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D'après l'Index Kewensis, ce genre comprend actuellement vingt-sept espèces, herbes vivaces ou arbres des régions chaudes ou tempérées du Nouveau- Monde, plusieurs espèces sont cultivées en serre chez nous, Laportea Giqgas, grand arbre de 25 à 30 mètres de haut, Laporlea moroides, espèce très rustique donnant toute l’année des fleurs et des fruits d'un rouge groseille et Laportea Schomburgkü versicolor, originaire de Polynésie et volontiers cultivée pour son feuillage ornemental à panachures d'un blanc crème qui couvrent parfois toute une face du limbe.
Elles sont couvertes de poils analogues à ceux des orties, leurs piqûres sontexcessivement brülantes et persistent fort longtemps, aussi demandent-elles beaucoup de précautions dans les manipulations de la culture.
Leurs propriétés vulnérantes sont connues depuis bien longlemps, voici ce qu'écrivait le botaniste Leschenault à M. de Jussieu en 1819, à propos de l’une d'elles Laporlea crenulata (raudich, alors appelée Urtica crenulala:
Aucune espèce d'orties dont les effets ont été observés jusqu'à ce Jour n'est plus vénéneuse que celle nommée par Roxburgh Urlica crenulata, elle existe au jardin botanique de Calcutta ; elle est originaire de Chittagong, dans l’est du Bengale.
C'est un joli arbuste de 4 à 5 pieds de hauteur, dont les feuilles sont alternes, grandes, acuminées, et d’un beau vert.
Les fleurs femelles, les seules que j'ai vues et les seules qui aient été observées par Roxburgh, sont petites, blanchâtres, portées sur des épis axillaires et dichotomes.
On aperçoit à peine quelques petits poils sur la surface des feuilles et autour des pédoncules.
Cette plante étant en fleur, je désirais quelques échantillons pour mon herbier; je ne pris pas beaucoup de précautions en
les cueillant, j'étais sans défiance: Roxburgh,danssa descriplion, dit seulement que cette plante est piquante et que la douleur persiste un ou deux jours. Une des feuilles me toucha le dessus des trois premiers doigts de la main gauche ; je ne ressentis d'abord qu'une faible piqûre à laquelle je ne fis aucune attention.
Il était 7 heures du matin, la douleur augmenta progressivement : au bout d'une heure elle était presque insupportable ; il me semblait qu'on me promenait sur les doigts une lame de fer rougie. Il n'y avait, cependant, chose remarquable, n1 enflure, ni pustule, ni même inflammation.
La douleur se propagea rapidement tout le long du bras jusqu à l'aisselle. Je fus ensuite saisi d'un éternüment fréquent et d'un flux aqueux par les narines très considérable, comme si J'eusse eu un violent rhume de cerveau. À midi environ, j'éprouvai une contraction douloureuse dans la partie inférieure des mâchoires, qui me fit craindre une attaque de tétanos. Je me couchaï, espérant que le repos me soulagerait, mais les douleurs ne diminuèrent point ; elles persistèrent avec violence pendant la nuit suivante presque entière ; la contraction des mâchoires seulement s'était dissipée à 7 ou 8 heures du soir. Le lendemain matin, le mal diminua sensiblement et je m'endormis. Je souffris encore beaucoup les deux jours suivants et les douleurs reprenaient pour un moment toutes leurs forces, lorsque je plongeais la main dans l'eau. Elles n'ont entièrement disparu que le neuvième jour.
D'apres l'exposé de ces symptômes, on peut juger de la violence du venin ; les poils sont si courts et si faibles, qu'à peine on peut les apercevoir ; ils ne peuvent que bien peu s'enfoncer dans l'épiderme et cependant les ravages qu'ils causent sont très considérables.
Je fis part au D' Wallich de cet accident, il se rappela alors qu'un an auparavant, un de ses jardiniers avait été piqué par cette ortie, qu'il s'était plaint de douleurs insupportables, ce qui l'avait empêché de travailler pendant longtemps; mais M. Wallich croyant que cet homme exagérait son mal et, n'apercevant aucun indice extérieur, n'y avait fait qu'une légère attention.
Nous avons interrogé cet homme ; il nous dit « qu'un de ses camarades l'ayant frappé avec une des feuilles de l'U/rtica crenulata sur les deux épaules, mais principalement sur l'avant-bras
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gauche, il avait ressenti peu après des douleurs atroces ; il avait tellement souffert pendant les deux jours suivants qu'il croyait devoir mourir à chaque instant.
L'éternuement, le flux aqueux par les narines, la contraction des mâchoires ont été considérables et ont duré plusieurs Jours: il a beaucoup souffert pendant deux semaines. Pour peu que l'on mouillât les parties malades, il lui semblait, nous a-t-1l dit. qu'on y versait de l'huile bouillante, Il n'a eu n1 enflure, ni
inflammation, mi fièvre.»
Tous les faits signalés par Leschenault : violentes douleurs, sensation de fer rouge, irradiations dans le bras jusqu'à l'aisselle, éternûments, coryza, contraction télanique des mâchoires, rappel des piqûres par le contact de l'eau froide se produisant longtemps après le contact initial, tous ces faits, dis-je, ont été constatés souvent depuis avec d'autres plantes du mème genre etil n'y a guère à y ajouter que l'érythème, les pustules et la fièvre qu'on voit apparaître quand le contact a été suffisamment étendu.
Voici une communication que J'ai faite à ce sujet le 10 novembre 1908 à la Société botanique de Lyon.
Parmi les plantes cultivées dans les jardins botaniques et les serres et dont le contact est dangereux, il faut mettre en bonne place les Laportea, genre voisin des Urtica.
Hier, 9 novembre, Ga..., jardinier au Pare de la Tête-d'Or, voulant retenir dans sa chute un pot de L. moroides le reçut dans les bras.
Les mains et les avant-bras découverts furent ainsi pendant quelques courts instants en contact direct avec les tiges, feuilles et fruits de cette plante, toutes les parties découvertes se couvrirent immédiatement de larges vésicules et il s'ensuivit une démangeaison et des douleurs intolérables ne permettant plus au patient de tenir en place.
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Les douleurs très violentes s'irradièrent immédiatement dans tout le bras et jusque dans l'aisselle,
Les mouvements du bras devinrent à peu près impossibles.
Après un pansement humide, puis des onctions d'huile, le malade prit le lit, maisilse produisit pendant la nuit des phénomènes généraux assez graves : forte élévation de température, insomnie et très abondante transpiration.
Ce matin (10 novembre) les douleurs s'étaient apaisées en partie, les vésicules avaient disparu, mais les avant-bras présentaient encore un érythème intense dont la rougeur était ponctuée d'un piqueté noir indiquant les points de contact. |
Les jardiniers redoutent particulièrement ces plantes car ces inconvénients persistent parfois pendant plusieurs semaines [trois semaines à un mois) et les douleurs sont réveillées par le contact de l’eau.
Le larmoiement et le coryza observés par le D' Hooker avec L. crenulata et par J. Demilly{ avec L. moroides s'expliquent par le fait que ces auteurs avaient touché ou secoué des inflorescences; or, les jeunes rameaux et les inflorescences sont couverts de poils microscopiques qui se détachent très facilement au moindre choc et occasionnent, par pénétration dans les voies respiratoires, des éternuements pendant des heures entières, du larmoiement et du coryza.
Quant aux autres effets, tous les auteurs s’accordent dans leurs détails; White a décrit un accident personnel d'herborisation avec L. canadensis et, 1l y a quelques années, des faits analogues se produisirent au Jardin botanique de Kew avec L. Gigas.
Un simple examen à la loupe montre ces feuilles de
1 J, Demilly, les Plantes du genre Laportea (Bull. Sc. Pharmacol., 1906, t. XIII, p. 144).
tie Laportea (j'ai examiné L. moroides et Schomburgkü garnies de poils raides sur les faces et particulièrement les bords du limbe.
Si l’on détache avec les aiguilles à dissection un lambeau d'épiderme, on le voit sous le microscope garni des trois sortes de poils des Orties, de courts poils glanduleux à pied unicellulaire, des poils tecteurs et de longs poils urticants à base dilatée largement en ampoule et à long stylet effilé terminal rappelant bien ceux des Orties, mais n’ayant pas, en saillie au-dessous de l'épiderme, le support parenchymateux des poils de nos Orties.
L’ampoule est logée au niveau des cellules épidermiques. On sait d’ailleurs que, dans les Orties, la hauteur de ce support varie avec les espèces.
La longue pointe fine terminale est très fragile et on la brise facilement dans les préparations.
Le parenchyme contient des cystolithes mamelonnés solubles dans l’acide acétique (CO$Ca) et des raphides insolubles dans l'acide acétique, mais solubles dans l'acide chlorhydrique (C?0#Ca).
On comprend facilement comment se produisent, par le même mécanisme que pour nos Orties indigènes, les phénomènes d’urtication, de brûlure, etc., et tous autres phénomènes immédiatement consécutifs au contact.
Comment expliquer le rappel des douleurs qui se produit plusieurs semaines encore après ce contact?
Plusieurs de mes amis et moi avons essayé, discrètement, sur nous l'effet de L. moroides et L. Schom-
burgku et nous avons vu que les douleurs ultérieures
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étaient produites par le froid, le vent, l'eau froide, ete. c'est-à-dire par des agents capables de provoquer la contraction des éléments musculaires lisses répandus dans le derme et parliculièrement annexés aux follicules des poils qu'ils peuvent redresser!.
Or, les douleurs provoquées par le froid, l’eau, sont uniquement des sensations de piqüres et j'ai pu m'assurer que l'eau liède ne provoquait aucune douleur dans une région antérieurement piquée, tandis que l'eau froide en amenait d'immédiates.
On est donc, 1l me semble, conduit à admettre que c’est la contraction des éléments musculaires lisses du derme qui amène la progression dans les téguments des pointes terminales des poils restées dans ce derme et qui provoque ainsi ces sensations de piqüres tant que persiste l'intégrité de ces pointes.
Le Houblon {Humulus Lupulus) est une plante herbacée qui croît spontanément dans toute l'Europe et plus particulièrement dans les haies; 1l est cultivé en grand dans certaines régions pour la fabrication de la bière, en particulier dans l'Est de la France.
Le Houblon est une plante dièque (les cas exceptionnels de monécie y sont très rares); on cultive la plante femelle dont les bractées de l'inflorescence ou cône sont couvertes de glandes à forme rappelant les conserves à pastilles des confiseurs.
Le produit de la sécrétion est le lupulin qui se présente en poudre d'un beau jaune quand 1l est récent et non oxydé.
1 Voir Mathias Duval, Cours de Physiologie, Art, Peau.
ie La richesse en lupulin faisant la valeur du Houblon, on arrache soigneusement les pieds mâles autour des houblonnières, parce que la fécondation diminue le rendement en lupulin.
Dans l'observation de M. Danlos, qui va suivre, il s’agit donc non de pollen, mais du lupulin.
Osservarion (publiée par M. Danlos!).
Il s’agit d'une femme de soixante-sept ans, entrée à l'hôpital avec un eczéma typique de la figure (gonflement des paupières et des joues, vésiculation abondante) et de la face dorsale des mains (vésicules groupées sous-épidermiques confluentes); la malade nous dit que ces accidents se produisent chez elle pour la deuxième fois dans les mêmes circonstances. Il ÿ a cinq ans, c'est après avoir été occupée pendant un mois à trier du Houblon qu'elle a vu se développer l'éruption. Cette fois, c'est après deux jours seulement de travail que le mal est apparu. Il paraît que pendant le triage, le pollen du Houblon (lupulin) voltige en grande quantité et c’est au contact de cette substance qu'elle attribue sa dermalite.
Cinq autres femmes, employées au même travail, auraient présenté les mêmes accidents.
Malgré des recherches bibliographiques étendues, je n'ai pas trouvé mention de faits analogues, l'interprétation donnée par la malade me paraît d’ailleurs rationnelle, vu le caractère âcre et résineux du lupulin.
L'affection a rétrocédé avec la plus grande facilité... Des vésicules groupées comme dans l'eczéma et siégeant au dos des mains ont été la première lésion.
Les faits du même ordre sont, en effet, assez rares ; voici cependant un autre cas? déjà ancien.
! Danlos, Eczéma artificiel provoqué par le houblon (Annales de Dermatologie et de syphiligraphie, 1900, 4° série, p. 392). ? London medical Gazette et Revue médicale, 1835.
Une petite fille qui avait les mains gercées les ayant mises pour se réchauffer dans des cônes de houblon entassés depuis huit jours y éprouva, ainsi qu’à la face, une cuisson semblable à celle que cause l'ortie, avec efflorescence, disposition au sommeil et trouble de la vue. Le lendemain, il y avait érythème au visage, tuméfaction accompagnée de sommeil qui dura toute la journée, avec production de vésicules au front et aux mains; dès lors, tout alla en diminuant et la desquamation eut lieu le quatrième jour.
Piffard attribue également au Houblon la propriété d'occasionner une éruption érythémateuse avec pustules disséminées. Quant à White, il n’a obtenu qu'une référence, un cas d’enflure et d'érythème de la figure et du cou après exposilion aux vapeurs d'une fomentation de Houblon. En revanche, il tient de plusieurs grands brasseurs qu'ils n'ont jamais observé aucune forme d'irritation par le Houblon chez leurs ouvriers.
Ficus Carica L. — Ie Figuier commun est un arbre qui peut acquérir une très grande taille. Ilest très probablement originaire d'Orient, mais 1l est actuellement et depuis fort longtemps naturalisé dans le Midi de l'Europe et de la France en particulier. D’après de Candolle, 1l reconnaît comme limites l'Afghanistan à l’est et les îles Canaries à l’ouest, enfin du 25° au 42° degré de latitude comme limites nord-sud.
Si la culture est spéciale au Midi, elle peut toutefois se faire jusqu'aux environs de Paris, à Argenteuil en particulier où il fructifie très bien grâce à quelques précautions.
M. le professeur Dubreuilh, traduisant! une note de À. Davidson dit ceci du Figuier :
1 Annales de Dermat. et de Syphil., 1899, p. 818.
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«Le contact des feuilles de fiquier peut aussi déterminer des éruplions papuleuses {rès prurigineuses chez les enfants. L'éruption siège surtout aux surfaces de flexion des doigts et des poignets et elle est due aux poils raides qui couvrent ces feuilles ».
L'épiderme des feuilles de Figuier présente, en effet, comme annexes des poils courts, raides, unicellulaires et assez rudes. Cette plante possède, d'autre part, dans tout son corps végétatif des laticifères inarticulés; le latex qui y est contenu est doué de propriétés irritantes et caustiques. Dioscoride en imbibait un morceau de laine dont il remplissait les dents cariées douloureuses et 1l est utilisé dans la médecine populaire pour faire disparaître les verrues et les cors. Ce latex n'est probablement pas étranger aux accidents cutanés cités plus haut.
Euphorbinacées.
Euphorbia Hippomane Mancinella L.
Hura crepitans L.
Le genre Euphorbia contient environ trente-cinq espèces françaises qui, comme toutes celles de ce genre, possèdent dans des laticifères inarticulés un latex blanc, visible dès qu'on brise une tige, une feuille, ete.
Les plus répandues sont Æ. Lathyris L. (ou Epurge), E. amygdaloides L., E. Gerardiana Jaeq., E. helioscopia L. (Réveil-matin), £. Cyparissias L., E. Peplus L., etc.
E. Characias L. est une belle espèce de la région
méditerranéenne parfois cultivée dans les jardins, de
rie même que la première, Æ. Lathyris, que l'Euphorbe panaché, de la Louisiane, E. varteqala Sims, qu'une
espèce de Corse, £. myrsinites L., etc.
Fig. 8. — ÆEuphorbia fulgens.
E. fulgens Kaw. (ou E. jacquiniaeflora Hook., fig. 8) et E. pulcherrima Willd. (ou Poinsettia pulcherrima Grah.) sont les deux espèces les plus décoratives et les
ER plus cultivées en serre pour la décoration florale hivernale.
Enfin, on cultive également des Euphorbes cactiformes (ou à port de Cactus) dont le type est E. resinifera Berg. à tige tétragone, plante du Maroc atteignant de 2 à > mètres de haut et fournissant la résine d'Euphorbe qui comme le latex de tous les autres est douée de propriélés vésicantes; Æ. officinarum L., est une plante de la même section, mais à tige 9-10 gone (fig. 9), E. meloformis Ait (fig. 10) est un de ces curieux végétaux cultivés pour leur port de Cactus.
Les propriétés du latex des Euphorbes, ou Tithymales comme on les appelait autrefois, sont connues depuis fort longtemps.
« Les enfants pour se jouer pièce, dit Bulhard!, se frottent les yeux avec ce suc blanc qui coule des tithymales (ces plantes si connues du vulgaire sous le nom de réveil-matin) et de là des érysipèles douloureux, des ulcères qui prennent un caractère de malignité et qui, quelquefois même, occasionnent la perte de la vue » et plus loin :
« Le suc laiteux des tithymales est ordinairement huit ou neuf heures à déployer toute son action sur le visage d'un enfant: une démangeaison légère, de la rougeur, une Cuisson qui s'augmente par degrés et une bouflissure qui s'étend en peu de temps sur toute la figure et jusqu'aux extrémités des oreilles, une fièvre quelquefois considérable el même accompagnée de dére: voilà les effets ordinaires de ces sortes de poison. »
! Bulliard, Jistoire des Plantes vén. et susp. de la France, p. 5, et, p. 59-60.
Frc.
Fic. 10. — Euphorbia meloformis.
Tee
E. Cyparissias et d'autres espèces indigènes ont été utilisées contre les verrues. Æ. Lathyris a des graines qui donnent par expression une huile rappelant par ses propriétés celle de Croton Tiglium, plante exotique de la même famille. Elle est purgative à la dose de quelques gouttes et appliquée en frictions sur la peau, elle occasionne en quelques minutes une dermite vésiculeuse des plus nettes.
Les groupes de vésicules qui apparaissent sur le fond érythémateux peuvent même se fusionner et former de véritables bulles.
Cette éruption s’accompagne d’une cuisson douloureuse et d’un prurit ordinairement modéré.
Le professeur L. Planchon, à propos d'un £uphorbia exotique cultivé a cité! le fait suivant :
M. D..., jardinier chef des serres, avait coupé au couteau des branches d'Euphorbia canariensis L., sans toucher la plante avec la main. Mais l'instrument mal essuyé a été plus tard touché par lui; l'œil droit touché à son tour par la main reçut donc seulement des traces du suc, l’inflammation fut pourtant (rès vive et très douloureuse,
Le fait est à signaler en raison des Euphorbes cactiformes fréquemment culivées dans les jardins.
H semble, d’après les récents auteurs, que la sortie du latex et partant l'infection peut se faire par un simple contact.
La sortie du latex (parait-1l?} peut se faire sans qu'il y ait la moindre lésion dans les tissus.
! L. Planchon, Montpellier médical, 1887, t. IX, p, 219 et suiv,
M. Delpino a remarqué, par exemple, sur la laitue vireuse dont les tissus sont encore tendres que si l’on vient à {(oucher avec un corps quelconque mais mousse soit les bractées, soit les poils de l’involucre, on voit immédiatement jaillir en dehors une goutte de latex et quand on observe le point touché au microscope, on n'observe pas de lésions épidermiques.
Le Jaticifère aurait donc été irrité, se serait contracté, déchiré et aurait laissé échapper une goutte de latex qui peut-être serait venu faire saillie au dehors par un stomate pour défendre la plante’.
En admettant même l'exactitude du fait, 1l ne serait pas démontré que ce qui se passe dans les laticifères articulés des Chicoracées se passe également dans les laticifères inarticulés des Euphorbiacées.
Deux autres Euphorbiacées exotiques : Hippomane Mancinella et Hura crepitans sont parfois cultivées dans les serres comme objets de curiosité.
H. Mancinella où Mancenillier (fig. 11), est un arbre dont le port rappelle notre Poirier ; onle rencontre aux Antilles et dans l'Amérique centrale, mais il devient de plus en plus rare, car les habitants le détruisent partout où ils le rencontrent et pour s’en débarrasser, on a brülé des bois entiers à la Martinique.
C'est en effet un arbre dangereux, mais ses propriétés malfaisantes ont été fort exagérées par plusieurs voyageurs qui ont prétendu que son ombre elle-même était funeste et que l’imprudent voyageur qui s'arrêtait et dormait sous son feuillage y trouvait la mort. On
1 H, Coupin, les Plantes originales, P. 94.
nes sait que le cinquième acte de l’Africaine a fortement contribué à populariser cette légende (le Mancenillier est d'ailleurs un arbre américain qui ne croît pas à
Madagascar, où Scribe, l’auteur du livret l'a placé).
FiG. 11. — Jippomane Mancinella.
Le naturaliste Joseph Jacquin, qui a séjourné longtemps aux Antilles a fait justice de cette légende en se tenant tout nu, pendant plusieurs heures, sous un Mancenillier, 1l a reçu la pluie qui a coulé sur le feuillage et n’en a éprouvé aucun accident; la vérité, c'est que le latex est extrêmement caustique et qu'une goutte déposée sur la peau provoque la formation d'une ampoule remplie de sérosité, c’est, en somme, une brülure et il est évident que le grand nombre pourrait occasionner de graves accidents, où même la mort. Chaptal, 1l y a plus d’un siècle, écrivait :
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« Le Mancenillier qui croît dans les Indes occidentales exhale des vapeurs très dangereuses ; l'humeur qui découle de cet arbre est si malfaisante que s’il en dégoutte sur la main, elle fait l'effet d'un vésicatoire’. »
Voici deux observations récentes? :
M. le D’ Bertrand a analysé dans la Revue internafionale de Bibliographie, un travail fort intéressant de MM. Gazeau et Reboul, médecins de la marine, paru dans les Archives de médecine navale.
L'ile des Saintes (Antilles) est couverte de Mancenilliers. Par leurs fruits, ressemblant à une pomme d’api et de couleur jaune avec une teinte d’un beau rouge d'un côté seulement, leurs rameaux et leurs feuilles gorgées d'un latex àcre et corrosif, ces arbres sont une fréquente occasion d'accidents bien connus des gens du pays et signalés aux navires qui viennent mouiller dans ces parages.
MM. Gazeau et Reboul en ont observé deux exemples parmi l'équipage l'Iphigénie.
I. — Un matelot mâche une pomme et la rejette en avalant le jus, stomatite intense avec salivation, glossite, pharyngite, gastrite, etc. Pour uriner, ayant porté à sa verge ses mains imprégnées de latex, 1l eut de la balanite et une éruption vésico-pustuleuse du fourreau
de la verge. — Guérison.