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CHAPITRE IT

Anatomie.

Il est d'usage, avant de décrire une affection d’un organe quelconque, de dire quel en est son substratum anatomique. Nous commencerons donc notre étude, qui est un travail de mise au point, par étudier le pavillon de l'oreille.

C’est une lame ondulée élastique ayant une forme ovale à grosse extrémité supérieure, fixée sur chacune des faces latérales de la tête juste au-dessus de la parotide, en arrière de l'articulation temporo-maxillaire, en avant de la mastoïde et au-dessous d’une ligne horizontale passant par les rebords supérieurs des orbitres. Sa courbe est régulière et gracieuse. Il joue le rôle de cornet acoustique et présente deux faces : l’une externe, l’autre interne.

Face externe.— [La face externe, concave, présente cinq saillies caractéristiques : l’hélix, l’anthélix, le tragus, l’antitragus et le lobule de l'oreille.

1) L'hélix forme un ourlet complet et parfait entourant et limitant le pavillon, en avant, en haut et en arrière. Sa queue s’efface peu à peu en atteignant le lobule.

2) En dedans, se trouve l’anthélix se bifurquant d'une façon bien marquée à son extrémité antérieure (crura furca) limitant ainsi entre ses deux branches, la supérieure presque verticale et l’inférieure presque horizontale une dépression triangulaire à laquelle on donne le nom de

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fossette scaphoïde. En bas, entre la queue de l'hélix et la branche montante de Fanthélix, le pavillon est déprimé formant une fossette désignée sous le nom de fossette ovale ou intercrurale.

3) Le tragus est une forte saillie à forme triangulaire adhérente par sa base qui prolonge en avant la racine de l’hélix dont elle est séparée par la petite incisure intertragohélicienne. La profonde incisure intertragienne le sépare de l’antitragus. Quelques poils forment parfois un bouquet au sommet du tragus.

4) L’antitragus se trouve au dessous du tragus et un peu en arrière de lui. Une légère dépression sépare l’antitragus de l’anthélix. :

5) Enfin au pôle inférieur, on décrit le lobule de l'oreille qui est hémicirculaire et parfaitement lisse.

Le pavillon présente aussi trois dépressions, qui sont : la conque, la gouttière de l’hélix et la fossette scaphoïde:

1) La conque est une large fossette limitée par l’anthélix en haut et en arrière. La racine de l’hélix en avant la divise en deux cavités secondaires, une supérieure étroite, portant le nom de fossa cymboe, une inférieure plus large s’inclinant insensiblement vers le conduit auditif externe. à

2) La gouttière de l'hélix forme un sillon creusé entre l'hélix et l’anthélix.

3) La fossette scaphoïde se trouve entre les branches de bifurcation de l’anthélix en avant.

Face interne. —La face interne présente une disposition inverse de la face externe, sauf que les saillies qui correspondent aux dépressions et vice versa, sont bien moins marquées que sur la face externe. Elle est libre dans ses deux tiers postérieurs et dans ses parties supérieure et inférieure. Son écartement varie d’un angle de 15° à 30° et on a remarqué que la finesse de l'’ouie augmente à mesure qu'il grandit.

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Structure. — Le pavillon est constitué, en allant de l'extérieur vers l'intérieur, par la peau, le tissu cellulaire très peu riche en graisse mais bourré de conduits lympbatiques avec quelques petits muscles, enfin le périchondre et le cartilage. La peau et le tissu cellulaire sous-cutané ne présentent rien de particulier, si ce n’est qu’ils sont très riches en glandes et en follicules pileux, aussi nous nous bornerons à étudier successivement le fibro-cartilage, les vaisseaux et nerfs du pavillon de l'oreille.

Le tissu cellulaire n'existe pas en tant que couche distincte sur la face externe du pavillon. En ce point la peau adhère intimement au périchondre, ce qui explique la douleur que provoquent les abcès de cette région. Au contraire, sur la face interne le tissu est relativement lâche et on rencontre ça et là quelques pelotons graisseux. On trouve parfois une infiltration de sérosité et même de l’œdème.*

Le fibro-cartilage occupe toute l'étendue du pavillon à l'exception du lobule qui est formé seulement par un simple repli de la peau. C’est grâce à lui que le pavillon peut conserver son élasticité et sa forme. Il n'offre cependant pas une épaisseur uniforme. Le cartilage de la conque est en général plus épais, tandis que celui qui répond au bord libre de l’hélix est plus mince, mais les différences qu'il présente sont en général peu prononcées.

Il est essentiellement constitué par une trame fibreuse dans laquelle sont enchassés les corpuscules du cartilage. Ceux-ci sont, soit arrondis, soit ovalaires et même parfois il en existe deux dans la même loge. Le périchondre qui revêt ce cartilage est formé de fibres lamineuses entrecroisées en faisceaux dans tous les sens et d’un aspect nacré.

Artères et veires, Iymphatiques, nerfs. — En avant l'artère temporale superficielle, donnent quatre ou cinq branches, connues sous le nom d’auriculaires antérieures, quise distribuent à la peau du lobule, au tragus et à la partie antérieure de l’hélix. Cette dernière est la plus considérable.

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On la voit plonger dans la fossette scaphoïde et couvrir de ses ramifications toute l'extrémité supérieure du pavillon.

En arrière, les artères nées de l’auriculaire postérieure traversent de dedans en dehors la lame cartilagineuse et viennent irriguer cette partie de la face antérieure qui a été respectée par les auriculaires antérieures. Les branches perforantes sout nombreuses mais sont inégales en volume. Les trois principales débouchent à la face externe du pavillon dans les trois points suivants:

1° La supérieure, dans la fossette naviculaire de l'anthélix ; .

2° La moyenne, dans la partie supérieure de la conque immédiatement au dessus de la racine de l’hélix ;

3° L’inférieure, entre l’antitragus et la queue de l'hélix (TEsrur, Anatomie).

« Les veines de l'oreille ne suivent que très imparfaitement le trajet des artères, les antérieures plus courtes et plus petites vont se jeter à l’origine de la veine jugulaire externe; les postérieures, plus nombreuses, se réunissent pour la plupart au tronc veineux qui traverse la portion mastoïdienne du temporal, pour s'ouvrir dans le sinus latéral correspondant. » (SAPPEY, Anatomie, tome 111.)

Remarquons en passant, que les trois points indiqués comme spéciaux à l'émergence des artères perforantes coïncident précisément avec les localisations les plus fréquemment observées de l’othématome.

Le réseau lymphatique est extrêmement riche, comme il arrive dans les organes les plus éloignés des centres circulatoires. SappEY déclare qu'il est si serré qu’on ne pourrait essayer de le traverser avec une aïguille fine sans en rencontrer plusieurs. On peut les diviser en quatre groupes. Les inférieurs vont aux ganglions parotidiens, les antérieurs au ganglion préauriculaire ou prétagien, les postérieurs aux

ganglions mastoïdiens, ceux de la face interne vont au ganglion prétragien.

Les nerfs sont les uns sensitifs, les autres moteurs. Les premiers viennent en avant de l’auriculo-temporal branche du maxillaire interne, en bas de la branche auriculaire du plexus cervical, en arrière du nerf sous-occipital qui envoie une ou deux ramuscules à son extrémité supérieure.

Les nerfs moteurs sont peu nombreux; ils se terminent dans les petits muscles de l'oreille et proviennent du facial.

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Symptômes.

Étudions d'abord comment se présente un othématome, comment il apparaît, de quelle façon il se développe et quelle en est l'évolution. En général, on n'observe pas: l'othématome au moment de sa formation; c’est 24 heures après une partie de foot-ball, une séance de lutte ou de boxe que l’on est appelé à soigner le malade qui en est atteint. Dans tous les cas que l’on peut observer, la tumeur offre dès les premiers jours son maximum de développement. L'oreille est grosse dans son ensemble, gonflée surtout à la partie supérieure; la tuméfaction remplissant tantôt la cavité de la conque, tantôt la fossette scaphoïde. Généralement la tumeur est limitée en haut et sur les côtés par le sillon de l'hélix; en bas elle se termine brusquement à quelques millimètres du conduit auditif externe. |

La peau de la face externe du pavillon ne se moule plus sur les inégalités et les saillies du cartilage sous-jacent; elle est soulevée, tendue, convexe. Il semble dans ces cas, disait BirD, que l’on ait la moitié d’un œuf de poule coupé longitudinalement appliqué sur l'oreille. |

La tumeur est luisante, chaude et parfois très douloureuse. Sa couleur est rougeâtre et presque transparente, quelquefois bleuâtre et violacée.

D'ailleurs cette couleur n’est pas limitée au gonflement, mais se remarque en bordure de l’hélix et sur le lobule. II arrive parfois, que par son développement, l'hématome puisse boucher le conduit auditif externe et amener la surdité.

« Si on exerce, dit Mary, une légère pression sur les deux

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parois opposées, on éprouve soit une sensation d'élasticité faible ou une crépitation due à la présence de caillots; d'autres fois, au contraire, le pavillon s’hypertrophie et la pression du doigt n’y laisse pas d'empreinte ». Si on abandonne la tumeur à elle-même, on n'éprouve plus vers le huitième ou le dixième jour de la maladie de sensation de fluctuation, elle se résorbe. De même, on n'observe presque jamais l'ouverture spontanée du kyste sanguin ou de la suppuration. Généralement la résorption est lente, la tumeur devient dure et diminue progressivement de volume jusqu’à devenir parfois invisible. Plus tard il se produit des rétractions fibreuses qui épaississent le pavillon, le déforment au point de le rendre méconnaissable. Quelquefois il se recroqueville et diminue de dimensions dans tous les sens.

Si on ouvre, au contraire, la tumeur aussitôt sa formation par une incision, on trouve à l'intérieur une sérosité visqueuse sanguinolente, inodore, dont la quantité varie avec le volume de l’othématome. En outre, si on presse sur la tumeur, on obtient un sang noir coagulé tout à fait comparable à la gelée de groseille. L’hématome ainsi vidé de son contenu s’affaisse et il faut bien prendre garde que les bords de la plaie ne s’accolent; il faut drainer la poche, car l'épanchement se reproduit très rapidement et peut atteindre le lendemain le même volume que la veille.

Dans d’autres cas, la façon dont se présente l’othématome est tout autre. Il s’agit d’un aliéné chez qui on a aperçu un matin au réveil une tuméfaction du pavillon. Cette grosseur est apparue sans déterminer de douleurs spéciales et elle augmente progressivement les jours suivants. La tumeur est moins rouge que lorsqu'elle est déterminée par un traumatisme. Dans ce cas, on a affaire à un othématome de paralytique général, de maniaque ou de dément, qui évolue de la même façon que ceux dont nous avons parlé plus haut et qui laisse des déformations sérieuses du pavillon. Il serait souhaitable que nous soyons mieux fixés sur l’origine de ces othématomes.

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