‹ Contribution à l'étude de l'ulcération dans les tumeurs bégninesChapitre 2 sur 9 · DE L’ULCÉRATION DES TUMEURS · texte numérisé non relu

DE L’ULCÉRATION DES TUMEURS

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Parmi les nombreuses modifications que subis** sent les tumeurs pendant leur évolution naturelle, l’une des plus importantes est sans contredit Vulcération . Mais toute différente est la nature de ce travail ulcératif suivant qu’il s’adresse à une tumeur bénigne ou qu’il s’attaque à une tumeur maligne.

Pour celle-ci, en effet, l’ulcération résulte de l’évolution même de la production morbide qui parvient à la face profonde d’une membrane tégumentaire muqueuse ou cutanée. Elle se produit, comme le dit Broca, « en vertu d’une propriété du tissu pathologique (1) », qui poursuit sa marche envahissante jusqu’à ce qu’il vienne s’ouvrir à l’extérieur sous forme d’ulcération dite alors naturelle (Broca) ou spécifique, (Lücke).

Tout autre est la nature du processus pathologique, lorsqu’il frappe une tumeur bénigne. L’ulcération n’est plus alors une phase de l’évolution du néoplasme, mais elle est occasionnée par l’excessif volume de la tumeur, par un vice de nutrition, par des frottements, des contusions, des

(1) Broca, Traité des tumeurs.

chocs répétés et ânormaux, par an traumatisme, des cautérisations insuffisantes ou toute autre intervention chirurgicale intempestive. Il s’agit donc d’une ulcération artificielle (Broca) ou accidentelle (Lüeke).

Etudions donc le mécanisme qui préside dans ces deux cas à la formation de l’ulcération. Sans parler de l’inflammation qui peut quelquefois envahir la surface non ulcérée d’une tumeur maligne, Broca rapporte avoir vu se produire un abcès chaud entre la tumeur et la peau. Sans parler de la gangrène qui peut frapper parfois les téguments qui recouvrent le néoplasme, nous dirons que d’ordinaire, dans les tumeurs malignes, l’ulcération se produit sans inflammation et sans gangrène. Elle n’est, pour me servir d’une expression de Broca « qu’une des conséquences de la propriété de propagation. Les seules tumeurs qui s’ulcèrent naturellement sont celles qui se propagent ». — Les éléments de la production morbide s’étendent par une progression insensible, par des rayonnements multiples; ils envahissent les tissus en s’appropriant les organes mêmes; ils gagnent le tissu cellulaire sous-cutané, ils infiltrent et pénètrent d’abord les couches profondes du derme, puis les couches superficielles. La peau, qui était souple et mobile sur la tumeur, devient adhérente; elle prend une leinle violacée et un aspect gaufré ; graduellement elle s’amincit jusqu’à ce qu’enfin elle soit détruite dans toute son épaisseur.

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La tumeur est alors exposée (Hunter) et l’ulcération, conséquence de cette exposition, se produit, non pas en vertu d’une inflammation ulcêrative , comme le voulait Hunter, mais comme le dit Broca, parce que ce travail ulcératif est « un phénomène sui generis » ; il est le résultat de l’accroissement interstitiel du néoplasme. — C’est, en un mot, le but vers lequel tendent toutes les tumeurs malig*nes, et qu’elles atteignent au bout d’un temps qui varie avec la nature de la production morbide et avec l’épaisseur des téguments.

Bien différent est le mécanisme de l’ulcération dans les tumeurs bénignes. L’ulcération n’est plus alors le résultat d'un envahissement interstitiel, mais la conséquence d’une distension excessive de la peau ou d’une cause purement accidentelle.

Les tumeurs bénignes n’ont aucune tendance à envahir les organes voisins. Elles aplatissent, compriment, écartent ou refoulent les tissus qui les entourent, sans les dénaturer, La peau qui les recouvre est soulevée, distendue; elle ne contracte aucune adhérence; elle ne participe pas au néoplasme ; on peut la déplacer, la mobiliser sur les parties profondes ; la tumeur ne peut s’ulcérer qu’accidentellement.

Les causes de celte ulcération accidentelle sont très diverses. Elles sont tantôt extrinsèques, tantôV intrinsèques au néoplasme.

Dans le premier [cas, sous l’influence de chocs.

de froissements répétés, d’irritations de toutes sortes, d’une intervention chirurgicale intempestive ou de toute autre cause venant de l’extérieur, la peau, qui recouvre la partie saillante de la tumeur, s’excorie ; l’épiderme se détache ; le derme mis à nu et continuellement irrité, s’entame et suppure ; l’ulcération est produite.

L’ulcération peut encore survenir sous l’influence de causes qui relèvent de la tumeur elle-même. Voici, par exemple, un fibrome qui lentement grossit ; peu à peu, avec les années, il atteint un volume de plus en plus considérable. La peau distendue outre mesure, s’étire, s’amincit et finit enfin par céder; mais à l’entour de l’ulcération, les téguments sont normaux ; ils conservent leur souplesse et leur mobilité sur les parties profondes. Deux agents principaux, comme le dit Broca, ont donc cuncouru à la formation de cette ulcération : « D’une part, l’amincissement graduel de la peau, d’abord distendue, puis absorbée de dedans en dehors par suite des progrès continuels d’une tumeur un peu dure; d’autre part, l’insuffisance de nutrition qui résulte d'un obstacle à la circulation ». Il y a une nécrose par places de téguments étirés et mal nourris. D’ailleurs ce phénomène est observé sur des tu* meurs qui ne sont pas des néoplasmes, par exemple sur des hernies volumineuses.

Mais, contrairement à ce qui se passe dans les tumeurs malignes, jamais cette ulcération n’est

précédée d'adhérence intime, ni d’infiltration de îa peau. « Cette sorte de gangrène moléculaire, écrit M. Reclus dans sa pathologie externe, par distension excessive, n’a donc rien de commun avec la

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dégénérescence cutanée du cancer. »

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