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À Méru, le travail est dans ses grandes lignes, analogue; mais présente, dans les manipulations, des détails très notables que nous allons signaler en les décrivant.
1° On prend par exemple des 7rocas provenant de Nouvelle-Calédonie, entassés précédemment en stocks considérables, laissés à l'influence des intempéries de l'air, soit en caisses, soit en sacs pendant un temps quelquefois assez long.
Dans une première salle des ateliers, on procède d’abord au sciage et au débitage des Trocas au moyen d’une scie circulaire faisant 4.800 tours à la minute ; de l’eau contenue dans un baquet coule sur la scie et entraîne les particules de poussières. On sépare ainsi le Trocas en quatre parties qui seront utilisées ensuite séparément : l'oreille du Trocas, la première rondelle, la deuxième rondelle (quelquefois une troisième), la pointe émaillée.
Un débiteur bon ouvrier scie 150 à 200 kilos par jour et gagne 4 fr.25 pour 100 kilos nets. Le sciage qui demande beaucoup de force musculaire est toujours confié à un ouvrier adulte.
2 Décapage des morceaux débités à l’aide d’une solution d’acide sulfurique ou de sel d’oseille.
3° La troisième opération consiste à découper dans les pièces précédentes des boutons à la fraise.
& Le tournage du bouton se fait sur des tours dans le même atelier que le découpage. Chaque tour est pourvu d’un aspirateur mû par la vapeur, et situé audessous des meules, de telle façon, que la poussière est
ART mu attirée directement par des conduits qui la déversént au dehors.
Dans une usine que nous avons visitée, nous avons vu de 35 à 40 personnes par atelier, dont 50 0/0 de femmes et d'enfants de 43 à 14 ans. Les ouvriers qui travaillent à domicile, et ils sont nombreux, viennent chercher à l’usine les pièces sciées et découpées, et les tournent chez eux à l’aide d’une meule mue par le pied, sans aspirateur ni ajutage à eau, si primitifs soient-ils. |
5° Perçage du bouton.
6° Ponçage du bouton dans des tonneaux remplis de pierre ponce et tournant sans cesse, au moyen de la vapeur, autour de leur axe.
7° Blanchiment du bouton à l’eau oxygénée.
8& Polissage du bouton, qui à Méru, se fait à l’aide de produits tenus secrets. Il se fait également dans des tonneaux.
9° Enfin, en ville, à domicile, on fait l’encartage des boutons au prix de deux sous par grosse.
Dans tous ces ateliers, malgré la présence d’aspirateurs situés sous chaque tour, la poussière est encore considérable. Nous en avons vu sur les cheveux des ouvrières, leur couvrant la tête d’un voile grisâtre, les cils, les sourcils, en étaient également imprégnés ; les yeux pleurent et cependant nous n’avons pas constaté de lésions fréquentes de la conjonctive.A l’usine de La Villeneuve,dont l'installation est supérieure à celles que nous avons vues à Méru, et qui possède une chemi-
née de dégagement trop basse évidemment, outre les
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SL Le poussières subsistant encore dans l'atelier, on en trouve qui retombent sur le toit en notable quantité, quoique cependant il y ait une grande différence avec les autres
“usines locales.
Revenant en effet le soir à Méru, par un temps brumeux, nous apercevions tout un nuage de ces poussières planer dans l'air, au-dessus des usines, nuage bien net par la différence de sa coloration blanchâtre faisant contraste avec la brume grise qui en faisait le fond: preuve évidente d’une certaine expulsion des poussières, mais ayant le grand tort de souiller cette atmosphère de campagne qui devrait rester si pure et si bien-
faisante.
Parmi les conditions étiologiques accessoires, il y a un point sur lequel les premiers auteurs avaient attiré l'attention : la question du climat. Ilsauraient observé, en effet, que l’ostéite des nacriers se déclare surtout dans les pays froids et pendant l’hiver. C’est là un point sur lequel il importerait d’avoir de plus amples renseignements que pourraient, seuls, nous donner les praticiens vivant et exerçant dans ces centres industriels. ToussaINT pensait que c'était peut-être pour cette raison climatérique qu’en des pays chauds comme le Tonkin, l’affection n'avait pas été encore observée tandis qu’elle était fréquente en Moravie et en Bohème.
L’exiguité des ateliers comme facteur étiologique, paraît liée, à la plus ou moins grande quantité de poussières contenues dans la pièce, au nombre d’ouvriers travaillant dans cette pièce, et à la durée du séjour; à
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= 26 = Méru il est intéressant de remarquer que la plupart des ouvriers malades sont ceux qui travaillent à domicile et qui parfois vivent, mangent, dorment dans la même chambre. En visitant un de ces petits ateliers, se rapprochant des conditions de vie des ouvriers viennois, nous avons vu tous les objets, le pain, les vêtements, les draps de lit recouverts de cette poussière.
Les ateliers décrits par O. Weiss à Vienne étaient petits, contenaient de trois à dix personnes, qui avaient à peine l’espace nécessaire pour se mouvoir, et y travaillaient dix à douze heures par jour. A Méru certains ouvriers ne travaillent que trois jours par semaine seulement, volontairement du reste.
L'alcoolisme est un facteur que l’on ne peut malheureusement pas manquer d'oublier. Les ouvriers qui travaillent au milieu des poussières sentent rapidement leur gorge se dessécher et prennent l’habitude, s'ils ne
l’ont déjà, de boire plus que l’hygiène ne leur commande.
Les conditions étiologiques ayant rapport au sexe, ne peuvent pas encore être déterminées ; nous ne savons absolument rien de fixe à ce sujet.
Enfin nous verrons le rôle important que joue l’âge dans la Conchyolin-Ostitis puisqu'elle atteint plus particulièrement les ouvriers âgésde 13 à 18 ans. Un cas que nous avons vu s’est présenté chez une femme de 46 ans; nous croyons que c’est là le seul qui aitété signalé à cet âge. Cette question sera mise en valeur plus loin, en traitant de la pathogénie de l’affection.
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SYMPTOMATOLOGIE
Nous avons déjà fait remarquer plus haut, que la symptomatologie de l’ostéite des nacriers, est pour ainsi dire presque schèmatique par la constance de son début, et la régularité dans la succession de ses phénomènes morbides. |
En effet, chez tous les auteurs qui ont décrit cette affection, la suite des faits se déroule de telle façon que l’on pourrait croire les observations calquées les unes sur les autres. De plus, cette forme d’ostéite a des caractères bien propres, bien caractéristiques, qui lui donnent une physionomie absolument personnelle et quinosographiquement la classent tout à fait à part dans le groupe des affections du système osseux.
PREMIÈRE PÉRIODE. — Douleur.— L’affection débute toujours chez de jeunes garçons tourneurs de nacre, âgés de 15 à 18 ans, de telle sorte que l’âge moyen étant 17 ans, les extrèmes sont 13 et 20 ans. Généralement le jeune ouvrier a fréquenté l'atelier depuis un an et demi, deux ans; son état général est bon, rien ne peut faire
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prévoir une crise prochaine, quand brusquement, sans raison apparente, éclate le premier symptôme: la douleur.
Avant l'apparition de cette douleur, on ne peut guère dire en effet, qu’il ait existé de période prodromique. Si toutefois il pouvait y avoir des troubles méritant d’être groupés sous cette dénomination, ils sont trop fugaces, irop peu importants ou, épisodiquement, de causes apparemment trop différentes pour attirer l’attention même du malade. Tantôtil s’agit de quelques lésions laryngée, bronchique ou pulmonaire qui ne sont pas toujours le fait de la poussière de nacre ; tantôt enfin ce sont des troubles généraux ayant leur source dans l’alcoolisme et une mauvaise hygiène alimentaire. Et là encore, n'oublions pas la valeur du facteur hérédité. L’un de nos malades en particulier, présentait malgré son âge, 19 ans, l’aspect chétif et le développement d’un enfant de 15-16 ans.
Le premier symptôme qui éclate donc est la douleur qui arrive brusquement un jour, le plus souvent dans une des extrémités ; c’est une douleur d’abord sourde, dont l'intensité va croissant peu à peu ; elle offre ce caractère particulier d’ètre spontanée au début, et, à cette époque, en effet, les mouvements du membre atteint n’ont pas pour résultat de réveiller ni d’augmenter la sensation douloureuse. Certains de ces malades, continuent leur travail pendant une période de temps assez longue. Broca rapporte l’histoire d’un ouvrier qui travailla encore pendant une quinzaine de jours, et n’interrompit ses occupations qu’à la veille de venir
Di consulter. Il put mème faire un assez long trajet à pied jusqu’à l'hôpital. -
Puis peu à peu la douleur augmente d’intensité jusqu’à devenir violente, térébrante, déchirante. Elle est localisée bien exactement dans la région diaphysaire des os longs. Certains points seraient particulièrement douloureux : à savoir le milieu de la crête interne du tibia ;la face palmaire (creux de la main); la face plantaire (creux du pied). Parfois, la douleur présente des analogies avec celle du rhumatisme articulaire aigu, en ce qu’elle s’exacerbe fréquemment avec l’état hygrométrique de l'air.
Un autre caractère lors de lapparition de ces douleurs, est leur fréquente disposition symétrique. Elles frappent souvent deux os du côté opposé : les deux cuisses, les deux mains, les deux avant-bras, les deux métatarses; souvent au bout de quelques jours, la douleur cesse d’un côté pour se cantonner exclusivement dans l’autre. dE
Si l’on palpe la région douloureuse, pendant les premiers temps de cette période, on ne trouve guère de modifications notables. Ce n’est qu'au moment où la douleur arrive à son point culminant, que la palpation nous revèle la tuméfaction, caractère de la deuxième période de l'affection.
DEuxiÈME PÉRIODE. — Tuméfaciion. — Ce second symptôme a, lui aussi, cette particularité de se montrer assez brusquement. C’est d’abordun gonflement qui, pri-
mitivement, occupe le point précis où a débuté la dou-
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LE — leur, c’est-à-dire dans une région osseuse, la région diaphysaire pour les oslongs. Sur les os plats et courts, où la maladie a été observée, la région atteinte est bien déterminée et limitée. (Voir plus loin: omoplate etos courts). Tout d’abord cette tuméfaction, qui est plus ou moins considérable, ne s'accompagne pas de participation des parties molles adjacentes; « la palpation dénote seulement une tuméfaction nettement périostique, dont les
limites sont très évidentes. Elles sont dessinées par une
arête appréciable sous le doigt du côté du corps de
l’os et du côté juxtaépiphysaire » (Broca).
Plus tard, la tuméfaction augmente ; tantôt elle est assez saillante, tantôt elle prendla forme d’un empâtement diffus. En effet, loin de se localiser au point primitivement envahi, le gonflement s'étend progressivement en quelques jours sur une grande partie de l'os, se dirigeant, dans les os longs de l’extrémité vers le centre de la diaphyse; dans les os courts(métatarsiens, métacarpiens), de la base vers la tête (capitulum).
Quelquefois, sur les grands os, une seconde lésion a débuté en même temps, ou ultérieurement, à l’autre extrémité diaphysaire de l’os, de telle sorte que l’on peut voir sur le même segment deux tuméfactions allant à la rencontre l’une de l’autre, vers le centre de la diaphyse, et laissant à peine entre elles un espace libre ; généralement elles n'arrivent pas à se fusionner.
À mesure que la tuméfaction s étend et augmente de volume, il y a certaines modifications qui se produisent dans les parties molles, dansla consistance de la tumeur
osseuse elle-même et dans sa sensibilité.