PREMIÈRE OBSERVATION
Méningite aiguë suppurée consécutive à une otite moyenne et à la suppuration des cellules mastoïdiennes (Darier, Bull. de la Soc. anat., 1882).
Dans l'après-midi du {1 avril 1882, on apporte dans le service de M. Blachez, à l'hôpital Necker, salle Saint-Ferdinand, le nommé G..., âgé de 49 ans, cocher. Cet homme, d’une constitution très vigoureuse, puissamment musclé et doué d’un embonpoint notable, est dans un état de coma complet, et l’on ne peut obtenir aucun renseignement sur lui.
Voici les symptômes que nous observons à la visite du soir : Perle de connaissance absolue, résolution musculaire ; d’un côté comme de l’autre, les membres soulevés retombent lourdement sur le lit. La respiration est haletante, anxieuse mais par moments elle s'aceélère, s'accompagne de gémissements, et le ma-
! Gauthiez; Thèse de Paris, 1862, n° 94.
2 Darier ; Bulletin de la Société anatomique, 882, pag. 238.
EU À 7 ss lade, paraissant souffrir beaucoup de sa tête, lève alors les bras pour la’saisir à deux mains, agite ses membres inférieurs et contracte les muscles de sa face dans une expression de douleur. De ce fait, le diagnostic d’hémorrhagie cérébrale, qui se présentait à l'esprit tout d'abord, était écarté.
Les yeux sont convulsés en haut et à droite, les pupilles dilatées, i'attouchement des conjonctives provoque le réflexe palpébral. Sur tout le reste du corps, la sensibilité est abolie et une épingle plongée dans la peau n’amène aucune réaction motrice. — 6 ventouses scarifiées sur la nuque ne donnent presque pas de sang. La respiration devient bientôt de plus en plus génée (52 par minute) et voile à l’auscultation les bruits du cœur, le pouls est insensible; cyanose ; refroidissement des extrémités. La mort survient à 9 heures du soir.
Nous n'avions constaté aucune trace de contusion, pas d’écoulement par le nez ou les oreilles, rien si ce n’est la trace d’un petit vésicatoire placé récemment derrière l'oreille gauche. Le diagnostic, si difficile dans ces conditions, l’eût été bien moins si nous avions eu les renseignements que nous avions recueillis après la mort.
Non alcoolique, jouissant jusque-là d’une bonne santé, G... avait élé pris au mois de janvier, sans cause connue, de maux de tête, de vertiges, de bourdonnements d'oreille, accompagnés d'un écoulement purulent peu abondant par l'oreille, lequel se tarit bientôt. Cette céphalalgie, ce vertige, l’empêchaient souvent de travailler, et depuis cette époque il n’a guère pu aller à son ouvrage que deux jours par semaine.Pourtant, fait remarquable, il a passé encore toute la journée du dimanche 9 avril, deux jours avant sa mort, sur Son siège. Le soir, souffrant davantage, il s'était couché et le médecin qui le soignait avait diagnostiqué une méningite consécutive à une otite.
AuTopsiEe, trente-six heures après la mort. — La calotte crânienne, épaisse, se détache facilement.
A l'ouverture de la dure-mère, s'écoulent 60 à 100 gram. de pus verdâire, phlegmoneux, nuilement enkysté, comme on a pu le constater avant l’incision en le faisant fluctuer facilement d’arrière en avant et dans tous les sens. A la face interne de la dure-mère, on voit, adhérant en plusieurs points, des fausses membranes friables et très minces, demi-transparentes. Pas d’adhérences avec le feuillet viscéral de l’arachnoïde. Les reins contiennent comme d'ordinaire du sang noir et épais.
L’encéphale offre, outre une congestion générale de la piemère, des traînées de pus épanché tout autour des vaisseaux, dans l’espace sous-arachnoïdien; ces lacs purulents existent partout à la surface, mais en grande abondance surtout sur le lobe sphénoïdal gauche et à la face supérieure du cervelet. La base en présen':e beaucoup moins.
Les confluents en particulier et les scissures de Sylvius sont libres. Les circonvolutions ne se décortiquent que difficilement. Sur des tranches faites avec soin dans les deux hémisphères et dans le cervelet, on ne découvre aucun abcès du cerveau.
Rocher. — Pour chercher la cause de cette méningite, nous arrachons la dure-mère de la base du crâne et nous ne tardons pas à tomber, à l’union de la face postérieure du rocher gauche avec la portion écailleuse, sur un petit foyer purulent. A ce niveau, la dure mère est saine, non ulcérée, pas même notablement congestionnée. Mais une érosion de la lame osseuse met à nu les cellules mastoidiennes sur une surface grande comme un haricot. Ces cellules, ouvertes ensuite largement par un trait de scie, sont remplies de pus crémeux ; leur muqueuse est tuméfiée et d’un rouge violacé, mais le lissu osseux sous-jacent n'est enflammé que dans une tres légère étendue. Disons ici qu’il n’y a aucune tuméfaction, aucun œdème derrière l'oreille et qu’à l'extérieur l’apophyse mastoide a l’aspect absolument normal. Une coupe longitudinale du rocher, passant par l'axe du conduit auditif externe, nous permet de constater ce qui suit : intégrité
EUR Te pe
du cunduit auditif externe dont la muqueuse est normale . Inté— grité de la membrane du tympan, qui n’est perforée en aucun point et qui offre à peine un peu de rougeur de sa face profonde. Inflammation de la caisse du tympan qui est remplie de pus, dont les parois sont rouges et tuméfiées, mais encore à un degré modéré. Les osselets ont été emyortés détruits par la scie ; nous retrouvons pourtant le marteau qui est intact el adhère au tympan. L’'oreille interne n'offre pas de lésion appréciable.
Tous les autres viscères sont normaux; un peu de congestion seulement du foie et des poumons. Inutile d'ajouter que nous n’avons pas trouvé trace de tubercules.
Si le siège de l’otite a quelque influence sur la production de l’inflammation méningée, si l’otite moyenne a plus de tendance à favoriser cette complication, le degré d'acuité de la lésion auriculaire n’a qu’une importance minime. Une otite chronique ou subaiguë servira tout aussi bien de générateur à la méningite qu'une inflammation suraiguë de la cuisse. Bien souvent ce sera dans le cours d’une vieille otorrhée, après une longue période d’innocuité de la lésion, que la redoutable complication viendra surprendre un malade jusqu'alors tolérant et résigné à son infirmité. Cette tolérance habituelle pour les suppurations chroniques de l'oreille, « mal nécessaire » ou « émonctoire salutaire » au dire d’un grand nombre, rend impossible l'estimation du coefficient de complication de l'otite, la plupart des malades atteints d’otorrhée non compliquée négligeant de rechercher une intervention médicale.
Au point de vue de la nature des lésions auriculaires qui peuvent se compliquer de méningite, on peut dire que toutes les inflammations de l'oreille sont également susceptibles d'offrir une pareille complication. Le plus grand nombre des faits publiés ont trait à des méningites consécutives à l’otite tuberculeuse ; cela tient uniquement à ce que celle variété d'otite est la plus