‹ Contribution à l'Étude de l'Insuline dans le traitement du Coma et du Précoma diabétiquesChapitre 6 sur 50 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Pendant longtemps les médecins ont été complètement désarmés en face du coma diabétique, complication da plus grave et souvent ultime du diabète. Ce n'était cependant pas faute d'essayer des méthodes thérapeutiques variées; mais toutes étaient également inefficaces : ni l’emploi des stimulants généraux (acétate d’ammoniaque, éther, caféine, huile camphrée) ; ni les essais de désintoxication par les purgatifs, les lavages d'estomac, la saignée, la transfusion sanguine (Lécorché, Hilton Fagge, Kussmaul), les injections hypodermiques d’eau salée, les inhalations d'oxygène, n'ont donné de résultats sérieux.

Plus tard, la théorie pathogénique de l’acidose dans le coma diabétique a orienté la thérapeutique de cette complication dans une voie heureuse, celle de lem-

EST ae

ploi des alcalins à haute dose (Bicarbonate de soude).

Quelques succès à la période de coma confirmé, des guérisons plus nombreuses à la période prémonitoire du coma, ont montré qu'il fallait en appeler du pronostie constamment fatal porté jusque-là, et que le praticien ne devait pas rester inactif, mais au contraire engager une lutte acharnée avec le coma du diabétique; malheureusement, dans la plupart des cas, cette méthode a souffert de nombreux échecs.

Aussi les savants ont été amenés à poursuivre plus avant leurs recherches, et c’est Lancereaux, l’un des maîtres les plus éminents de l'Ecole Française anatomoclinique, qui a montré le premier les rapports existant entre de diabète grave et le pancréas.

Ces rapports furent démontrés expérimentalement en 1889 par Von Mehring et Minkowski qui obtinrent, par extirpation du pancréas chez l'animal, un diabète typique, tandis que la greffe sous la peau d’un fragment de glande ayant conservé sa vascularisation empêchait ce diabète de se produire, diabète qui se reproduisait dès l’extirpation du greffon.

Hédon, de Montpellier, un peu plus tard, en 1892, donna à l'expérience cruciale de ses prédécesseurs sa forme définitive en sectionnant, quelque temps avant l'ablation, le pédicule vasculonerveux de ce greffon, après qu’il eut contracté des connexions circulatoires nouvelles. Quand ces connexions étaient suffisantes pour assurer sa nutrition, le maintien de ce petit pancréas sous-eutané, seul reste de la glande sans relation aucune avec les vaisseaux et les nerfs splanchniques, suffisait à écarter la glycosurie, tandis que son ablation provoquait un diabète grave.

Trois ans plus tard, Landmeyer (1895) reproduisit les expériences d'Hédon et put produire le diabète lent.

Le rôle du pancréas dans le diabète était done cer-

de

tain, mais On ignorait comment le pancréas agissait. et c’est Lépine, de Lyon, et Thirolcix, qui émirent les premiers l'hypothèse que le diabète consécutif à l’ablation du pancréas était dû, chez l'animal pancréatectomisé, à la suppression d’une substance nécessaire au métabolisme normal du sucre dans d'organisme, à la suppression d’un « ferment glycolytique » ct ils émettaient cette idée nouvelle que le pancréas n'était pas seulement une glande déversant sa sécrétion dans l’inteslin, mais une sorte de « glande vasculaire sanguine », de glande à sécrétion interne.

Cette hypothèse cadrait très bien avec les cxpériences antérieures de Minkowski et d'Hédon.

On savait done dès lors que le pancréas jouait un rôle dans da genèse des accidents du diabète par sa sécrétion interne, mais c’est Laguesse qui découvrit en 1893 le siège exact de cette sécrétion interne et ses recherches l’amenèrent à la considérer comme se produisant au niveau des îlôts de Langherans, amas spéciaux de nature épithéliale, découverts par Langherans en 1869 dans le parenchyme de la glande entre les tubes sécréteurs. |

La plupart des auteurs admirent cette sécrétion interne et Pflüger resta à peu près le seul défenseur &e l'absence de sécrétion interne du pancréas.

A la suite de ces recherches, on s’efforça naturellement d'utiliser au point de vue de la thérapeutique du diabète cette nouvelle découverte et on essaya par tous les moyens d'obtenir des extraits glandulaires ; tantôt on se servait du sang de la veine pancréatique (Hédon, Gley, Ehrmann, Clark); tantôt on prenait le tissu pancréatique lui-même, qu'on faisait macérer puis qu'on donnait à ingérer au malade, ou qu'on injectait sous forme d'extrait liquide (Lépine, De Meyer).

On tentait même d'employer des pancréas dans. lesquels les formations insulaires étaient particulièrement abondantes (pancréas de fœtus): ou encore. des pancréas (poissons osseux) où les îlots endocrines sont distinets de la glande (Rennie et Fraser, 1904).

Malheureusement, la méthode des extraits glandulaires qui réussissait avec d’autres organes eut bien peu de suecès avec le pancréas. On s’est alors demandé la raison de ces insuccès et on a trouvé que c'était avant tout parce que les expérimentateurs se servaient d’extraits pancréatiques totaux, sans tenir compte des données histologiques, sans tenir compte de la localisation très probable de l’hormazone dans les ilots. Il arrivait alors que cette substance, existant en faible quantité, se trouvait détruite, masquée ou contrariée dans son action par les enzymes (diastases) protéolytiques de la glande exocrine prépondérante, d'autant plus abondantes qu'on avait l'habitude d'employer des extraits aqueux ou glycériques.

Les recherches de Laguesse (1919) permirent de donner au problème une orientation nouvelle. D’après cet auteur en effet, dans le pancréas d'animaux à canal de Wirsung réséqué, les acini dégénèrent et les ilôts endocrines seuls persistent et s'aceroissent par balancement.

Il suggéra en conséquence l'idée de traiter les diabétiques par l'extrait du pancréas d'animaux ainsi préparés par dégénérescence artificiellement créée des acini, par l'Insuline.

Gley, dans Te même but, utilisa, en 1920-21. un extrait de pancréas dont le canal excréteur avait été injecté quelque temps avant le sacrifice de l'animal avec une matière grasse, el enregistra quelques résultats heureux, qu'il exposa dans un pli cacheté qu'il

toit

fit ouvrir à la Société de biologie le 23 décembre 1922. Peu après, les techniques se perfectionnèrent pour l'obtention de ces extraits pancréatiques et Achard se rapprochait beaucoup de la solution de la question avec ses élèves Gardin, Desbouis, Ribot et L. Binet, en utilisant des macérations bouillies de pencréas additionnées d'acide chlorhydrique qu'il injectait à l’homme diabétique et qui déterminaient une meilleure utilisation du glucose, une élévation du quotient respiratoire, et un abaissement temporaire de la glycémie.

Zuelzer également arrivait presqu'à la solution que Scott cherchaït en vain, quand le professeur Macleod, de l’Université de Toronto, et Banting, jeune préparateur de Physiologie à la même Université, aidés de Rest et de Collip, réussirent à isoler (dans une certaine mesure) la substance active du pancréas et à démontrer son activité, réussirent à préparer l’Insuline pour la première fois.

Les savants canadiens employèrent la technique conseillée par Laguesse (suppression de la sécrétion externe du pancréas par résection ou ligature du canal exeréteur) et s’aperçurent très rapidement qu'on pouvait obtenir un extrait actif, avec moins de complications, et la préparation qu'ils ont fabriquée depuis est essentiellement le produit de la macération du pancréas dans l'alcool acide, qui détruit la sécrétion externe en laissant intacte la sécrétion interne.

Peu connus d’abord en Europe, les travaux de l'Ecole Canadienne furent présentés aux médecins de la Métropole anglaise par Macleod dans un leader article du British Médical Journal du 4 novembre 1922 et suscitèrent un grand intérêt et quelques controverses.

Ils furent portés à la connaissance du publie médical français, en un bref résumé, par le docteur G. Mo-

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