateurs.

Elle nous fait espérer que l’opothérapie n’a pas dit son dernier mot, et que des extraits organiques dont l’activité nous désespère aujourd’hui, pourront peutêtre demain, à l’instar des extraits paneréatiques. se révéler puissants.

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