PRONOSTIC
En règle générale, les tumeurs bénignes ulcérées comportent le même pronostic que les tumeurs bénignes non ulcérées. Un fibrome ulcéré est toujours un fibrome; un lipome ulcéré est toujours un lipome; un angiome ulcéré est toujours un angiome.
Ces néoplasmes n’entraînent de danger que par leur très grand développement ou par les troubles de voisinage qu’ils occasionnent.
Le temps que la production morbide a mis à se développer et à s’ulcérer, son volume et son siège jouent également un rôle important dans le pronostic. Ainsi les fibromes des os et du périoste présentent plus de gravité que les fibromes des autres régions.
Souvent même, ces tumeurs sont gênantes, non seulement par les difformités qu’elles produisent à Foccasion de leur poids et de leur volume, non seulement par la compression et le tassement des parties voisines, mais surtout par les complications de l’ulcération.
Ainsi cette surface ulcérée peut être le siège d’hémorrhagies plus ou moins abondantes qui acquièrent parfois une gravité réelle, soit par elles-mêmes, soit par l’anémie qu’elles entraînent à leur suite.
Dans notre observation d’angiome ulcéré, ce qui surtout inquiétait le malade, c’étaient les pertes de sang continuelles.
Elle peut également être le point de départ d’un érysipèle, ou bien d’une suppuration prolongée, complication capable, par elle-même, d’affaiblir et d’épuiser le malade.
Mais si l’on remarque qu’un ulcère de nature quelconque peut fournir une égale quantité de liquide, et que la santé générale n’est gravement atteinte et sérieusement compromise qu’après un temps relativement très long, on sera vite édifié et rapidement on sera convaincu combien il y a loin de là à la cachexie précoce et marquée que l’on observe dans les tumeurs malignes à peine ulcérées ou même dépourvues de toute ulcération.
Jamais les tumeurs bénignes et les fibromes en particulier ne se généralisent, malgré quelques observations assez peu probantes de Virchow, et de Paget. Rarement elles récidivent après ablation ; et encore lorsqu’elles le font, il est probable que l’on aura fait une opération incomplète ou, comme le dit M. Reclus dans sa pathologie externe : « Que l’on aura laissé quelques lambeaux de la tumeur, foyers d'une abondante repullulation. Les polypes naso-pharyngiens ont sous ce rapport une triste renommée. Mais ce n’est qu’une malignité toute locale. »
Il n’est pas rare non plus que cette tumeur bénigne ulcérée, par le fait seul de l’ulcération, qui n’est en réalité, qu’une irritation permanente, devienne le point de départ d’un néoplasme malin surajouté, d’un épithéliome, par exemple. Ne
voyons-nous pas chaque jour Je cancroïde s’abattre sur de vieux ulcères, sur des papillomes continuellement irrités ou des kystes sébacés ulcérés; parfois même l’épithélioma succède à des cautères longtemps entretenus, ou bien à certaines affections de la peau.
Le pronostic change alors de face ; il s’assombrit et peut devenir fatal, si l’on n’iniervient pas à temps. Ce qui contribue encore à aggraver le pronostic, c’est l’engorgement ganglionnaire. Dans la plupart des cas, il est vrai, cet engorgement n’est qu’inflammatoire et par conséquent éphémère, mais quelquefois aussi il est spécifique, ce qui indique un commencement d’infection. Ce n’est alors qu’au prix de grands délabrements que l’on peut espérer obtenir une guérison définitive. Et encore souvent l’opération est fort aléatoire, attendu que l’on n’est jamais sûr d’avoir atteint les dernières iimites du mal.
L’ulcération est donc toujours une complication des tumeurs bénignes, complication qui tend parfois à revêtir les caractères d’une exceptionnelle gravité.