‹ Contribution à l'étude de l'origine végétale de certaines dermatitesChapitre 12 sur 20 · ARC · texte numérisé non relu

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remonte bien le long de l'Océan jusqu’en Normandie, mais elle y est moins abondante,

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FIG NS TIR marilima.

Les tuniques moyennes, découpées en lanières et

séchées sont employées en médecine sous le nom de

squames de Scille qui ont été l'objet de nombreux

+ travaux d'analyse (Vogel, Schmiedeberg, Merk, Riche et Rémond, Jameristed).

D’après les analyses de Walizenski, les dernières en date (1893), il n’y aurait pas d’alcaloïdes mais plusieurs glucosides (scillinine, scillo-picrine, scillamarine).

Les squames fraîches sont fortement rubéfiantes et plusieurs auteurs classiques (G. Planchon et Colin, Hérail, etc.), s'accordent à attribuer aux raphides cette action rubéfiante.

On voit, en effet, dans les coupes de ces tuniques de grandes cellules à raphides contenant des paquets d'aiguilles épaisses et pointues.

Il est toutefois difficile d'admettre l’action unique des raphides puisqu'on a préparé des papiers rubéfiants en trempant à plusieurs reprises des feuilles de papier non collé dans du jus ou de la teinture concentrée de scilles fraîches.

La Scilla autumnalis, la Scille d'automne, sans être très commune se rencontre dans notre région, un de mes collègues de la Société botanique de Lyon en a signalé une abondante station près de Mâcon’. Après en avoir recueilli un certain nombre de bulbes, 1l eut de l’érythème desavant-bras, avec une vive démangeaison, ces phénomènes persistèrent en s'atténuant graduellement pendant une huitaine de Jours.

L'Asparagus officinalis L., l'Asperge officinale ou Asperge commune est une plante herbacée vivace à

rhizome, bien connue el cultivée partout pour l'usage

{ Comptes rendus des Séances de la Société botanique de Lyon,

ET culinaire. Elle croit spontanément dans les terrains humides et sablonneux. en particulier dans les îles du Rhône.

C'est avec surprise que j'ai relevé à son actif deux cas de dermatites arüficielles signalés par Guntz', de Dresde, et cités par White.

Dans un restaurant une femme était uniquement occupée pendant la saison à couper et nettoyer des asperges pour la cuisson. Au bout de quelque temps ses mains et ses bras montraient un peu d'enflure, un érythème diffus et d'innombrables vésicules miliaires. Les vésicules étaient rares sur le cou et la figure d'ailleurs également un peu enflés et rouges : enfin elle eut une conjonctivite marquée.

Sans autre traitement que la cessation de ce travail, la dermatite disparut rapidement, mais elle réapparut plus tard quand cette femme voulut reprendre son occupation habituelle.

Il en fut de mème l'année suivante, au moment des asperges, toutefois elle put continuer son travail malgré la nouvelle poussée érythémateuse.

Une nièce de cette femme avait êté atteinte précédemment dans les mêmes conditions et avait dû renoncer à préparer les asperges.

Je n'ai trouvé nulle part mention d'autres faits semblables, et White déclare que son enquête sur le même sujet a été tout à fait infructueuse. Il s'agit probablement là d'une idiosynerasie bien particulière.

Deux autres espèces de Liliacées particulièrement

1 Vierteljahrresschrift für Derm. und Syph., VII, 65,

sm. MT toxiques ont été également signalées pour leurs effets irritants vis-à-vis de la peau : Colchicum autumnale L.. et Veratrum album L..

Colchicum autumnale (fig. 6, Colchique d'automne, Safran bâtard, Safran des prés, Tue-chien, Tue-loup, Veilleuse, Veillotte, etc., est une espèce indigène bien

F1G. 6. — Colchicum autumnale (très réduit).

connue par ses fleurs violettes qui apparaissent dans les prairies au début de l'automne.

Le bulbe et les graines de cette herbe vivace sont particulièrement employés en médecine contre la goutte, mais la plante fraîche, d'après le « Dispensatory », quand on l’applique sur la peau provoque des picotements et de la rougeur.

Veratrum album, Vérâtre blanc, Varaire, Ellébore blanc, est une herbe vivace abondante dans les prairies des montagnes du Bugey, du Jura, de la Savoie et du Dauphiné.

Racines, üges, feuilles, fleurs et graines sont vénéneuses et comme la dessication ne supprime pas la toxicité, cette plante a pu empoisonner le foin des montagnes et amener ainsi des accidents chez les animaux domestiques.

Piffard indique que cette plante appliquée sur la peau produit de la rubéfaction et des vésicules. Trabut signale également les propriétés irritantes, rubéfiantes et parasiticides de ce rhizome. Enfin Cauvet attribue les mêmes propriétés au Veratrum nigrum L. qu'au V. album.

Ce V. nigrum, Vérâtre noir, espèce moins abondante que la précédente, se rencontre surtout dans l'Est.

Discoréacés.

Tamus communis L.

Le Tamier commun. Sceau de Notre-Dame, Herbe aux femmes baltues, est une plante vivace, dièque, assez commune dans les haies et bois du Centre et du Midi de la France.

En dehors des propriétés purgatives qu'elles conservent après dessiccation, les portions souterraines charnues ont une action rubéfiante bien marquée,

Cazin compare cette action à celle de la Bryone.

Bien que les auteurs signalent la toxicité de la plante, ils ne parlent guère de cette propriété bien connue des habitants des campagnes qui l'utilisent volontiers en application sur la peau.

Un de mes amis qui a eu la curiosité d'expérimenter cette plante en s'appliquant sur la peau une tranche de

por racine fraîche a vu se produire rapidement de la rubéfaction avec sensation de cuisson assez vive

C’est à ce titre un remède populaire dans la région lyonnaise.

Iridacées.

Iris florentina JL.

L'Iris de Florence. que l’on dit spontané est rare en Provence, mais que l’on considère volontiers comme subspontané est cultivé pour son rhizome.

Piffard le signale comme pouvant produire des érup- Uüons à forme d’eczéma ou d'urticaire.

C'est la seule indication, reproduite par White, que j'ai pu relever à son sujet.

Orchidacées.

Cypripedium pubescens Willd.

Vanilla planifolia Andrews.

Cypripedium pubescens est une belle espèce d'Orchidée, originaire de l'Amérique du Nord où elle est employée aux mêmes usages que nous employons la Valériane.

Elle se cultive bien en France et Nicholson! dit qu'à l’état frais elle produit les mêmes effets toxiques, visà-vis de la peau, que le Fhus Toxicodendron.

Le professeur H.-H. Babcok, de Chicago, botaniste distingué, trouva lui aussi que ses eflets étaient presque aussi dangereux que ceux du À. Toxicodendron.

White acte cette opinion d'après le professeur

1 Dictionnaire d'Horticullure.

se J. Nevins Hyde, de Chicago, et il ajoute que plusieurs autres rapports, quoique moins précis, lui ont confirmé le danger de la manipulation de cette plante.

Le Vanillier (Vanilla planifolia) est une liane, grimpant au moyen de racines aériennes, originaire du Mexique et plus particulièrement des régions chaudes de ce pays où elle croît dans les forêts humides, mais il est actuellement cultivé dans l'Inde occidentale, à Java, la Réunion, Maurice et 1l a été récemment cullivé avec succès à Madagascar. La plante réussit parfaitement dans les serres d'Europe, et M. le comte du Buisson ! dit que dans chaque serre chaude ordinaire devrait se trouver un pied de Vanillier qui ne tarderait pas à y fournir un ombrage excellent, n1 trop épais, ni trop clair, en même temps que des fruits exquis.

Les capsules de Vanille, improprement appelées gousses, sont cueillies avant maturité pour éviter la déhiscence, puis subissent une préparation spéciale, variant avec les pays, mais qui aboutit toujours à une dessiccation partielle. Les fruits sont ensuite triés, mesurés et mis en paquets.

Les ouvriers qui se livrent à ces opérations sont victimes d’une maladie professionnelle qui a été l’objet d’une série de travaux; le premier travail d'ensemble sur la question paraît être celui de Layet, de Bordeaux (1883), à propos d’une éruplion présentée par une trieuse de Vanille, et il reprit la question en 1886, dans l’article Vanillisme {Dictionnaire des Sciences

médicales).

{ La Vanille en Serre {Orchidophile, 1884, p. 30).

oi Morrow (1886), J.-C. White (1892), Gieseler (1896),

Fi, 7. — Vanilla planifolia.

Arning (1897), Audéoud (1899) et Drevon (1899) ont

EN successivement publié des observations d'éruptions vanilliques.

En 1906, MM. Brocq et Fage publièrent l'observation d'une malade atteinte d'une éruption vanillique généralisée et confluente.

En 1907, MM. Gaucher et Malloizel rapportèrent un nouveau cas d’éruption chez un vanilleur.

Enfin, en novembre 1907, M. le D' Claverie consacra sa thèse inaugurale à un Essai sur le Vanillisme professionnel.

Tout le monde est d'accord sur l'existence de cette éruption spéciale qui se présente le plus souvent sous la forme d’une éruption papulo-érythémateuse ou uniquement papuleuse.

Tantôt, il s'agit de formes légères, se bornant à quelques papules siégeant au niveau des doigts, aux avantbras et à la face; au minimum, il ne se produit que des picotements et du prurit sans éléments éruptifs.

Tantôt, 1l s’agit de formes généralisées intenses, où l'éruption envahit aussi bien les parties couvertes que les parties exposées.

L'érythème et les papules existent ensemble ou isolément.

Le dos des mains, la face et en particulier les paupières, sont forlement œdématiées, Le pruril est intense et persiste {ant que durent les éléments éruptifs.

L'œdème disparaît le premier, puis se produit une desquamation particulière, très fine, furfuracée, qui peut presque passer inaperçue.

On a noté parfois de l’alopécie sourcilière, d’ailleurs transitoire.

nn

Des phénomènes généraux précèdent ou accompagnent les phénomènes cutanés.

Le plus important et le plus constant est la céphalalgie très violente, on note également des vertiges, parfois de la somnolence.

Chez les ouvrières, les menstrues sont plus fréquentes et plus abondantes, les ménorragies ont été souvent notées et Audéoud cite à ce sujet une femme de quarante-quatre ans, dont les règles avaient disparu depuis deux ans, chez qui la menstruation se rétablit,

Enfin, 1l se produit parfois, d'après Guérin, des troubles profonds de l’œ1l pouvant aller jusqu'à l'amaurose. Le malade accuse un sentiment de pesanteur et de tension du globe oculaire qui est sensible à la pression et la pupille est dilatée. Guérin qualifie cet état de subglaucomateux par analogie d'aspect avec le glaucome vrai.

Bien que le fait ait été contesté, cette affection vanillique est essentiellement récidivante ainsi que l'établit l'enquête du D’ Claverie.

Quelle est la cause de ces accidents, cutanés et généraux? On a incriminé les mites (petits acares fréquents sur les fruits) et les moisissures, on a incriminé aussi les nombreuses falsifications, dont la vanille est l’objet. C'est ainsi que White rapporte que les vanilles de qualité inférieure sont colorées avec de l'huile de noix d'acajou, ce serait alors le Cardol qui serait l'agent éruplif.

Ces diverses causes paraissent inexactes, si l'on songe que toute la plante est douée de semblables propriétés :

tiges, feuilles, fleurs et fruits verts sont caustiques.

A la Réunion, les créoles utilisent comme vésicatoire les feuilles du Vanillier et, pendant le travail de la pollinisation artificielle, les femmes et les enfants qui l’opèrent voient souvent des plaques d’urticaire se développer sur leurs mains, là où le suc de ces fleurs a coulé.

Le poinçonnage, opération qui consiste à marquer les gousses un mois environ avant la cueillette, provoque l’écoulement d'un liquide qui détermine sur la main de l'opérateur un érythème pouvant devenir bulleux.

Des accidents du même ordre se produisent au moment de la cueillette, ce sont donc bien les principes mêmes de la plante, en particulier le suc huileux s’échappant des fruits qui doivent être incriminés comme cause des accidents cutanés.

Quant aux phénomènes généraux, les expériences sur cobaye faites par Layet montrent qu'ils sont dus aux émanations odorantes. 1l en résulte comme indication prophylaxique la nécessité d'une suffisante ventilation des ateliers.

DYCOTYLÉDONES

APÉTALES

Urticacées.

Urtica dioeca L.

— Urens le.

— pilulifera L.

— mMembranacea Poir.

Laportea Gigas Wedd.

— moroiïdes Wedd.

— Schomburgkii versicolor Hort.

Humulus Lupulus L.

Ficus Carica I.

Nos Orlies communes {l'rlica dioeca), grande Ortie Ortie commune, Ortie vivace et Urtica urens, Orte brülante, Ortie piquante, Orlie grièche, petite Ortie, sont des plantes suffisamment répandues pour être connues de tout le monde ; Urtica pilulifera, Ortie à pilules, est une espèce méridionale, de même que l’Ortie à membranes, Urlica membranacea.

Ces différentes espèces possèdent à des degrés divers, les deux premières surtout, les propriétés urticantes universellement connues et qui ont justifié leur emploi en thérapeutique comme révulsif instantané.

Certains poils spéciaux sont les agents de cette révulsion.

Il existe sur les portions aériennes des feuilles d’Orüies trois sortes de poils', des poils courts non urticants, à pied unicellulaire et à tête glanduleuse formée

4 Duval-Jouve, Etude sur les stimulus d'Ortie {Bull. Soc. Bol. Fr., 1867, XIV, p. 36-48.

ET = de deux ou trois cellules, des poils allongés, coniques unicellulaires également non urlicants, et enfin les stimu lus qui sont des poils urticants simples, longuement coniques, unicellulaires formés d'une sorte d'ampoule basilaire renflée se prolongeant en un poinçon conique à sommetineliné et plus ou moins renflé en boule.

L'intérieur est rempli d'un liquide acide, 1rritant, qui produit, lorsque le poil se brise après pénétration dans les téguments, une sensation très douloureuse.

M. le professeur Beille' y a récemment décelé la présence d’une substance du groupe des aldéhydes ou des quinones, peut être de l'aldéhyde formique.

L'ampoule basilaire est enveloppée d'une gaine saillante, sorte de petit massif multicellulaire servant de support au poil.

Ce pied a été regardé par Meyen, la plupart des botanistes et Duval-Jouve comme l'organe sécréteur, contrairement à l'opinion d'Ad. de Jussieu qui considère le poil lui-même comme seul sécréteur et à celle de Sachs qui hmite la portion glandulaire à l'ampoule, tandis que pour Martinet la sécrétion du liquide a lieu à la fois dans l'ampoule du poil et dans la partie supérieure du pied ?.

Dès que les poils ont pénétré dans les téguments, on voit apparaître de larges papules aplaties, blanches, irrégulières entourées d'une légère teinte rosée qui en

fait encore ressortir la blancheur; cette éruption papu-

{ L. Beille, C. R. de la Société de Biologie, LIX, 149, 1905. — Voir également dans le même volume, p. 602, A. H. Perret : Poisons pruritants des végétaux.

? Duchartre, Eléments de Botanique, p. 180.

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lo-érythémateuse s'accompagne d'un sentiment de cuisson brûlante qui atteint rapidement un degré considérable, mais disparait avec une égale rapidité.

Après un temps très courtet qui dépasse rarement quelques minutes, 1lne reste plus trace de l'exanthèmet. Si de nouveaux contacts se produisent, la peau réagil de moins en moins et finil par ne plus réagir du tout, C’est d’ailleurs ce qui se produit très fréquemment chez les femmes de la campagne qui, au bout d’un certain temps, peuvent cueillir sans précautions et porter sur leurs bras nus sans inconvénients des brassées d'orlies qui, au début, provoquaient une réaction très vive.

La révulsion provoquée par le contact des feuilles d'ortie a été employée dans des buts variés. Au temps de Pétrone {Satyricon) l'urlication servait aux hbertns épuisés à réveiller les désirs vénériens, et Faventinus la considérait comme un excellent moyen de remédier à l'impuissance. Enfin, les anciens, après Celse, la conseillaient dans nombre de maladies (äpoplexie, léthargie, rhumatisme chronique, paralysie, etc...) Actuellement cette pratique, ayant disparu, le médecin n'a que tout à fait par hasard occasion de voir l'éruplion orliée, en raison de son peu de durée.

L'action de nos Orties ne saurait se comparer à celle de certaines plantes de la même famille, rangées dans le genre Urtica jusqu'en 1856, époque à laquelle Gaudichaud en fit le genre Zaportea et où Weddell écrivit sa Monographie des Urlicées.

{ Bazin, Affections cutanées artificielles, p. 104.

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