‹ Contribution à l'étude de l'ostéosynthèse ouverteChapitre 17 sur 56 · EURE · texte numérisé non relu

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semble avoir pensé à laisser la plaie ouverte systématiquement et non par nécessité. Le fait est à retenir, car il s’agit vraiment là d’une ostéosynthèse ouverte faite de parti pris, par réflexion et non plus instinctie vement. Nous avons déjà signalé cette observation de Cooper (de San Francisco) publiée en 1859 dans The Cincinnati Lancet and Observer ». I s’agissait d’une fracture ancienne fistuleuse du fémur, datant de 2 ans. Dans la Gazette Hebdomadaire de 1859: (p. 757) on trouve des renseignements capitaux quant à notre sujet. « La fracture, très oblique, fut réunie par 3 fils métalliques passés dans des trous percés au forêt. On tint la plaie ouverte à l’aide d’une large mêche, on immobilisa le membre, et on fit des irrigations froides. La plaie des téguments fut maintenue ouverte pendant 3 mois. Il y eut consolidation parfaite. M. Cooper insiste sur les avantages qu’il y a dans les opérations du genre de celle qu’il a pratiquée à maintenir la plaie béante et à en obtenir la cicatrisation du fond à la superficie. D’après lui, on évite de cette manière les fusées purulentes, si souvent funestes dans cette circonstance. Cette règle que l’auteur base sur plus de 40 observations personnelles, s’applique aussi bien aux résections articulaires qu’au traitement des fractures non consolidées ».

En 1867, naît la chirurgie listérienne, d’où la chirurgie moderne est sortie. On sait d’ailleurs que c’est Justement en appliquant à une série de frac-

tures ouvertes, à Glasgow, sa nouvelle méthode d’antisepsie phéniquée que Lister obtint la première preuve pratique et démonstrative de sa valeur.

Puis, progressivement, des tentatives isolées

d’ostéosynthèse pour fracture sont faites.

Brrcner (de Genève) est le premier chirurgien, à avoir pratiqué systématiquement et en série des ostéosynthèses pour fractures fermées (à partir de 1886). Bircher avait adopté l’enchevillement dans presque tous les cas. Les observations furent publiées dans la thèse de son élève Gaudart (Genève,

Peu de temps après — à partir de 1894 — Lane

puis LamBoTTE pratiquent l’ostéosynthèse en grande

série, réglent sa technique et la placent à un degré de perfection pratique qu’elle n’a pas dépassé depuis eux. Leurs techniques, leur matériel sont adoptés par tous les chirurgiens actuels.

En France, à partir de 1899, Turrier et ses élèves (Dusarrer, Guisar) furent les promoteurs de l’ostéosynthèse, :

. Mais depuis ce moment jusqu’à la guerre, les frac-

tures ouvertes, quant à l’ostéosynthèse, passent au second plan. On n'intervient guère que pour fracture fermée. La plupart des échecs graves des ostéosynthèses sont dus à une infection accidentelle du foyer opératoire. Aussi l’asepsie stricte du foyer nécessaire pour l'intervention est-elle un dogme absolument formel. Les faits de l’époque précédente sont oubliés —— Où peut-être comptés comme d’heureuses exCep-

Ses

tions. L’ostéosynthèse pour fracture ouverte n’existe pratiquement pas avant la guerre. Elle paraît grevée de terribles dangers.

Lane et Lambotte, dans leurs publications d’avantguerre, la condamnent formellement. Tout au plus Lambotte conseille-t-il l'emploi d’un moyen de contention indirecte, tel son fixateur externe.

La guerre vint, et la fréquence des fractures ouvertes fut énorme. Des ostéosynthèses furent pratiquées à nouveau. Dès 1915, Oxinczyc, Des- JARDINS se servirent de fils métalliques pour maintenir des fragments. Surtout dès cette époque VizLarD pratiqua des ostéosynthèses par plaques dans des fractures ouvertes franchement infectées, avec de beaux résultats, et dans d’assez nombreux cas. Bientôt Partez, Tixier et d’autres publièrent des tentatives de ce genre, couronnées de succès. Nous insistons volontairement peu ici sur ces faits, ainsi que sur les discussions relatives à la suture primitive, que Grécoirre, Rouvirrois et GUILLAUME Louis, LemaiTRE, Gaupier, LacourTre, Duvaz et Prcor employèrent brillamment sur une large échelle. Nous aurons à y revenir très longuement.

Enfin, en 1918, allant plus loin encore que la suture primitive, des chirurgiens (TAnNToN, Dusa- RIER, CHARBONNEL) pratiquèrent des ostéosynthèses fermées pour fractures ouvertes. En réalité, ce furent des cas peu nombreux, et l’on ne peut, sans exagérer grandement, prétendre que l’enseignement de la guerre a été de nous apprendre à utiliser l’ostéosyn-

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thèse dans les fractures ouvertes. La guerre, si elle n’a apporté aucun fait réellement nouveau, si elle n’a pas apporté une solution unique au problème des fractures ouvertes — c'était évidemment impossible — a permis au moins une diffusion définitive d’éléments thérapeutiques fondamentaux : nécessité de l'intervention systématique et urgente, technique du débridement et de la désinfection du foyer, technique de l’esquillectomie sous-périostée, possibilité de suture secondaire plus ou moins rapide. La guerre a montré la possibilité de belles séries de suture primitive, sous surveillance très étroite. Mais elle n’a pu apporter à ce point de vue de conviction définitive, ainsi que pour le problème de la synthèse, et les chirurgiens restèrent et restent partagés.

Depuis la guerre, malgré deux importantes discussions d'ensemble, la question, il faut l’avouer, n’a que fort peu progressé. La question fut mise à l’ordre du jour de la Société de Chirurgie en 1926. La discussion fut ouverte par le Professeur Lenormant, qui, rapportant quelques désastres, jeta un cri d’alarme contre l’accroissement des ostéosynthèses suivies de suture primitive. Elle dura plus de 8 mois — Partisans de la mise à plat simple (Lenormant, Leriche, Simon et Stulz, Soulhigoux, Fredet, Rouvillois) et tenants de la suture primitive ou de l’ostéosynthèse fermée (Dujarier, Robineau, Gaudier, Guimbellot, Guillot et Dehelly) apportèrent leur statistiques et leurs impressions. Comme le remarquait Lenormant en clôturant la discussion le 9 mars 1927 : « La

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discussion ne paraît pas avoir beaucoup modifié les opinions de chacun » et de part et d’autre d’heureuses séries s’opposaient, sans rien résoudre nettement,

Dans cette discussion, l’ostéosynthèse ouverte n'avait été que peu envisagée. Toutefois, quelques chirurgiens (Auvray, Lenormant, Charbonnel, Leclerc) disaient l'avoir utilisée de façon satisfaisante. Pour la plupart, on avait l'impression qu’il s’agissait d’une méthode de pis-aller.

En 1931, le Congrès français de nee avait à l’ordre du jour le traitement chirurgical immédiat des fractures ouvertes de jambe. Malgré le remarquable rapport de Roux et SÉNÈQUE, très documenté — s'appuyant sur un grand nombre d’observations dont la plupart, venant des hôpitaux de Paris, furent recueillies et analysées par DARFBUILLE, dans sa thèse (Paris, 1932) — malgré une importante discussion — l’état de la question resta exactement le même.

Et, de fait, il n’en pouvait pas être autrement. La thérapeutique des fractures ouvertes est une question complexe, qui ne comporte pas probablement une solution unique. Nous avons l'impression que l’ostéosynthèse ouverte constitue très souvent l’une des solutions les plus favorables, réalisant beaucoup d'avantages, ne comportant pas de dangers graves. Ce court historique ébauché, qui, forcément débordait un peu de notre cadre, nous nous attacherons désormais uniquement à l’Étude de l’ostéosynthèse ouverte.

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