‹ Contribution à l'étude de l'origine végétale de certaines dermatitesChapitre 14 sur 20 · II. — Un second maître eut une éruption très dou · texte numérisé non relu

II. — Un second maître eut une éruption très dou

1 Chaptal, Eléments de chimie, t. TT, an XI, 1803. 2 Journal de Médecine et de chirurgie pratiques, nov. 1893, p. 848.

DÉS loureuse de vésico-pustules à la marge de l’anus, après usage de feuilles à posteriori et post defecalionem.

Le Sablier élastique (Aura crepitans, fig. 12), ainsi

FiG. 12. — Hura crepitans.

nommé à cause de la déhiscence bruyante de son fruit à nombreuses coques et de la projection des graines, est un arbre de l'Amérique tropicale, aujourd’hui cultivé dans tousles pays chauds de l'Ancien monde, Son latex est extrêmement dangereux. Boussingault, dans son Cours d'agricullure, dit : « Lorsque nous analysâmes le lait de l'Hura, M. Rivero et moi, nous fûmes atteints d'érysipèle. Le lait nous avait été

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envoyé de Gaduas par M. le D' Roulin. Le courrier qui l'apporta fut gravement incommodé et Les habitants des maisons où il avait logé sur la route éprouvèrent les mêmes accidents. »

Plusieurs autres espèces exotiques d’Euphorbiacées sont également fort dangereuses à ce point de vue, par exemple, l’Arbre aveuglant, Excæcoria Agallocha, arbre des Moluques.

Polygonacées Polygonum Hydropiper L.

La Renouée Poivre d’eau, Curage, Persicaire âcre, Persicaire brülante, Piment aquatique, Herbe de Saint-Innocent, etc., est une herbe annuelle particulièrement abondante dans les lieux humides. Elle fut autrefois employée en médecine et est encore utilisée en Amérique. White tient d'un grand négociant de ce pays que celte plante irrite les mains et la figure de ceux qui la récoltent, produisant de la démangeaison et de la cuisson.

Plusieurs auteurs français l'avaient signalée comme suspecte.

Brisseau-Mirbel' en parle comme d’une plante äcre el corrosive et signale son emploi comme détersive, diurétique et antiscorbutique. L'Abbé Cariot? dit qu’ «elle a dans ses feuilles toute l’âcreté qu'annoncent ses différent noms. Elle est repoussée des animaux ; c’est une plante vénéneuse dont le suc rubéfe la peau »,

1 Brisseau-Mirbel, Histoire des Plantes, t. XI, p. 83, an XII. ? Abbé Cariot, Botanique. Dictionnaire, Art, Rexoufs.

Phytolacecacéces.

Phytolacca decandra L.

Le Phytolaque à dix étamines, vulgairement appelé Raisin d'Amérique, Herbe à la laque, Epinard d’Amérique, Epinard des Indes, Méchoacan du Canada, etc., est une plante herbacée vivace originaire de l'Amérique du Nord, mais depuis longtemps déjà naturalisée dans le Midi de la France et dans l’Europe méridionale.

Cazin en signale le suc commeirritant et rubéfiant quand il est appliqué sur la peau.

Un ramasseur de plantes médicinales de la Caroline du Nord a informé While que la manipulation de la plante verte et de la racine amène fréquemment une vive irrilation de la peau.

Bigelow signale également ses propriétés irritantes vis-à-vis de la peau et dit que son application peut amener une escarre.

On serait tenté de croire que cette action est due aux nombreuses raphides qui remplissent les tissus du Phytolaque mais d’après le Dispensatory le suc ou une forte décoction de la racine produit une douleur brûlante ou cuisante.

Ces raphides ne sauraient donc être le seul agent incriminé.

White cite enfin M. Lloyd, dont les ouvriers connaissent bien l'action irritante du Phytolaque, semblable à celle du Podophyllum peltatum et produisant une sérieuse inflammation des paupières.

DIALYPÉTALES

Renonculacées

Helleborus.

Eranthis hiemalis Salisb.

Delphinium Staphisagria L.

Aconitum.

Ranunculus.

Ficaria ranunculoides Mœnch.

Adonis.

Anemone.

Actaea spicata L.

Clematis.

Les Renonculacées sont des plantes essentiellement âcres et vénéneuses, el nombre d'auteurs signalent le principe vésicant, mais volalil que contient le suc de beaucoup d’entre elles.

Etudier toutes celles qui possèdent ces propriétés serait faire l’histoire de presque toute la famille, je me bornerai à parler des plus connues ou de celles qui ont été particulièrement signalées à ce point de vue.

La Rose de Noël, Helleborus niger L., Hellébore noir (fig. 13), croit spontanément dans certaines montagnes de l’Europe. Cette plante vivace doit son nom de Rose de Noël à l’époque de sa floraison, et c'est pour ses fleurs s'épanouissant au début de lhiver qu’on la cultive dans les jardins.

La plante appliquée fraîche sur la peau y produit un effet vésicant; Piffard confirme cette propriété et Cazin rappelle les expérimentations de Dubois, de Tournai, dans lesquelles les fleurs écrasées et appliquées sur le bras ont développé une plaque d'un rouge

FR us vif, recouverte de nombreuses vésicules, analogues à celles que produisent les Renoncules.

L'Hellébore fétide, Helleborus foetidus L. (fig. 14), Pied de Griffon ou Patte d'ours, est l'espèce la plus commune en France; cette herbe vivace croît abondamment dans tous les lieux pierreux et incultes. Elle a des propriétés analogues à la précédente.

FiG. 13, — Helieborus niger.

L'Hellébore vert, 27. viridis L., autre plante herbacée vivace indigène est plus rare. Ses propriétés, d'après Cazin, sont celles des deux espèces précédentes, avec une plus grande activité.

L'Hellébore d'hiver, Eranthis hiemalis, qui fleurit dès le début du printemps possède, d'après Cauvet, les propriétés qu'on verra plus loin décrites pour les Renoncules.

La Dauphinelle Staphisaigre, Delphinium Staphi-

Fic. 14. — Helleborus foetidus.

+ 99. — sagria, plante bisannuelle du Midi de la France, est cultivée pour ses graines qui sont, à l’état de poudre, un remède populaire contre les poux.

L'effet produit sur la peau est une rubéfaction plus ou moins intense suivant la durée d'application, avec sensation de chaleur et de fourmillement.

Les Aconits sont des plantes herbacées vivaces dont quatre espèces croissent en France et sont des poisons violents, à des degrés divers.

L’Aconit Napel, Aconitum Napellus L., est une plante de montagne cultivée bien imprudemment dans les jardins pour ses belles grappes de fleurs bleues.

L'Aconit tue-loup, A. Lycoctonum L. (fig. 15), est une plante des bois et des prés humides des montagnes. À. paniculatum Lam. et À. Anthora L. sont les deux autres espèces qu'on trouve également dans les montagnes, la première dans les bois humides, la seconde sur les rochers.

Ces poisons redoutables n’ont pas sur la peau une action bien considérable, elle paraît se borner à de la rubéfaction avec sensation de chaleur et cuisson. Bulliard dit que l’Aconit a l’action d'un vésicatoire lent.

Les régions où l’épiderme est plus délicat sont naturellement plus sensibles à cette action.

Cazin signale cette rubéfaction dans les cas d’application de la plante comme anti-névralgique.

Le Dispensalory parle également de cette action, Piffard parle de rougeur et de vésicules. Enfin, White, qui cite ces deux sources, dit en outre que, selon Lloyd, en manipulant la plante pour l'extraction de

Fic. 15, — Aconitum Lycoctonum.

= be l'aconitine, il survient aux ouvriers de graves inflammations de peau.

Le genre Ranunculus, Renoncule, est représenté en France par une quarantaine d'espèces, herbes annuelles, bisannuelles ou vivaces, qui toutes}sont âcres, caustiques, vésicantes et souvent vénéneuses, leur principe actif est volatil et les propriétés dangereuses disparaissent par la dessiccation.

Les principales espèces! sont : Ranunculus sceleratus L., Renoncule scélérate, Mort aux vaches, Grenouillette des Marais, Herbe sardonique: À. acris L., Renoncule âcre, Renoncule des près, Grenouillette, Jauneau, Bouton d'Or; À. bulbosus L., Renoncule bulbeuse, Bassinet, Pied de coq...; À. repens L., Renoncule rampante, À. Flammula L., Petite Douve:; R. Lingqua L., Grande Douve; R. Thora L.:R. arvensis L., Renoncule des champs; etc.

Une espèce voisine des Renoncules, Ficaria ranunculoides Moench, Ficaire, désignée sous les noms vulgaires très variés de Petite Chélidoine, Petite Eclaire, Petite Scrofulaire, Herbe au fie, ete., possède les mêmes propriétés que les Renoncules quand la plante est en fleurs.

L'action rubéfiante el vésicante de ces plantes est connue depuis fort longtemps.

Linné et Gaspard Hoffmann rapportent que les mendiants se faisaient venir des ulcères par l'applicahon de la Renoncule scélérate.

! Au point de vue de l'action exercée sur les téguments; au point

de vue de la fréquence, il faudrait faire une large place aux Renoncules aquatiques, douées d'ailleurs de propriétés semblables.

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Les Renoncules ont été employées autrefois comme vésicantes par divers médecins; l'application en est douloureuse et il peut en résulter des ulcérations et même de la gangrène.

Cazin, quifa manié ce remède comme la plupart des plantes médicinales indigènes, recommande de ne laisser en contact que peu de temps et sur une petite surface.

Il ajoute qu'on doit s’en abstenir chez les femmes et les enfants, à peau délicate.

D'après Bigelow, une tranche du bulbe frais de la Renoncule bulbeuse appliquée sur la face latérale du doigt amène de la cuisson en deux minutes. Si on l’enlève, la peau n’est pas rouge et la sensation de cuisson et de démangeaison disparaît. Cependant elle reparaît au bout de deux heures et au bout de dix heures survient une ampoule pleine de sérosité et dont l'ulcération est longue à guérir.

Pour Bazin, les dermites causées par les Renoncules rentrent dans les dermites à vésicules moyennes.

Bullhiard qui, en 1784, décrivait déjà d’une façon très précise cette action des Renoncules, ajoute que lorsque le suc pénètre dans les yeux, il provoque une douleur et une cuisson terribles.

Le genre Adonis est également doué de propriétés irritantes; Adonis autumnalis L., Adonide d'automne, Goutte de sang et À. aestivalis L., Adonide d'été, Oil de perdrix, sont deux espèces annuelles qu’on rencontre dans les moissons.

A. vernalis L., Adonis du printemps (fig. 16), est une espèce vivace des Alpes, des Cévennes, de l'Alsace etc ,

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somme toute peu répandue, mais très cultivée dans les jerdins.

Les Adomis qui croissent en France, dit Cauvet,

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une action vésicante et le D' Biau rapporte! que dans les montagnes de l'Aveyron, on écrasait l'A. vernalis entre deux pierres et on l'appliquait sur la peau pour faire de la vésication.

Les mêmes propriétés se retrouvent dans un genre très voisin, le genre Anemone, qui les doit à l’'anémonine dont les manipulations dans l'extraction amènent les mêmes phénomènes d'irritation et de vésication que lorsqu'on applique sur la peau les plantes fraîches plus ou moins écrasées.

Les Anémones sont des plantes herbacées vivaces qui croissent au bord des eaux, sous bois ou dans des heux couverts.

Heyer a trouvé l’anémonine dans Anemone nemorosa L., Anémone des bois ou Anémone Sylvie; A. Pulsatilla L., Anémone Pulsatille ou Coquelourde, (fig. 17) et A. pratensis L., Anémone des prés.

Une quatrième espèce, également française, mais peu répandue, À. ranunculoides L., Anémone à fleurs de Renoncule donne un suc qui servirait au Kamtschatka à empoisonner les flèches; on a dit que les Gaulois se servaient pour le même usage de Ranunculus Thora.

Les propriétés irritantes et vésicantes de ces diverses espèces les ont fait employer autrefois en médecine et les font encore utiliser aujourd'hui dans les campagnes en guise de sinapismes ou de vésicatoires.

Cet emploi n’est pas sans danger ainsi que le montre

1 À. Biau. l’« Adonis vernalis » dans le lraitement des Maladies du cœur (thèse de Lyon, 1907).

ET le fait suivant, rapporté par Bulliard, touchant l’Anémone Pulsatille.

F1G. 17. — Anemone Pulsatilla.

& On l’emploie quelquelois, dit-il, comme médicament externe pour guérir les cors aux pieds, il suffit de la piler et de l'appliquer dessus,

J’ai vu un accident très grave être la suite de la racine de cette plante pilée et appliquée à nu sur le gras de la jambe d'un vieillard. .

Depuis longtemps ce malheureux souffrait d’un rhumatisme goutteux et faisait sans succès tout au monde pour se soulager. Une bonne femme lui apporte celte racine et, après lui avoir assuré avec ce ton qui persuade que s'il voulait faire ce qu'elle lui dirait 1l serait guéri, voici ce qui arriva : le vieillard broya cette racine entre deux pierres ; c'élait au printemps et il faisait chaud; il se l'appliqua sur le mollet, but une bonne bouteille de vin, el se coucha, Ce remède manqua lui coûter la vie: il y

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