‹ Contribution à l'étude de l'ulcère simple du rectumChapitre 8 sur 14 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Exposé des observations

Les cas d’ulcères simples du rectum publiés jusqu’à ce jour sont très peu nombreux, et se bornent à une dizaine d’observations. Cependant, cette affection nous apparaît beaucoup plus fréquente qu’on pourrait le supposer de ce fait ; et cette pauvreté de la documentation s’explique par la grande difficulté du diagnostic sans l’aide du contrôle histologique. Les anciens observateurs, bien que connaissant l'existence de l’ulcère simple du rectum, ne pouvaient en avancer le diagnostic qu'avec une extrême réserve, et leurs observations les plus probantes sont encore sujettes à la critique. Par contre, les observations récentes possédant toutes un examen histologique, offrent un caractère d’authenticité indiscutable. C’est grâce à la confirmation du laboratoire que l’étude des ulcères simples du rectum s’est enrichie ces dernières années de cas plus nombreux et plus probants qu'auparavant, et ce fait souligne l’importance capitale de cet examen.

C’est pourquoi nous rangerons les observations présentées en deux groupes :

1° Les cas incomplets auxquels manque l'examen histologique ; 2° Les cas indiscutables contrôlés par le labora-

toire.

A. — Observations incomplètes

Avant de relever le compte rendu de ces observations, nous citerons pour mémoire quelques cas signalés par les auteurs comme étant des ulcères simples du rectum, mais sans preuves suffisantes d’authenticité.

C’est ainsi que Cruveilhier, décrivant pour la première fois l’ulcère simple du gros intestin, cite à l’appui deux cas :

— Le premier se rapporte à un ulcère circulaire chronique du rectum, mais la lésion paraît être fonction de la syphilis, le malade ayant eu antérieurement des productions locales syphilitiques.

— La deuxième concerne une femme qui présentait une perforation recto-vaginale entourée de clapiers fistulisés. Là encore, on relève des antécédents syphilitiques dans l’histoire du sujet.

Vidal, en 1874, signale un ulcère de l'estomac accompagné d’ulcus rectal de même nature.

Marchessaux, le premier, en 1837, présente dans le Bulletin de la Société Anatomique de Paris une observalion complète dont voici le texte :

Femme âgée de 45 ans. Nerveuse, alcoolique. Ne présente aucun antécédent pathologique. Est sujette à une constipation habituelle.

Brusquement cette femme est atteinte de péritonite suraiguë et succombe en quelques jours.

Autopsie : révèle un rétrécissement de la partie supérieure du rectum au-dessus duquel on trouve plusieurs noyaux de pruneaux et de pépins de fruits. L’anneau formé par le rétrécissement permet au plus l’introduction du petit doigt. Une vaste ulcération circulaire occupe toute sa face interne : elle a environ un pouce de hauteur, ses bords sont constitués par la muqueuse un peu boursouflée en ce point et d’une couleur légèrement rosée. Le fond est pâle et formé par le tissu cellulaire sous-muqueux puis par le tissu musculaire dont il est facile de distinguer les fibres ; enfin au centre on trouve la perforation dont les bords sont minces : sa surface est taillée en biseau jusqu’au centre où se trouve la perforation. Aucune des tuniques intestinales n’est altérée dans sa structure.

Dans toute la longueur du tube digestif on ne trouve ni injection, ni ulcération.

Tous les autres viscères sont sains.

(ROGÉE. Bulletin Soc. Anat. Paris, 1838.) Femme âgée de 61 ans.

Ne présente aucun antécédent pathologique. Mais depuis 3 ans souffre de coliques fréquentes accompagnées parfois de vomissements et de nausées. Elle présente

subitement une douleur violente dans l’abdomen et tous les signes d’une péritonite aiguë, La mort survient en trois jours.

Autopsie : en dehors des lésions de péritonite généralisée, on découvre sur le dernier cinquième de l'intestin grêle et sur le bord opposé à l'insertion mésentérique six ulcérations étroites, allongées, qui ne présentent ni granulation, ni induration, ni tubercule ; le fond des ulcérations est formé pour quelques-unes par le péritoine très mince, pour les autres il est constitué par la musculeuse et le tissu cellulaire.

Dans le gros intestin il n’existe qu’une ulcération : celle qui a amené la perforation et qui siège dans le rectum au niveau du cul-de-sac recto-utérin. Elle offre les mêmes caractères que les ulcères de l’iléon, mais elle est arrondie de la largeur d’une pièce de 2 francs et perforée au centre. Le reste de la muqueuse digestive est sain. Les ganglions mésentériques ne présentent aucune trace de maladie.

Par ailleurs les viscères sont normaux.

Les poumons sont sains, on y découvre seulement aux sommets deux ou trois points susceptibles d’être d’anciens tubercules cicatrisés.

— Ces deux observations, dont le compte rendu anatomique est très détaillé, ne possèdent malheureusement pas d'examen histologique à l’appui. Elles laissent subsister des doutes sur la vraie nature de l’ulcère, car dans le cas de Rogée, il est cité des tubercules cicatrisés aux sommets des poumons, et la possibilité de lésions bacillaires enlève une grande partie de sa valeur à l’observation.

D’autre part, l'observation de Marchessaux peut aussi bien se rapporter à une rectite sténosante et ul-

ET pe

céreuse qu'à un ulcère simple, et à défaut d’examen microscopique on ne peut l’accepter que sous réserve.

B. — Observations complètes

Les observations que nous présentons dans ce deuxième groupe sont toutes accompagnées d’un examen histologique, et cette vérification garantit de leur authenticité.

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