OBSERVATION I
(Favier, Archives de médecine tt de pharmacie militaires, XI, 1888).
R ..., engagé volontaire, arrive au corps le 2 mars 1887, santé parfaite avant l’incorporation, pas d’antécédents héréditaires. A fait ses classes à cheval pendant un mois sans accident.
Le 2 avril étant au galop, il perd l’équilibre ; pour ne pas tomber à gauche, il se cramponne à la selle et contracte violemment les adducteurs, ceux de droite principalement. Dans cet effort, il éprouve subitement une très vive douleur à la partie supéro-interne de la cuisse droite et une grande difficulté à marcher, il se couche en rentrant.
Le 3 avril. — On constate un gonflement considérable et une ecchymose très étendue dans la région blessée. Palpation très douloureuse. Application de compresses résolutives, repos au lit.
6 avril. — -.La douleur est notablement diminuée ; la palpation, quoique pénible, est néanmoins supportée, elle permet de sentir, au niveau de l’insertion supérieure des tendons adducteurs, une tumeur dure du volume d’un. œuf de pigeon, douloureuse à la pression, ressemblant au premier abord à une hernie tendi-
neuse ; elle en diffère néanmoins par l’absence de saillie pendant la contraction des muscles et par la non réductibilité au moment de leur relâchement. Le gonflement gênant beaucoup l’exploration de la région, on réserve le diagnostic.
16 avril. — Le gonflement a presque entièrement disparu. Marche encore très pénible, adduction douloureuse. Ganglions cruraux enflammés. Peau saine, souple et mobile. A la partie interne de la région crurale, au niveau de l’insertion supérieure des tendons adducteurs, on sent presque immédiatement sous la peau un corps très dur, facile à délimiter aves les doigts ; c’est une lamelle de forme irrégulièrement triangulaire, à sommet très aigu, de nature évidemment osseuse et qui paraît tenir au tissu musculaire sous-jacent.
La base a deux centimètres de large et le grand axe huit centimètres de long. A deux centimètres de la base, la plaque est étranglée, puis elle s’élargit ; de son bord interne part un prolongement aigu en forme d’ergot qui vient piquer la face profonde de la peau ; au-dessous la lame diminue progressivement de largeur et finit en pointe. Au premier abord, la base de la plaque d’ossification semble faire corps avec la branche ischiopubienne ; mais cela n’est pas, car il est possible de lui imprimer de petits mouvements de latéralité, de plus il existe entre la lamelle et la branche ischio-pubienne un petit intervalle, dans lequel on peut introduire l’ongle.
Ce corps étranger gêne la marche, limite l’adduction et la rend douloureuse. Le malade se rend bien compte de ce qui provoque ses douleurs . « Il me semble, dit-il qu’un petit os va me sortir de la cuisse ».
Comme moyen de traitement, l'intervention chirurgicale était
seule indiquée, mais le malade, l’ayant repoussée énergiquement,
fut réformé au mois d’août 1887.
Cinq mois après, décembre 1887, R..., est dans l’état suivant : la plaque osseuse a toujours les mêmes dimensions, la gêne qui en résulte est toujours aussi grande, le malade ne peut marcher rapidement et quand la marche a duré un certain temps, du gonflement se produit ; l’adduction de la cuisse est très pénible ; R..., ne peut pas soulever un poids un peu lourd,
Quoiqu’en dise Favier de la non-adhérence de la tumeur au pubis, il est bien probable que nous nous trouvons ici en présence d’un cas d’arrachement périosté. Le bon état antérieur du membre, la douleur brusquement ressentie, l’extrême rapidité d’évolution plaident en faveur de cette hypothèse.
ORSERVATION II
(Gazin, Archives de médecine militaire, 1892).
Le 10 décembre 1891. — Le nommé Duf..., delà classe 1890 incorporé au 26e dragons se présentait à la visite et demandait simplement à se reposer, éprouvant une grande fatigue dans la jambe droite.
C’est un homme de grande taille 1 m. 70, de constitution 1res forte, cà saillies musculaires généralement accusées. On ne tiome chez lui aucun antécédent morbide, héréditaire ou personnel. Dans le relevé des hommes de la classe, il occupe un des premiers rangs comme vigueur.
Le 11. Il reprend volontairement son service, mais le 12, e^t obligé de se présenter de nouveau à la visite.
Ancien cocher, ayant déjà quelque peu l’habitude du cheval, il a commencé ses classes sans appréhension et les a poursuivies avec énergie jusqu’au 10. Cependant trois ou quatre jours avant, sautant à terre à la voltige, il avait ressenti une douleur assez vive dans la partie supérieure de la cuisse droite ; mais elle n’avait duré qu’un moment, dit-il, à l’état aigu ; et il avait eu le courage de finir la séance.
Il avait même continué à monter à cheval les jours suivants ; cependant à une sensation de gêne d’abord éprouvée dans la cuisse succédait une fatigue pénible.
La partie supéro-interne de la région est profondément empâtée, sans rougeur apparente, sans ecchymose.
La palpation assez douloureuse y fait découvrir des noyaux d’induration. Pas d’excoriation, ni de furoncle de voisinage ou à distance, pouvant les expliquer. Les mouvements du membre et la marche sont difficiles.
Nous envoyons sans plus tarder le sujet à l’infirmerie avec le diagnostic provisoire d’adénite crurale nous réservant de l’examiner à fond dès que les phénomènes inflammatoires le permettraient .
Le repos absolu pendant une quinzaine de jours, l’emploi de compresses au sublimé, tièdes, recouvertes de taffetas gommé et de ouate, la compression ont raison de l’inflammation
Le membre revenu à l’état normal, et tout examen devenant facile, nous constatons que D... est porteur d’une tumeur de consistance osseuse, de la grosseur d’un œuf de pigeon, située a quatre travers de doigt du pli génito-crural, appendue à un cordon également très dur, de la grosseur du petit doigt, oblique en haut et en dedans jusqu’au pubis auquel il tient, tout en conservant une certaine mobilité. La direction de la tumeur du
pubis à la partie moyenne de la ligne âpre du fémur, la facilité de l’englober entre les doigts, en déprimant la peau indiquent son siège dans les fibres superficielles du moyen adducteur.
Le 9 janvier 1892. — Notre malade, n’éprouvant plus aucune gêne, demande instamment à reprendre son service ; mais nous jugeons à propos de le présenter à la commission de réforme le 11 janvier, la localisation d’une tumeur ossifiée sur les adducteurs nous paraissant désormais un obstacle a 1 équitation, tant en raison des douleurs qu’elle peut ramener que de l’hyperplasie qu’elle favoriserait.
La vigueur du sujet est remarquée par les médecins experts. La mensuration comparative des cuisses donne une augmentation de 0,012 mm. en faveur de la cuisse droite, due évidemment à fhypergenèse des éléments constitutifs du muscle de ce côté. La palpation et les mouvements ne réveillent plus la moindre sensation douloureuse ; le sujet lui-même insiste sur son bon état et sa disposition à bien servir. En raison de sa constitution, les membres de la commission le proposent pour l’artillerie de forteresse.
On voit que l’homme, qui Initie sujet de cette observation, est d’une vigueur remarquable et bien qu’ancien cocher, on admettra que la voltige devait être un exercice nouveau pour lui. Ceci vient à l’appui de ce que nous avons dit à propos de l'étiologie, à savoir que les individus à musculature puissante, passant, sans transition, d’une vie calme aux exercices violents de l’état militaire sont les plus fréquemment victimes d’ostéomes.