ANATOMIE PATHOLOGIQUE
L’anatomie pathologique de l’ostéome des cavaliers est un des points les mieux connus et les plus étudiés ; elle n’a jamais soulevé de bien grandes discussions. Aussi ne nous étendrons-nous pas bien longuement sur elle, préférant renvoyer aux auteurs qui ont traité la question avec plus de compétence.
Nous avons d’abord quelques mots à dire du siège des ostéomes.
Parmi les muscles de la cuisse, les adducteurs sont de beaucoup les plus fréquemment atteints. Schmitt sur 19 cas d’ostéomes musculaires de la cuisse trouve : Moyen adducteur. . . . . . 14
Grand adducteur. ...... 4
Pectiné y ........ 2
Droit interne . . 1
Biceps. ......... 1
Psoas iliaque ....... 1
Dans toutes les statistiques, le moyen adducteur occupe le premier rang, sa principale action physiologique est en effet 1 adduction de la cuisse, c’est bien lui qui se contracte le plus énergiquement dans l’adduction forcée ;
< n outre, par sa situation superficielle, il est très exposé aux traumatismes.
Ouani à la situation de l’ostéome dans le muscle, elle est assez variable, il peut siéger près de b insertion pubienne, près de l’insertion de la ligne âpre ou en plein
muscle. Favier considère le siège près de l’insertion
pubienne, comme le plus fréquent et cela est probablement exact, bien que tous ne soient pas de cet avis. M. belorme a signalé un ostéome envahissant le grand adducteur presque entier.
L’ostéome est presque toujours unilatéral, quelques observations d’ostéomes bilatéraux existent cependant (Rigal).
La forme de ces tumeurs est des plus variables, elles sont souvent ovoïdes et peu volumineuses, mais elles s’accroissent avec une grande rapidité. M. Delorme a publié un cas d’ostéome du grand adducteur de forme allongée, qui le faisait ressembler à une baguette de tambour.
Nous avons dit, à propos de l’étiologie, que l’ostéome des adducteurs était souvent la conséquence d’une rupture musculaire, et à propos de la pathogénie, que cette rupture musculaire devait s’accompagner d’un arrachement périosté. Or, une rupture musculaire simple ne donnera jamais naissance qu’à du tissu de sclérose, mais, à la suite d’une rupture musculaire avec arrachement périosté, il se développera du tissu osseux.
La présence de tissu osseux est la caractéristique de l’ostéome musculaire, ce tissu peut ressembler à de l’os adulte ou à de l’os embryonnaire, suivant que l’ostéome est ancien ou récent. « Si l’on fait des préparations microscopiques dans un ostéome qui s’est déve-
loppé depuis longtemps, on trouve un véritable os, du tissu compact périphérique, du tissu spongieux au centre, des canalicules de H avers, bref un os complet. Ce n’est pas du tissu calcaire, comme le pensaient les auteurs anciens, mais bien de l’os, tout ce qu’il y a de plus légitime. Si on examine un ostéome jeune dans les premiers jours de son développement, on n’y rencontre pas encore de canalicules de Havers, mais bien des cellules osseuses en voie de formation et par places, du tissu cartilagineux en train de se transformer en tissu osseux. Suivant donc l’époque de l’examen, on trouvera, soit de l’os adulte, soit de l’os embryonnaire, comme celui d’un fœtus », (Reynier).-
M. Sieur a opéré consécutivement deux ostéomes, et dans le premier cas, l’examen histologique démontra qu’il s’agissait d’un ostéome en voie de développement, constitué par des éléments osseux jeunes sans canaux de Havers; dans le second, l’os plus ancien, était arrivé à son complet développement, il présentait des canaux de Havers, à l’extérieur, la tumeur osseuse était compacte, à l’intérieur elle était spongieuse.
Ces différences dans la structure des ostéomes musculaires expliquent les différences de teinte des radiographies.
SYMPTOMATOLOGIE
Les ostéomes des cavaliersne présentent, au début, aucun symptôme bien caractéristique, ce qui fait qu’à cette époque le diagnostic est souvent difficile. A une période plus avancée, on peut mieux se rendre compte de la nature de T affection, alors que tout gonflement a disparu et que par le palper, on perçoit la consistance dure de la tumeur.
Nous avons vu ; quand nous avons parlé de l’étiologie, que l’ostéome prenait naissance de deux façons bien distinctes : brusquement, à la suite d’une violente contraction ou d’un traumatisme, cas le plus fréquent, ou bien, lentement et insidieusement, occasionné sans doute par les frottements répétés contre la selle. Dans ces deux formes, les symptômes différeront totalement au début.
A. — Dans le premier cas, aussitôt après l’accident, il y a une douleur assez vive, qui dure tantôt plusieurs heures, tantôt plusieurs jours, avec une intensité décroissante, pour cesser ensuite, si le malade reste au repos. Mais s’il reprend son service et remonte à cheval, la douleur réapparaît, accompagnée d’un certain degré d’impotence fonctionnelle du membre et il devra
vite cesser tout service. La marche n’est pas trop gênée dans quelques cas, mais, à cette période de début, elle est souvent difficile.
En même temps que la douleur, il y a gonflement de toute la région, accompagné parfois d’ecchymoses qui nuanceront la peau de teintes multicolores (observation Ramonet).
Les symptômes généraux sont rares, il y a le plus souvent apyrexie.
B). — Il n’est pas facile de savoir quand a débuté fostéome, s’il n’a pas été déterminé par une cause violente. Le malade ressent parfois une vague douleur ou plutôt une gêne dans la région supéro-interne de la cuisse, mais il n’y attache pas autrement d’importance et l’on s’aperçoit seulement de la présence de la tumeur, lorsqu’elle a acquis un certain volume.
Voyons maintenant quels sont les signes de l’ostéome quand tout gonflement et inflammation ayant disparu, il sera facile d’examiner le malade. Il arrive souvent, qu'à l’inspection de la région, on ne voie rien de particulier ; dans quelques cas cependant, on remarque une légère saillie qui ferait tout aussi bien croire à une hernie musculaire.
Le palper seul permettra de faire un diagnostic certain, la consistance dure de l’ostéome est caractéristique ; en outre, il arrive fréquemment de sentir un ou plusieurs pédicules osseux, allant au pubis ou à la ligne âpre et auxquels fostéome paraît comme suspendu. La tumeur peut être facilement mobilisée dans le sens antéro-postérieur ou latéralement, mais non de haut en
bas. Sa forme est en général allongée et dirigée suivant Taxe de la cuisse.
Le volume sera variable suivant l’époque, on a observé des ostéomes de toute dimension, allant jusqu’à envahir le grand adducteur presque entier (Delorme). Le plus souvent, la tumeur est de la grosseur d’un œuf de pigeon ou de poule, avec ou sans tendance à l’augmentation.
La pression, faite avec la main, sur l’ostéome ne réveille que peu de douleur ; on peut aussi, comme le conseille Jofensohn, enfoncer une aiguille, qui en y arrivant donne bien la sensation spéciale de tissu osseux.
L’ostéome occasionne d’importants troubles fonctionnels. « Au début la marche est peu gênée, l’équitation seule est pénible, plus tard les douleurs apparaissent à la suite d’une longue marche, augmentent de plus en plus, mais arrivent rarement à un degré extrême d’acuité. A mesure que le processus se développe, le malade immobilise le muscle intéressé et, comme il est difficile de ne pas contracter un seul adducteur pendant que les autres le sont, ils en immobilisent toute la masse et deviennent ainsi inhabiles à maintenir l’assiette réglementaire. Quand les malades abandonnent l’équitation, la douleur n’est le plus souvent qu’une simple gêne» (Favier).
Beaucoup d’auteurs ont signalé l’étonnante rapidité de développement de l’ostéome ; quelques jours après l’accident, on peut déjà sentir sa dureté. Il est très probable que cette évolution rapide se manifeste surtout quand il y a eu arrachement du périoste.
Un ostéome des adducteurs, abandonné à lui-même, finit en général par rester stationnaire après avoir acquis un certain volume et le malade ne conserve, avec sa tumeur, qu’une simple gêne des mouvements de la cuisse. Les complications sont rares, la compression des vaisseaux et des nerfs n’a pas été signalée, Labrevoit a relaté une observation d’ostéome suppuré. Mais la guérison spontanée est aussi exceptionnelle, on n’a noté que quelques cas où une diminution de volume a pu seule être observée.