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avait bien dix à douze heures qu'il éprouvait les plus cruels tourments, lorsqu'enfin 1l devint forcé d'appeler du secours. On courut chercher un chirurgien qui trouva toute la jambe gangrenée et le malade dans le plus dangereux état; les scarifications, des compresses d’eau-de-vie camphrée furent encore administrées assez à temps pour s'opposer aux progres du mal et, par des soins et un traitement convenable, le malade guérit et même “assez promptement. Il est bon d'observer que cet homme ne s'est jamais ressenti depuis de son rhumatisme. »
Le même auteur dit également plus loin à propos de l’Anémone Sylvie: « Cette planche fraîche est extrèmement àâcre, extérieurement elle agit comme vésicatoire : on l'emploie avec succès pour détruire les cors des pieds, mais il faut y mettre de la précaution soit qu'on emploie les feuilles, soit qu'on emploie les racines, parce qu'étant appliquées à nu sur la peau elles peuvent y produire et même en très peu de temps l'effet d’un cautère. »
Actaea spicata L., Actée en épi ou herbe de Saint- Christophe est une plante vivace assez commune dans les bois montagneux et cultivée dans les jardins.
Piffard lui attribue des propriétés vésicantes dont je n’aitrouvé nulle part la confirmation expresse, mais qui sont très vraisemblables en raison de la toxicitéde toutes les parties de la plante. Les symptômes de l’'empoisonnementrappellent nettement ceux de lempoisonnement par les Hellébores.
Beaucoup mieux et plus anciennement connues sont à ce point de vue les diverses espèces du genre Clema- Lis : trois espèces principales sont françaises. Clemalis Vitalba L., Clématite vigne blanche, Clématite des
haies, Herbe aux gueux etc., est l'espèce la plus
ss Rs répandue ; c’est une liane envahissante très commune dans les haies et les buissons.
C. Flammula L., Clématite odorante, est une espèce également sarmenteuse, abondante dans le Midi où elle est localisée à l'état sauvage, mais elle est très cultivée pour ses fleurs abondantes et d'odeur suave.
C. recta L., Clématite dressée, esl une espèce herbacée un peu plus répandue, mais localisée en France dans le Sud et le Sud-Est.
Appliquées sur la peau, les parties vertes et fraîches de toutes ces plantes produisent de la vésication.
Cazin qui a employé la Clématite des haies comme vésicatoire dit qu'elle a un effet très prompt et qu'on peut en tirer un grand parti à la campagne.
L'action d'abord rubéfiante puis vésicante des feuilles ne s'arrête pas là et, si on prolonge l'application, il se produit une ulcération d'ailleurs superficielle et facile à guérir.
C'est par ce procédé que les mendiants obtenaient à volonté des ulcères pour exciter la commnsération des passants, de là vient à la Clématite des haies son nom d'Herbe aux gueux.
Les Clématites exotiques ont les mêmes propriétés, c'est ainsi qu'à l'Ile Bourbon on utilise en médecine les propriétés vésicantes de la (//ematis mauriliana Lam.
Nympheéncées Nuphar luteum Sibth.
Nymphaea alba 1.
Le Nénuphar blanc (Nymphaea alba) et le Nénuphar jaune {Nuphar luteum) sont des plantes aquatiques
= A herbacées vivaces par leur rhizome enfoui dans la vase, tandis que feuilles et fleurs viennent flotter à la surface.
Les rhizomes de l’un et de l’autre ont joui pendant longtemps d'une grande célébrité sous le nom de racine de Nénuphar.
Pline, Dioscoride et d'autres auteurs anciens leur attribuaient la vertu d'éteindre les désirs vénériens et même d’abolir la faculté génératrice.
« Les pieux cénobites de la Thébaïde et les ardents ermites du désert!, au rapport de Prosper Alpin, en font usage pour supporter le pesant fardeau de la rigoureuse continence qu'ils s'imposent et, dans les couvents, moines et religieuses auraient demandé à ces plantes les moyens de résister à la révolte des sens à laquelle les expose une chasteté rigoureuse et prolongée. »
Cette réputation anaphrodisiaque s’est répandue dans le public et est aussi connue que peu justifiée.
Comme l'a fait très judicieusement remarquer Murray, l'usage journalier que font les paysans suédois de ces rhizomes dans leur alimentation ne paraît pas avoir réduit chez eux la natalité.
Plusieurs auteurs ont depuis longtemps déjà signalé la rubéfaction que produisent ces rhizomes à l’état frais quand on les applique sur la peau etont fait remarquer que celte propriété n'était guère concihable avec la vertu réfrigérante qu'on leur attribuait. Cazin a expérimenté ces rhizomes et a pu se convaincre qu'à l'état frais ils rougissent et enflamment la peau sur laquelle
on les applique, et il pense que cet effet peut expliquer
1 D'après la Flore médicale, art. NÉNUPHAR.
le succès, tout révulsif, obtenu par Detharding contre certaines fièvres intermittentes en en appliquant des tranches sur la plante des pieds.
Papavéracées.
Chelidonium majus L.
Sanguinaria canadensis L.
La Grande Chélidoine (Chelidonium majus) appelée encore Grande Eclaire, Eclaire, Herbe aux verrues, etc. est une herbe vivace à rhizome, que l'on trouve dans toute la France et qui pousse volontiers sur les vieux murs, les décombres, etc... Tous ses organes végétatifs contiennent dans des vaisseaux laticifères un latex d'un beau jaune qui, à l'air, devient orangé puis brun.
Ce latex contient entre autres principes de la Chélidonine et de la Chélérythrine ; il a des propriétés caustiques connues depuis fort longtemps. On lit dans Pline que les hirondelles se servent de ce suc pour guérir les yeux de leurs petits, et que c’est cette remarque qui l’aurait fait employer pour enlever les aies des yeux (d’où ses noms d’EÉclaire, Grande Eclaire).
On utülise couramment dans la médecine populaire ces propriétés caustiques du latex pour la guérison des verrues et des cors, et Cazin fait observer à ce sujet que son action amène volontiers l'inflammation des parties voisines.
En Amérique, où c’est une plante médicinale très
Fi. 18. — Sanguinaria canadensis.
employée ‘, les personnes qui la récoltent ont fréquemment à en souffrir.
Les mêmes remarques s'appliquent à la Sanguinaire du Canada (Sanguinaria canadensis) (fig. 18) cultivée chez nous dans les jardins botaniques.
C'est une plante herbacée vivace à rhizome, très commune dans les bois de l'Amérique du Nord depuis le Canada et la Floride.
Son latex rouge contient de la Sanguinarine, voisine sinon identique à la Chélérythrine. Il a des propriétés caustiques analogues à celui de la Chélidoine et provoque les mêmes accidents cutanés chez les personnes qui récoltent ou qui manipulent cette plante.
Cruciféères.
Cochlearia armoracia 1.
Eruca sativa L.
Lepidium sativum L. Sinapis alba L.
— arvensis L,.
— nigra L.
Sispmbrium Alliaria Scop.
— officinale Scop.
La plupart des Crucifères peuvent fournir une huile volatile très âcre qui ne préexiste pas dans les tissus, mais se forme quand un ferment et un glucoside qui y sont contenus sont mis en contact par l’écrasement ou le broyage des tissus; dans la plante intacte au contrare ferment et glucoside sont isolés dans des cellules
! White, pour donner une idée de l'extension de son emploi, cite un marchand de plantes médicinales de la Caroline du Nord, qui en offrait 1.500 livres de feuilles à vendre,
distinctes ainsi que l'a démontré M. le professeur Guignard.
Un des types les plus connus à ce point de vue est la Moutarde noire (Sinapis nigra L.. où Brassica nigra Koch), plante annuelle dont les tiges rameuses peuvent atteindre jusqu’à 1 mètre de hauteur.
La Moutarde noire croit spontanément dans les champs, les terrains pierreux et volontiers au bord des chemins et au voisinage des maisons.
Elle est particulièrement cultivée en Flandre, en Picardie et en Alsace pour ses graines.
Réduites en poudre et mises au contact de l'eau, froide ou tiède, le ferment albuminoïde qu'elles contiennent, la myrosine, réagit sur une sorte de glucoside potassique, le myronate de potasse et en présence de l’eau, amène son dédoublement en glucose, sulfate acide de potasse et isosulfocyanure d’allyle.
M. Guignard' a démontré que ferment et glucoside étaient contenus dans des cellules distinctes, le ferment albuminoïde existant dans des cellules spéciales du parenchyme huileux des cotylédons et de l’axe embryonnaire.
Des localisations et des réactions analogues se rencontrent dans les graines ou les tissus de bon nombre d’autres Crucifères, ou de plantes d’autres familles ; seuls les produits de dédoublement sont différents.
Ici, l'isosulfocyanure d’allyle, ou allyl sénévol, ou essence de moutarde manifeste sa présence par son odeur forte et piquante et c'est à lui que l’on doit la
{ Guignard, C. R. de l’Ac. des Sciences, 1890, t, CXI, p. 49.
RÉ révulsion provoquée par les cataplasmes de farine de Moutarde ou Sinapismes.
Cette action provoque une dermite érylhémateuse typique : la région sur laquelle le Sinapisme a été appliqué est le siège de picotements qui s'accroissent et se transforment en une vive cuisson ; au bout de quelques minutes, c'est une véritable sensation de brùlure et la douleur est augmentée encore par le mainüen de l'application.
Si on enlève le Sinapisme, la peau se couvre de larges taches dont la multiplication et la réunion donnent à la région tout entière une teinte rosée caractéristique. Cette rougeur persiste parfois plusieurs jours, la douleur au contraire s'atténue très vite.
Plusieurs heures d'application amènent de la vésication. Il persiste souvent après l'apphication d'un Sinapisme une certaine pigmentation quelquefois d'un brun sombre, ce qui est à considérer au point de vue du heu de l'application.
L'action du Sinapisme est entravée par tous les agents capables de diminuer ou de détruire la myrosine, par exemple l'eau chaude, le vinaigre, ete.
Les anciens savaient que le vinaigre diminue l'activité de la Moutarde. Aëtius dit : Sed et hoc noscendum est: st in aceto macerelur sinapis, inefficacius redditur, acetum enim sinapis vim diseutit.
La Moutarde blanche (Sinapis alba) est une plante annuelle de 5o centimètres de haut, environ, qui repousse abondamment dans tous les champs où elle a été cultivée, dans presque toutes les contrées tempérées de l'Europe.
Broyées avec l’eau, les graines ne donnent pas d’essence, mais un principe âcre el onctueux. Le dédoublement du glucoside (ou sinalbine) par la myrosine donne du glucose, du sulfate de sinapine et du sulfocyanate d’orthoxybenzyle.
Elle à toutefois une action rubéfiante marquée.
La Moutarde des champs, Ravon ou Ravenelle, (Sinapis arvensis) est une plante annuelle, mauvaise herbe également très répandue qui est inoffensive quand elle esttrès jeune, mais la plante fleurie et plus tard lesgraines sont également douées de propriétés rubéfiantes.
L’Alliaire {Sisymbrium Alliaria Scop., Erysimum Alliaria L., Alliarta officinalis Andrz.) est une plante bisannuelle très répandue dans les lieux frais et ombragés. Elle doit son nom à l'odeur d’ail qu’elle exhale de toutes ses parties quand on la froisse.
Dubois, de Tournai, a signalé autrefois ses effets rubéfiants analogues à ceux de la Moutarde noire.
Le Vélar ou Herbe aux Chantres /Sisymbrium officinale Scop., Érysimum officinale L.), est une plante annuelle très abondante le long des haies, au bord des chemins, etc.
Ses feuilles, ses rameaux fleuris et ses graines ont été signalés pour leurs propriétés irritantes par plusieurs auteurs (Cazin, White, etc.).
Le Grand Raifort sauvage {Cochlearia armoracta), encore appelé Cranson, Cran de Bretagne, Moutarde des Capucins, etc..., est une plante vivace croissant spontanément au bord des ruisseaux, dans les fossés, en France et plus particulièrement en Brelagne. Il est
cultivé dans les jardins, plus spécialement en Angleterre et en Allemagne.
La propriété rubéfiante et puissamment révulsive de sa racine mérite d'être particulièrement signalée. Cazin dit à ce sujet: « Callen la regarde comme plus active que la moutarde et Haller la dit préférable pour préparer les sinapismes à toutes les plantes de sa famille. Cette racine est d’après les expériences de Dubois, de Tournai, et les miennes un des plus puissants rubéfiants connus. »
Il est signalé comme vésicant, par White, en même temps que le Lepidium salivum, Cresson alénois ou Passerage, je n'ai trouvé d'autre indication pour l'usage externe de ce dernier que le rappel d’une prescription d’'Ambroise Paré qui le conseillait contre les croûtes de lait des enfants.
Beaucoup d’autres Crucifères seraient à citer comme rubéfiantes el vésicantes, toutes n’ont pas été signalées mais 11 faut nommer au moins la Roquette cultivée, Eruca sativa L., voisine des Moutardes, qui ne possède peut-être pas les propriétés aphrodisiaques que Dioscoride, Pline, Columelle, Martial, Ovide..., li attribuaient, mais dont les graines, dit Cazin, peuvent amener la rubéfaction.
Droséracées.
Drosera intermedia Hayn.
— longifolia L.
— rotundifolia L.
Ces trois Drosera sont des plantes herbacées vivaces, croissant dans les endroits tourbeux et marécageux, prairies humides, etc.
Leurs feuilles en rosette sont souvent couvertes de gouttelettes de liquide, ce qu'exprime en grec drosos
F1c. 19. — Drosera rotundifolia.
(rosée) et en latin le nom ancien (sous lequel les dési-
gnait poétiquement Tournefort) de Rossolis (Ros solis,
rosée du soleil).
Ces trois espèces sont des espèces françaises, dont la plus commune est le Rossolis à feuilles rondes/Drosera rotundifolia, fig.19),le Rossolis intermédiaire(D.inter-
media, fig. 20), a des feuilles obovales intermédiares
gg:
FrG. 20. — Drosera inlermedia.
entre les feuilles orbiculaires du D. rotundifolia et les feuilles oblongues du D. longifolia.
Bien connues pour leur réputalion de plantes insecüivores', ce sont: des plantes « âcres, amères et vésicantes qui, dans les pâturages, sont dangereuses pour les moutons ? »,
Loudon signale particulièrement la troisième espèce, commune dansle nord des Etats-Unis, pour ses proprié-
1 Darvin, les Plantes insectivores, trad, française d'Ed, Barbier. n
? P. Constantin, le Monde des Plantes, t. 1, p. 749.
a tés corrosives qui font disparaître les verrues, les COrs, les rousseurs et le hâle et Piffard lui attribue nettement des propriétés vésicantes.
Vicat vantait comme épispastiques les feuilles de D. rotundifolia broyées avec du sel.
Géranineces.
Tropaeolum majus L.
La Grande Capucine, originaire du Pérou et du Mexique est, chez nous, une plante annuelle très culuvée dans les jardins.
Cloëz y a signalé la production d’une essence sulfurée, analogue à celle de la Moutarde noire, dont on perçoit l’odeur quand on froisse la plante. M. Guignard a trouvé une analogie complète avec les Crucifères au point de vue de la localisation des principes actifs et des conditions où se forme l’essence.
Ceci explique son effet irritant sur la peau, dont plusieurs cas très nets ont été constatés par White qui les a décrits en détail.
Dans ces cas, 1l s'agissait de dermatite à type eczémateux avec, comme symptômes subjectifs, de la démangeaison et une forte cuisson, les vésicules étaient limitées à la main qui avait cueilli les Capucines.
Chez les malades observés, l'affection récidiva plusieurs fois, à des années d'intervalle, quand le contact avec ces plantes se reproduisit à nouveau.
Linacées Linum usitatissimum L.
Le lin usuel est une plante annuelle originaire
d'Egypte et d'Italie, mais naturalisée en France et très cultivée surtout dans le Nord comme plante textile et comme plante oléagineuse.
Les cataplasmes faits avec la graine pulvérisée sont d’un usage si habituel comme émollients qu'on pourra être surpris de voir cette plante figurer 1c1.
Je la signale simplement pour mémoire, parce que dans les filatures de lin, les ouvriers qui travaillent ces fibres « à l'humide », les fileurs et surtout les varouleurs sont exposés à une dermite spéciale qui a été signalée eu 1875 par Purdon', bien décrite en 1885 par le professeur Leloir*et par un de ses élèves? en
Comme l’a montré M. Leloir, cette dermite fort prurigineuse est une dermite eczémateuse dont les différentes formes peuvent être résumées ainsi : 1° Eczéma érythémato-vésiculeux; 2° Eczéma vésiculo-pustuleux; 3° Eczéma squameux ; 4° Eczéma lichénoïde.
Les trois premières formes ne sont que passagères, toutes aboutissent finalement à la forme d'eczéma lichénoïde sec qui se rencontre le plus fréquemment, neuf fois sur dix.
Cet eczéma qui siège surtout aux mains et aux pieds est accompagné d'un épaississement notable de la couche cornée et amène quelques troubles fonctionnels ordinairement peu accentués (raideur de la main et des doigts, disposition en griffes.)
1 Trealise on Cut. Med.
? Annales de Dermal. el de Syphil., 1885, P. 129. 3 (Thèse de Lille, 1888), De l'Eczéma des fileurs et varouleurs de
lin, par Ch. J. Lefebvre.
En étudiant de près l’étiologie de celte affection, M. Leloir a montré que les deux principaux facteurs sont le lin fabriqué et l’eau qui sert à le débarrasser de ses impuretés.
Cette eau très chaude est contenue dans des bacs (ou boîtes) que traversent les mèches de lin et les fils qui en proviennent. Les mains des ouvriers sont constamment enduites de celte eau visqueuse qui les recouvre d’une sorte de mucilage.
Plus l’eau est fréquemment renouvelée, moins il y a de dermites. Lorsque l’eau est renouvelé chaque jour, les dermites sont rares ; si elle est renouvelée chaque semaine, elles sont un peu plus fréquentes, mais si comme dans certaines filatures, l’eau séjourne pendant sept à huit semaines, ous les ouvriers sont atteints sans distinction. L'eau est alors chargée d’acide butyrique et d’acidelactique.
Il est intéressant de comparer ces faits qui se sont produits à Belfast (Irlande) et à Lille avec les résultats de l'enquête faite par White, en 1886, dans un certain nombre de filatures américaines; partout l'affection était inconnue, probablement parce que les conditions
hygiéniques y sont meilleures.
Rutacées.
Ailantus glandulosa Desf.
Citrus vulgaris Risso.
Ruta graveolens 1.
L’Ailante glanduleux, Faux Vernis du Japon (Ailantus glandulosa), est un arbre originaire de l'Asie tempérée qui fut introduit en Europe en 1751 par le Père d’'Incarville. Cette espèce s’est fort bien acclimatée en
France où elle s'est rapidement mulüphée et où elle est très employée pour la décoration des promenades parce que son feuillage persiste fort avant dans la saison.
Vers la finde juin, au moment de la floraison, l'arbre exhale une odeur très désagréable et c'est à ce moment d'après White, qu'il occasionnerait plus particulièrement des dermalites dont il cite plusieurs cas.
Dans l’un d’eux, la dermatite de la face était attribuée aux émanations d'un Auilante qui croissait très près de la chambre à coucher du malade.
L’odeur si pénétrante et désagréable des Aïlantes en fleurs est en effet due à une substance âcre et amère, excessivement volatile et Decaisne a signalé les accidents qu'elle pouvait produire.
P. Constantin! indique les feuilles comme irritantes et dit qu'elles laissent parfois des éruptions aux mains de ceux qui les manient.
L'arbre doit donc êlre suspect à Juste titre.
Les Citrus sont des arbres originaires de l'Asie orientale et méridionale cultivés aujourd'hui dans les régions chaudes du globe entier.
On peut les cultiver sous le climat de Paris, maisil est indispensable de les rentreren serre dès que la température descend à 6 ou 7 degrés centigrades.
Le Bigaradier {Citrus vulgaris) est plus rustique que l'Oranger doux, et il est pour cette raison plus communément cullivé dans les orangeries du Nord :
les célèbres Orangers de Versailles sont des Bigara-
t Le Monde des Plantes, &. I, p. 342,
diers. En dehors de ses feuilles et de ses fleurs, il fournit à la matière médicale l'écorce de ses fruits, ou Ecorce d'orange amère.
M. Imbert-Gourbeyre! a étudié les accidents généraux et locaux auxquels sont exposées Îles personnes qui préparent et pilentces écorces. Ses observations ont été recueillies en quinze ans sur 41 ouvrières parmi lesquelles 12 seulement ont été indemnes. Les phénomènes généraux (troubles nerveux, céphalalgie, vertiges, névralgies diverses, convulsions plus où moins épileptiformes, crampes, agitation, etc.) sont attribués par lui à l’action de l'essence qui sature l'atmosphère des pièces où se fait ce travail.
Quant aux phénomènes locaux du côté de la peau, ils consistent en érythèmes douloureux avec tuméfacton, en éruplions vésiculeuses et pustuleuses avec pruritet cuisson intenses.
Ces lésions affectent la face et les membres supérieurs, en particulier la main gauche qui tient le fruit pendant l’incision; elles sont remarquables par leur durée presque indéfinie dans certains cas et par les souffrances parfois intolérables qu'elles occasionnent.
Au double point de vue général et cutané, l’auteur rapproche cette action de celle du Camphre.
Le Dispensatory signale également chez les personnes employées à la fabrication de l'essence d’écorces d'oranges des éruptions érythémateuses, papuleuses et vésiculeuses siégeant spécialement aux mains et à la face. |
1 Imbert-Gourbeyre, Recherches sur l’action de l'huile essentielle d'oranges amères (Moniteur des Hôpilaux, 1854, p. 78 et 100),
La Rue fétide {Rula graveolens), Rue officinale,
Rue odorante, Rue des jardins, etc. (fig. 21) est une
plante suffrutescente croissant spontanément dans le
F1G. 21, — Rula graveolens.
Midi de la France, on la rencontre dans d’autres régions de notre pays, mais elle est alors vraisemblablement échappée des jardins.
£n dehors de son aclion comme médicament interne, ullisé tantôt dans un but thérapeutique, tantôt dans
un but criminel, son action sur la peau est bien connue
La
et tous les auteurs de botanique médicale la signalent comme rubéfiante ou même vésicante. Il suffit de l'appliquer sur la peau pour produire de la rubéfaction et l'observation suivante (résumée) montre la sensibilité spéciale présentée par certaines personnes à son endroit.
On lit dans la Gazelte hebdomadaire du 8 novembre 1861, une observalion très curieuse d'accidents graves déterminés sur la peau par la Rue { Rula graveolens L.), présentée à l'Académie de médecine par M. J. Léon Soubeiran; voici le résumé succinct de cette observation :
Dans le mois d'août 1860, M. Puel, pharmacien, après avoir récolté des échantillons de Zuta graveolens, éprouve de violentes démangeaisons aux mains qui se recouvrent le lendemain d'une éruption vésiculeuse en groupes offrant jusqu à un certain point l'aspect général d'une éruption psorique. Au bout de deux jours, et sans cessation du prurit, les groupes vésiculeux s'étendent et forment, en se rapprochant, de larges phlyctènes. Cet état persiste dix à douze jours, puis l'inflammation s'éteint et l'épiderme exfolié tombe en desquamation. Cependant quinze jours ou trois semaines après se manifestaient encore de petits groupes vésiculeux semblables à ceux de l'éruption primitive. Les orteils des deux pieds furent le siège de phénomènes analogues dus sans doute au contact des mains sur ces parties, comme tendrait à le prouver leur apparition ultérieure. Cette année, M. Puel veut compléter sa collection, et pour éviter les accidents il a le soin de saisir entre le pouce et l'index de la main droite l'extrémité de chaque rameau de rue, dont il coupe en même temps la tige avec des ciseaux bien tranchants; mais malgré ces précautions les accidents reparaissent avec une intensité plus grande encore, et ne durent pas moins de trois semaines; la main droite était transformée en une vaste plaie dans toute son étendue. Ces accidents s'accompagnèrent d'une fièvre intense.
M. Léon Soubeiran n'hésite pas à attribuer cette affection à la plante elle-même; mais quelle est la partie de la plante qu'il
1 Bazin, loc. cit., p. 83.
faut incriminer? L'auteur que je cite pense que la cause principale, sinon unique, des dits accidents n'est autre que l'huile essentielle que la Æula graveolens renferme, essence qui, a cerlaines époques, formerait autour de la plante, une sorte d'atmosphère irritante au plus haut degré.
C'est en citant Soubeiran que Piffard attribue à la Rue son action rubéfiante et vésicante.
Le Dispensatory donne le cas d’un homme qui eut, après avoir cueilli de la Rue, une grave et durable inflammation vésiculeuse des avant-bras.
Loudon remarque que si, à l'état frais, les feuilles produisent sur la peau de l'inflammation et des vésicules, une grande partie de leur pouvoir noeif se dissipe par la dessiccation qui correspond précisément à la perte d’une grande partie de l'essence.
Térébinthacées.
Rhus.
Le genre Sumac doit son nom de Rhus (du grec rhous, tré du celtique Rhudd, rouge) à la couleur des fruits ou des feuilles, à l'automne, de plusieurs espèces.
On en connaît environ 120 espèces, dont 2 sont françaises : hus Cotinus L. et R. Cortaria L. La plupart des autres sont des plantes des régions chaudes extra-tropicales des deux hémisphères.
Le Zi. Cotinus(fig. 22) ou Sumac Fustet, Sumac des teinturiers, Coque cigrue, doit son nom d'Arbre à la perruque à l'aspect plumeux que prennent les inflorescences et qui lui donnent un aspect particulièrement décoratif à l'automne. Il est planté dans les jardins et
les parcs et croit spontanément dans nos départements du Sud-Est.
Le Sumac des corroyeurs (A. Coriaria) a des feuilles
Fic. 22, — Rhus Cotinus.
séchées el pulvérisées, sont employées pour le uis la plus haute
qui, tannage des peaux el la teinture de]
antiquité. P .
Il croît dans tout le bassin méditerranéen et par
conséquent, dans le Midi de la France, mais 1l est cultivé lui aussi dans les jardins pour ses fruits et ses feuilles qui rougissent à l'automne.
Le À. Toxicodendron L., Sumac vénéneux, Arbre à la gale, Arbre à la puce, Poison Oak, Trailing Poison Oak, est une espèce américaine également cultivée chez nous, ainsi que sa forme : À. radicans L. qui doit rentrer dans la même espèce, comme le voulait Tournefort, contrairement à l'opinion de Linné. Cet arbre dièque est buissonnant quand il est jeune et, plus tard, grimpant quand ila trouvé un soutien; les deux noms correspondent à ces deux formes de la même espèce.
Deux autres espèces, introduites d'Amérique, sont également cultivées depuis longtemps en Europe : R. typhina L. et R. glabra L. (fig. 23).
R. vernicifera D. C. fournit la laque du Japon, R. vernix L. fournit un produit analogue et À. succedanea L. fournit celle du Tonkin.
Tous ces Sumacs sont plus ou moins dangereux ; les uns très redoutables, comme le À. Toxicodendron, les autres moins, mais nos espèces françaises ne sont pas inoffensives.
Le R. Toxicodendron, dit Chaptal', a une exhalaison si dangereuse qu'Ingenhouz rapporte le retour d'une maladie périodique qui attaquait la famille du curé de Crossen en Allemagne à une tonne ombragée par cet arbre où on allait se reposer.
Dans son Histoire des plantes vénéneuses et suspectes
1 Chaptal, Eléments de chimie, t. III, an XI, 1803.
de la France, Bulliard écrivait en 1784 à propos de ce SUMAC :
« Il existe dans le suc de cette plante un principe délétère si actif qu'on a vu la vapeur seule produire les plus terribles effets. On a plusieurs exemples
FiG. 23, — Rhus glabra.
qu'après avoir seulement touché cette plante il est survenu sur une parlie considérable du corps et même sur tout le corps une éruplion miliaire parfaitement ressemblante à la gale.
« MM. Kalm, Fontana, Balissot assurent avoir été
eux-mêmes les victimes des expériences qu'ils ont
faites pour s'assurer des qualités vénéneuses de cet arbuste. .. Quelques personnes m'ont dit avoir éprouvé des maux de tête considérables et avoir eu le visage enflammé pour avoir respiré le frais dans un bosquet où il yavait plusieurs pieds de Toxicodendron. Je me rappelle même à cette occasion avoir lu dans quelque papier public qu’on n'était venu à bout de détruire la cause d'une maladie qui se renouvelait (ous les ans à la même époque dans la même maison qu'en arrachant les pieds de Toxicodendron qui se trouvaient près de la maison.
«Sans croire aveuglément lout ce qu'on débite sur le compte de cette plante, il est prudent de ne pas la cultiver en nombre dans les lieux destinés à notre agrément ».
Bulliard ajoute cependant qu'il a pu en màcher et en appliquer impunément sur la peau du bras nu et sur le front.
On connaît donc chez nous, depuis plus d'un siècle, le danger de cet arbuste: depuis, de nombreuses observations se sont ajoutées à celles-ci et cependant, en France, la plante n’est guère cullivée que dans les collections botaniques; on comprendra facilement qu’en Amérique, où la plante croît communément et où ses feuilles sont utilisées en médecine, les accidents aient été fréquents; aussi, dans le Dermatitis venenala de White, sur 140 pages consacrées aux plantes, 40 traitent des Ahus et des accidents qu'ils provoquent.
Parmi les travaux publiés en France à ce sujet, il convient de citer celui de M. le professeur Planchon dans le Montpellier médical (juillet-septembre 1883).
Voici, résumée, l'observation initiale :
Le sieur G..., jardinier chef à l'Ecole de Pharmacie de Montpellier, après avoir transporté par brassées des rameaux coupés, bourgeonnants et non feuillés de À. Toxicodendron eut le surlendemain des démangeaisons et des rougeurs de l'avant-bras : deux ou trois jours après apparurent des papules puis de petites vésicules avec sérosité claire et vers le sixième ou septième jour des pustules en nombre moindre mais de taille beaucoup plus grande que les vésicules auxquelles elles succédaient.
Après avoir atteint un certain maximum, elles crevaient et leur dessiccation était assez rapide.
En même temps que les pustules se produisit le maximum d'inflammation : rougeur du bout des doigts au pli du coude, ædème où le doigt marquait une empreinte profonde et durable, ganglions sus-épitrochléen et axillaires gonflés, perceptibles au toucher et douloureux.
Quinze jours après, le gonflement œdémateux et l’inflammation ganglionnaire ont disparu et il ne reste plus que quelques pustules.
Le front et les paupières avaient été aussi le siège d'une vive rougeur, le nez, les organes génitaux externes et le prépuce en particulier avaient été le siège de démangeaisons,
De l’enquête à laquelle se livra alors M. Planchon, il résulta que plusieurs autres jardiniers avaient été victimes de ce Ahus, en particulier l’un d'eux qui en avait coupé les racines.
En revanche, il rencontra des cas d’immunité partielle ou totale.
Un sieur P..., jardinier en chef au Jardin des Plantes de Montpellier, avait souvent manié cette plante au Jardin des Plantes de Paris sans en éprouver d’inconvénients; par bravade, il la toucha à Montpellier devant d’autres jardiniers et il eût, à sa grande surprise, un gonflement considérable des bras.
M. Planchon n'a jamais observé d'effets de voisinage, mais seulement de contact. Cependant, les expériences positives de Van Mons, de Lavini et de Chaudron lui paraissent concluantes.
Enfin, les cas qu'il a observés ont été légers, des faits beaucoup plus graves ont été cités : paralysie des membres (Berg et Schmidt), syncopes (Guérin et Orfila), œdème généralisé (Chaudron, etc.), voire même des cas mortels /Diclionnaire de Dechambre, art. Sumac, et Bibl. méd., t. XXXVI, p. 396).
M. Planchon, en présence de nombreux cas d'immunité, admet qu'il y a pour les victimes du Sumac une sorte d'idiosyncrasie analogue à celle qui empêche absolument certaines personnes de toucher à l'ipéca.
Dans le Marseille médical, n° 6, 1904, M. le D' Treille rapporte un cas nouveau d’une éruption récidivante avec bulles pemphygoïdes et pustules d’ecthyma au cou, aux bras et dans la région abdominale, avec prise des ganglions de l’aine, de l’aisselle et du cou.
Plusieurs auteurs se sont rangés à une croyance populaire qui admet pour les blonds une vulnérabilité spéciale, Berg et Schmidt ont également adopté cette manière de voir, mais M. Treille croit que par personnes blondes ces savants ont voulu entendre des individus présentant tous les caractères du lymphatisme, au véritable sens anglais de l'expression persons of a blond complexion.
A Lyon, il s'est produit des accidents analogues :
M. J. G..., Chef de culture au Pare de la Tête-d'Or,a eu au moins trois atteintes de cette plante dont il se méfiait cependant.
Les deux premières (1885 et 1887) furent peu graves, elles eurent lieu pendant l'été après le contact des feuilles en émondant le végétal.
Il se produisit des éruptions aux mains, au visage et dans un cas, aux parties génitales avec enflure.
Leur durée fut de dix à douze jours.
La troisième atteinte a eu lieu en février 1891.
M. G... creusait à la bêche, près du À. Toxicodendron, un trou pour planter le À. Juglandifolia.
La terre était grasse, humide, et à plusieurs reprises il nettoya à la main sa bêche souillée par le suc de sumac. Il voyait bien qu'il coupait des racines du À. Toxicodendron mais croyait que seules les parties aériennes de l'arbre étaient suspectes.
Il alluma une cigarette et alla uriner sans se laver les mains.
Il avait, deux jours après, une légère enflure (avec démangeaison) des lèvres, des parties latérales des doigts et des parties génitales.
Les vésicules qui apparurent étaient très petites, et le malade ne saurait préciser la date exacte de leur apparition; elles continuèrent à se développer, pendant huit jours au moins, aux mains, au visage, aux oreilles, au cou, aux épaules, sur la poitrine et aux cuisses.
Pendant vingt-quatre heures, l'enflure des paupières fut telle que le malade n'y voyait plus. Le cou était énorme et raidi par l'enflure. Toute la figure était tuméfiée ; les téguments des testicules et de la verge étaient fortement tuméfiés, le gland (pas plus que la muqueuse buccale) ne fut touché.
A la suite de grattages provoqués par une intolérable démangeaison privant le malade de sommeil, les vésicules laissèrent suinter un liquide incolore.
Quand le suintement devint plus abondant, les douleurs diminuèrent,
Pas de fièvre, mais perte d'appétit complète.
Le développement de l'éruption dura huit Jours, trois jours de période d'état puis décroissance et guérison en une huitaine de jours. La durée totale de l'infection à la guérison fut d'environ trois semaines.
Le traitement consista uniquement dans le repos au lit et dans d'abondantes applications de poudre d’amidon.
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Îl est à remarquer que depuis cette époque le malade n’a jamais eu aucune affection cutanée (eczéma, etc.), je veux dire par là que contrairement à plusieurs cas cités par White, l'empoisonnement par le A. Toæicodendron n'a pas créé une susceptibilité particulière de la peau.
Un autre jardinier du Parc, M. J..., avait eu une éruplion d’une gravité analogue à celle de M. G... M. J. M... a eu une éruption, par le sumac, il y a deux ans, aux mains et à l’avant-bras. Accidents peu graves. M. M.., légère éruption l'an dernier.
M. C..., en 1902, eut une éruption aux mains et à la figure, et les paupières enflèrent beaucoup.
En revanche, certains jardiniers qui taillent les Sumacs n’en éprouvent aucun inconvénient; l'un d'eux, M. R..., s'est livré à cette opération, 1l y a quelques semaines, sans précautions, avec les mains couvertes d'écorchures par les massifs de rosiers qu'il venait de tailler et iln'en a éprouvé aucun inconvénient.
Le 18 novembre 1902, mon collègue et ami, M. le D' Léon Blanc signalait à la Société Botanique de Lyon plusieurs cas d’éruptions dues au À. {yphina {el peutêtre au À. Toxicodendron). Voici les renseignements complémentaires que je dois à son obligeance.
Trois ouvriers (X..., 45 ans, Ÿ..., 27 ans et Z..., 30 ans) travaillaient le 6 novembre, après le coucher du soleil, à arracher une forte touffe de R. fyphina près de laquelle étaient des R. Toxicodendron, mais le contact avec ce dernier n’a pas été établi.
Deux ou trois jours après, ils avaient tous trois une poussée érupüve sur les deux bras, l'affection prit la forme d'un eczéma avec croûtes,
Deux d'entre eux eurent une affection assez grave, qui se généralisa et envahit la face et les paupières.
Chez le troisième, l'affection plus bénigne se borna aux avantbras, surtout aux poignets.
Aucun n'eût de fièvre d'une façon marquée.
Le traitement consista en applications de pommade au calomel et enveloppement de caoutchouc.
Au bout de dix jours, la desquamation commença.
Nombre d’horticulteurs considèrent, à juste titre, semble-t-1l, tous les Rhus comme suspects, y compris R. typhina et R. Cotinus.
Thuillier rapporte qu'une dame ayant tenu pendant quelque temps un rameau de À. Cotinus en éprouva un engourdissement qui progressa de la main à l’épaule et le lendemain de nombreuses pustules apparurent sur tout le bras.
Les recherches de White (observations et expérimentalions), montrent que les lésions sont celles d’une dermite à type eczémateux, bien que dans certains cas elles soient assez graves pour produire des déformations tout aussi marquées que dans un véritable érysipèle.
Des cas qu'il a cités (et de cent autres, dit-il), on peut établir pour les éruptions dues aux Sumacs (et plus particulièrement au R. Toxicodendron) deux formes distinctes :
1° Une forme moyenne, consistant en un érythème léger suivi de quelques vésicules ou de simples papules, avec une cuisson et une démangeaison provoquant le grattage ;
»° Une forme grave, avec extension de l’érythème
sur de vastes surfaces, multiplication des vésicules
gorgées de liquide et faciles à excorier, d’où la formalion de surfaces humides, suintantes, plus ou moins recouvertes de croûtes.
Il est à remarquer que l’éruption est toujours précédée d'une période d’incubation d'environ deux jours, et que, d'autre part, certaines personnes qui n'avaient jamais eu d’eczéma en ont présenté spontanément quelque temps après l’intoxication par les Sumacs.
De nombreuses recherches chimiques ont été faites à propos des Sumacs.
D'après Maish, le À. Toricodendron doit ses propriétés toxiques à un acide volatil : l’acide toxicodendrique, mais Pfaff et Orr considèrent cet acide comme inactif et attribuent la toxicité à un principe analogue au Cardol. M. Hikorokuro Yoshida, étudiant la laque du Japon ou Urushi (due au R. vernicifera) constata que l'acide urushique sous l’action d’une substance azotée diastasique en présence de l'air donnait l'acide oxyurushique qui est le vernis laque desséché, l'acide volatil, toxique, que renferme le suc disparaît pendant la dessiccation.
Plus récemment, MM. A. Tschirch et A.-B. Stevens ont étudié le même sujet et leurs expériences les ont conduits à admettre que l'acide urushique d’Yoshida (porüon de la laque soluble dans l'alcool ou laccol de Bertrand) est un mélange que l'éther de pétrole sépare en deux parlies.
Ils appellent urushine l’ancien acide urushique d'Yoshida, oxyurushine son produit d'oxydation et lui refusent le caractère d'acide.
Pendant ces recherches, Stevens a eu beaucoup à
souffrir des manipulations de la laque, mais contrairementaux indications antérieures, ces accidents auraient été causés par un produit fixe, non volatil d’action purement locale, actif même après l'action de la chaleur et non isolé à l’état de pureté, les auteurs le croient identique au produit toxique que Pfaff a retiré du À. Toxicodendron et a appelé toxicodendrol, ce serait un verniciférol.
C'est du suc solidifiable du Rhus succedanea que G. Bertrand a extrait la première oxydase connue à l'état libre, la laccase et un liquide huileux le laccol qui se change à l'air par oxydation en un produit noir, brillant, inaltérable.
M. Lutz a publié dans le Bulletin des Sciences pharmacologiques, 1905, une étude sur les accidents provoqués par Ja manipulation de cette laque. Bertrand avait indiqué le laccol comme agent toxique disant que quelques traces même à l'état de vapeur étaient suffisantes pour provoquer une rubéfaction intense à la face, aux bras, aux mains, avec éruption miliaire, prurit et tuméfaction.
M. Lutz a expérimenté sur chien et sur cobaye l’action du latex frais et celle du laccol, et a reproduit les mêmes accidents.
D'après White, et plusieurs auteurs américains, les lotions ammoniacales, ou plus généralement alcalines (savon noir, carbonate de soude), pourraient empêcher l'action du poison des Sumacs si on les applhiquait après le contact suspect.
A la période d'éruption, il n’y a qu'à appliquer le traitement habituel de l’eczéma.
Célastracétes.
Buxus sempervirens L.
Le Buis est un arbrisseau originaire de la Perse, mais naturalisé en Europe et en France où on le cultive fréquemment comme bordure dans les jardins.
L'écorce a été préconisée comme fébrifuge et les feuilles sont employées à des substitutions frauduleuses.
En Amérique, où on le récolte pour l'usage médicinal, « dans le traitement de la syphilis, de l’épilepsie et de l’hystérie », 1l a causé quelques accidents cutanés.
White le signale comme ayant un suc produisant de l'irritation et une démangeaison intense à beaucoup de
personnes.
Thyméléaeées,
Dalphne alpina L.
— Cneorum I.
— Gnidium L.
— Laureola L.
— Mezereum L.
Passerina Tarton-raira D. C.
Le genre Daphne comprend des arbrisseaux parmi lesquels les cinq espèces énumérées sont indigènes.
Le D). Mezereum, Mézéréon, Bois-joli ou Bois-gentil (fig. 24) se rencontre dans les bois montagneux et est cultivé dans les jardins pour les jolies fleurs roses ou blanches apparaissant en hiver.
Le Lauréole {D. Laureola) (fig. 25), croît assez communément dans les bois humides; ]). Cneorum (fig. 26), Daphné Camélée, où Thymélée, est une jolie
espèce assez rare, surtout localisée dans les montagnes de l'Est et du Sud-Est et dans les Pyrénées.
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Fr. 24. Daphne Mezereum.
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D. alpina, Thymélée des Alpes, est une espèce alpine; comme D. Gnidium, Garou, Sain-Bois est localisé sur le littcral de l'Océan et dans la région méditerranéenne.
L'Ecorce de Garou doit à sa résine les propriétés
F1G, 26, — Daphne Cneorum
vésicantes qui l'ont fait utiliser en thérapeutique, mais toutes les espèces énumérées sont toxiques à l'intérieur et vésicantes au même litre, c'est ainsi qu'en Allemagne on se sert d'écorce de Mézéréon et qu’en Angleterre on emploie volontiers celle de Lauréole.
Les botanistes ont eu parfois à souffrir des propriétés irritantes des Daphnés, car le simple contact dans la cueillette, l'arrangement en herbier, etc., suffit pour provoquer du prurit et de la rubéfaction; pareille mésaventure arriva à feu M. T..., botaniste lyonnais, qui ayant cueilli une touffe de Bois-joli satisfit ensuite au besoin d'uriner sans s'être préalablement lavé les mains. La région touchée fut le siège d'un érythème et d'une démangeaison intenses.
La Trintanelle Malherbe {Passerina Tarlon-raira D.C. ou Thymelaea Tartonraira AIl.), espèce provençale assez rare, Jouit des mêmes propriétés.
Hetet, pharmacien en chef de la marine à Toulon, a signalé son écorce comme douée d’une activité plus grande que celle de Garou.
Rosacées.
Persica vulgaris Mill.
Le Pêcher vulgaire (P. vulgaris Mill. ou Amygdalus Persica L.) a été introduit en Europe à une époque très reculée, plusieurs auteurs pensent que c’est Alexandre le Grand qui l’introduisit de Perse en Grèce et son nom rappelle cette origine. En réalité, il est probable que sa véritable patrie est la Chine où on le rencontre encore aujourd'hui à l’état spontané.
N'étant pas très sensible à la gelée, 1l peut, malgré sa floraison précoce, se cultiver assez loin dans le Nord, il exige en effet à peu près les mêmes conditions climatériques que la Vigne.
Limitée comme l’exprime son nom P. vulgaris Mill cette espèce comprend seulement les individus à fruits duveteux, les individus à fruits glabres appartenant au P. laevis D. C.
Les tiges, feuilles et amandes donnent de l'acide prussique et les prêtres égyptiens paraissent avoir connu et utilisé ce terrible poison ! extrait des feuilles de pêcher.
On a récemment signalé aux Etats-Unis une maladie nouvelle chez les agriculteurs qui se consacrent à la culture et à la fabrication des conserves de pêches. Elle se manifeste au moment de la cueillette. Les symplômes consistent en une vive irritation de la muqueuse nasale qui se met à suinter un abondant mucus. Les bronches également sont atteintes et il peut y avoir accès d'asthme. La peau est irrilée, il y a malaise et la température monte en même temps d'un ou deux degrés. Tous les travailleurs ne sont pas également susceptibles et il se fait une accoutumance. On ne sait pas au Juste quelle estla cause de ce mal et s’il doit être attribué au duvet de la pêche lui-même ou à quelque microorganisme habitant ce duvet?,
Les accidents décrits en France sont plus bénins et se bornent à quelques troubles cutanés.
{ Hugounenq, Trailé des Poisons, p. 299.
? P. Constantin, le Monde des Plantes, t 1, p. 607.
M. le D' Eraud! a signalé le prurit plus ou moins vif, que ressentent aux régions découvertes, les ouvriers qui se livrent à l'emballage et surtout à la cueille en grand des pêches.
« Plus ou moins marqué suivant les sujets, ce prurit éveille une sensation analogue à celle que provoquent des fourmis courant sur le tégument et incite particuculièrement au grattage. C’est surtout dans la matinée, le corps étant en moiteur etle fruit quelque peu encore imprégné de l'humidité nocturne, que cette démangeaison est la plus accusée. Tantôt passagère, tantôt durable, cette sensation s'accroît souvent la nuit, vraisemblablement sous l'influence de la chaleur du lit. Certains sujets éprouvent cette sensation pendant toute la durée du ramassage et la ressentiront l’année suivante, alors que rien dans leurs antécédents ne décèle de trouble cutané.
« Il faut, semble-t-1l, outre le contact direct et souvent répété du fruit avec les parties découvertes, certaines conditions adjuvantes, car s’il y a des prédisposés, il y en a d’autres, par contre, qui n'éprouvent aucune sensation prurigineuse quoique placés dans des conditions identiques. »
M. Eraud incrimine à ce sujet des moisissures rencontrées sur le fruit et y formant des touffes duveteuses,.
Dans une lettre fort spirituelle, quelques semaines
plus tard ? un anonyme qui signait « une pêche bour-
1 J. Eraud, Sur une variété de prurit déterminé par la cueille des pêches (Lyon Médical, 1905, t. Il, p. 209).
2 Lyon Médical, 1905, t. I, p. 527.
rue » protesta contre cette interprétation ; sans contester que la bourre puisse causer quelque irritation des téguments, l’auteur déclarait que le duvet était formé par des poils simples, terminés en pointe et unicellulaires et non par des moisissures.
L'année suivante, MM. H. Rajat et G. Péju ! reprenaient la question. Ils confirmèrent l'existence de la dermatose car, en frottant la peau avec une pêche, on peut reproduire une éruption qui consiste en un érythème de quelques heures de durée,avec prurit au début.
Ils trouvèrent l’épiderme du fruit garni de poils simples, effilés, rigides, très durs et cellulosiques. L'ensemencement sur pommes de terre et sur carottes n’a donné de cultures ni de levures, ni de champignons.
Les auteurs se rangent à l'avis exprimé dans l’article anonyme cité plus haut et admettent que la dermatose signalée chez les cueilleurs de fruits est occasionnée par ces poils probablement d’une façon purement méca-
nique.
Légumineuses-Papilionaeces.
Phaseolus vulgaris L.
Le Haricot commun, dont on cultive de nombreuses variétés, est trop connu pour qu'il soit nécessaire d’en indiquer l’aspect.
On a pu constater aussi facilement que les tiges, les folioles des feuilles trifoliolées, les pédicelles floraux et même les gousses étaient d’un toucher fort rude,
! Poils des fruits et dermatoses (Lyon Médical, 1906, 1. IT, p. 61»).
Cette propriété est due à la présence de nombreux poils tecteurs bi- ou tricellulaires, très rigides, très pountus et ordinairement recourbés en crochets.
Plusieurs personnes, à ma connaissance, ne peuvent circuler entre les planches de Haricots et en faire la cueillette sans avoir de l'érythème et du prurit, particulièrement lorsque les avant-bras sont découverts et je connais un cas où les jambes elles-mêmes ont été fortement irritées à travers les bas.
On s'explique aisément ces faits par l'examen microscopique des organes végétatifs qui montre ces poils si rigides et si crochus et dont l’action mécanique est suffisante pour amener de l'érythème.
Crassulaeées.
Sedum acre L.
Sempervivum tectorum L.
L'Orpin brülant {Sedum acre) encore appelé Vermiculaire, Vermiculaire brûlante, Petite Joubarbe, Poivre des murailles, etc... est une petite plante vivace, qui croît volontiers sur des murailles, des talus, dans des lieux plus ou moins secs et pierreux.
Elle est douée d'une grande activité, constituant un éméto-cathartique violent, et elle a été employée à l'extérieur contre le cancer à cause des propriétés caustiques de son suc; pour cette même raison, elle est employée dans la médecine populaire pour la guérison des cors et des verrues.
Son action irritante sur la peau est rapportée par
Wood et par Oesterlen.
Apte
D'après le National Dispensalory,ce suc peut produire une action vésicante et White rapporte le témoignage de M. Cheney, marchand en gros de drogues végétales, qui lui a déclaré que ce suc causait des accidents cutanés à nombre de personnes.
La grande Joubarbe ou Joubarbe des toits (Sempervivum lectorum) est également une plante vivace indigène qui a des propriétés analogues et est employée de la même façon pour la guérison des cors.
Cactacées.
Cereus grandiflorus Mill.
Le Cierge à grandes fleurs (fig. 27) est une de ces Cactées qui avec les Euphorbes africaines forment l'ensemble des plantes grasses.
Cette espèce est originaire de l'Amérique tropicale mais elle est fréquemment cultivée dans les serres, où on peut facilement la dresser contre les murs: les fleurs atteignent 30 centimètres de diamètre et exhalent un parfum des plus suaves et des plus pénétrants.
Elle est citée par le Dispensalory pour son suc excessivement âcre, capable de produire sur la peau des vésicules et des pustules.
Piffard la signale également comme pouvant amener du prurit, des excoriations et des pustules.
Myrtacces.
Eucalyptus Globulus La Billiardière.
L'Eucalyptus globuleux, où Gommier bleu de Tasmanie (T'asmanian blue gum) est peut-être l'arbre qui
peut atteindre les plus grandes dimensions. Un Eucalyptus de quatre-vingts ans peut, en Australie, dans son pays d'origine, atteindre jusqu'à 100 mètres de
FiG, 28, — Eucalyptus globulus.
haut sur 28 mètres de circonférence : comme le montre la figure 28, il présente deux formes de feuilles suivant
qu'il est Jeune ou adulte,
Originaire de la Tasmanie, il fut découvert en 1792
par La Billiardière et c'est M. Ramel qui, en 1856, l'introduisit en Europe dans la région de l'Oranger, où il s'est développé considérablement.
On l’a utilisé comme plante d'assainissement, grâce à sa croissance rapide et il est employé en médecine sous des formes variées en raison plus particulièrement des propriétés antiseptiques de son essence, l’eucalyptol.
C'est à l’eucalyptol que la plante doit également de pouvoir occasionner des dermatites, ainsi que le montre la note suivante, extraite du Journal de Médecine et de
Chirurgie praliques, 1905, p. 240.
Le Journal des maladies cutanées el syphilitiques rapporte, d'après un journal allemand, que le D' Galewski a eu l'occasion cet été de voir deux cas de dermatites provoquées par le contact ou le séjour dans les appartements garnis d'Eucalyptus, qu'on emploie beaucoup maintenant comme plante d'assainissement. I] a pu constater également, cette année, quatre cas de dermatite consécutive aux frictions à l'huile d’eucalyptus (névralgies, douleurs rhumatismales). La dermatite est formée de petites papules très prurigineuses, mais guérissant rapidement par traitement approprié. Dans un autre cas, il s'agissait d'une dame souffrant en janvier d’une dermatite formée de plaques d'urticaire de grandeur variable, parsemées de plaques d'érythème des plus prurigineuses durant depuis déjà longtemps, occupant les parties découvertes, la nuque et les seins. L'éruption s'amendait dès que la dame partait en voyage et récidivait au retour à la maison. Cette dame se tenait principalement dans une chambre ornée de branches d'Eucalyptus. La servante ne croyait pas que les plantes fussent la cause de la maladie de sa maîtresse; elle se frotta de ces plantes et eut au bout d'une demi-heure les mêmes éruptions que sa maîtresse. Le doute n'était plus possible, La guérison fut lente mais graduelle par les calmants ordinaires. Elle fut plus rapide chez la servante, plus robuste et plus résistante.
Cucurbitacées
Bryonia alba 1.
— dioeca Jacq.
Les Bryones sont des plantes herbacées vivaces, grimpantes à volumineuse racine souterraine.
FIG. 29. — Bryonia dioeca.
La première est monèque et a des baies noires, d'où
son nom de Vigne noire, elle pousse plus spécialement dans le Nord,
La seconde (fig. 29) est dièque, elle est très répandue et bien connue sous les noms vulgaires de Vigne blanche, Navet du diable, Couleuvrée, ete.
sont des baïes rouges.
: les fruits
Ces plantes sont également vénéneuses surtout par leurs souches. Elles ont occasionné de nombreux empoisonnements chez l’homme et les animaux domestiques.
Malgré leur activité, elles ne sont guère employées pour leurs propriétés émétiques et purgatives que par la médecine homéopathique; la plante entière jouit, grâce à l’âcreté du suc, de propriétés rubéfiantes et même vésicantes.
Cazin dit avoir obtenu d'excellents résultats de son emploi à ce titre, en particulier par l'application de rondelles de racine fraîche.
Les auteurs de la Flore médicale comparent cette action à celle des tubercules d'Arum.
Loasacées
Loasa lateritia Gill.
— yulcanica Ed. André.
Mentzelia Lindleyi Torr.
Les Loasacées sont des plantes exotiques, des régions chaudes, dont bon nombre d'espèces possèdent des poils rudes et urticants, tels les Loasa qui croissent dans les régions tropicales du Nouveau-Monde.