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CHAPITRE VII

TRACHÉOTOMIE ET INTUBATION. PARALLÈLE.

Nous avons pensé qu'il serait intéressant d’embrasser pour ainsi dire d’un coup d'œil les avanages et les inconvénients de chacune de ces deux méthodes qui concourent au même but et passionnent le monde médical, et qu'un parallèle ne serait pas hors de propos. Mais afin qu’on ne puisse pas nous accuser de partialité, nous essayerons de mettre en relief, avec une ègale bonne volonté, les défauls et les qualités de l’un et de l’autre.

1° Vaincre l'obstacle laryngé, c'est ce que se proposent l’infubation et la (rachéotomie : l'une le fait par les voies naturelles, l’autre s'ouvre une brèche à travers les tissus. Le soulagement qui suit l'une et l’autre intervention est le mème.

2° L'intubation est facile. Tout le monde peut la

faire. La trachéolomie exige un grand sang-froïd et n'est pas trachéotomiste qui veut.

3° L'intubation est rapide, 8 à 10 secondes.

La trachéolomie demande plus de temps.

4°On peut faire l’intubation avec des aides improvisés. Pour mener à bien une trachéotomie, il fault des aides que la vue du sang n’effraye plus.

5° L'intubation n’est pas sanglante, leshock n'est pas considérable à moins d'efforts prolongés.

Dans la trachéotomie, il y a perte de sang plus ou moins abondante. Shock inévitable.

6° La mort pendant l'intubation est d’une excessive rarelé. O’Dwyer et Dillon-Brown, dans leur 600 premières intubations, n'ont pas eu de décès opératoires. Bokai, sur 700 intubations, n’a pas perdu un seul enfant pendant l'opération. Qui nous dira le nombre des enfants morts sous le couteau ? Rares sont les praticiens quine pourraient en signaler à leur actif.

7° Dans l’intubation il n'y a pas de plaie. La trachéotomie crée une plaie avec toules ses conséquences : hémorrhagie, phlegmon, érésypèle, infection, infiltration gazeuse, etc.

8° L'enfant intubé expectore facilement, le trachéotomisé a toujours sa canule encrassée.

9 L’intubé ne demande pas de soins spéciaux.

Le trachéotomisé réclame la présence assidue d'une personne intelligente, qui puisse à chaque instant nettoyer sa canule.

en 10° De l'avis de tous les auteurs, il résulte que le tube s’obture moins facilement que la canule.

11° L’expulsion du tube qui est un inconvénient de la méthode est souvent une garantie, car si le tube s’obture, l'enfant l’expulse ; si la canule se bouche.et s’il n'y a personne l'enfant est perdu.

12° L'enfant intubé parle à voix basse mais très distinctement.

13° Le tube enlevé, l'enfant est guéri. Convalescence très courte.

La canule enlevée, reste la plaie avec ses suites : fistule, cicatrice difforme, etc.

44° L’enfaut se passe facilement de son tube. Bien des trachéotomisés sont obligés de garder leur canule toute leur vie.

45° L’intubation est encore trop récente pour qu'on puisse juger de ses résultats éloignés, mais on peut avancer sans crainte de se tromper, qu'ils vaudront ceux de la trachéotomie. Sans parler des cicatrices et des fistules, celles-ci laissent souvent après elles des rétrécissements de la trachée qui gênent le développement de l'enfant. Et M. Jules Simon (Gaz. des Hôpilaux, 19 février 1891), prétend que les enfants qui ont été trachéotomisés, succombent à la tuberculose ou à la broncho-pneumonie, et ne dépassent pas 25 à 30 ans.

16° Les parents: acceptent facilement l'intubalion et refusent presque: constamment la tra-

0 = chéotomie, et le médecin présageant ou craignant un insuccès, n'a garde d’insister.

17° Les cordes vocales n’ont pas à souffrir de Pintubation ; la voix rauque ne dure pas plus de huit à quinze jours el ne gêne en rien ;

18° Enfin si on regarde les statistiques, voici ce que l’on trouve :

M. le docteur Gillet (1) ayant compulsé les différentes statistiques et ayant réuni 15.955 trachéotomies et 8.293 inlubations, a trouvé une moyenne de 30 0/0 de guérisons pour les deux méthodes.

Plus récemment, M. le docteur Bonain (de Brest) (2), après avoir réuni les différentes slatistiques des hôpitaux de Paris, Londres, Berlin, Munich, Prague,Budapest, est arrivé aux résultats suivants.

Avant le sérum :

Trachéotomie donne 79,83 0/0 de mortalité;

Intubation donne 64,2 0/0 de mortalité.

Depuis le sérum :

Trachéotomie donne 42,4 0/0 de mortalité ;

Intubation donne 24,3 0/0 de mortalité.

Chez les enfants au dessous de deux ans, l'écart est encore plus sensible.

Avant le sérum : :

Trachéotomie donne 90,7 0/0 de mortalité ;

Intubation donne 72 0/0, 59 0/0.

(f)} Gazette des hôpitaux, 5 mai 1894.

(2) Bulletin médical, 17 avril 14895.

Depuis le sérum :

Trachéotomie donne 62,5 0/0 de mortalité ;

Inlubation donne 23,8 0/0 de mortalité.

Ces chiffres et ce parallèle n’ont pas besoin de commentaires, ils sont assez éloquents par euxmêmes.

Réunissant de tels avantages on pourrait s'étonner à juste litre, et on s'étonne en effet du peu de faveur que l’intubation a obtenu et obtient encore chez nous, et quelques-uns arguent même de cette non-faveur pour la rejeter sans autre forme de procès.

C'est bien mal connaître le scepticisme qui frappe toute innovation, c’est mal connaître l'esprit de routine qui domine parmi nous, et la douceur qu’il y a à suivre l’ornière tracée sans crainte des cahots.

L’intubation, comme méthode nouvelle, a été obligée de payer tribut à cel étal de chose, mais elle a pour elle la vitalité qui assure le succès.

Mais l’intubation n’a pas eu seulement à lutter contre le scepticisme et la routine, elle a eu à répondre aux attaques dont elle n'a pas manqué d’être l’objet. Accusée par les uns des plus horribles méfaits, traitée par les autres avec une indifférence méprisante, elle doit au sérum de s'être répandue en quelques mois aux quatre coins de la France.

Et cependant aujourd'hui encore plusieurs hésitent à l’'employer parce qu'on a fait d’elle une

opération difficile et délicate réservée à quelques privilégiés de la nature.

Eh bien ! il faut qu'on le sache et nous le disons bien haut, l'intubalion n’est pas une opération difficile. Elle est délicate, nousle voulons bien, nous accordons aussi qu'il faut un certain tour de main pour la faire avec élégance, mais nous affirmons que tout médecin à moins d'être inhabile peut la faire.

Nous l'avons fail ainsi que tous nos collègues de Rennes, el cela, par une négligence impardonnable, sans l'avoir ‘pratiquée sur le cadavre, et à chaque fois nous avons réussi, nous ne dirons pas au premier essai mais toujours au deuxième ou au troisième.

Savoir imperturbablement les différents temps du manuel opératoire et une grande douceur ; telles sont les conditions du succès.

Le fond de la gorge n’est pas un labyrinthe inextricable ; deux voies se présentent au tube : éviter l’une, prendre l’autre; là est tout le secret de l'intubation.

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