C. — Forme pseudo-cancéreuse
La description de cette troisième variété d’ulcère repose sur une seule observation, cependant elle apparaît si fortement individualisée qu’il n’est guère possible de la ranger dans le cadre des deux formes cliniques précédemment décrites, et c’est pourquoi nous nous croyons autorisé à lui accorder une étude spéciale sous une étiquette individuelle.
L'observation en question (observ. N° 6) se rapporte à un homme de 40 ans, sans antécédents pathologiques qui, depuis 6 ans, présentait des épisodes de fausses diarrhées, s’accompagnant parfois de ténesme, et qui, rapidement, maigrit et perd ses forces : cet amaigrissement atteint 5 kilogs en 7 mois.
Actuellement, il a trois selles par jour striées de sang et se plaint parfois d’épreintes et de ténésme. Quelquefois, il a des émissions de caillots sans matières. Devant un tel ensemble de symptômes fonctionnels et généraux, on songe à un cancer du rectum et l’on pratique un toucher rectal : sur la face antérieure du rectum on perçoit une ulcération bien délimitée dont l’examen microscopique révèlera qu’il ne s’agit ni d’un cancer, ni d’une inflammation spécifique.
Ce cas possède une véritable individualité clinique par son allure pseudo-cancéreuse : ceci grâce au caractère particulier des hémorragies très différentes de celles que nous avons étudiées plus haut, et grâce
au cortège des symptômes fonctionnels et généraux que nous rencontrons dans cette seule observation.
L’amaigrissement et l’asthénie peuvent être rapportées aux pertes sanguines répétées qui affaiblissaient le malade ; il se peut également que les symptômes fonctionnels présentés par ce malade : épreinte, ténesmes, fausses diarrhées, soient les signes habituels de l’ulcère du rectum que l’on retrouveraient sur une plus grande série d’observations ; cependant, cette observation est la seule qui les signale, et c’est pourquoi nous préférons ne pas donner à ces symptômes une valeur générale.
Nous conserverons donc pour le moment la classification des ulcères simples en trois formes cliniques: hémorragique, perforante et pseudo-cancéreuse. Nous la donnons comme provisoire, soit que l’étude d’un plus grand nombre d’observations permettent de la. compléter, soit qu’une plus profonde connaissance des symptômes et de l’évolution commandent une revision.
Car la symptomatologie de l’ulcère du rectum nous apparaît encore très obscure, et les observations que nous rapportons ne nous permettent de connaître que les manifestations extrêmes de cette affection : toutes les premières observations sont des constatations post mortem d’ulcères perforés, ensuite la pratique de la rectoscopie et de l’examen histologique permetttent d'identifier la nature de la lésion, démasquée par des hémorragies graves, mais dans aucun cas on a été mis sur la voie du diagnostic par la constatation de symptômes fonctionnels ou subjectifs particuliers, Ces
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De
signes existent probablement, mais ne pourront être connus que par l’étude de nombreuses observations. Pour les rassembler, il est indispensable de généraliser la pratique de la rectoscopie dans toutes les manifestations rectales d’origine imprécise où le toucher se révèle négatif.
Cette pratique n’est pas vaine si l’on songe à la latence de ces ulcères qui ne trahiront leur présence que par des hémorragies souvent graves, ou par la conclusion foudroyante d’une perforation. On peut les éviter facilement si l'examen est pratiqué en temps voulu, car le traitement des ulcères simples du rectnm est d’une pratique aisée, et son efficacité cer-
taine.