OBSERVATION VI
(Observation du D>^ Schmidt. Thèse de Leipzig, 1901.)
Résumé de l’observation. — Enfant de cinq ans, rachitisme certain.
Neuf fractures dont sept sont aux membres inférieurs.
Avec léger déplacement.
Symptômes des fractures bien atténués.
Guérison rapide avec cals peu volumineux.
Déformations pas très appréciables de plusieurs membres.
■ Antécédents familiaux. — Père et mère, rien d’intéressant.
Frères et sœurs mort-nés ou morts en bas âge.
A. K..., né en 1896. Son père s’est suicidé à trente ans. Sa mère vit et est en bonne santé. 11 a eu deux frère et sœur mort-nés ; deux autres sont morts en bas âge.
L’enfant a été bien portant jusqu’à l’âge de quatre mois ; puis il a perdu l’appétit.
A l’âge de six mois, fracture du bras gauche au tiers inférieur, sans beaucoup de douleurs. Guérison en trois seinaines.
Trois mois après, fracture du péroné droit.
Au commencement de sa seconde année, fracture du fémur droit au tiers inférieur.
Un mois plus tard, fracture du même os, mais en son milieu.
Dans la même année, il se casse le bras gauche.
A trois et à quatre ans il se casse la jamhe droite ; puis le fémur droit l’année suivante en mars-, puis de nouveau le même membre au mois de juin de la même année.
La mère dit que toutes ces fractures s’accompagnent de peu de douleurs et guérissent rapidement.
Etat actuel. — L’enfant paraît intelligent ; il est assez bien portant, mais d’une constitution plutôt faible. Le cœur est sain ; aux poumons, on trouve quelques râles de bronchite. La musculature est très peu développée.
La tête est grosse par rapport au reste du corps. Le sternum est proéminent en avant, il y a un léger accroissement en largeur des épiphyses, marqué surtout au niveau des condyles fémoraux : genu valgum des deux côtés. Pied plat.
Aux diaphyses, par suite des fractures, cals petits, mais appréciables; pas de grosses déformations; épaississement du bras gauche, fémur et jambe droite convexes en dehors.
L’enfant porte aux membres inférieurs des appareils de soutien.
Le régime institué fut le suivant : pas de pommes de terre, bains, citrate de chaux et chlorure de sodium.
Depuis les quelques mois qu’il est ainsi traité, le malade n a pas eu de nouvelles fractures; Il marche bien.
OBSERVATION VII {personnelle)
Résumé de lobservation.
Jeune homme de quinze ans, rachitisme peu net.
Neuf fractures depuis l’âge de onze ans, dont sept aux membres inférieurs.
Souvent déplacement appréciable.
Symptômes des fractures légèrement atténués.
Guérison rapide avec cals appréciables.
Assez grosses déformations de la cuisse et de l’avant-bras.
A toujours été soigné à l’hôpital. Radiographies.
■ Antécédents familiaux. — Père, alcoolique, une fracture.
Mère, alcoolique probable.
Frères,.sœurs, rien d intéressant.
Amédée D..., quinze ans, entre le 6 octobre 1906 à l’hopital de Saint-Germain pour une fracture du fémur gauche.
Antécédents familiaux et personnels.—he père, ouvrier vidangeur est âgé de cinquante et un ans ; a fait une chute de 10 mètres à quarante-cinq ans, se fracturant le tibia. Alcoolisme certain ; pas d’autre tare.
La mère, réglée à quatorze-quinze ans, a toujours été bien réglée, a eu six grossesses à terme, cinq garçons, une fille. Tous ses accouchements ont été normaux et assez rapides. Elle n’a
jamais été malade ; blanchisseuse de son état, n’a pas l’air très intelligente ; éthylisme probable.
Aucun des frères non plus que la sœur de notre malade n’ont jamais eu de fractures ; ils n’ont jamais été malades, mais paraissent également alcooliques.
Notre malade, venu à terme, a été nourri au sein jusqu’à quatorze mois ; il a eu sa première dent à neuf mois et a marché à seize mois. Il n’a jamais été malade n’ayant eu que ses fractures multiples.
Première fracture .— Le i 5 novembre 1902, chute sur la paume de la main, fracture des deux os de l’avant-bras gauche au niveau du tiers supérieur. Fracture ouverte, complète, amenant une déformation considérable de l’avant-bras, qui au niveau de trait de fracture forme un angle obtus en arrière et en dehors. Impotence, crépitation, mobilité, signes ordinaires.
Essai de réduction de la fracture, aucun résultat. Suppuration, incision sur la partie latérale externe de l’avant-bras, premier grattage, sans résultat, quelques jours plus tard nouveau grattage on met deux drains que l’on fait ressortir à la partie postérieure de l’avant-bras. Suppuration persistant pendant deux mois, un pansement par jour. Le malade sort guéri le 7 juin i 9 o 3 .
Etat actuel. — Déformation considérable de l’avant-bras formant une courbe à concavité externe presque angulaire au niveau du quart supérieur ; cette déformation fait paraître 1 avant-bras déjeté en dehors.
Raccourcissement : du poignet au pli du coude sur la ligne médiane en, avant, on mesure i 5 centimètres tandis que. l’autre bras donne 20 centimètres. Trois cicatrices : 1° une sur le bord externe du radius, longue de 7 centimètres, consé-
cutive à l’incision. ; la peau adhère à l’os ; 2° deux cicatrices à la partie postéro-in terne de l’avant-bras dues aux drains placés après grattages.
Deuxième fracture. Le 16 février igoS, pendant que le malade était à l’hôpital pour la fracture précédente, il fait une chute sur le dos de la main droite et se fracture les deux os de l’avant-bras droit au niveau du tiers moyen. Tous les signes ordinaires. Appareil plâtré qu’on laisse quinze jours, le malade s’est servi de son bras huit jours après qu’on a enlevé l’appareil. c’est-à-dire avant qu’on l’opère de son bras gauche. Cette fracture ne paraît donc pas avoir été complète.
Il ne paraît pas y avoir de raccourcissement bien qu’il y ait une légère déformation du radius qui semble former une courbe à concavité interne.
Troisième fracture. Le 2 août igoS, le malade fait une chute sur la cuisse et se fracture son fémur gauche au niveau du tiers moyen ; il entre à l’hôpital le jour même et, après constatation des signes ordinaires, on réduit la fracture, on met la cuisse dans un appareil de Hennequin qu’il garde trente-six jours. L’enfant sort de l’hôpital le quarante-huitième jour guéri.
Actuellement, la cuisse est en excellent état, on sent une légère déformation osseuse au niveau du trait de fracture.
Quatrième fracture. Le i 5 décembre igoS, à l’école, le malade se prend la jambe entre son banc et son pupitre et se fait une fracture du tibia droit à la partie inférieure du tiers moyen avec léger déplacement. Réduction ; appareil plâtré qu’on laisse en place vingt-cinq jours. Huit jours après le malade sort de l’hôpital sans impotence et sans raccourcissement.
11 ne reste actuellement aucune trace appréciable de cette fracture.
. Cinquième fracture. Le ii juillet i 9 o 4 le malade fait une chute sur la cuisse et se fracture le fémur droit au niveau du tiers moyen ; appareil à glissière (guérito-prismatique, genre Hennequin) qu’on laisse pendant trente-six jours. On a une consolidation en position vicieuse avec un gros cal et une grosse déformation ; pour corriger cette déformation, on fracture à nouveau la cuisse sous chloroforme et on fait, la suture osseuse. On place la cuisse dans un appareil plâtré qu’on enlève trente-six jours après ; le malade reste encore trois semaines à l’hôpital d’où il sort à ce moment avec une grosse déformation et un raccourcissement de 3 centimètres (?). Il ne peut plus marcher sans une canne. La plaie faite pour la suture a laissé une cicatrice adhérente.
Sixième fracture. En mars igoô le malade butte sur le bord d’un trottoir, tombe et se fracture le tibia droit (deuxième fois). Après réduction on le met dans un appareil plâtré qu’il garde trente-cinq jours ; consolidation complète, pas de déformation. Le malade sort huit jours après, pouvant se servir de sa jambe.
Etat actuel consécutif, difficile à apprécier à cause des fractures nouvelles ; on perçoit néanmoins un cal assez net.
Septième fracture. En août i 9 o 5 , le malade fait une nouvelle chute, poussé par un camarade et se refracture pour la troisième fois le tibia droit, à la partie supérieure du tiers inférieur à I centimètre de la fracture précédente ; signes ordinaires, réduction. Appareil plâtré qu’on laisse en place pendant quarante jours. Le malade remarche huit jours après, toujours avec sa canne, à cause de la fracture de la cuisse,
' Le cal est légèrement appréciable. Â la suite de ces trois fractures du même tibia, sans qu’il y ait une grosse déformation, l’os présente un raccourcissenient notable. Mesurant le tibia sur la crête du milieu du cou de pied à la rotule, on trouve 3 i centimètres tandis que celui de gauche mesure 34 centimètres.
Huitième fracture. Le 6 octobre 1906, le malade fait une chute au bord d’un trottoir, tombe, se fracture le fémur gauche au niveau du tiers moyen. Appareil de Hennequin qiu reste en placé cinquante jours, temps au bout duquel le malade se lève et marche avec canne et béquille.
Neuvième fracture. En faisant son lit, à 1 hôpital le malade glisse et se refait une troisième fracture du fémur gauche, le 28 décembre 1906. Réduction. Appareil de Hennequin qu’on laisse en place cinquante-deux jours ; le malade sort definitivement de l’hôpital, le i 5 mars 1907 marchant à l’aide de béquilles. A la suite des trois fractures du fémur gauche on relève un raccourcissement de 4 centimètres et une déformation du membre incurvé en dehors. ,
Etat actuel nu squelette et du système musculaire. Thorax. — Le malade âgé de quinze ans est solidement charpenté et bien musclé ; au niveau de la ligne mamelonnaire le tour de poitrine est de 85 centimètres.
Bras (jiroit. — Humérus intact, tour de biceps 3 o centimètres, bonne musculature.
Avant-bras droit. — Longueur 20 centimètres. Légère incurvation du radius, dont la courbe à concavité interne est surtout marquée au niveau du tiers supérieur ; les muscles sont bons même bien développés pour un malade de quinze ans, le tour de l’avant-bras au niveau du tiers supérieur : 26 centimètres.
Bras gauche. — Humérus plus court de i centim. 1/2,
tour de biceps ; ik centimètres, beaucoup moins bien développé qu’à droite.
Avant-bras gauche. — Est considérablement déformé, le radius incurvé forme une courbe à concavité interne et à cony vexité postéro-externe ; cette courbe au niveau du i /3 supérieur est presque angulaire. On sent mal le cubitus perdu dans un tissu flasque. La longueur de Eavant-bras est de i 5 centimètres. L’atrophie musculaire est considérable, le tour de l’avant-bras, au tiers supérieur, mesure i8 centimètres et encore ces 18 centimètres sont-ils plutôt attribuables à la déformation du radius qu’aux muscles presque inexistants. On remarque trois cicatrices : une sur le bord externe du radius longue de 7 centimètres et au niveau de laquelle la peau adhère à l’os, deux petites au niveau de la partie postérieure à 7 centimètres de l’articnlation du coude. •
Poignets, mesure à droite 17 centimètres de tour.
— mesure à gauche i 5 centimètres de tour.
Les deux mains sont à peu près d’égale grandeur, la gauche cependant beaucoup moins musclée que la droite.
Bassin. — Les os du bassin sont normaux et également développés, cependant l’épine iliaque anterieure droite se trouve abaissée de 2 centimètres par suite du raccourcissement considérable du membre inférieur droit, ainsi qu on le verra par la suite.
Cuisse gauche. — Fémur, longueur 48 centimètres, fracturé une fois au niveau du tiers moyen ; on perçoit un cal peu volumineux et u’amenant aucune déformation. La masse musculaire est ferme, on mesure au milieu de la cuisse 4 i centimètres de circonférence.
Cuisse droite. — Fémur, longueur 44 centimètres, fracture
trois fois, présente une grosse déformation ; on perçoit une double courbure au niveau du tiers moyen à convexité antéro-externe et au tiers inférieur à concavité antérieure. La déformation au tiers moyen est de beaucoup la plus marquée, à sa face antérieure se trouve une cicatrice longue de 10 centimètres consécutive à la suture osseuse; à la partie supérieure de cette cicatrice, on perçoit sous le doigt une petite rugosité osseuse comparable à une petite esquille adhérente au corps de l’os. L’atrophie musculaire est considérable :: on mesure au milieu de la cuisse 36 centimètres de circonférence dus en grande partie au cal exubérant du fémur.
Rotules, sensiblement égales paraissent normales.
Jambe gauche. — Tibia longueur 34 centimètres, cette jambe n’a jamais été fracturée, mais le tibia présente, néanmoins, une déformation formant une courbe à concavité interne marquée surtout dans le tiers inférieur, assez comparable à la déformation en lame de sabre ; médiocrement musclé, 3 o centimètres de tour de mollet.
Jambe droite. — Le tibia fracturé trois fois ne présente pas de grosse déformation ; raccourci, il ne mesuré que 3 i centimètres de longueur, on y perçoit un cal au niveau de l’union du tiers moyen et du tiers inférieur; genu valgum assez marqué, mais plutôt apparent que réel et venant de la déformation de la cuisse. Les muscles sont légèrement atrophiés, on mesure 28 centimètres de tour de mollet.
Pieds, sensiblement égaux paraissent normaux.
Impotences. —Les mouvements de supination et de pronation de Tavant-bras gauche sont très limités ; la flexion de l’avantbras sur le bras ne se fait pas complètement, le malade se sert difficilement de son bras gauche très raccourci.
Aux membres inférieurs, les mouvements de flexion de la jambe droite sur la cuisse sont diminués de moitié, le malade ne peut se servir de son membre droit sur lequel il peut à peine s’appuyer et dont le raccourcissement et l’atrophie musculaire sont énormes. Le malade ne marche que grâce à des béquilles.
Etat général. — Le malade mange et boit bien ; son développement intellectuel n’est pas très brillant, il sait lire, écrire et compter ; mais il n’a pas eu son certificat d’études. Il apprend assez facilement cependant et s’occupe à peu près régulièrement ; peut être son retard n’est-il dû qu’à ses séjours prolongés à l’hôpital.
Appareil respiratoire. — Aucune lésion pulmonaire.
Appareil circulatoire. — Aucune lésion circulatoire.
Signe de rachitisme. — Le seul signe de rachitisme qu’on relève chez ce malade, une très légère déformation en lame de sabre de son tibia gauche.