ANATOMIE PATHOLOGIQUE
L’anatomie pathologique de l’ostéomyélite atténuée du corps vertébral est très mal connue en raison du petit nombre d'observations publiées jusqu'ici et de la rareté des constatations nécropsiques.
Ainsi, Grisel, a décrit d’après Gosselin les lésions de l’ostéomyélite aigue. i
Ardin-Delteil, Maurice Raynaud et Coudray distinguent assez arbitrairement les lésions anatomiques de Vostéomyélite aigue du corps vertébral et celles des spcndylites alors qu’il ne s’agit que d’une différence dans l'intensité de l’inflammation.
Laborde étudie exclusivement lostéomyélite de l'arc postérieur.
Nous avons groupé les renseignements anatomiques de nos propres observations et ceux des autres cas relevés par nous. Ces constatations sont assez rarcment obtenues à l’autopsie (Obs. 1, V et VIT) le plus scuvent il s'agit de renseignements ou chirurgicaux ou radiographiques et d’ailleurs combien imprécis.
Aussi notre étude d'anatomie pathologique tout en
s’efforçant d'être complète, n'aura pas la prétention
d’être une mise au point définitive de cette question d'autant que cliniquement les frontières de l’ostéomyélite subaigue du corps vertébral nous semblent
assez imprécises.
19 SIEGE: : Nous n'avons retrouvé qu'une observation d’ostéomyélite subaigue portant sur la colonne cervicale (Obs. XI) où il y avait lésion de la 3me et surtout de la 4me cervicale.
Dans le plus grand nombre de cas, les lésions portent sur la colonne jiombaire (7 observations sur LL}
Trois observations portent sur les dernières vertèbres dorsales. Dans un cas {Obs. VIT) le siège n'est pas précisé, mais il s'agissait de la région dorsolombaire.
Les lésions semblent intéresser plusieurs vertèbres et le plus souvent les deux dernières dorsales et les deux premières lombaires.
Nous verrons d'ailleurs qu'il y a toujours une réaction de périspondylite et de cette façon il est facile
de comprendre que deux vertèbres soient intéressées.
20 LESIONS VERTEBRALES : En général la lésion ne diffuse pas, contrairement à l’ostéomyélite aigue où le processus s'étend à toute la vertèbre. Par contre dans. l’ostéomyélite des lames, l'infection a tendance à gagner tout l'arc postérieur. Ces deux
faits de diffusion de l’ostéomyélite aigue et de l’os-
ERPO ARR
téomyélite de l'arc s'opposent aux caractères évolutifs de celle du corps.
Nous n'insisterons pas sur les lésions microscopiques de cette ostéomyélite ni sur le rôle important que jouent les thromboses vasculaires dans le processus de nécrose. ca
Les lésions macroscopiques intéressent l'os et les tissus périvertébraux.
Séquestres : L'absence de séquestres dans l’ostéomyélite du corps vertébral est une notion classique. Pratiquement en effet on n’a rencontré et on n’a enlevé par intervention des séquestres que dans les ostécmyélites des lames et des apophyses épineuses« Pourtant de nombreux auteurs ont écrit que cette absence de séquestires était due à la rapidité de lévolution vers une issue fatale.
L'étude des ostéomryélites aigues du corps vertébral nous semble infirmer cette interprétation. Dans deux cas seulement (Obs, V et VIT) on a vu à la radio où on a enlevé chirurgicalement un séquestre libre représentant dns un cas les deux tiers du corps vertébral.
La rareté de séquestres au niveau du corps vertébral ne nous semble pas surprenante ; il s’agit en effet d’ostéomyélite d’un os spongieux et l’on sait que le tissu spongieux mort se résorbe facilement ; l'absence de séquestres dans les ostéomyélites épiphy-
saires du nourrisson en est la preuve.
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Toute séquestration traduit la difficulté de l’organisme à résorber un tissu compact, et c’est pourquoi on rencontre assez fréquemment des sequestres dans
les ostéomyélites des lames vertébrales.
GIBOSITES: Il nous semble par contre que Gri-
sel ait vu plus juste quant à la rareté des gibbosités dans l’ostéomyélite vertébrale en formulant les réserves suivantes : « Nous concluerons écrivait-il à l’absence de ces difformités secondaires. La cause en est à la terminaison par la mort rapide des ostéomyélites prcfondes des corps vertébraux ».
Nous avons retrouvé une gibbosité dans quatre observations (Obs II, VI, VII VIN). Cette gibbosité s’accompagnait de grosses lésions radiographiques destructives.
La gibbosité est angulaire et médiane, caractère de celle du mal de Pott ; dans les observations publiées nous n'avons pas eu l’occasion de retrouver de déformations secondaires rachidiennes ou autres dues à une compensation. La seule observation que nous publions avec déformation est trop récente pour s’accompagner de ces lésions secondaires de compensa-
lion. PRES |
LESIONS DE PERISPONDYLITE : Elles correspondent à des proliférations périostées se faisant à distance du corps vertébral et dues vraisemblable-
ment à un décollement irrégulier du périoste qui sé
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trouve écarté par l’abcès formé entre lui et le corps vertébral dénudé.
Ces proliférations peuvent intéresser le ligament vertébral commun antérieur (obs. 1.) ou siéger sur les côtés, mais dans te cas, à notre avis, elles se présentent à la radiographie avec l’aspect des classiques becs de perroquet. Nous remarquons du reste que sur quelques radicgraphies de nos malades nous avons noté des lésions constructives et destructives du foyer vertébral. Il s’agit peut-être seulement d'ossification des ligaments vertébraux qui tendent à aboutir à la consolidation de la colonne partiellement détruite au niveau d'un de ses segments. Le protocole nécropsique de l'observation VIII, parle d’une soudure entre les trois vertèbres lésées. À l'extrême, quand plusieurs vertèbres sont détruites, la soudure se fait entre les corps vertébraux, les disques ayant disparu.
En résumé, il nous apparaît que les lésions de l’ostéomyélite vertébrale subaigue se traduisent d’une part par une destruction partielle d’un ou de plusieurs corps vertébraux, et d'autre part il existe des prolifétations périvertébrales. Ces deux ordres de lésions de prolifération et de destruction sont associées en proportion extrêmement variable et vraisemblablement en rapport avec le caractère plus ou moins aigu de l'infection. )
Dans notre observation I, il y avait association de
ces deux processus, Dans l'observation IT, il y avait
TAAeE
uniquement des lésions destructives. L'observation IT, par contre comporte surtout des lésions productives mais peut-être est-il plus exact de la considérer
comme forme de transition.
LE CANAL RACHIDIEN : Le canal rachidien est parfois déformé quandi il y a gibbosité, mais pratiquement cette déformation n’entraîne pas de lésions médullaires, ce qui n’est pas fait pour nous étonner car nous savons que dans le mal de Pott la compression médullaire n’a pas une cause osseuse.
Il nous faut signaler que nous n'avons jamais rencontré dans l’ostéomryélite atténuée du corps vertébral de lésions méningées ou sous-duremériennes, alcrs que celles-ci sont fréquentes dans l’ostéomyélite des lames et dans ces cas sont à l’origine des trou-
bles radiculo-médullaires.
ABCES : Les abcès sont particulièrement fréquents et évoluent comme les abcès froids pottiques.
Le plus souvent, puisqu'il s’agit de lésions lombaires, ils fusent dans la gaine du psoas. Le muscle est plus où moins complètement détruit et l’abcès apparaîl au niveau dela fosse iliaque. Dans d’autres cas il évolue vers la région lombaire longtemps profond et pouvant simuler par son évolution un phlegmon
périnéphrétique.
En résumé, cette esquisse anatomo-pathologique
doit permettre l'interprétation de deux ordres de faits
1° Les lésions radiographiques constatées, nous reviendrens sur ce sujet dans un chapitre spécial.
20 Les constatations opératoires. Il est possible à l'intervention de remonter jusqu’au foyer lorsqu'on a incisé un abcès de la gaine du psoas ou surtout un abcès lombaire. Parfois on tombe sur une vertèbre dénudée, trouvant rarement un séquestre dans une géode d’un corps vertébral, Dans l'observation IT, il nous semble que l’abcès périosté n’est crevé que par un petit orifice et! il ne fut pas possible de trouver au fond de la plaie une vertèbre dénudée, Le doigt rencontra des lésions vertébrales consistant surtout en irrégularité des corps vertébraux qu'on ne pouvait palper qwà travers une gangue de périoste
et de ligaments épaissis.