PHANÉROGAMES
GYMNOSPERMES
Conifères.
Abies canadensis Michx.
Ginkgo biloba 1.
Juniperus communis 1.
Juniperus Sabina L.
Juniperus virginiana L.
Picea excelsa |.
Thuya occidentalis L.
- Les térébenthines et les essences contenues dans les réservoirs ou canaux sécréteurs des Conifères sont fréquemment douées de propriétés irritantes bien connues, les espèces précédentes ont été particulièrement signalées à ce sujet.
L'Abies canadensis fournit une térébenthine voisine de la Térébenthine du Canada: le Picea ercelsa est la source de la Poix de Bourgogne: ces deux produits sont également irritants, produisant de la rougeur, de la démangeaison, des papules et même sur les peaux délicates des pustules et des ulcères superficiels.
D'après Piffard, on peul avoir avec eux une éruption eczémateuse.
Le Picea excelsa (Pesse, Sapin de Norvège, Sapin
D élevé) est actuellement très répandu dans les Vosges, le Jura, les Alpes, les Pyrénées et est planté dans de nombreux parcs.
Notre Genévrier commun, Juniperus communis, si répandu en France est également abondant dans les
Fic. 1. — Juniperus Sabina ©.
régions septentrionales de l'Amérique du Nord. D'après Piffard, 1l occasionnerait par son contact de l’érythème et pourrait même amener une légère vésication.
Junipert gravis umbra nocel! a dit Virgile.
Le Juniperus Sabina, Genévrier Sabine ou Sabine (fig. r et 2) est une plante ligneuse dièque du Midi de l'Europe, croissant en particulier sur nos montagnes subalpines. Il se rencontre également dans l'Amérique
SE du Nord. On s'accorde à lui attribuer des propriétés irritantes vis-à-vis de la peau ; sa mauvaise réputation,
due à ses propriétés abortives, est fort ancienne. « Il
est plus aisé, dit Bulliard, de prévenir les accidents auxquels l'usage tant interne qu'externe de cette plante expose que d'y remédier. »
Le Juniperus virginiana, Cèdre rouge, Cèdre de Virginie, que l’on rencontre dans tous les États-Unis
d'Amérique est également cultivé dans nos jardins et
nos parcs. Il passe pour jouir des mêmes propriétés
que la Sabine.
Fi. 3. — Ginkigo biloba,
Le Thuya occidentalis, Thuy: d'Occident, Thuyi du Canada, cultivé chez nous, croit au nord de la Pen-
sylvanie.
sde
Le National Dispensatory dit que ses feuilles fraiches amènent sur la peau uneirritation analogue à celle de la Sabine.
Le Ginkgo biloba où Salisburia adiantifolia Schmith (Hig. 3), l’Arbre aux quarante écus, a occasionné par ses fruits un cas grave de dermatite, qui fut signalé à White par le botaniste du « Poisonous Plant Investigations Department » U. S. Department of Agriculture, en novembre 1901.
Voici les principaux faits :
Un panier de fruits de Ginkgo fut lavé dans un bassin, à l'eau tiède, quatre jours après la récolte par Mme M... qui pour cette opération avait les bras nus jusqu'au coude. Elle ressentit pendant le lavage une légère démangeaison, mais fut réveillée la nuit par une démangeaison intense et le bras commença à enfler. La démangeaison et l'enflure gagnèrent la face, si bien que la malade ne voyait plus clair. Une lotion alcoolique à l’acétate de plomb la soulagea, et en quelques jours l’enflure et la démangeaison disparurent.
Les circonstances rapportées par l'auteur, M. Chestnut, montrent bien que la cause était le Ginkgo et, d'autre part, qu'il ne s'agissait pas d'une idiosyncrasie, puisque quelques semaines après un nouveau cas tout à fait semblable se produisit, « l’éruption du second cas élait précisément identique à celle du premier. »
M. Chestnut rappelle que Schwartzenback décrit dans l'analyse de ces fruits un acide ginkgoïque { Viertelz. prakt. Pharm., VI, p. 424) et Chevreul et Cloez y ont trouvé de l'acide butyrique.
Wittsteim (Handwôrterbuch der Pharmakognosie
—VUle.
des Pflanzenreichs, p. 268) dit, dans une analyse de la chair, que l'acide ginkgoïque pourrait bien être de l'acide acétique impur.
White ajoute que cet arbre originaire de la Chine septentrionale existe autour de Boston où on en voit des exemplaires d'un âge et d'une taille considérables, mais qu'il ne les a jamais vus en fruits.
Cela pourrait tenir à la diécie du Ginkgo, peut-être ne s'agit-il que de pieds mâles. En France et à Lyon en particulier 1l fructifie chaque année abondamment. Au Parc de la Tête-d'Or, la récolte des fruits n’a Jamais occasionné d'accidents.
ANGIOSPERMES MONOCOTYLÉDONES
Aracées.
Arum Dracunculus L.
— jtalicum Tourn.
— maculatum L.
Arisaema triphyllum Schott.
L'Arum maculatum, désigné sous les noms vulgaires de Gouet, Gouet taché. Pied-de-veau, etc... est, dans le genre Arum, l'espèce la plus répandue dans notre région, où elle croit abondamment dans les lieux ombragés et humides, et en particulier dans les haies.
Rhizome, feuilles et fruits, tout est vénéneux, mais
la cuisson fait perdre les propriétés toxiques ; souvent
et des enfants, tentés par les baies d'un rouge corail, se sont empoisonnés avec elles.
Lorsqu'on applique sur la peau des feuilles fraîches plus ou moins broyées, elles produisent un effet rubéfiant et même vésicant.
Cazin déclare qu'il a souvent employé ce vésicatoire (feuilles pilées ou racines coupées), parce qu'on peut toujours l'avoir sous la main pendant la belle saison.
Matthiole en recommandait le sue comme caustique sur les polypes nasaux, son action est donc connue depuis longtemps.
L'Arum ilalicum, espèce plus méridionale, facilement reconnaissable à son spadice Jaune au heu de violet comme dans le précédent, possède les mêmes propriétés el présente les mêmes dangers.
L'Arum Dracunculus où Serpentaire, quoique moins âcre que les précédents, pourrait néanmoins, d'après Cornevin, occasionner des accidents analogues. C'est d'ailleurs une espèce provençale assez rare.
L'Arisaema triphyllum est une plante de l'Amérique du Nord, où elle est fort répandue et employée en thérapeutique. Introduite en Europe en 1798, elle y est cultivée comme plante ornementale. D'après Nicholson, elle est entièrement rustique en Angleterre,
Bigelow a établi que toutes les parties de cette plante sont àcres el presque caustiques.
Piffard, s'appuyant sur plusieurs auteurs, la signale comme rubéfiante et vésicante, tant par ses feuilles fraiches que par ses portions souterraines et, d'après le National Dispensatory, le sue de cette plante fraiche
produit la vésication de la peau.
DE White dit qu'au témoignage d'un négociant de la Caroline du Nord qui vend le rhizome par grosses quantités, ce dernier produit une démangeaison intolérable et l'inflammation de la peau.
Alismacées.
Alisma Plantago LI.
Le Plantain d'eau ou Fluteau est une plante vivace très répandue au bord des mares, des étangs et des cours d’eau,
La propriété qu'ont ses feuilles d’irriter la peau est connue en France depuis longtemps « Elle est âcre et méme caustique », dit Bulliard, citant Jaskiew, et Cazin dit que les feuilles appliquées sur la peau la rubéfient légèrement.
Les mêmes propriétés irritantes ont été plus récemment conslatées en Amérique.
Lilincées.
Allium.
Hyacinthus orientalis L.
Scilla maritima L.
— autumnalis L.
Asparagus officinalis L.
Colchicum autumnale 1.
Veratrum album 1.
— nigrum L.
L'Allium sativum L., cultivé dans tous les jardins potagers, est une herbe vivace qui croit spontanément en Espagne, en Sicile et en Egypte. Sa pérennité est due à un bulbe multiple dont les caïeux sont connus du public sous le nom impropre de gousses d'ail.
es propriétés rubéfiantes et vésicantes sont univer-
= S'HEE sellement connues, et il entre à ce titre dans la composition d'un grand nombre de remèdes populaires.
Son suce mucilagineux le fait adhérer à la peau et 1l produit successivement de la rougeur et des phlyctènes. Au bout d'une ou deux heures, la vésication est produite.
A Sumatra, une feuille frottée d'ail sert de vésicatoire.
Tous les Allium sont irritants ou vésicants, 1ls renferment tous une plus ou moins grande proportion d'essence sulfurée considérée comme un mélange de plusieurs sulfures d’allyle.
L'Allium Porrum L. (Poireau), l'Al/lium Cepa L. (Oignon), l’Allium ascalonicum L. (Echalotte), l'A {lium fistulosum L. (Ciboule), l'Allium Schaenoprasum L. (Ciboulette ou Civette) sont cultivés dans jardins potagers.
L’Allium ursinum L. {Al des Ours) croit au bord des ruisseaux, dans les fossés ou les bois humides: c'est une des espèces spontanées d’Ail les plus répandues.
Toutes ces espèces jouissent, à des degrés moindres, des mêmes propriétés que l’Aïl commun.
L'Hyacinthus orientalis (fig. 4), Jacinthe d'Orient, Fleur de Rome, est une plante herbacée, vivace, à bulbe tuniqué dont le type est originaire de l'Orient, mais qui est actuellement cultivée partout, particuliè rement en Hollande. On en aurait obtenu plus de deux mille variétés! Ces bulbes sont, pour certaines régions, l'objet d’un commerce important, et c'est par milliers qu'ils sont manipulés par les ouvriers.
CPR es En 1903, M. le Dr Laporte, alors à Ollioules (Var)
; ; Xe A k signala! une affection spéciale dont ces ouvriers sont
victimes : elle consiste en démangeaisons el en érup-
F1G. 4. — Hyacinthus orientalis.
tions eczématiformes. Les personnes occupées au triage de ces bulbes ont soin de ne pas se toucher la figure, de ne même pas serrer Ja main à d'autres:
person nes,
1 Journal de Médecine et de chirurgie pratiques, art. 0.017.
Les faits d'eczématisation sont assez rares chez ceux qui travaillent habituellement à ce triage, mais le contact même indirect de ces bulbes produit volonüiers chez un individu non accoutumé une éruption eczématiforme et surtout du prurit. Le D' Laporte signale le cas d’une jeune fille atteinte d’un prurit très violent et généralisé après avoir couché avec sa sœur qui travaillait aux bulbes.
Des faits analogues avaient été signalés par Freeman, de Londres, en 1896, et ensuite par le professeur Henslow à la « Royal Horticultural Society » et le le Dr Morris devant la « Linnean Society ».
A une demande de renseignements complémentaires, M. le D" Laporte m'a répondu que les manipulations de ces bulbes portaient : 1° Sur le triage par grosseurs; 2° sur l'examen au point de vue de l’état du bulbe (on en coupe pour cela un petit morceau avec un couteau).
D'après lui, ce serait la poussière qui se dégage de ces oignons pendant cette manipulation assez longue qui provoquerait sur la peau ces vives démangeaisons suivies de grattages et d’éruptions.
Les individus n'y sont pas tous également exposés, et il y aurait là, d’après lui, une espèce d’idiosyncrasie. (C’est, d'ailleurs, un fait que l'on pourra fréquemment constater pour bien d’autres plantes citées dans cette étude.)
Un horticulteur lyonnais, chez lequel se manipulent en quantités très grandes ces oignons de Jacinthe, m'a confirmé tous ces faits.
De quoi se compose cette poussière irritante? En examinant des coupes longitudinales pratiquées dans
les tuniques des bulbes de Jacinthe, on constate la présence, au milieu du parenchyme amylifère contenu entre les deux épidermes, de grandes cellules ellipsoïdales contenant à l'intérieur des raphides d’oxalate de chaux, ces raphides sont de grandes dimensions, chaque aiguille est assez épaisse et très effilée aux deux extrémités.
S1, au lieu d'examiner des coupes des tuniques charnues, on prend une écaille extérieure, éclaircie par macération ad hoc, et qu’on l'examine directement, on peut constater que cette mince écaille est httéralement farcie de ces paquets d’aiguilles.
S1 ces raphides, noyées au milieu du parenchyme charnu, ne peuvent guère nuire, il n'en est pas de même dans les tuniques extérieures, papyracées et minces, à travers lesquelles elles peuvent facilement pointer au dehors et former, intactes ou plus où moins brisées, un élément irritant de premier ordre.
Une plante du Cap, voisine des Jacinthes, Drimia (Hyacinthus. Poir.) ciliaris, Jacq. a un suc tellement irritant que les habitants appellent cette plante Jeukbol (bulbe à gratter).
Le genre Scilla est représenté, en France, par sept ou huit espèces dont deux se rapportent à la production d’éruptions.
La Scilla martlima (fig. 5) ou l'rginea Scilla (Salle maritime, Scille officinale) est une plante herbacée, vivace, à bulbe tuniqué qui croît en abondance dans les plaines sablonneuses des bords de la Méditerranée. Elle est plus particulièrement spontanée en Barbarie, en Syrie, en Espagne, en Sicile et en Provence, elle