‹ Contribution à l'étude de l'origine végétale de certaines dermatitesChapitre 10 sur 20 · CHAMPIGNONS · texte numérisé non relu

CHAMPIGNONS

Ustilaginées.

Ustilago hypodytes Schlecht.

Plusieurs auteurs rapportent à ce champignon une dermatite dont les ouvriers qui travaillent les Cannes de Provence (Arundo Donax L.) sont atteints en particulier pendant les années pluvieuses.

Cette Ustilaginée attaque un grand nombre de Graminées, elle produit en abondance ses spores sur les tiges et dans les gaines foliaires, en constituant des amas noirâtres, allongés. La masse des spores se trouvant accumulée entre la tige et la gaine détermine par compression la rupture de cette dernière.

Une coupe longitudinale de la tige montre une couche blanchâtre formée par les filaments mycéliens qui aboutissent à la masse des spores.

La forme des spores est presque globuleuse, mais fréquemment irrégulière; elles mesurent de 3 à 6 u. Leur paroi est mince, lisse, de couleur brun-jaunâtre clair ; elles sont isolées ou agglomérées en masses faciles à désagréger.

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Cette Ustilaginée se développe sur les Agropyrum, Brachypodium, Glyceria, Calamagrostis, Psamma, Süpa, Bromus, Triticum, Elymus, Panicum, Phragmites, etc.

On la trouve surtout en Europe et aussi dans l'Afrique du Nord et dans l'Amérique du Nord.

White‘ paraît n'avoir connu les dermatites occasionnées par les champignons des Cannes que par le livre de Bazin® et par un arücle de Gerbaud ; il demanda des renseignements sur ces cryptogames au professeur W. G. Farlow de Cambridge qui lui répondit que les livres de botanique ne signalaient pas l'Ustilago hypodyles comme pouvant occasionner quelque affection de ce genre, bien que les spores d'Ustilaginées soient connues pour être quelquefois irritantes quand elles pénètrent dans les voies aériennes.

L’espèce en question, ajoute le professeur Farlow, a été trouvée en Amérique dans deux endroits, par lui à Woods Holl, Mass. sur Phragmites et par Curtis dans le Nord de la Caroline sur Arundinaria.

Il est probable que de nouvelles constatations ont pu être faites depuis 1887, date de ces renseignements, mais il n’en résulte pas moins que ces champignons ne sont pas très répandus en Amérique et, en tous cas, n'y occasionnent pas d'accidents.

Il n’en est pas de même en Europe où depuis une quinzaine d'années l'attention a été appelée sur eux par différents travaux depuis celui de Baltus, paru en 1882 avec d'excellentes indications bibliographiques

4 White, Dermalilis venenala, p. 98.

2 Bazin, Affect. cut. artif., p. 67.

= — jusqu'au mémoire de M. le professeur Blanchard en 1898 dans les Archives de Parasitologie.

Chaptal! a signalé le premier, semble-t-il, cette affection, sur le rapport de M. Poitevin, à propos de «….… la propriété malfaisante des Cannes ou Roseaux, dit-il, dont on se sert ici pour couvrir les toits et le fumier. etc.., M. Poitevin a vu un homme très malade pour avoir manié de ces cannes, les parties de la génération s’enflèrent prodigieusement; un chien qui avait dormi dessus eut le même sort et fut affecté dans les mêmes parles. » Il ajoute (4° édition, 1803) : « Dix hommes de Lunel employés à transporter de ces roseaux éprouvèrent tous les mêmes symptômes 1l y a quatre ans. »

Le Dr Fave {de Montpellier) donna quarante ans plus tard un mémoire à ce sujet, le D' Trinquier‘ l’analysa en 1840 et cila des faits graves, nombreux et concluants dont voici le résumé :

La veuve Dijon, trente-neuf ans, nourrice, passa près de quatre heures, le 4 mars 1835, à ratisser des roseaux dont les feuilles étaient sèches et moisies, et pendant ce travail eut de fréquents éternuements et une sensation douloureuse très pénible; le soir, céphalalgie, larmoiements et vives démangeaisons avec picotements sur toute la surface du corps, mais surtout à la face, à la partie supérieure du tronc, à la face interne des cuisses, aux parties sexuelles. Il survint ensuite une rougeur érythéma-

{ Chaptal, Eléments de chimie, 1790; cf. III, p. 182.

? Trinquier, Rapport sur un mémoire présenté à la Société de médecine pratique, par le D' Fave et intitulé : Observations sur la vertu malfaisante de la Moisissure des Roseaux /Arundo donax) in Journal de la Société de médecine pratique de Montpellier, 1, p.352- 361, 1840; Reproduit dans la Gazette médicale de Paris, 1840, p. 714. Observations sur la vertu malfaisante, ….

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teuse qui, sur certains points et particulièrement autour des paupières, des lèvres, des ailes du nez, des mamelons et de la vulve, s'accompagna de pustules remplies d'une sérosité roussâtre. Dès le premier jour, la miction était difficile, puis bientôt l’anurie fut complète, la voix d’abord rauque s'éteignit peu à peu. Démangeaisons très vives, larmoiement presque continue]; mucosités abondantes par les narines: sputation fréquente ; vomissements. — La bouche et la gorge sont couvertes de mucosités blanchâtres, disposées par plaques et sillonnées de stries sanglantes. La respiration est difficile, la toux quinteuse, mais la fièvre est peu marquée.

Tous cessymptômes arrivèrent à leur summum en deux jours, puis diminuèrent progressivement; au neuvième jour, la guérison était complète, et il ne restait plus qu'une légère desquamation, consécutive aux pustules.

En même temps que la femme Dijon ratissait ses roseaux, elle avait auprès d'elle ses deux enfants : une fillette de six mois qu'elle nourrissait et qui était couchée dans son berceau, et un petit garçon de six ans, qui jouait sur les roseaux.

Les deux enfants furent atteints, et le petit garçon plus gravement encore que la mère. La muqueuse buccale devint blanche, il fut pris d'une toux convulsive, ressemblant au cri d'un jeune coq, et ne pouvait articuler une parole, Le crachement de salive spumeuse fut peu abondant, mais les nausées fréquentes. La verge se tuméfia et devint trois fois plus grosse qu'à l’état normal, l'anurie était complète. Le pouls resta presque normal, la maladie eut au neuvième jour une heureuse terminaison.

La fillette de six mois éprouva quelques symptômes analogues, mais très atténués, sans doute à cause de son éloignement des roseaux : elle but et urina beaucoup, la figure devint rouge et enflée, les lèvres se tuméfiérent, mais la toux fut moins intense que chez son frère et les parties sexuelles ne furent pas irritées.

Dijon père resta environ une demi-heure dans la chambre où sa fille ratissait les roseaux. et il descendit à l'écurie les feuilles et les débris du ratissage. Il fut pris bientôt après d'une céphalalgie très forte, avec éternuements fréquents et picotements des yeux, mais il était guéri le lendemain après deux abondantes épistaxis.

Deux personnes, le mari et la femme, qui voulurent continuer

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le travail laissé en suspens par la femme Dijon éprouvèrent les mêmes accidents du côté des fosses nasales, des parties sexuelles et de la peau.

Le mari eut pendant la nuit une céphalalgie très vive, qui disparut après plusieurs épistaxis. Ayant repris le travail le lendemain, il éprouva le soir les mêmes symptômes et, en outre, une viveirritation de la verge et du scrotum, ce dernier se tuméfia considérablement. La tuméfaction qui disparut vers le quatrième jour fut suivie d'une desquamation de l’épiderme.

Chez la femme, les parties sexuelles et la face interne des cuisses devinrent rouges, gonflées et recouvertes de pustules bientôt couvertes de croûtes, guérison complete du huitième au neuvième jour.

Plusieurs autres personnes qui ratissèrent des roseaux de la même récolte que les précédents et avariés comme eux éprouverent des accidents analogues mais moins graves,

Une ânesse même, dont on avait fait la litière avec des débris du ratissage de ces mêmes roseaux fut affectée de rougeur et de gonflement aux naseaux et aux parties sexuelles; quelques points étaient même excoriés. Ces accidents disparurent après l'enlevement de la litière et des lavages des parties atteintes avec un liquide résolutif,

Le Dr Fave indiquait comme cause de ces singuliers accidents une moisissure qui recouvre d’une poussière fine et blanchâtre les feuilles et les tiges des roseaux exposés à l'air et à l'humidité,

Cette poussière, sans odeur spéciale, est facilement détachable; au contact de la langue, l'impression est d'abord nulle, puis au bout de quelques secondes on perçoit une saveur légèrement amarescente et un contact prolongé produit un léger sentiment d’abrasion de la langue et de gonflement aux lèvres. Il admet comme vraisemblable qu'elle agit par intoxication et aussi comme 1rritant de la peau et des muqueuses,

La même année que Fave, le D' Vigié de Manguio,

citait vingt-trois cas de la même affection, mais les décrivait de façon plus suceincte, Il fait remarquer que «les Cannes fraîches, ainsi que celles que l'on garde soigneusement du soleil et de la pluie, ne contractent pas de propriétés malfaisantes ».

Cinq ans plus lard, le D' Michel de Barbentane publiait un mémoire* sur le même sujet, et, ne connaissant pas les travaux précédents, il s’exprimait ainsi: « Un mot sur une maladie non encore décrite, communiquée à l'homme par la Canne de Provence ». Les observations qu'il cite de mémoire, remontent à 1834 et 1839, elles s'appliquent aux paysans des Bouches-du- Rhône chez lesquels, dit-il, la maladie est assez commune ; elle est à son avis en relation avec une sorte de poussière noirâtre qui recouvre les tiges dont l'écorce est désorganisée ; dans les quatre cas qu'il publie, 1l remarque « un phénomène qui se produit presque constamment, c'est une sorte de fluxion vers les parties génitales avec satyriasis chez les hommes et nymphomanie chez les femmes »,

Les accidents signalés par l’auteur ont été exceptionnellement graves el, chez un vieillard de soixante et un ans, la mort en fut la conséquence.

1 Vigié, De la propriélé malfaisante de l’Arundo Donax (Canne de Provence). {Gazelte médicale de Montpellier, 1, n° 12, 18 septembre

1840.) 2 Michel, Bulletin général de thérapeutique, 1845, tt. XXVII, p. 414. — La Revue de thérapeutique médico-chirurgicale, 1869, p. 14

à 17 dans un article anonyme : La Canne de Provence (Arundo donaæ), renvoie pour le travail de Michel à la Revue scientifique, t. X, 1845. M. le professeur Blanchard signale cette indication comme inexacte, et ne se rapportant ni au tome X, ni à l'année 1845 de cette revue. J'ai trouvé l'indication du Bulletin de thérapeulique dans Bazin et dans le travail de Baltus cité plus loin. Bazin dit : Miquel, les autres auteurs écrivent : Michel.

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Une quinzaine d'années plus tard, Maurin, interne des hôpitaux de Marseille, publia sans connaître les travaux précédents l'histoire de la Dermalose des vanniers dits Cannissiers et décrivit ainsi la cause des accidents : « Quelquefois, dit-il, les roseaux sont coupés sur plants après des froids intenses et sur leurs extrémités gelées vient une moisissure noirâtre {Mucor

mbolus L.) ou verte {Mucor viridescens L.) dont le contact procure alors aux ouvriers malpropres quelques rares boutons sur le visage.

« Mais si les roseaux ontété entassés après leur coupe dans un lieu étroit, humide, peu ventilé et peu accessible à la lumière diffuse, ou bien s'ils reçoivent les eaux pluviales, 1l arrive souvent qu'ils entrent en fermentation et qu'une poussière blanche couvre les feuilles auprès des mérithalles. Cette poussière, d'aspect salin, est onctueuse au toucher, d'une saveur désagréable, corrosive, d'une odeur analogue à celle de la moisissure et provoque l'éternuement. Examinée au microscope à sa période d'évolution, elle se présente sous la forme de filaments pédiculés, implantés sur la feuille du roseau et mélangés à des cellules parfaitement arrondies qui, selon toute apparence, sont des spores prêtes à éelore ! ».

Beaugrand” el le professeur Tardieu en 1861 reviennent sur ce sujet auquel Bazin (1862) consacre également un chapitre. Enfin Caisso “ éludia à nouveau ces

4 Maurin, Revue thérapeutique du Midi, 1859, t. XII, DRTC pass,

? Beaugrand, Annales d'hygiène publique, 1861.

5 Tardieu, Dictionnaire d'hygiène publique, article VANNIERS, 1861.

! Caisso, sur les Accidents morbides que détermine la canne de

Dh } à à" 1 rrlore Î p p a x à Vaic

Provence chez les ouvriers qui la manient, par le D' Caisso (Actes * + Re ]

du Congrès, Paris, 1867, in-8°, p. 127).

accidents en 1867 dans un travail communiqué à la Société de Médecine pratique de Montpellier, le 2 Juillet, et déposé par le professeur Planchon au Congrès international de Botanique.

A ce moment, J. E. Planchon avait trouvé sur ces roseau « un champignon de la elasse des Mucédinées et du genre sporotrichum, le Sporotrichum dermatodes ».

Baltus, dans ses observations! publiées en 1882, se rangea également à cette opinion.

« Dans mes observations, dit-il, j'avais d'abord attribué la maladie à un cryptogame verdâtre, extrèmement abondant sur les roseaux que j'avais recueillis et qui avait accaparé {oute mon attention ; maissur l'avis de M. le Professeur Planchon, j'ai refait de nouveaux examens qui ne m'ont laissé aucun doute sur la présence simultanée, bien qu'en quantité beaucoup plus faible, du Sporotrichum pulvérulent et blanchâtre qui m'avait échappé en premier lieu. »

Voici la description résumée des nouveaux cas observés par Baltus.

Le 15 juin 1876, à 6 heures du matin, un jardinier de Frontignan (Hérault), accompagné de son fils âgé de dix-sept ans, s'en fut ramasser des roseaux dans la commune de Mèze (bords de l'étang de Thau). Le père âgé de quarante-sept ans jouissait ainsi que son fils d'une excellente santé.

Pas d'antécédents diathésiques.

Les roseaux tassés dans une fosse humide provenaient de

1 M. E. Baltus, Nouveaux cas de maladie des Roseaux dus au {(Sporotrichum dermalodes (champignon parasite de l'Arundo donax) (Journal des Sciences médicales de Lille, 5 mai 188», p. 289, et Archives de Dermatologie et de Syphiligraphie, se série, €. HIT, 188», p: 378).

coupes déjà anciennes, datant de plusieurs années et d’une coupe faite dans l'année même. Le chargement dura une heure et Je jeune homme fut incommodé par l'odeur de moisi à laquelle le père ne prit pas garde.

Le soir même, le jeune homme se couchait sans manger, avec de douloureuses démangeaisons dans les yeux, le nez et la gorge,

Le lendemain, vers 10 heures du matin, le père était malade à son tour; visage et yeux gonflés et rouges avec démangeaisons.

Déglutition douloureuse et difficile, forte tendance au sommeil.

Le 17, apparaissent au visage, entre les doigts, à la ceinture et aux parlies génitales de petites pustules acuminées, à sommet brillant, semées sur un fond rouge douloureux; les conjonctives sont rouges et enflammées, larmoiement, toux légère.

Le 18, quatre nouveaux malades : les deux autres fils du jardinier (15 et 20 ans), un garçon jardinier (49 ans) et la petite fille de la maison (4 ans). Les trois premiers avaient déchargé et mis en tas devant la porte les roseaux de la charrette, la petite fille avait joué sur ces tas.

Chez ces quatre personnes la figure seule est atteinte, particulièrement les yeux, mais à un degré bien moindre que chez les premiers malades.

L'examen de nombreux échantillons, pris dans le tas ineriminé, montre que la plupart des cannes présentent en saillie sur toute l'étendue de leurs tiges de nombreuses taches d’un vert très sombre, ayant la grosseur d'un grain de millet, l'aspect de moisissures el laissant échapper par l'agitation une fine poussière, L'examen microscopique montre que ces moisissures sont composées d'un feutrage de mycélium en bâtonnets aigus avec spores innombrables.

En conséquence, je conseille de brûler immédiatement les roseaux.

Le 19 septembre, de nouveaux malades sont atteints parce que le conseil n'a pas été suivi, savoir: quatre petits chats, deux petits chiens et un chien de forte taille qui ont pris leurs ébats au milieu des roseaux.

Ces animaux ont le museau et le pourtour des narines couverts

de croûtes rouges, douloureuses, l'aboiement et le miaulement sont devenus impossibles.

Le 20, les pustules du père et du fils sont desséchées et ce dernier peut reprendre son travail. Le père seul est condamné quelques jours encore au repos, en raison du gonflement des parties génitales.

La maladie a suivi la même marche bénigne chez les autres contaminés. Le seul traitement mis en œuvre a consisté dans l'application de compresses trempées dans l'eau froide.

La prophylaxie, très simple, se résume dans le mouillage des roseaux avant leur dépouillement et dans le lavage à grande eau de toutes les parties qui ont été exposées à leur contact.

En 1884, Sarra donne une bonne description‘ d'un

cas semblable.

Un ouvrier passe plusieurs heures dans une petite chambre occupé à séparer de leurs gaines foliaires des Cannes de Provence. Ces plantes étaient sèches et provenaient de la campagne où elles avaient passé plusieurs mois à l'humidité et à l'ombre. Leur surface ne montrait rien de particulier, mais les gaines étaient remplies d'une poussière noirâtre, se détachant au moindre choc, et entièrement constituée par des spores.

L'ouvrier se coucha en bonne santé, mais il ne dormit pas de la nuit, souffrit d’une céphalée intense, avec sensation de flamme à la face et de vive brülure à la gorge.

Le lendemain matin, visage rouge et extraordinairement tuméfié, paupières gonflées, yeux injectés, déglutition très douloureuse, respiration difficile, éternuements, toux fréquente, voix altérée. Peau rouge, tuméfiée, tendue, lisse, douloureuse à la pression, mais température et pouls normaux excluant le diagnostic d'érysipèle.

La tuméfaction se produit surtout aux paupières, au nez el aux lèvres, les conjonctives sont injectées, le bord des paupières est couvert d'une petite quantité de muco-pus; le Jarmoiement est presque ininterrompu; en même temps 1l s'écoule du nez

1 R, Sarra, Dermatite acula causata dalle spore di una Ustilaginee (Gazzella degli Ospilali, p. 698, 1889).

une abondante sécrétion séreuse. La muqueuse bucco-pharynsienne présente aussi des symptômes d'une inflammation aiguë. Partout ailleurs la peau est normale, pourtant le scrotum est un peu rouge et douloureux. On constate en outre une légère bronchite aiguë,

Un jeune garçon qui avait aidé cet ouvrier dans son travail, eut à souffrir des mêmes accidents, Les fagots de Cannes avaient été apportés de la campagne par une paysanne dont le bras et un des côtés de la face présentèrent du gonflement avec cuisson.

En dépit de ces symptômes, d'apparence grave, le cours de la maladie fat bénin. La peau se dégonfla et pâlit progressivement ; les muqueuses reprirent peu à peu leur aspect normal, et les deux malades guérirent complètement en moins de six jours. On eut à noter simplement la desquamation des parties atteintes.

Sarra attribua nettement ces accidents aux spores contenues dans les gaines foliaires ; 1l les fit examiner par un botaniste qui les reconnut comme appartenant à l'Ustilago hypodytes (Schlecht).

L'année suivante, M. Gerbaud (sans connaître la plupart des travaux antérieurs, car il ne cite que Michel et Maurin), publia six cas nouveaux! causés par des cannes portant l'Ustilago hypodytes, en voici le résumé? :

Les accidents cutanés se produisent à peu près exclusivement à la face et aux organes génitaux.

Sur la face, démangeaison violente qui survientenviron vingtquatre heures après le contact avec les roseaux, puis coloration rouge uniforme occupant principalement le pourtour des orifices naturels, en même temps, gonflement surtout marqué aux pau-

1 Gerbaud, La maladie des Cannes: Dermatoses des Ouvriers cannissiers (observations et expériences) (Montpellier médical, août et septembre 1885).

? G. Thibierge, Revue de Dermatologie (Annales de Dermat., et Syphil., 2° série, t, VI, 1885, p. 678).

pières ; l'aspect du malade est alors absolument le même que dans l’érysipele, sauf le bourrelet périphérique; de petites vacuoles se développent bientôt sur les parties malades, et leur rupture laisse, principalement au pourtour des orifices, des érosions longtemps persistantes.

La fièvre est toujours moins vive que dans l'érysipele, l'angine est exceptionnelle et les lésions des muqueuses buccale, pharyngée et laryngée ne se voient guère que chez les ouvriers travaillant dans des locaux fermés,

Chez l'homme, les organes génitaux sont d'abord le siège de démangeaisons, ils présentent ensuite un gonflement général avec rougeur intense du scrotum comme dans l'orchite; des vacuoles remplies de liquide citrin apparaissent et laissent parfois à leur suite des érosions plus ou moins profondes et très douloureuses.

C'est surtout la région antéro-latérale du scrotum qui est atteinte probablement en raison de son contact continuel avec la cuisse.

La verge est quelquefois atteinte, surtout sur sa face urétrale, avec propagation fréquente au prépuce et au gland, d'où production d'un véritable phimosis inflammatoire, l'inflammation ne s'étend pas à l'urètre,

Chez la femme, au contraire, où la vulve peut être atteinte dans son ensemble, les muqueuses sont surtout le siège d'une vive inflammation qui peut se propager au vagin, à l'utérus et à la vessie.

Le prurit, qui accompagne ces diverses lésions, provoque une excitation génésique intense.

Les accidents varient d'intensité, en raison de la quantité de spores et du temps de l'exposition à leur action.

D'abord purement locaux, ils ne retentissent que secondairement sur l'état général; ces troubles généraux consistent surtout en céphalalgie et état saburral des voies digestives dû à la fièvre légère de la période d'invasion.

Le rôle du cryptogame comme cause efficiente est démontré par les symptômes, car ils sont uniquement localisés aux points où l'application directe des spores à pu se faire: face et organes génitaux de l’homme; la seule femme atteinte aux organes génitaux avait fouléavec les pieds lescannes couvertes de moisissures.

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L'éruption est toujours plus prononcée là où la peau présente des conditions de finesse et de délicatesse toutes spéciales, comme celle du pourtour des orifices naturels.

Enfin, l'humidité de la peau paraît être aussi une condition prédisposante très importante, probablement parce que la sueur dissout un principe chimique des spores.

L'intérêt tout particulier du travail de M. Gerbaud consiste surtout dans les expériences qu'il a instituées sur les lapins pour démontrer que les lésions reconnaissent uniquement des causes locales.

Ayant enlevé aux ciseaux le poil de certaines régions, il y a appliqué au moyen d'eau gommée des spores provenant des roseaux, et a produit ainsi: érythème, gonflement, vacuoles et croûtes épaisses: des expériences analogues sont restées sans résultat dans des régions où la peau est plus résistante, par exemple à la face interne des oreilles.

Il a produit, par insufflation des spores dans l'œil du lapin une conjonctivite très intense tout à fait semblable à l'ophtalmie purulente des nouveau-nés.

Il a également expérimenté avec le liquide, de réaction acide, obtenu chaque fois que l’on fait macérer le champignon dans l’eau.

Ce liquide produit de l’érythème et un peu de gonflement quand on en badigeonne la peau débarrassée de ses poils ; injecté dans la conjonctive, il produit une conjonctivile intense avec suppuration abondante ; injecté dans le tissu cellulaire sous-cutané, 1l détermine l'apparition d'un petit phlegmon.

M. Gerbaud à donc démontré par ces expériences

que l'Ustilago hypodytes produit une maladie pure-

CEE ment locale, que c’est un agent très irritant et qu'un milieu humide est une condition probablement nécessaire pour son action.

Comme prophylaxie des accidents, le procédé indiqué est celui déjà cité, à savoir le mouillage des Cannes.

M. le professeur Ed. Heckel! de Marseille ne connaissait pas les travaux précédents, quand, le 19 septembre 1891, 1l communiqua à l'Association française pour l'avancement des sciences, la note que voici :

« Le frient détermine chez les ouvriers de la Canne ou Roseau de Provence des accidents à ce point redoutables que ces derniers refusent tout travail après les pluies de l'automne quand le mal bat son plein. Ils sont dus à un champignon qui recouvre les gaines foliaires, intus et extra, et se présente sous forme de points noirs donnant des spores de couleur noire également. Ces spores, en se portant sur divers points de la peau (et notamment sur les organes sexuels), y déterminent d'abord de la rougeur, puis une éruption abondante, enfin du boursoufflement des parties, phénomènes accompagnés d’un véritable éréthisme des organes génésiques. Ces accidents sont combattus par les ouvriers et les ouvrières au moyen de lotions d’eau vinaigrée , mais ce traitement est quelquefois insuffisant et des désordres locaux surviennent avec accompagnement de fièvre. Le champignon (Helminthosporium donacinum), cause de tout ce mal, pourrait être

1 Heckel, De la maladie du frient (ou friénite) déterminée par le travail de la Canne de Provence (A, F, À, S, Comptes rendus de la 20° session, I, p. 383, 1891).

LÉO arrêté dans son développement parle lavage des Cannes, non pas à grande eau, comme le pratiquent d’une façon inefficace actuellement les ouvriers, mais avec une solution de bichlorure de mercure à 2 pour 1000 d’eau. On pourrait encore arrêter ce développement en faisant brûler du soufre (acide sulfureux) au centre même des grosses agglomérations de Cannes, dans la chambre centrale et en plein air. L'acide sulfureux serait sans doute suffisant pour arrêter le développement de ce cryptogame et la formation des spores ».

En 1897, le D'S. Cannarsa' de Termoli (Abruzzes, Italie), signala au XIIe Congrès international de Médecine (à Moscou), une dermatose particulière, spéciale aux ouvriers qui travaillent la Canne de Provence, il pensait qu'elle était de nature parasitaire et n'avait pas encore été décrite.

Il s'agissait de cette maladie qui, signalée en 1790, l'a été successivement par tous les auteurs que j'ai cités.

Cannarsa avait observé neuf cas, en août 1897, et la description rappelle toutes les descriptions précédentes, sauf pour la fièvre, beaucoup plus marquée cette fois, puisque la température a atteint 40°4 au troisième jour et a diminué ensuite pour disparaître du septième au huitième Jour, et les forces des malades, disparues avec l'apparition de la fièvre, ne sont revenues que longtemps après sa disparilion.

Il s'agissait donc là de cas graves, où plusieurs

1 S. Cannarsa, Ueber eine selltene, wahrseheinlich parasitäre

Dermatose {Monalschrifl für praktische Dermatologie, t. XXVI, p. 236, 1898).

détails sont encore à noter: éruption vésiculeuse plus ou moins confluente du serotum et du pénis, frissons fréquents, hyperémie de la conjoncetive et de la sclérotique, sans photophobie, soif intense, urines rares, troubles et teintées de sang, mictions douloureuses, constipation très opiniâtre, un des malades n'est allé à la selle qu'au bout de dix-huit jours, à la suite de purgatifs et de lavements réitérés.

La durée varia de six jours pour les cas bénins à dixhuit jours pour les cas graves.

Cannarsa ayant recueilli la poussière incriminée, d'un blanc sale, dont les feuilles, humides et noirâtres, étaient recouvertes, éprouva à son contact une sensauon de brûlure aux mains et aux muqueuses, et un pharmacien auquel il en remit une petite quantité se plaignit à son tour de maux de tête.

Les malades étaient des paysans qui avaient transporté ces Cannes, mais une femme fut atteinte à la suite d’un coït avec l’un d'eux, elle eut du prurit et de la tuméfaction des organes génitaux, avec sécrétion d'un mucus filant.

Un cheval attaché au voisinage des ouvriers fut également atteint : tuméfaction des naseaux, jelage purulent, filantet fétide, tuméfaction du scrotum qui se couvrit de pustules, excoriations saignantes du pénis et des parties glabres, difficulté de la défécation et de la miction, douleur dans la préhension des aliments.

Cette poussière de spores a été, d’après Cannarsa, expérimentée avec succès sur le lapin par les professeurs Cardarelh, Tarari et Pare, de Naples.

D'après Mina Palumbo, de Castelbuono (Sicile), la

ES ve cause de ces accidents serait une cochenille décrite sous le nom d'Aclerda Berlesei par le Dr Buffa' assistant à l'Ecole supérieure de Portict.

Cesnombreux insectes restant vivants sur les Cannes plusieurs mois après la récolte, seraient écrasés par les manipulations, et les mains porteraient ensuite le dangereux liquide rouge, résultant de l’écrasement, sur le visage et les organes génitaux en y produisant « un érysipèle grave ».

Les cochenilles mortes et noires seraient inoffensives.

N. Berlesse (de Camerino) et A. Berlese (de Portici), sont du même avis, ainsi que Buffa qui n'attribue aucune action au champignon incriminé par Cannarsa, tandis que le professeur Brigu, de la station de pathologie végétale de Rome, attribue ces accidents au Dendrochium microsorum, champignon hyphomycète.

Cette communication de Cannarsa amena M. le professeur Blanchard® à faire de cette question une étude historique et critique dans laquelle il rappelle les travaux antérieurs de Fave, Vigié, Sarra et Heckel.

Il cite, en outre, des extraits de plusieurs lettres que ce dernier lui écrivit à ce sujet :

« Marseille, 10 octobre 1891.—Le mal du frien est causé par les

{ P, Buffa, Sopra una Cocciniglia nuova (Aclerda Berlesei) vivente sulla Canna commune {Arundo Donax) (Revista di patologia vegetale, VI, p. 135-160, pl. IV-VI, 1897; cf. p. 1956, Danni che le specce arreca alla pianta ed all” Uomo)

? R. Blanchard, Sur une affection causée par les spores d’un champignon parasite du Roseau ou Canne de Provence (Arundo Donax L.) (Archives de Parasitologie, 1, p. 503, 1898).

spores très toxiques (alcaloïde) d'une Ustilaginée parasite de la canne de Provence, mais qui ne s'y développe bien qu'après les pluies de novembre, quand la canne coupée a été réunie en meules coniques évidées au centre...

«.…. Ge sont les spores de ce champignon qui incommodent gravement les travailleurs...

« Les spores de l'Ustilaginée en question déterminent chez les ouvriers canniers de toute la région des accidents redoutables : érythème de la verge et des grandes lèvres, du scrotum avec formation de pustules; mêmes accidents aux lèvres, à la gorge et aux yeux, mais ce sont les organes génitaux qui semblent atteints tout d’abord avec exacerbation du sens génésique... »

« Marseille, 11 octobre 1891. — Je crois que les spores, causes du mal, appartiennent à l'Helminthosporium donacinum. Je dis: je crois, parce que la poudre vivante qui incommode les ouvriers est formée au moins par quatre espèces fongiques ; celle que j'incrimine spécialement, puis Æendersonia donacina, H. graminicola, enfin Contosporium circinans Fr...

« L'infection... se manifeste extérieurement par une véritable éruption confluente de petits boutons (pustules) tellement serrés et nombreux, sur les parties exposées à l’air, que bientôt ils ne forment plus qu'une vaste plaque rouge (face, cou, lèvres, paupières et mains). Cette plaque se dessèche, les boutons se flétrissent etse dépriment en trois jours sans suppurer. Les paupières se gonflent, les malades mouchent et crachent du sang, les parties génitales enflent et il y a souvent hématurie, chez les femmes surtout. Un prurit violent des parties génitales (verge, scrotum et grandes lèvres) accompagne ces symptômes et, chez les hommes, ies érections sont douloureuses et continues,

Le désir vénérien, chez les jeunes au moins,est souvent poussé au paroxysme, au grand détriment de la morale des ateliers.

On cite un homme qui, pour se faire exempter du service militaire, se frictionna les parties génitales avec du Frien.

…… Le Frien vient sur la canne récoltée verle en février et mars, puis mise en faisceaux aussitôt après. Les pluies font naître cette végétation fongique qui généralement devient exubérante en mai ou juin au moment où l’on travaille les cannes de Provence.

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Dans une dernière lettre, M. le professeur Heckel indique que l'expression « maladie du Frien » s'emploie aussi bien pour désigner la dermatose que pour indiquer que les Cannes sonten proie à un Champignon qui est le Frien en patois provençal.

En résumé, de tous les faits précédents il se dégage ceci : Les cannes vertes, entassées et mouillées, sont envahies par une abondante végétation cryptogamique produisant une grande quantité de spores.

En transportant ces cannes, en les nettoyant et en les préparant, on remplit l'atmosphère de ces spores; le visage, le cou, la poitrine et les mains en sont recouverts, et les mains les transportent aux organes génitaux, surtout chez l'homme.

Chez la femme, la contamination des organes génitaux peut se faire directement par l'atmosphère chargée de spores, comme dans le cas cité par Gerbaud, en foulant des cannes moisies, ou par le coït, comme dans le cas de « contagion » cité par Connarsa.

La contamination est également directe pour les organes génitaux de l’ânesse citée par Fave.

On voit ensuite apparaître les accidents dont la marche, la gravité et la durée ont été exposées.

On s’est demandé, en présence de l’action nocive de ces spores, si cette action était mécanique, ou chimique, ou les deux à la fois.

Les phénomènes généraux : anurie, hématurie, constipation, céphalalgie et parfois fièvre assez intense joints aux phénomènes locaux tendent déjà à faire admettre cette action mixte, mais les expériences de Gerbaud ont montré nettement l'existence d’un prin-

cipe soluble qui reproduisait une grande partie des accidents.

On est done conduit à admettre l’action chimique d'une substance contenue dans ces spores,

Quelle est exactement l'identité du champignon coupable? Il y a, en eftet, des contradictions à ce sujet entre les divers auteurs.

Pour Maurin, il s'agit d'un champignon indéterminé; pour Baltus, du Sporotrichum dermatodes, pour Sarra et pour Gerbaud de l'Ustilago hypodytes, une des causes relatées par Cannarsa serait Dendrochium microsorum et, enfin, Heckel a ineriminé successivement une Usülaginée sans la préciser, puis /lelminthosporium donacinum, Iendersonia donacina, H. graminicola et Contosporium circinans.

La détermination exacte n'est pas facile, car 1l ne suffit pas d’avoir à sa disposition des échantillons de Cannes couvertes de moisissures, 1l faut encore être sûr que ces moisissures ont provoqué ou sont capables de provoquer les accidents relatés plus haut.

En dehors de l’{]. hypodytes qui ne paraît pas, d’ailleurs, être un parasite très fréquent, un très grand nombre d'espèces de champignons se développent sur la Canne de Provence.

Dans l’Index universalis el locupletissimus nominum plantarum hospitum speciumque omnium fungorum, 1898, P. Sydow en signale plus de quatrevingts espèces différentes.

Chacune de ces espèces pouvant exister 1solément

ou simultanément avec d’autres sur les ges de

2 ME l'Arundo Donax, on comprend facilement l'incertitude sur le nom ou l'unité du champignon dangereux,

Toutefois, plusieurs raisons tendent à faire admettre que l'Ustilago hypodytes où moisissure de la paille est bien la cause des accidents de ce genre.

Sarra et Gerbaud l'incriminent nettement et les expériences de ce dernier ont été faites d’une façon qui semble rigoureuse et probante.

La toxicité des spores d'Ustilaginées est bien connue et on cite le cas d’une fille de ferme chez laquelle le contact de paille et de balles cariées amena une éruption pustuleuse sur les mains, les bras et les pieds.

Kobert a retiré de l'Us{ilago maydis Tulasne, une substance analogue à l'acide ergotinique ; Rademaker et Fisch en ont extrait un alcaloïde spécial, F'Ustilagine, cristallisant en longues aiguilles blanches, très amères, soluble dans l’eau, l'alcool et l'éther ; puis de l'acide sclérotique, une huile fixe et une résine.

Ce champignon a été proposé par Eustachy, Léonardet Kalles comme succédané de l’ergot de seigle; il aurait sur ce dernier, d'après Kobert, l'avantage de ne point déterminer de télanos utérin et de provoquer des contractions régulières et interrompues à de courts intervalles par le relâchement du musele.

Il faut ajouter encore que le développement de l'Usülaginée suspecte dans les couches superficielles du chaume de diverses Graminées et entre autres de la Canne de Provence, la couleur des amas de spores, leur localisation entre la tige etles gaines foliaires, ete., concordent parfaitement avec les descriplions des

Cannes infestées.

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L'Ustilago hypodytes peut donc être considéré comme capable de produire et ayant souvent produit la maladie décrite plus haut.

Est-ce à dire qu'aucun autre champignon ne puisse produire d'effets analogues, je crois qu'il serait témérare de l'affirmer. On peut, à ce sujet, consulter une observation de Tommasi-Crudeli citée dans le mémoire de M. le professeur Blanchard.

En septembre 1879, des élèves et des serviteurs de l'Institut agronomique de Palerme, étant occupés à débarrasser un magasin où se trouvaient quelques charges de Æhus Coriaria furent pris d'accidents semblables à ceux qu'on a pu lire à propos des Cannes.

Vingt-cinq personnes, au moins, furent atteintes ; elles présentèrent une inflammation aiguë de la con- Jonctive, de la muqueuse pituitaire, des lèvres et même du scrotum ; dans les cas graves, 1l y eut vomissements et diarrhée abondante, puis tous ces symptômes s’atténuèrent peu à peu et la guérison se fit spontanément.

Or. les feuilles du Sumac étaient couvertes d’un champignon, le Leptothricum glaucum Corda dont les spores se détachaient au moindre choc en telle abondance que l'atmosphère en était obscureie.

La détermination du champignon et la relation de cause à eflet paraissent mettre hors de doute l’action nocive de ces spores.

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