EXPERIMENTATION
L'HYPOTHÈSE DE TRAVAIL, déjà indiquée dans les travaux analysés au précédent chapitre, cherche à démontrer que les épileptiques réagissent par une crise convulsive à une dose de Cardiazol pour laquelle les autres sujets ne manifestent aucun phénomène moteur. Cette sensibilité particulière des épileptiques peut-elle permettre de Les différencier des autres malades et constituer un Test, susceptible d'être utilisé en médecine légale.
Eléments du travail
La réquisition des locaux de l'Hôpital Psychiatrique de l'Yonne par le Service de Santé Allemand ayant entraîné l'évacuation des malades sur d'autres asiles, et la constitution à Auxerre, d’un service restreint pour l'admission et le traitement des malades mentaux aigus, nos recherches n’ont porté que sur un nombre très faible de sujets composé presque uniquement des malades entrant dans ce service. De ce fait le nombre total des épileptiques examinés est de 20 et celui des non6pileptiques constituant les « témoins » a pu être porté à 100. Dans les deux cas, il y a des sujets des deux sexes.
Méthode d’examen
L'épreuve est appliquée à la fin de l'examen médical systématique et complet du malade, qui est le plus souvent un entrant dans le service, afin d'éviter une interruption de cet examen en Cas de réponse par une crise comitiale.
En plus de l'examen psychique qui doit en particulier évaluer le niveau mental (souvent assez bas) l’affectivité et le caractère (souvent perturbé) de ces malades, l'examen somatique cherche à porter ses investigations dans tous les systèmes de la vie végétative : appareil digestif, poumons, reins, système endocrinien, cœur, (dont le rythme a une certaine valeur). Dans la série des recherches neuro-végétatives susceptibles d'aider au diagnostic, le réflexe oculo-cardiaque est le plus intéressant et de recherche très aisé. C’est l'examen neurologique qui est le plus important : sensibilité, mobilité, réflectivité doivent être étudiés minutieusement pour dépister une lésion nerveuse originelle.
Les signes du déficit pyramidal (BARRÉ) sont très utiles et permettent de préciser très efficacement le diagnostic. Leur recherche un peu plus délicate que celle de la neurologie courante, est cependant à la portée de tout médecin et devrait être plus souvent pratiquée. Un entraînement, facile à acquérir, permet d'apprécier ces signes dont l’importance est très grande en épilepsie.
Bien que l’épreuve de l’Hyperpnée ne donne que très rarement un résultat intéressant, nous l’avons cependant systématiquement appliquée à nos malades immédiatement avant de leur injecter le Cardiazol. Il semble qu’elle a de cette façon un certain avantage, en mettant le malade dans un état de plus grande sensibilité vis-à-vis de l’agent convulsivant. Employé dans ce sens, elle semble donc garder une certaine utilité.
Au cas ou l’épileptique à examiner serait un prévenu, simulateur probable, connaissant l’effet du Cardiazol, une injection de 2 centimètre cubes d’eau distillée dans la veine, permettrait de révéler la supercherie et de confondre le personnage.
Enfin l’examen général doit révéler les contre-indications possibles du Cardiazol : hypertension, artériosclérose, maladies infectieuses aiguës, états inflammatoires, grossesse, tuberculose évolutive, désordres urinaires graves, lésions intra-craniennes, syphilis en cours de traitement, état déficient du squelette.
Toutes les recherches susceptibles d’aider au diagnostic, ponction lombaire et même electro-encéphalographie, pourront être envisagées, mais pour cette dernière, bien peu de médecins et d'experts pourront bénéficier de ses renseigne-
ments.
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L'épreuve au Cardiazol qui termine cette série d'examens, consiste à injecter une dose de deux centimètres-cubes de Cardiazol (soit vingt centigrammes) par voie intra-veineuse. L'injection doit être pratiquée rapidement en 1 à 2 secondes, il faut donc prendre la précaution d'employer une aiguille d'assez gros Calibre. Le reste du matériel est celui employé pour n'importe quelle injection intra-veneuse : seringue de 2 ce., garrot, tampon de coton, désinfectant. Le lieu d’élection est le même que pour toute injection : une veine du pli du coude, une seule fois chez une femme grasse, nous avons du recourir à la veine jugulaire.
Les épileptiques doivent être privés de tout traitement anti-convulsinant depuis plusieurs jours afin de les ramener à leur état de réceptivité originelle. Toutefois cette condition n’est pas toujours indispensable, et certains malades réagissent malgré une dose importante de Gardénal.
Voici un RÉSUMÉ DES OBSERVATIONS, des épileptiques ayant été examinés :
N° 1 — Sexe féminin, âge 28 ans, poids 52 kgs, épilepsie cataméniale, 3 à 10 crises par mois, surtout au moment des règles, gros troubles de caractère, déficit mental léger, petit goître, T.A. 15/10, pouls 68 — R.O.C. négatif.
Examen neurologique : pas de tr. des réflexes tendineux ou cutanés plantaires, pas de réflexes cutanés abdominaux.
Signe de la jambe : positif.
Epreuve à l'Hyperpnée = 0.
Test au Cardiazol : positif, temps de latence 2 minutes, la crise débute par une déviation conjuguée de la et des yeux à gauche, après la crise pouls =.4600.
N° 2 — Sexe féminin, âge 53 ans, poids 53 kgs, épilepsie avec gros troubles de caractère, 4 crises par mois en moyenne, T.A. 13/9, pouls 88, R.O.C. négatif. Examen neurologique : réflexes tendineux normaux.
Cutanés plantaires normaux, disparition des ré- Are cutanés abdominaux. Signe de la jambe : positif.
Epreuve de l’Hyperpnée = 0. Test au Cardiazol : négatif à deux reprises différentes, troubles subjectifs importants, pouls accéléré à 104.