‹ Contribution à l'Etude de l'Organisation de la Lutte Antituberculeuse. Un Dispensaire Parisien de l'Office Public d'Hygiène Sociale en action. Statistiques de six années de fonctionnementChapitre 10 sur 98 · QUELQUES NOTIONS INDISPENSABLES DE DÉMOGRAPHIE · texte numérisé non relu

QUELQUES NOTIONS INDISPENSABLES DE DÉMOGRAPHIE

a) POPULATION

Le dispensaire de lO.P.H.S$S. du département de la Seine, dont nous allons exposer l’organisation et le fonctionnement pendant ses six premières années, s’ouvrit 228, rue Marcadet, le 14 mai 1920 (date de la première consultation).

Etabli dans le centre de la vaste circonscription qu’il doit desservir, il est d’un accès facile au point de vue des moyens de communication. Situé sur la dernière ondulation du versant nord de la butte montmartre, en face du riant square Carpeaux, il a desservi pendant six ans la moitié ouest du 18 arrondissement de Paris, de beaucoup la plus peuplée : le quartier des Grandes Carrières, en entier, avec ses 92.286 habitants et les 2/3 du quartier de Clignancourt qui compte 120.207 habitants (recensement de 1921).

Les limites exactes du secteur, jusqu’au 10 décembre 1925, sont celles des deux quartiers sauf à l’est où elles sont formées par les rues de Clignancourt, Ramev et du Poteau.

Le quartier ne comprend que très peu d’usines et de grandes fabriques.

Sa population n’est pas celle de tous les faubourgs; elle a incontestablement une physionomie particulière, lui appartenant en propre et qui mérite bien que nous nous v arrêtions un instant. 3

Dans ce milieu — il serait plus juste de dire, dans cette cité — dominé par l’immense masse du Sacré-Cœur, ordonné autour du vaste ct ‘aristocratique cimetière Montmartre, malgré le percement de nombreuses grandes voies et la construction

(1) Dans le reste de ce travail, nous désignerons l'Office Public d’Hvgiène Sociale par son abréviation O. P. H, S.

/ d’imposants immeubles sur les espaces vagues, où les guinguettes s’ouvraient il y a moins d’un demi-siècle, parmi lès treilles, le terrain semble bien donner à la population son caractère particulier. C’est là d’ailleurs une remarque qui s’impose pour tous les quartiers de Paris Le ont tous leur pasr sionomie propre.

Moins nombreux qu’on pourrait le supposer sont les ménages ouvriers si fréquents dans d’autres faubourgs : celui où le mari part le matin à son travail, laissant la femme $’occuper de la famille à la maison. Ici, la femme travaille comme l’homme et ses gains sont souvent égaux à ceux du mari.

S'il nous faut mentionner la grosse armée des concierges dont le mari travaille ordinairement au dehors, la clientèle du dispensaire est surtout formée d’emplovés dans les administrations publiques ou privées, dans les grands magasins, dans les maisons de mode et de couture du centre.

Les sténo-dactylographes, les petits ou moyens fonctionnaires, les modestes boutiquiers constituent une autre partie de la clientèle du dispensaire.

Une classe bourgeoise nombreuse, à loyer de 3 à 10.000 fr., voisine avec la classe ouvrière. Comme celle-ci elle fréquente volontiers le dispensaire : elle est au moins aussi fortement touchée par la tuberculose. |

La petite et la moyenne bourgeoïisies ne se distinguent guère — caractère spécial à Montmartre — de la classe ouvrière. Elles ont la même tenue, la même instruction, la même éducation et le même langage.

Les habitués des établissements de nuit de Montmartre n° appartiennent pas à la population locale. Iis ne sont d’ailleurs qu’exceptionnellement Français.

La mentalité du quartier est simple et droite; la moralité.

dans son apparente complexité, atteint un niveau relativement élevé.

Le soin de sa personne, la propreté, le souei de la tenue, le bon goût qui n’exclut pas une coquetterie spéciale à chacun. s’y allie, en général, à une mentalité pleine de délicatesse; voilà les traits qui appartiennent en propre au Montmartrois, que caractérise surtout sa sentimentalité consciente, un peu mélancolique, mais joyeuse toujours et plus particulièrement apte à comprendre et à accepter du médecin et de l'infirmière les conseils d'hygiène et de prophylaxie que le dispensaire doit leur donner.

Cela n’exclut pas l'allure libre, allant au besoin jusqu’à la gouaille, d’ailleurs toujours discrète, parce que le trait dominant du € ‘aractère montmartrois, et c’est par là que nous ter minérons cette rapide esquisse, c’est le bon cœur qui le rend toujours prêt à venir en aide à son voisin malheureux.

FOCOANCE

Bien entendu, cela ne s ne pas aux très nombreux immigrés étrangers qui, depuis la Guerre, se sont abattus, comme une nuce de sauterelles, sur toute la partie nord du quartier. Ils y peuplent des rues entières qu’ils rendent inhabitables, pour tout être civilisé, ne serait-ce que par leur ignorance absolue des notions les plus élémentaires de lhygiène.

Là, on ne parle ni montmartrois, ni français; c’est une Babel nouvelle de saleté repoussante, de promiscuité et d’entassement des êtres humains dans des chambres étroites, sans air et sans lumière.

On s’explique sans peine la fréquence de la tuberculose dans ces milieux.

Il était nécessaire de préciser le milieu dans lequel a dû travailler le dispensaire, pour montrer les difficultés rencontrées et ce qu’il a été possible d'obtenir.

Autant il est malaisé d’arriver à des résultats complets et durables dans les milieux étrangers immigrés qui ne cherchent guére que l'intérêt immédiat, autant le caractère montmartrois présente de facilité pour l’accomplissement de la tâche d’hygiène et de prophylaxie.

Il n’est pas de meilleur terrain sur lequel l’œuvre de géné-

reux altruisme qu'est celle de l'O. P. H. S. puisse plus utilement jeter sa semence.

b) LOGEMENTS

Non moins intéressante que l’étude de la population, celle des logements dans lesquels elle vit a une importance considérable au point de vue social. La disparition des taudis et l’assainissement des locaux d'habitation sont des questions de tout premier ordre dans la lutte contre la tuberculose.

Dans le secteur du dispensaire, malgré les travaux considérables d'assainissement, malgré le percement de voies nouvelles largement aérées, remplaçant des passages ou des impasses infâmes, malgré la création de squares trop rares et pas assez vastes, il persiste encore un trop grand nombre de taudis, sans lumière, sans aération, ou s’entassent les membres des familles déshéritées.

Voici les chiffres que nous extravons du recueil de statistiques de la Ville de Paris, basés sur le recensement de 1921

a) Nombre de logements surpeuplés :

1° Quartier des Grandes Carrières. :

2.388 logements dont 1.640 à une pièce, 590 à 2 pièces, 122 à 3 pièces, 39 à 4 pièces, 1 à 5 pièces.

2° Quartier de Clignancourt.

3.214 logements dont 2.233 à une pièce, 832 à 2 pièces, 132 à 3 pièces, 17 à 4 pièces.

b) Nombre de personnes vivant dans des logements surpeuplés :

1° Quartier des Grandes Carrières, 10.113 dont 4.949 appartiennent à des ménages de 3 ou 4 personnes,

SAPES cer 5 ou 6 — 1.999 EE — FOURS TNT 601 — = 9 ou 10 re ‘141 2e ES de plus de 10

Quartier de Clignancourt, 13.324 dont 6.567 appartiennent à des ménages de 3 ou 4 personnes,

4.768 25 + 5 ou 6 cu 1.583 = — 7 ou 8 7 349 = l LS 9 ou 10 ee 57 Se 2e de plus de 10 —

c) Nombre de personnes vivant dans des logements insuffisants : Quartier des Grandes Carrières, 32.319 dont 7,958 appartiennent à des ménages de 2 personnes,

17.496 —- — 3 où 4 personnes, 2.907 — 5 ou 6 — 871 —— 7 ou 8 —- 47 -— —- 9 ou 10 —— 40 —— — de plus de 10 —

Quartier de Clignancourt, 44:085 dont 10.194 appartiennent à des ménages de 2 personnes,

25.241 —- — 3 ou 4 personnes, 7.447 ne — LOU 6 DE 1.047 == Les 7 ou 8 =

134 — —— 9 ou 10 = 22 -- —- de plus de 10 —

Déjà depuis une trentaine d’années, des sociétés immobilières privées, actuellement d’ailleurs très prospères, ont bâti de grands immeubles à logements sains et à loyer à bon marché.

La Ville de Paris, grâce à l’activité incessante des conseillers munjcipaux des quartiers des Grandes Carrières. et de Clignancourt, a décidé, il y a déjà quelques années de continuer cet effort sur une large échelle, et à l’heure actuelle, elle peut offrir aux familles nombreuses dans les deux quartiers des Grandes Carrières et de Clignancourt, à des prix modérés, 564 logements répondant aux conditions d'hygiène indispensables.

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