‹ Contribution À L'Étude De L'UzaraChapitre 7 sur 23 · LATEST ER · texte numérisé non relu

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question. Mais avec seulement un petit fragment de quelques centimètres de racine desséchée il leur était. bien impossible de reconstituer la plante, car si Cuvier, avec un os, reconstituait l'animal primitif, dans le: domaine botanique la question semble plus délicate.

Toutefois, tous furent d'accord pour ranger l’uzara: dans la famille des Asclépiadacées. (Nous passons sous silence un auteur qui pensait voir en l’uzara une Composée.). Mais quand il fallut fixer le genre, la controverse fut vive, et le problème n’est pas encore résolu.

Les uns identifient l’uzara comme un Gomphocarpus, d’autres comme un Chlorocodon. Loin de nous l’idée, dans une thèse médicale, de prendre parti pour un botaniste ou pour un autre, mais nous nous arrêterons simplement sur le mot Asclépiadacée qui nous. permettra dès le début, de mettre notre travail sous le signe de la Médecine, en rappelant qu'Asclépios était. le Dieu de la Médecine. DE

Si l’on ne sait rien sur l’uzara, il semble qu'avec un peu d'imagination on puisse créer une plante à l’image de ses sœurs de la même famille dont les hybrides de: culture fournissent à l’horticulture de si beaux spécimens.

\lais sans nous égarer dans le domaine de la fantai-

sie, rappelons que les Asclépiadacés vivent généralement dans les régions tropicales des deux continents. Aussi a-t-on dirigé les recherches concernant l’origine de l’uzara, successivement vers la Côte des Somalis et vers la Rhodésie. Mais jusqu’à maintenant ces recherches sont restées vaines. Soulignons aussi dans la flore parisienne la présence d’une des très rares Asclépiadacées indigènes, je veux parler du Vincetoxicum officinale, dite « dompte-venin » à cause des propriétés soidisant vomitives de son rhizome. ;

On doit eonnaître également le Calotropis procera, plante aux fleurs violettes en grappes, que l’on peut admirer dans la brousse désolée de Djibouti.

Mais ces petites espèces nous semblent bien différentes de l’uzara qui serait, selon toutes probabilités, un « arbuste de trois à quatre mètres, à feuilles minces et pendantes ». /

Il semble vraiment étrange que l'on puisse, en ce siècle où les transports ont supprimé les distances, garder le secret absolu sur le pays d’origine d’une plante. Aussi nous paraît-il utile, pour l'explication. un peu plus rationnelle de ce fait, de rappeler certaines histoires à similitude vraiment frappante. Nous ne parlerons pas de secrets de fabrication qui existent réellement : ainsi la digitaline cristallisée Nativelle pré-

sente des résultats physiologiques combien différents

dés autres digitalines, françaises el mêmes étrangères !

L'exemple de la Menthe Mitcham n’est certainement pas identique à celui de l’uzara. Toutefois, rappelons-le pour mémoire : au siècle dernier, une firme cultivait secrètement, dans une région retirée de l'Angleterre, une espèce particulière de Menthe, et elle en extrayait une essence à parfum inégalable dont elle monopolisait ainsi la vente.

L'espèce botanique de cette menthe était alors inconnue de tous ; sans la connaître on utilisait et on goùûtait fort son essence. Ce ne fut qu'en 1903 qu’on eut des éclaircissements sur son entité botanique. En effet, c'est au cours d’un voyage d’étude qu’on obtint véritablement un échantillon de cette menthe, malgré une étroite surveillance. On le cultiva. On l’identifia et l'on s’aperçut avec étonnement qu'il s'agissait d’une espèce hybride d’une variété de menthe de nos Pyrénées.

Mentionnons surtout l’histoire de la rhubarbe qui semble se rapprocher tout à fait de celle, actuelle, de l’uzara.

Jusqu'à une date assez récente les caravanes venant d'Asie ne nous livraient que des morceaux plan convexe de la rhubarbe de Chine. L'Europe « assoiffée de drogues laxatives » payait un lourd tribut à la Russie qui avait monopolisé l'exportation. Et les savants

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botanistes de l’époque méditaient, mais en vain, sur ces fragments de racines. Etant dans l'impossibilité de fixer l’espèce botanique, ils imaginaient tout au plus une Polygonacée étrangère, tout comme nos savants contemporains pensent à une Asclépiadacée exotique lorsqu'ils sont devant un fragment d’uzara, mais leurs conceptions botaniques ne peuvent aller guère plus loin. |

Pour la rhubarbe, une étape eut lieu dans son identification lorsque Linxé, après de nombreuses hésitations, sans jamais avoir vu la plante, la classa en l'appelant Rheum palmatum. I se basait uniquement sur les descriptions de visu de Marco PoLo.

L'avenir devait lui donner raison, car en 1890 elle fut importée, cultivée en Europe, et les caractéristiques de la plante concordaient avec celles qu'’avaient prévu Linné.

Maintenant on cultive en France des Rhéum et l’on obtient des produits identiques à la drogue chinoise.

On pourrait multiplier la liste des drogues que l’on utilise sans en bien connaître l’origine.

Connaît-on du coto autre chose que son écorce

importée en Europe depuis 1873, et qui se présente en morceaux irréguliers et plats. Certainement on a extrait de cette écorce, si prônée en Allemagne, la cotoine et la paracotoïne, préconisées contre les diarrhées rebelles. Mais l'on n’en reste pas moins ignorant de l'arbre où de l’arbuste qui fournit l'écorce. L'écorce de coto proviendrait d'une Rubiacée de l'Amérique du Sud, comme la racine de l’uzara proviendrait d’une Asclépiadacée de l’Afrique Equatoriale. Quand à leur origine exacte et à leur entité botanique précise, elles restent encore inconnues et comme toujours, en pareille circonstance, on rapporte au sujet de ces plantes qui sont auréolées de merveilleux et de mystère, de nombreuses anecdotes, qu'il serait sans’intérêt de rapporter. |

Voici done, dans ses grandes lignes, toute l’histoire de l’uzara, histoire qui est loin d'être complète et certainement loin d’être très exacte. Mais ce sont les seuls et maigres documents que l’on puisse recueillir lorsqu’on s'occupe de cette drogue.

Voyant combien peu d’échos ont répondu à nos nombreuses demandes dans les différentes contrées, de l'Afrique, nous sommes portés à nous demander si le nom d’uzara n’est pas simplement un nom d'emprunt adopté par l'exploitant primitif de la plante pour éga-

rer les recherches. Et peut-être la plante que nous désignons sous le nom d’uzara est en Afrique uné plante couramment employée sous un autre nom.

Maintenant, nous allons entrer dans le domaine de la science, peut-être du savoir, dans ce domaine qui n'a ni patrie, ni propriétaire, puisqu'il est à tout le monde et à personne. Nous allons essayer de donner un apérçu aussi approfondi et exact que possible des propriétés physiologiques de l’uzara.

Nous avons pu, par l'intermédiaire des Laboratoires de Thérapeutique de la Faculté de Médecine de Paris, nous procurer de la drogue sous forme d'extrait.

L'uzara que nous nous sommes ainsi procuré se présente sous la forme d'extrait sec d’odeur très agréablement vanillée, de goût fortement amer et sous forme de fragments cristallisés couleur pain grillé. L’uzara est soluble dans environ 30 parties d’eau. Les solutions aqueuses fermentent : aussi pour obtenir une meilleure conservation avons-nous employé pour nos quelques essais cliniques des solutions aqueuses additionnées de 10 % de glycérine.

Certains auteurs se sont intéressés à la composition chimique de l'extrait d'uzara. Ainsi WiNpaüs, après le chimiste Hennie, a isolé un glucoside : l’uzarine. Il en a même établi la formule.

Mais jusqu'à présent l’uzara est trop peu employé en thérapeutique courante pour songer à s'adresser à son glucoside qui n’est pas du tout employé.

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