LE MÉCANISME SUPPOSÉ DE L'I0D0-RÉACTION
Nous croyons que l’on peut considérer l’iodo-réaction comme un phénomène particulier. Ce n’est point un simple hasard ni un artifice de coloration produit par l’excès du réactif. Nous avons dit comment l’on pouvait démontrer, avec un peu de pain azyme ou une solution d’amidon, l’absence de tout iode libre dans la couche colorée issue de l'épreuve. Nous verrons tout à l’heure quelles très rares exceptions comporte cette constatation. En tous cas, l’iodo-réaction n’est peutêtre que la manifestation nouvellement décrite de l'existence d’un composé déjà connu. Toute hypothèse à cet égard serait gratuite. D'ailleurs nous regrettons de n’avoir pu en rechercher Porigine. Les trop nombreuses manifestations de cette réaction et sa non spécificité ne sont point une condition suffisante pour rebuter le chercheur.
Toutefois, 1l nous est permis de rapprocher ici les réactions médicamenteuses dont il était question tout à l'heure. Petzétakis a observé après MM. Paul Courmont et Rebattu la présence de la réaction de Moriz Weisz dans les urines de gens ayant absorbé de la
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cryogénine. Il a cherché et obtenu dans des cas semblables la réaction qu’il décrivit le premier.
Il a même vu apparaître l'iodo-réaction dans des urines simplement additionnées in vitro de cryogénine.
D’autre part, Petzétakis a essayé l’iodo-réaction dans les urines de syphilitiques soumis aux injecüons de 606 ou de 914. Dans les cinq heures qui suivaient l’introduction du salvarsan ou du néosalvarsan dans l'organisme, la réaction fut positive dans 2 cas sur 10. Essayées parallèlement, les réactions d'Ebrlich et de Moriz Weisz ont donné les mêmes résultats.
En outre, nous avons dit plus haut avoir trouvé une iodo-réaction très légèrement positive dans les urines des hummes sains, éliminant la plupart des médicaments appartenant à la série aromatique. Ces mêmes corps 22 vitro ne nous ont donné aucuneréaction sensible.
La présence du noyau benzénique dans la cryogénine ou métabenzamine semi-carbazide, dans le 606 ou dioxy-diamidoarsénobenzol, dans le 914 qui en est un dérivé méthylé sulfoxylé et sodé, en fait des corps 1ssus de la série aromatique. Or les benzols, les phénols, les diphénols, les camphres, le toluène, le tirpène semblent donner une ébauche d’iodo-réaction après le passage dans l’organisme. L’hexaméthylène tétramine ou urotropine donne en solution aqueuse un précipité très net au contact de l’iode; absorbée elle présente dans les urines qui l’éliminent une iodo-réaction des plus nettes. Il ne serait pas illogique de croire que le produit né du chimisme pathologique qui donne liodo—
LM TT réaction dans tous les états infectieux est, lui aussi, apparenté à cette immense famille des dérivés aroma-
tiques: Nous pourrions même penser, en poussant plus loin l'interprétation, que si la cryogénine et l’amidoarsénobenzol donnent plus nettement: l’iodoréaction que les autres corps aromatiques que nous avons éprouvés, c’est qu'ils présentent non seulement le noyau benzénique, mais encore des chaînes animées. Enfin, il apparait encore que les composés cycliques qui ne donnent point 2x vitro la réaction de Petzétakis et qui, au contact de l’iode aboutissent après passage dans l’organisme au composé tentant en jaune d’or la couche supérieure d’urine réactionnée, doivent cette propriété à la forme sous laquelle ils sont éliminés. Peut-être au contact des albuminoïdes désintégrés se chargent-ils deradicaux aminés? Peut-être la substance chromogène mise en lumière par la réaction de Petzétakis n’est-elle qu’un aminoacide aromatique analogue à la phénylalanine ou à la tyrosine ? Ce dernier corps pourtant, tant en solution aqueuse qu'urinaire, ne réagit pas au contact de l’iode. Tout cela n’est que pure interprétation. | D'ailleurs, il convient d'admettre que seule est décelable la combinaison iodée de ce chromogène. En outre l’iode en serait déplacé par action de l’acide nitrique ou de l’eau oxygénée. La richesse en acide urique,. fixateur diode, n’influençant pas la réaction, il est à croire que la substance d’où nait cette réaction est plus avide d’iode que l’acide urique. Mais la question est beaucoup plus délicate encore à résoudre si l’on songe que l’iode n’agit pas seulement en se combinant,
mais est eñcore un oxydant secondaire en présence de l’eau. De plus, le permanganate de potasse, qui: donne dans des cas à peu près identiques la réaction de Weisz, a, lui aussi, la même action.
Quant à savoir si les trois réactifs d'Erhlich, de Weisz et de Petzétakis s'adressent au même produit pathologique qu'ils mettent en évidence, cela nous parait difficile. Encore faudrait-il pour légitimer des recherches à cet égard que des circonstances morbides semblables aient déterminé l'apparition de ces réactions.
Or, d’après les affirmations de Petzétakis, son réactif serait plus sensible que ceux d’Ehrlich et de Weisz. C’est aussi ce que nous avons pu constater dans la recherche parallèle des réactions de l’iode et du permanganate. N’y a-t-il là qu’une différence de quantité? Faut-il penser que, suivant les propres hypothèses de Moriz Weisz, le permanganate oxyde l’urochromogène? Il serait alors moins actif que l’iodoréactif. Ce mécanisme d’oxydation serait-il admissible de la part du réactif d’Ehrlich? Il ne parait guère vraisemblable. Et, par contre, il est Imtéressant de noter que le réactif d’Ehrlich que l’on a dit s’adresser à des corps aromatiques, est, lui aussi, à base de sulfodiazo-benzol. Peut-être n’interviendrait-1l qu’en apportant à des produits cycliques de la désmtégration des albumines ses radicaux diazoïques. Mais ceci nous entraîne à coup sûr beaucoup plus loin que ne le comporte le champ de ces très modestes recherches.
Bornons-nous à savoir dans quelles conditions se manifeste l’iodo-réaction.